Hist. Fr., lib. III, cap
mort, écrit Grégoire de Tours dans son Histoire des FrancSj saint Gall le remplaça parla faveur du roi. » Si l'on s'en tenait à ce récit sommaire ' , on pourrait croire que le peuple de Clermont se désintéressait complètement des élections épiscopales. Mais Gré^ goire de Tours lui-même nous montre ailleurs qu'il n'en était pas ainsi et que, si la volonté royale prévalut, une partie au moins des Clermontois présentaient à Thierry un autre candidat. Ouvrons la vie de saint Gall. Celui-ci avait vécu quelque tenaps à la cour de Thierry, qui le chérissait particulièrement. Mais lors du décès de Quintianus, il séjournait à Clermont. Les Clermontois se réunirent chez son oncle, le prêtre Impetratus, et après avoir examiné les titres des divers candidats qui avaient chance de monter sur le siège épiscopal, ils se retirèrent sans avoir pris aucune décision. Sous le coup d'une inspiration divine, écrit Grégoire de Tours, Gall dit alors à l'un des clercs qui sortaient de la séance : « Qu'est-ce que ces va-et-vient et toutes ces discussions? C'est moi qui serai évêque. » Étonné de cette prédiction, le clerc (qui était peut-être partisan d'une autre candidature) s'emporta contre Gall et le couvrit d'injures. .On ne nous dit pas si le nom de Gall avait été prononcé dans l'assemblée électorale. Mais son oncle Impetratus, en homme avisé, lui donna le conseil d'aller annoncer au roi la mort de Quintianus et les débats qui s'ensuivirent. « Peut-être, ajouta-t-il, le Seigneur lui suggérera-t-il la pensée de vous confé-
4. « Sanctus Gallus in ejus cathedram rege opitulante suhstitutus est. » Hist. Fr., lib. IV, cap. 5. Fustel de Coulanges (La Monarchie franque, p. 549) se borne à citer ce texte. Il importait, ce nous semble, de le compléter par le récit du Vitae Patrum.
rer l'épiscopat. » Gall avait à peine paru à la cour, qu'on apprit la mort d'Aprunculus, évêque de Trêves. Les clercs de cette ville, qui connaissaient les mérites de Gall, le demandèrent aussitôt à Thierry pour évêque. Mais le roi répondit : « Cherchez-en un autre; quant à ce diacre, je le destine à un autre siège. » Alors ils portèrent leur choix sur Nicétius, que Thierry avait pareillement en grande estime. Le roi s'empressa de ratifier cette élection \ Mais en même temps arrivaient de Clermont des clercs chargés de proposer à Thierry le candidat qui avait obtenu le consensus des électeurs. De nombreux présents appuyaient la requête. Le roi, pour toute réponse, se contenta de leur dire qu'ils auraient Gall pour évêque. Gall, nous l'avons dit, n'était encore que diacre. A l'occasion de son ordination sacerdotale, Thierry donna un grand dîner en l'honneur du futur évêque et le renvoya à Clermont, où il fut chaleureusement accueilli et solennellement sacré ^.
Vingt ans plus tard, en 553, la succession de Gall donna lieu à un conflit analogue entre les électeurs et la royauté. Le clergé de la cité se prononça en faveur
1. Sur cette élection de Nicétius, Fustel de Coulanges ne cite en-» core {loc. cit.) que le texte du Vitae Patrum, XVII, 1 : « Decedente Trevericae urbis sacerdote, Theodericus Nicelium ad episcopatum jussit accei'siri. Cumque dato consensu populi ac decreto régis ad ordinandum... adducebatur », et il en conclut que dans cette élection « la volonté du roi vient d'abord ». Le texte du Vitae Patrum (VI, 3) que nous citons donne une impression diflférente. On y voit que le clergé prend l'initiative de l'élection : « Cougregati clerici ctvitatis illius, ad Tlieodoricum regem sanctum Gallum petebant episcopuni. Quibus ille ait : Âbscedite et alium requirite.., Tune eligentes sanctum Nicetium episcopum acceperunt. » II était bon de rapproclier ces deux textes l'un de l'autre. Sur l'estime que Thierry professait pour saint Nicétius, cf. Vitae Patrum, XVlI, d : « Venerabatur eum rex Tlieodoricus niagno honore », etc.