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Acta eruditorum, mensis julii

2. « Injuncto ei ne de cœtero scripto yel verbo tractet ampliùs quovis modo de mobilitate terrae, nec de stabiliiate solis, et e contra. » Von Gebler, Die Acten, p. 112; ms. du Procès, fol 451. C'est ce qu'avait bien compris Descaries, comme on le voit par sa lettre à Mersenne, avril 1634, Œuvres de Descartes, t. I, p. 288.

les corps et par tous les particuliers. » La formule générale 'et en quelque sorte adoucie du décret fut elle-même supprimée dans l'édition de l'Index de 1757, avec l'autorisation spéciale du pape Benoît XIV. La sentence doctrinale des Congrégations n'était pourtant pas formellement rapportée. En 1820, Anfossi, maître du Sacré Palais, s'en autorisait encore pour refuser au chanoine Settele, professeur41a Sapiencé, V Imprimatur nécessaire à la publication de ses Eléments d'optique et d'astronomie. Celui-ci eut la bonne idée d'en appeler au pape, qui donna: tort à Ms'Anfossi. Enfin, le 11 septembre 1822, la Congrégation de l'Inquisition décida que l'impression des livres enseignant le mouvement de la terre selon le système communément admis parles astronomes modernes, serait permise à Rome. Pie VII approuva ce décret le 25 septembre de la même année. Les plus scrupuleux observateurs des lois de l'Index purent dès lors, en toute sécurité, se rallier à la tbéorie copernioienne.

Il n'en est pas moins vrai que la sentence doctrinale qui frappait cette théorie pesa officiellement pendant deux siècles sur la conscience des catholiques. Quelles furent au point de vue du développement des sciences les conséquences historiques d'une telle mesure? C'est ce qu'il nous reste à examiner.

D'après certains ennemis de l'Eglise, la sentence de 1616 et de 1633 aurait arrêté non seulement les recherches propres à achever la démonstration du système copernicien, mais encore le progrès des

sciences mathématiques et astronomiques en général ; et il faudrait voir là le fruit de l'hostilité marquée des théologiens et des Congrégations romaines contre la science.

A Que l'Église soit systématiquement hostile au pro- I grès des sciences, c'est une légende odieuse que nous * ne nous attarderons pas à réfuter. Il nous suffira de remarquer que, dans la condamnation de Galilée, ce ne sont pas seulement les représentants du dogme, mais encore les représentants de la science, qui sont responsables de l'erreur commise. C'est a u nom de la science (d'unejausse sci^ce, si l'on veut, mais d'une science estimée incontestablement vraie) que les partisans d'Aristote et de Ptolémée demandaient la censure des théories coperniciennes. Les juges, de 1616 et de 1633 ne se défièrent pas de ce piège. Ils flétrirent les propositions de Galilée tout à la fois comme scien tifiquement fa usses et do gmatiq uement héséliques ^ ; et leur conviction scientifique influença sûrement leur conviction dogmatique. S'ils n'avaient été persuadés que le système d'Aristote et de Ptolémée représentait la science vraie, ils auraient été plus réservés dans leur sentence, peut-être même n'auraient-ils pas osé la porter. Leur grand tort n'est donc pas de n'avoir pas cru à la science, mais d'y avoir accordé, au contraire, une trop grande confiance. / Qu'on leur reproche d'avoir inféodé la doctrine catholique à un. système scientifique, à la bonne

1. Les théologiens du Saint-OHice déclarèrent à l'unanimité que la théorie de Galilée était « folle et absurde en philosophie » (c'est-àdire scientiDquement), stultam et absurdam in philosophia. Von Gehier, Die Acten, p. 47 ; ms. du Procès, fol, 377. Le Décre de l'Index, du S mars 1616 ÇDie Acten, p. SO; ms; du Procès, fol. 380) porte : falsam illam doctrinam pythagoricam ; et la sentence de 1633 répèle le même jugement.

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LA. CONDAMNATlOiN DE GALILEE. 377

heure! Mais il serait souverainement injuste de prétendre qu'ils aient par là voulu arrêter le progrès des sciences^.

Aussi bien, tout prouve que la sentence des Con-. grégations romaines ne paralysa en aucune façon le mouvement général des études mathématiques et astronomiques (nous parlerons tout à l'heure du système copernicien en particulier).

Galilée lui-même, dont le champ de travail se trouvait circonscrit, continua le cours de ses recherches. En 1637, il découvre la librationde la lune; en, 1638, il publie son grand ouvrage intitulé : Discorsi et dimostrazioni matematiche intorno due nove scienze attenenti alla mecànica e ai movimentî locali, qu'il appelait « le recueil des études de toute sa vie » ^. Il réunit autour de lui un groupe considérable de savants, auquel il imprime une direction fidèlement suivie et qui rendent à la science des services signalés. Parmi ses disciples se trouvait, depuis 1641, le célèbre Torricelli, l'inventeur du baromètre.

« A Bologne, ville pontificale, brillaient deux mathématiciens de mérite, Ricci et Montalbani ; le P. Ric-

1. La pensée de l'Église sur le développement des sciences est ofliciellement exposée dans une Constitution dogmatique du concile du Vatican : « Tantum obest, ut Ecclesia liumanarum artium et disciplinaramculturaîobsistat, ut iianc multis modis juvet atque promoveat. Non enim commoda ab iis ad homînum vitam dimanantiaaut ignorât aut despicit; fatetur imo eas, quemadmodum a Deo, scientiarum Domino, profectae sunt, ita si rite pertractentur, ad Deum, juvante ejus graiiâ, perducere. Nec sane ipsa veiat, ne hujusmodi disciplina in suo quxque ambitu propriis utantur principiis et propria melliodo ; sed justam hanc libertatem agnoscens, id sedulo cavét, ne divinse doctrinae repugnando errores in se suscipiant, aut flnes proprios transgressas, ea quœ sunt Gdei occupent et perturbent. » Constit. Dei Filius, cap, iv. Cf. l'Encyclique JEtemi Patris (4 août 1879) du pape Léon XIII, sur l'enseignement de la philosopliie et des sciences.

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