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Greg. Tur., Hist. Franc, V

LES ÉLECTIONS EPISCOPALES. f55

nommer un évêque de son choix. Cette exception fut faite en faveur du comte Gondégésile de Saintes ^ . Bref, avec Contran, les canons du concile d'Orléans de 549 reçoivent un commencement d'exécution. Si le roi ne se considère pas comme absolument lié par les choix du clergé et du peuple, en général il en tient compte et les ratifie.

Sigebert I" semble avoir suivi à peu près la même ligne de conduite. Lors de la vacance du siège de Clermont, les intrigants se donnèrent carrière. Un prêtre ambitieux, de famille sénatoriale, fit appuyer sa candidature auprès du roi par des espèces sonnantes, que lui procurèrent les juifs de la cité. Mais l'archidiacre Avitus, sans tenir compte de cette démarche, réunit le clergé et le peuple, qui tombèrent d'accord sur son nom, et le chargèrent de porter lui-même à Sigebert le consensus canonique. Le choix du roi fut vite fait, malgré l'appui que le comte de Clermont prêtait aux simoniaques. Sigebert ratifia l'élection du peuple et du clergé. Par un zèle un peu excessif, il viola même la coutume alors en vigueur, d'après laquelle tout évêque devait être sacré dans sa propre province et par son métropolitain. Il voulut qu'Avitus fût ordonné sans retard et en sa présence, « afin, ditil, que j'aie le bonheur de recevoir de ses mains les saintes eulogies ». L'élu des Clermontois reçut ainsi la consécration épiscopale dans la

i. Hist. Franc, VIII, 22. Hauck (Die BiscJiofsivahlen, p. 37, note 109) veut que Contran ait aussi nommé directement Virus, évêque de Vienne, et s'appuie sur le mot de Grégoire de Tours (Hist. Franc. VIII, 39) rege eligente. Il ne nous paraît pas prouvé que le mot eligere, appliqué au roi, signifie nomination directe, excluant toute opération électorale du clergé et du peuple.

ville de Metz, où Sigebert tenait alors sa cour * . L'élection de Magnéric à Trêves ^ et celle de Grégoire de Tours ^ furent pareillement irréprochables, si l'on en croit leurs biographes. Dans ces deux cas, Sigebert se borna à confirmer le choix libre du clergé et du peuple. Bref, les seules élections épiscopales que Ton nous signale sous son règne sont correctes. On a cependant relevé à sa charge deux faits assez graves : il imposa de sa propre autorité et de vive force un évêque à Alais [Arisitum] '\ et un autre à Châteaudun ^. Ces abusde pouvoir sont incontestables. Mais il faut reconnaître qu'il ne pouvait être question ici d'élection

1. < Accepto consensu ad regem petiit... Ut... a clero et populo electuscathedram pontificatus acciperet, » etc. Greg. Turon., ïfîsi. Franc, IV, 33.

2. « Consensu omnium, plebis vel principum, ad sumni pontificatus rastigium eligilur. » Vita Magnerici, cap, i, 9, Acta SS., jul., t. VI, p. d84. Il faut remarquer que ce Vita est très tardif et que son témoignage n'est pas absolument sûr.

3i « Clericorum lurma nobilibus viris conserta, plebsque rustica simul et urbana pari senteatia clamant Gregorium decernendum... Legatio ad regem dirigilur. • Vita Gregorii, cap. i\. Celte Vie est du x" siècle (Waltenbach, Deutschlands Geschichtsquellen, 4" édit., t. I, p. 80), par conséquent peu sûre. Arndt (Préface à VHistoria Francorum dans Monum. Germaniae, p, 8, note a) lui refuse tout crédit et estime que Grégoire ne fut pas élu par les Tourangeaux, mais nommé directement par Sigebert. Cette conjecture est bien hardie. Grégoire aurait-il accepté une nomination si contraire aux canons? S'il élait l'homme du roi, pourquoi n'aurail-il pas été également l'homme du peuple et du clergé ?

4. « Mondericus apud Arisitensem vicum episcopus instituitur, habens sub se jplus minus dioeceses quindecim, quas primum Gotbi quidem tenuerant, nunc vero Dalmatius Ruthenensis episcopus Tlndicabat. » Gregor. Turon., Hist. Franc, V, S. M. Aug. Longnon (Géographie de la Gaule au VI" siècle, p. S38-S43) identifie, non sans vraisemblance, Arisitum avec Alais.

5. « Promotus qui in Dunensi Castro, ordiaante Sigeberto rege, episcopus fuerat institutus. » Greg. Turon., Hist. Franc, Vil, 17. Voir, sur le conûit que cette nomination provoqua, les Actes du concile de Paris de 373, Maassen, Concilia, p. 146-lSl. Cf. Longnon, oui), cit., p. 326-328.

régulière. Il s'agissait d'évêchés nouveaux, dont la création était en quelque sorte imposée par les nécessités politiques. A Châteaudun, ce fut une conséquence inattendue du démembrement du royaume de Charibert. Sigebert ne voulut pas souffrir que la partie du territoire qui lui était échue en partage fût soumise à l'évêque de Chartres, sujet de Contran. Arisitum (Alais) et les quelques paroiisses qui formèrent l'apanage de cet évéché n'étaient pareillement qu'une enclave arrachée aux Wisigoths ^ . Ce n'est donc pas sur ces deux faits, vraiment exceptionnels, qu'il faut juger la politique de Sigebert en matière d'élection épiscopale.

Son fils Childebert II paraît avoir d'abord observé assez exactement les canons de l'Eglise. C'est à son règne qu'il faut rapporter l'élévation de saint Géry sur le siège de Cambrai. L'évêque de cette ville étant mort, Géry fut désigné par les clercs et le peuple pour lui succéder, adipsum episcopatum. Une lettre de demande, suggestio, fut « adressée au roi des Austrasiens, afin qu'il ordonnât l'élu évêque dans la cité susdite ». Conformément à cette requête, Childebert enjoignit par lettre au métropolitain Egidius d'ordonner Géry évêque de Cambrai. En exécution du précepte royal, Egidius se rendit à Cambrai et sacra le pontife. « Selon le rite accoutumé, il ne procéda à l'ordination que lorsque tout le peuple et les clercs et toute l'assistance eurent crié d'une seule

1. Selon une chronique du ix« siècle, Monderlc aurait eu un prédécesseur à Arisitum, son propre oncle nommé Deutérius. Il eut aussi des successeurs. Parmi les Pères du concile de Reims, de 627-630 (Maassen, p. 203-206), on trouve un Emma Aresetensis. Cf. Longnon, ouv.cil., p. 538-539. Voir plus loin ce qu'il faut penser de l'existence de ce concile de Reims.

voix : K Géry est très digne de l'ëpiscopat M » On remarquera que le clergé et le peuple interviennent par deux fois dans cette élection. Ce sont eux qui proposent le candidat au roi, qui l'agrée, et c'est encore à eux que le métropolitain s'adresse pour qu'ils acclament l'élu avant que le caractère épiscopal lui soit conféré.

Le siège de Verdun fut également pourvu, ce semble, d'une façon régulière, bien que l'élu fût un officier du palais, le référendaire Charimer. Grégoire de Tours veut que le consensus canonique des habitants de la cité, c'est-à-dire du peuple et du clergé, ait précédé le décret royal de nomination, et rien n'autorise à suspecter l'exactitude de son récit ^.

Childebert II ne s'écartait pas davantage de l'esprit ni de la lettre des -canons, lorsque, entre les candidats qui convoitaient la succession de Dalma-

1. « Cunj a clericis vel cuncto populo ad ipsum episcopatuin...jpeierelur, et Hildeberlo praecelso régi Austrasiorum ut ipsum in praedicta civitate ordinaret episcopucn, fuisset suggestum, misit Childebertus ad Egidium Remensem epistolas ut eum (Gaugericum) Cameraco deberet episcopum ordinari. Accepta principale praeceptione, ut decuit Dei servum, taliter ipsum ordinavit episcopum, ita ut omnis populusvel clerici et universa plebs una voce clamarent Gaugericum episcopatu esse dignissimum » {Viia Gauge7'ici, episcop. Camerac, cap. vi, ap. Script. Rerum Meroving., t. in, p. 6S4). Fustel de Coulanges n'a pas connu, ce texte. M. Hauclc le rejette comme dénué de valeur historique, sous prétexte que Cambrai appartenait à Ghilpéric et non à Childebert. Cambrai, en effet, faisait encore partie du domaine de Ghilpéric en S84 (cf. Greg. Turon., Hts<. Franc, VI, 41). Mais bientôt après, et peut-être dès la Dn de cette même année, lorsque Clotaîre II succéda à son père, Cambrai dut passer sous la domination de Childebert, qui s'empara même de Soissons (cf. Krusch, Das Leben des Bischofs Gaugerich von Cambrai, dans Neues Archiv., t. XVI, p. 230). Il n'y a pas lieu de suspecter la valeur de ce Vita, écrit, selon le docteur Krusch, dès la fin du vn« siècle, par un clerc de Cambrai (Rer. Meroving. SS.f'p. 680).

2. « Cum consensu civium regalis decrevitauctoritas fierisacerdotem. » Greg. Turon., Hist. Franc, IX, 23. Pourquoi le docteur Hauck, à propos de ce texte, écrit : « Die Wahl sank zu éines leeren Form herab » {Die Bischofswahlen, p. 39), nous ne le voyons pas.

tius à Rodez, il choisissait rarchidiacre Théodose '. Cependant de graves reproches atteignent sa mémoire. Il a laissé la réputation d'un prince simoniaque. Le pape Grégoire le Grand, dans une lettre à Virgile d'Arles, se plaint que dans le royaume de Childebert il n'y ait pas une nomination épiscopale qui ne soit entachée de corruption ^. 11 faut croire que la fin de son règne ne répondit pas au début. L'influence néfaste de Brunehaut se faisait sentir à la cour de son fils. Cette princesse, le mauvais génie de la maison de Sigebert, essaya, plus qu'aucun autre souverain de ce temps, de faire de l'épiscopat un instrument de règne. Elle osa élever sur le siège d'Auxerre un mendiant, dont le seul mérite avait été de lui sauver la vie ^. Les évêchés vacants offraient une proie facile aux ambitieux ; les riches offraiides furent souvent leur unique recommandation auprès de la reine ou de son fils, et plus tard de ses petitsfils, Théodebert II et Thierry II, ou même auprès des électeurs. Grégoire le Grand revient plusieurs fois à la charge pour stigmatiser cet affreux trafic ''.

i. Greg. Turon., Hist. Franc.,\, 46. Le docteur E&uck (Die Bischofswahlen, p. 41) suppose que Théodose fut désigné par Dalmatius dans son testament. Grégoire de Tours ne dit rien de semblable.

2. « Quod in Galliarum vel Germaniae partibus nullus ad %acrum ordinem sine commodi datione perveniat. d Jaffé, Regesta, n» 1374. Cf. n» 1376, épître adressée à Childebert lui-même, et dans laquelle il le prie d'arracher tam detestabile facimis de fegno suo (Hist. des G., IV, lS-16).

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