Lettre du 17 mal
4. « Contra communem peripateticorum scolam. » Le Opère, t. IX, p. 27S.
5. « Dubito dî violenza di sente che non sa. » Le Opère, t. IX, p. 284.
Les sévérités de l'autorité ecclésiastique, jusque-là favorable à l'auteur en raison des sentiments de piété et d'obéissance qu'il avait toujours montrés, étaient aussi à appréhender. Le P. Riccardi pouvait se plaindre qu'on eût abusé de sa complaisance, voire de sa signature. Le pape se reconnut-il, comme on l'a prétendu, dans le Dîalogo^ sous le personnage* un peu ridicule de Simplicio, dans la bouche duquel se trouvaient divers arguments qu'il avait jadis opposés à Galilée au cours d'un entretien familier? Cela n'est pas invraisemblable^. Des raisons plus graves étaient, du reste, de nature à le mécontenter ; Galilée avait manifestement enfreint l'engagement pris en 1616 de ne plus enseigner la doctrine copernicienne. Cela suffisait pour le perdre dans l'estime et dans la confiance du Souverain Pontife.
Aussi voyons-nous, dès la première quinzaine d'août (1632), Urbain VIII déférer le Dialogo à l'examen d'une commission extraordinaire. Par égard pour l'auteur et peut-être surtout pour son protecteur, le grand-duc de Toscane, le Saint-Office n'en fut pas d'abord saisi. La commission n'eut en quelque sorte qu'un caractère officieux ^.
Urbain VIII était pourtant très irrité. Le 5 septembre, apercevant Niccolini, ambassadeur de Toscane, il éclata en violents reproches : « Galilée, dit-il, a,
1. Galilée dut écrire au cardinal Barberini, neveu d'Urbain VIII, une lettre dans laquelle il proteste qu'il n'a jamais eu l'intention de tourner le pape en ridicule. Le Opère, t. X, p. 159. Ses amis intervinrent directement auprès du Souverain Peptife : a Jamais, lui direntils, Galilée n'a eu la pensée d'olTenser Votre Sainteté. — Nous le croyons, nous le croyons, » répliqua Urbain YIII. Malgré cela, il dut rester une impression fâcheuse dans l'esprit du pape. Cf. sur tout ceci, H. de l'Épinois, BeuMC desQuest. historiques, 1867, t. II, p. 119 sQ'
2. Dépêche de Niccolini, 18 septembre 1032. Le Opère, t. IX, p. 437.
lui aussi, la hardiesse d'entrer où il ne doit pas entrer, et d'aborder les matières les plus graves et les plus dangereuses que l'on puisse agiter en ce momentci. » — « Mais il a imprimé son livre avec autorisation, » fit observer l'ambassadeur. — « Oui, reprit le pape avec animation, Ciampoli et le maître du Sacré Palais ont été circonvenus ; Ciampoli, sans avoir jamais vu et lu l'ouvrage, m'a affirmé que Galilée voulait se conformer en tout aux ordres du pape et que tout était bien. » Et Urbain VIII se plaignit de Ciampoli et du maître du Sacré Palais. — « On donnera du moins à Galilée le temps de se justifier? » demanda Nicolini. — « En ces matières du Saint- Office on ne fait que censurer, reprit le pape, puis on demande une rétractation. » — « Galilée ne pourraitil pas savoir auparavant ce qu'on lui reproche? » objecta Niccolini. — « Je vous le dis, répliqua vivement le pape, le Saint-Office ne procède pas ainsi; jamais on ne prévient personne auparavant, d'autant plus que Galilée sait très bien, s'il le veut savoir, en quoi consistent les difficultés, car nous en avons causé ensemble et le lui avons dit nous-même ' . »
Le rapport de la commission ne se fit pas attendre ; en voici les conclusions : 1° Galilée a transgressé les ordres qu'on lui avait donnés, en abandonnant l'hypothèse pour affirmer absolument la mobilité de la terre et la stabilité du soleil; 2° il a mal rattaché l'existence du flux et du reflux de la mer à la stabilité du soleil et à la mobilité de la terre, qui n'existent pas ; 3° il a frauduleusement passé sous silence l'ordre que le Saint-Office lui avait intimé en 1616,
i- Dépêche de Niccolini, 5 septembre. Le Opère, t. IX, p. 420.
d'abandonner entièrement, de ne plus enseigner ni défendre, de quelque manière que ce fût, par la parole ou par les écrits, l'opinion d'après laquelle le soleil est le centre du monde et la terre se meut ^ .
A côté de ce document, le recueil manuscrit des pièces du procès contient un rapport du même genre où se retrouvent les mêmes conclusions, un peu plus détaillées, sous huit chefs différents ^. Eh fait l'accusation se ramène à ces deux chefs : Galilée a désobéi aux ordres du Saint-Office et violé son engagement de 1616; Galilée, bien qu'il déclare vouloir traiter la question du mouvement de la terre hypothétiquement, procède par voie d'affirmation, et enseigne sa théorie de façon absolue. Ce sont les reproches qu'Urbain VIII formula expressément dans un nouvel entretien qu'il eut avec Niccolini ^.
Le rapport de la commission concluait qu'il y avait li^u de délibérer sur la procédure à suivre « tant contre Galilée, que contre son ouvrage » ^*. Le 23 septembre 1632, l'inquisiteur de Florence reçut l'ordre de signifier au coupable qu'il eût à se présenter devant la commission du Saint-Office dans le courant
d. Von Gebler, Die Acten, p. 53; ms. du Procès, fol. 387 v».
2. Notons les griefs suivants : « 1" Aver posto l'Imprimatur di Roma senz'ordine ; 2» Aver posto la medicina del fine in bocca di un sciocco; 3° Recedere dall'hipofhesi a asserendo assolutamente la mobilita dalla terra e stavilità del sole, a qualificando gli argomenli su che la fonda per dimostrativi, e necessarii, o trattando la parle negativa per impossibile ; 4» Tratta la cosa corne non decisa...; S" Lo strapozzo degl' autori contrarii e di che più si serve la Santa Cliiesa; 7» Dar' per argomento di verltà che passîno 1 Tolemaici a Copernicani, e non è contra... » Von Gebler, Die kcien, p. 56 ; ms. du Procès, fol. 389.