VIII. Voici, d'après Goguel?, les hypothèses qu'a
4. Aporien im vierlen Evangelium : Nachrichten der Künig. Gesell. der Wiss. zu Güttingen, 1907-1908.
2) Art Cil,: pe 1931.
ÉVANGILE DE SAINT JEAN. Ati
émises Schwartz sur la formation successive du IV° évangile. « On peut y reconnaître trois couches successives. L’évangile est constitué d'une Grundschrift (écrit fondamental) qui a été remaniée par un rédacteur (Bearbeiter) et qui.a subi les additions d’un interpolateur. Il n’a guère reçu sa forme définitive avant l’an 140. La Grundschrift était une œuvre dramatique d’une grande originalité ; les poursuites contre Jésus y avaient pour motif la résurrection de Lazare et c'était Pilate qui en prenait l'initiative. L'auteur. de cette Grundschrift ne s’est nullement considéré comme lié par la tradition évangélique; il en a usé librement avec elle et s’est montré poète génial et créateur d’une puissante originalité, sa seule préoccupation étant d’entonner pour célébrer les vertus de son Dieu un chant tout nouveau. Le génie du poète s’est manifesté en ce qu'il ne s’est pas borné à accentuer d’une manière dogmatique la divinité de son héros, mais qu’il a donné à l'humanité en lui toute sa valeur. Il est déjà assez loin des origines, mais d’un autre côté il a dû écrire assez tôt puisqu'il a pu laisser entièrement de côté la tradition synoptique pour célébrer librement, en poète, la divinité de Jésus.
« L’évangile primitif était une œuvre trop originale pour être conservée telle quelle dans l'Église. Le contraste avec les synoptiques était trop violent. Ainsi s'explique l'intervention de deux rédacteurs qui, l’un après l’autre, ont remanié l'évangile, lui faisant perdre son originalité, mais par là même l’adaptant aux besoins de l'Église de leur temps. Le premier de ces rédacteurs est celui que Schwartz appelle le Bearbeiter, c’est l’auteur de la première et peut-être aussi des deux petites épîtres de Jean. Il a fait disparaître l'originalité du récit johannique, émoussé les angles, supprimé tout ce qui pouvait étonner et choquer, par
k12 CRITIQUE ET PHILOLOGIE DU NOUVEAU TESTAMENT.
exemple réintroduit l’entrée de Jésus à Jérusalem et | fait jouer un rôle aux Juifs dans l'histoire de la passion. ; |
« Le second rédacteur n'est pour Schwartz qu’un interpolateur; il a ajouté à l’évangile de larges morceaux destinés à harmoniser son récit avec celui des évangiles synoptiques; il a supprimé la dédicace (dédicace dont XX, 31 permet de soupçonner l'existence); il a ajouté les passages relatifs au disciple bien-aimé et le chapitre XXI pour faire de l'évangile l’œuvre de l'apôtre Jean. Cela suppose qu'il vivait au moment où on commençait à identifier les deux notions d’apostolicité et de canonicité. Le même interpolateur a remanié la première épître de Jean et attribué à l’Apôtre la composition des deux petites épitres et de l’Apocalypse. »
Il nous est difficile de discuter ces hypothèses n'ayant pas les articles sous les yeux, mais il nous semble que toutes les déductions dérivent d’un système préconçu., Partant de cette idée qu’un écrivain de génie avait composé un poème sur la personne et le rôle de Jésus, Schwartz a cherché les traces de ce poème dans le IV° évangile; quand il ne les a pas retrouvées, il a supposé qu'on les avait supprimées. Puis, il a attribué à des rédacteurs successifs ce qui restait du 1V* évangile, en se plaçant aux points de vue divers qu’il leur attribue.
IX. Nous devons reconnaître que Bousset! a, tout d’abord, adhéré à un certain degré aux hypothèses de Schwartz et de Wellhausen sur le IV* évangile; il admet qu’il y a plus de remaniements qu'on ne l'avait admis tout d'abord. Plusieurs rédacteurs ont dû tra-
1. Ist das vierle Evangelium eine literarische Einheît, dans Theol : Rundschau, p.1-12 et 39-64. Tübingen, 1909,
vailler à sa composition mais il repousse cette hypothèse d’une Grundschrift, œuvre existant tout d'abord à un état indépendant et tout à fait propre.
Plus tard, Bousset ! affirmera l'unité du IV° évangile : l'hypothèse de Spitta, dont nous parlons plus loin est une œuvre d'imagination. Il est impossible de faire le départ entre les contradictions et les incohérences qui ont existé dans l’œuvre primitive et celles que l’on ne peut accepter.
X. Barth?, au contraire, croit que si l’on additionne la Grundschrift de Spitta et celle de Wellhausen on produit une impression d'historicité chez les critiques indépendants. Il nous paraît difficile de conclure à la valeur historique d’un écrit dont on n’a conservé qu’une minime partie.
XI. Harnack$ est disposé à reconnaître la valeur des arguments mis en avant pour contester l'unité du IV° évangile : « L'unité du livre qui n’a pas été édité par l’auteur mais par un cercle de disciples ne peut être prise dans un sens rigoureux, mais on ne peut
préciser l'importance de l'intervention de l'éditeur ou
du rédacteur. »
XII. A. Meyer * reconnaît l'importance des travaux de Wellhausen pour la critique du IV® évangile, mais il n’en accepte pas les résultats fondamentaux. Tout dans cet évangile, la langue, les idées portent à un tel point la même empreinte qu'on ne peut aboutir à une division certaine des parties. À quoi sert d’enlever les contradictions et les incohérences à l'écrivain À
1. Johannesevangelium, dans Die Religion in Geschichle und Gegenwart, B. IL, p. 608-636, Tübingen, 1911.
2, Das Johannesevangelium und die synoptischen Evangelien, 2° Auf. Grosslichterfelde, 1941.
8. Lehrbuch der Dogmengeschichte, IVe Auf, B. I, p. 107. Lepzig, 14909.
4. Die johann. Literatur, dans Die Theol. Rundschau, B, XIII. Tübin. gen, 1910,
pour les attribuer à un interpolateur B? Elles sont incorporées dans la substance de l’évangile et proviennent de l'union que fait l'auteur de ses divers matériaux : les récits synoptiques et la tradition synoptique d’un côté et les doctrines judéo-chrétiennes primitives et hellénistiques-gnostiques de l’autre. L'auteur a pu d’ailleurs composer les diverses parties de son œuvre . à des époques différentes et enfin des gloses ont pu y être introduites.
XIIL. J. Weiss! croit aussi qu'il y a lieu de distinguer dans le IV° évangile l'écrit fondamental, Grundschrift, des parties complémentaires. Cet évangile nous a été transmis par une seconde main. L’auteur du chapitre XXI, qui écrit après la mort du disciple bien-aimé, a publié un écrit de celui-ci en l’augmentant de nombreuses additions et explications. C'est de lui que viennent tous les passages où il est parlé du disciple bien-aimé et du témoignage sur l’épisode du coup de lance porté au côté de Jésus. Dans les discours et les récits il a ajouté des éclaircissements pour rendre le texte traditionnel plus compréhensible.
XIV. Après vingt ans d’études sur le IV® évangile, Fr. Spitta ? est arrivé à cette conviction, que cet évangile n’est pas une œuvre une, qu'il y a à sa base un document primitif dans lequel ont été mélangées des additions et introduits des changements de diverse nature. Pour arriver à dégager le document primitif, Grundschrift, il passe en revue les principaux chapitres de l’évangile et par une analyse très minutieuse il pense avoir déterminé ce qui appartient au document primitif et ce qui revient au rédacteur définitif. Voici
1. Die Aufgaben der neutestamentlichen Wissenschaft in der Gegenwart, p.36. Gôüttingen, 1908.
2. Das Johannesevangelium als Quelle der Geschichte Jesu. Gôttingen, 1910.
les observations qui lui ont permis de conclure à la formation composite de cet écrit : 1, Les nombreuses interprétations erronées des paroles de Jésus. 2, La double estimation des caractères de Nicodème et de Jean. 3, Les changements introduits dans des passages primitifs pour les accommoder aux conceptions de l’époque de composition définitive. 4, Les brusques changements d’aspect des scènes de l’action. 5, Les doublets fréquents.
A l’aide de ces critériums il a séparé le document primitif de ses agrégats postérieurs. Pour donner aux lecteurs une idée des résultats auxquels il a abouti nous reproduisons la péricope de la résurrection de Lazare. En face du document primitif nous plaçons les additions du rédacteur, dont les réflexions personnelles sont reproduites en italiques pour les distinguer des parties empruntées à des documents.
XI, 1. Il y avait un homme, Lazare de Béthanie, 3, dont les sœurs Marthe et Marie envoyèrent un jour à Jésus pour lui faire dire : Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade. 5, Or, Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare. 6, Lors donc qu'il eut appris qu’il était malade, 7, il dit à ses disciples : Allons de nouveau en Judée. 8, Les disciples lui dirent : Maïtre, il n’y a que peu de temps que les Juifs cherchaient
XI, 1, un malade (au lieu d'un homme). du village de Marie et de Marthe sa sœur. 2, Marie était celle qui oignit le Seigneur de parfum et qui essuya ses pieds avec ses cheveux et Lazare qui était son frère était malade.. 4, Jésus ayant entendu cela, il dit : Cette maladie n’est pas pour la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle... 6, Il demeura cependant deux jours au
à te lapider et tu y retournes encore. 9, Jésus répondit : N'y a-t-il pas douze heures au jour? Si quelqu'un marche au jour, il ne se heurte point.
16, Thomas, appelé Didyme, dit donc aux autres disciples : Allons, nous aussi, afin que nous mourions avec lui... 18, Or, Béthanie était près de Jérusalem, environ à quinze stades.
20, Dès que Marthe eut appris que Jésus venait,
lieu où il était. 7, Après cela. 9, Car il voit la lumière de ce monde.
10, Mais si quelqu'un marche pendant la nuit il se heurte parce qu'iln’y a point de lumière en lui.
11, Il parla ainsi et après cela, il leur dit : Lazare, notre ami, dort, mais je vais afin de le réveiller. 12, Alors, les disciples lui dirent Seigneur, s'il dort, il sera sauvé. 13, Or, Jésus avait parlé de sa mort; mais ceux-ci pensèrent qu'il parlait du repos du sommeil. 14, Alors Jésus leur ditouvertement : Lazare est mort, 15, et je me réjouis, à cause de vous de ce que je n'étais pas là, afin que vous croyiez, mais allons à lui.
17, Mais Jésus étant arrivé, il trouva qu'il était déjà depuis quatre jours dans le tombeau.
19, Beaucoup d’entre les Juifs étaient venus auprès de Marthe et de Marie pour les consoler au sujet de leur frère.
20, Mais Marie resta
assise dans la maison.
elle alla au-devant de lui, 21, et dit: Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. 22, Et maintenant, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera.
23, Jésus lui dit (à Marthe) : Ton frère ressuscitera. 24, Marthe lui dit :
Je sais qu'il ressuscitera à la résurrection, à la résurrection au dernier jour.
25, Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie.
Celui qui croit en moi, quandmême il serait mort, vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? 27, Elle lui dit : Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir dans le monde.
28, Et ayant dit cela, elle s’en alla et appela Marie, sa sœur, en secret, et lui dit : Le Maître est là et t’appelle. 29, Dès qu'elle eut entendu, celleci se leva promptement et vint vers lui. 30, Or Jésus n'élait pas encore entré
33, Quand donc Jésus la vit pleurer et que les Juifs qui étaient venus avec elle, pleuraient, Jésus fut troublé, 34, et dit : Où l’avez-vous mis? Ils lui dirent : Seigneur, viens et vois. 35, Et Jésus (vint et quand il le vit) il pleura.
36, Les Juifs dirent alors :
Voyez comme il l’aimait.
37, Quelques-uns d’entre eux disaient : Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourût pas? 41, Mais Jésus leva les yeux en
dans le village, mais il était à l’endroitoù Marthe l’avait rencontré. 31, Les Juifs donc qui étaient avec elle dans la maison et qui la consolaient, voyant Marie se lever subitement et sortir, la suivirent, disant : Elle va au sépulcre pour y pleurer. 32, Etant donc arrivée à l’endroit où était Jésus, dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.
33, Jésus frémit dans son âme et 38, Jésus. frémissant de nouveau en lui-même, arriva au sépulcre. 34, C'était une grotte et une pierre était posée dessus. 39, Jésus dit : Otezlapierre. Marthe, la sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà, car :
il est là depuis quatre jours. 40, Jésus lui dit :
Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? 41, Ils ôtèrent donc la pierre.
42, Je savais bien que tu m'exauces toujours.
haut et dit : Père, je te rends grâce de ce que tu m'as écouté. 43, Et lorsqu'il eut dit ceci, il cria à haute voix : Lazare. Le mort sortit, ayant les mains et les pieds liés de bandes et le visage enveloppé d’un linge. Alors Jésus leur dit : Déliez-le etlaissez-lealler. 45, Beaucoup des Juifs crurent en lui.
Mais j'ai dit cela à cause du peuple qui m’environne, afin qu'ils croient que c’est toi qui m'as enpoyé.
43, Sors! il sortit.
45, Ceux qui étaient venus vers Marie et avaient pu ce qu'il avait fait.
46, Mais quelques-uns d’entre eux allèrent vers les pharisiens et leur direntceque Jésus avait fait.
Spitta a soumis tout le IV° évangile à une dissection analogue à celle-ci et il a abouti à reconstruire un document primitif qui suit de près le récit des synoptiques. Voici ce qu’il contiendrait d’après lui :
1, Le témoignage de Jean-Baptiste, I, 6, 7, 9, 10°-
2, Les disciples de Jésus, I, 35-48; 50-52.
3, La purification du temple, II, 13-20.
4, L'entretien de Jésus avec Nicodème, IT,