Grégoire de Tours, Vitae Patrum, VI
LES ELECTIONS EPÎSCOPALES. 135
d'un vieux prêtre nommé Caton, digne à tous égards de cet honneur, et le peuple, en grande majorité, acclama cette candidature. Les évêques comprovinciaux, réunis pour l'inhumation de Gall, dirent alors au nouvel élu : k Nous voyons bien que le choix de la cité s'est porté sur toi; suis-nous, nous allons procéder à ta consécration. » Une telle conduite eût été la violation flagrante du droit royal de confirmation, récemment reconnu par le concile d'Orléans (549). Les évêques ne l'ignoraient pas.; .Mais, vu l'âge du roi, qui n'était encore qu'un enfant, ils estimèrent qu'ils pouvaient passer outre : « Nous répondons de tout, ajoutaient-ils ; si l'on t'inculpe, nous prendrons ta défense auprès des grands de la cour du roi Théobald. Situ encours quelque amende, nous la paierons de nos propres biens. » Le vénérable prêtre refusa de se prêter à cette combinaison illégale. Fut-ce par orgueil, comme le prétend Grégoire de Tours ? 11 y a plutôt lieu de croire que ce fut par fidélité aux principes de la prudence et du droit. « Je veux être consacré canoniquement \ » répondit-il. Malheureusement l'archidiacre Cautinus le devança auprès du roi : il courut à Metz et y apporta le premier la nouvelle de la mort de Gall. Làdessus le roi et ses grands ne crurent pouvoir mieux faire que de réunir quelques évêques (probablement les évêques de la province de Bourges) et de faire sacrer Cautinus sans plus ample information. Lorsque les envoyés de Caton arrivèrent à Metz, Cautinus était déjà évêque. Ce fut la source d'un petit
1. Caton visait sûrement le dixième canon du cinquième eoncile d'Orléans, qui interdisait au métropolitain de sacrer un évêque, si ce n'est cum voluntate régis.
schisme à Clermont : Çaton et ses partisans ne voulurent jamais se soumettre à l'autorité de celui qu'ils considéraient comme un intrus, imposé à l'Eglise par la force ^ .
Ces quelques faits sont pleins d'instruction. D'une part la cité, peuple et clergé, use du droit d'élection et a conscience que l'initiative de la nomination épiscopale lui revient, quitte à faire ensuite ratifier son choix par l'autorité royale. D'autre part, le roi agit avec une pleine indépendance. Il ne se tient pas lié par le choix des électeurs. C'est à peine même s'il laisse entrer ce choix en ligne de compte pour déterminer ses préférences. Il nomme lui-même, il agrée ou rejette l'élection comme bon lui semble. Il y a loin de cette conduite à celle de Clovis. On sent que ses successeurs admettraient difficilement que leur souveraineté pût être limitée soit par l'usage, soit par le droit canon.
Clotaire P"" et Childebert suivent la même conduite avec des divergences que la diversité des caractères explique. Clotaire surtout fait voir en maintes circonstances la violence de son tempérament. On sait que les sentiments d'humanité sont à peu près étrangers à ce prince ; il tue de sa propre main ses neveux et outrage son frère, qui recule devant l'horreur de ce crime après avoir promis d'y participer ^. Il ne comprend rien au respect que l'on professe de son temps pour les âmes adonnées à la piété ; la vie pénitente de son épouse, lathuringienneRadegonde,
1. Sur tout ceci, cf. Grégoire de Tours, Rist. Fr., lib. IV, cap. S-7, H-12 et IS.