‹ Études de critique et de philologie du Nouveau TestamentChapitre 138 sur 162 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

23, Le crucifiement de Jésus, XIX, 19, 21-23 ; 26-30. :

24, L'ensevelissement de Jésus, XIX, 31-34; 41, 42.

25, L'apparition du ressuscité à Marie Madeleine, XX, 1-11: 14-18.

26, L'apparition du ressuscité à ses disciples, XX, 19, 21-25.

Tel serait le contenu du document primitif, que Spitta désigne par la lettre À et qui aurait une haute valeur historique. Il serait très ancien, et daterait peut-être d'avant l'an 44, et aurait été-écrit par un disciple de Jésus, témoin oculaire des événements, très probablement l’apôtre Jean. Ainsi qu’on le constatera par l’indication des sections, il contenait un récit suivi de la vie du Seigneur. Les discours de Jésus ont été reproduits dans leur ensemble. On remarquera que Spitta a fait subir au texte un certain nombre de déplacements.

Prenant pour base le document A, un rédacteur y a introduit des faits et des paroles de Jésus qu'il a empruntés soit à des traditions, soit à d’autres documents. Il y a ajouté en outre ses réflexions personnelles, L'ensemble de ces additions constitue ce que Spitta appelle le document B. L'auteur serait un théologien du n° siècle qui aurait écrit pour enseigner la doctrine du Logos; de lui viendrait tout ce qui se rapporte à cette doctrine dans le IV° évangile. Le document À rapporte les paroles de Jésus aussi fidèlement que les synoptiques, tandis que l’interpolateur B les a changées par ses additions théologiques. Au document À revient tout ce qui paraît historique à Spitta, tandis que B est accusé de toutes les modifications qui paraissent entraver la marche du récit ou enlever aux discours du Seigneur leur caractère simple et aphoristique. Il n’en reste pas moins que ce document paraît étriqué, sec, sans liaison. Le document À a même mieux conservé à la vie de Jésus ses caractères historiques que ne l'ont fait les synoptiques. Ceux-ci ont oblitéré la figure de Jésus, en tant que Juif strict,

tandis que le document B le représente comme un juif qui observe toute la Loi, allant à Jérusalem non seulement à la fête de Pâques, mais à toutes les fêtes légales. Mais ce portrait de Jésus est bien incomplet puisque le critique enlève au Seigneur tout ce qui était en lui au-dessus d’une personnalité humaine. Les miracles rapportés par À sont des actions dues au pouvoir de la foi, et peuvent s'expliquer naturellement; B les a défigurés en les rattachant à sa doctrine du Logos. Les discours dans le document À sont imprégnés comme ceux des synoptiques d'idées eschatologiques; ils ne présentent aucune trace de la doctrine du Logos et se rapportent surtout à la revendication messianique de Jésus. Le titre : Fils de Dieu est, pour ce document, seulement un titre messianique.

On ne peut s'empêcher de remarquer que ce procédé de découpage est entièrement subjectif. L'auteur part de jugements préconçus et s’en sert pour opérer la dissection du IV° évangile. Il s'ensuit que le sectionnement pourra être fait différemment par un autre critique qui s’inspirera d’autres critériums. Nous verrons plus tard qu’il ne tient pas compte de la tenue linguistique du IV* évangile. Observons seulement que ce qui, d’après Spitta, a été ajouté par le rédacteur B est nécessaire pour l’explication du texte et que ce morcellement détruit le parallélisme qui existe entre les versets de quelques passages. Prenons pour exemple la dissection que fait Spitta du prologue de l’évangile. D'après lui, le document primitif commencerait au Ÿ 6: «Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s'appelait Jean. Il vint en témoignage, pour témoigner touchant la lumière. » Mais quelle est cette lumière à laquelle Jean est venu rendre témoignage sinon celle dont il est parlé aux versets précédents : « En lui (le Verbe) était la vie et la vie était la lumière. Et la lumière luit dans

les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point reçue. » Le ÿ 6 est évidemment la suite des ÿ 4 et 5. Et ceux-ci sont le développement du début de l’évangile : Au commencement était le Verbe. Mais Spitta le rejette parce que ce début enseigne la doctrine du Logos. Plus loin, il supprime du document A : Et le Verbe devint chair, toujours pour la même raison, et y garde les mots suivants : Il habita parmi nous, plein de grâce et de vérité. Il retranche encore les ÿ 16, 17 qui sont la réplique et l'explication de ce verset : Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce, car la Loi a été donnée par Moïse et la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.

Tous les critiques qui ont étudié le prologue du IVe évangile s'accordent à y voir un morceau où toutes les pensées se répondent dans un ensemble solidement enchaîné et s’équilibrent dans un rythme parallélique, se développant normalement. Or, ce découpage de Spitta détruit cet enchaînement et tout le parallélisme de ce merveilleux morceau; il ne reste que des

. membres de phrase, quine se relient pas normalement.

Le IV° évangile, nous le reconnaissons, ne se présente pas comme une œuvre composée d’après les règles de notre esthétique moderne; il n’est pas tout entier d’une même venue, et présente, surtout pour les discours, des retours sur lui-même. Il reste quand même que c'est une œuvre homogène pour les idées et les doctrines, ainsi que pour la langue, dont le caractère est très particulier.

XV. Wendt avait exposé son opinion sur la composition du [V® évangile! ; il l'expose à nouveau dans un travail publié en 1911 ?.

1. Das Johannesevangelium. Güttingen, 1900. Die Lehre Jesu. Güttingen, 1901.

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