PORTEE DOGMATIQUE, MORALE ET HISTORIQUE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE
La condamnation qui frappa Galilée en 1616 et en 1638, atteignait à la fois sa doctrine et sa personne.
Quelle sorte de flétrissure ses juges ont-ils attachée à la théorie dont il s'était fait le champion? L'ont-ils taxée d'hérésie ou l'ont-ils marquée d'une note moins infamante? Cela vaut la peine d'être nettement déterminé.
On se rappelle que les théologiens qualificateurs de 1616 jugèrent que « l'opinion d'après laquelle le soleil formait le centre du monde était formellement hérétique, parce qu'elle contredisait expressément^-^
i. Cf. Von Gebler, Die Aclen, p. 184 ; ms. du Procès, fol. S61. La déclaration du Saint-Office est du 16 juin 1734. Le 14, les cardinaux avaient décidé qu'il fallait exiger de l'Inquisiteur de Florence : « ut curet sollicite sibi communicari inscriptionem super dicto Deposito faciendam, illamque ad S. Congregationem transmiltat, ad effectuai circa illam dandi ordines opportunes, antequam fiât. » Ibid.
les sentences de la Sainte Ecriture selon la propriété des termes et selon l'interprétation commune des saints Pères et des théologiens : formaliter hsereticam, quatenus contradicit expresse, etc. » ^. La théorie de la mobilité de la terre était déclarée absurde et « au moins erronée dans la foi » , ad minus infide erroneam. Prise dans son ensemble, on peut donc dire que la doctrine copernicienne était stigmatisée comme hérétique. Dans la sentence de 1633 et dans la formule d'abjuration de Galilée on lui appliqua la même qualification 2. C'est bien ainsi du moins que l'ont compris la plupart des théologiens anciens et modernes ^. Mais un critique éminent, l'auteur des Galileistudierij le P. Grisar, s'est inscrit en faux contre cette interprétation et a entrepris de prouver que le jugement des qualificateurs de VIndex n'avait pas été ratifié par les congrégations romaines, et que la censure portée contre l'opinion de Galilée était tout simplement la formule : « contraire à l'Écriture » ou « téméraire » ^. Nous estimons, avec le D"" Funk ^, que la thèse du P. Grisar n'est pas soutenable et qu'il faut en revenir au sentiment commun des théologiens.
Pour justifier sa manière de voir, le P. Grisar invoque spécialement la sentence de 1633. On y trouve bien la censure des théologiens qualifica-
1. Von Gebler, Die Acten des Galilefschen Processes, p. 47; ms. du Procès, fol. 377.
2. Il y est question d' « hérésie » ou même d' « hérésies », U suddetli errori ederesie, à renier, à maudire, à détester. Cf. Grisar, Galileistudien, p. 13S. Le texte entier se Ut dans Uiccioli et Venturi, loe. cit.