Die Schichten im vierten Evangelium. Gôttingen
11 croit que Wellhausen, Schwartz, Spitta, en s'ap-
puyant sur les incohérences, les répétitions, les divergences du IV* évangile, ont adopté un critérium tout extérieur et même mécanique. Tout cela ne prouve pas l'existence de plusieurs documents mélangés. Il veut, lui, trouver un critérium intérieur. Il distingue dans cet écrit deux couches superposées, l’une primaire qui est composée des discours, l’autre secondaire, formée surtout des parties narratives. Son critérium pour distinguer ce qui appartient à chacune des sources est le suivant : Le point de vue entre celui de la première et celui de la seconde est différent. Le narrateur voit en Jésus un thaumaturge et celui qui a écrit les discours le tient pour un prophète. Entre les discours de Jésus et certaines notes destinées à les expliquer il y a divergence. Celles-ci trahissent une interprétation grossièrement matérialiste de paroles essentiellement spirituelles de Jésus. Cependant les discours et les récits sont très intimement liés de façon à former un tout cohérent.
Le recueil de discours est d’origine ancienne et a pu avoir pour auteur premier l'apôtre Jean ; en tout cas, l’auteur a été un témoin auriculaire. Mais le rédacteur ne les a donnés qu'en substance; le fond seul serait authentique. Quant aux récits ils viennent des synoptiques ou d’une tradition particulière ou ont été imaginés par le rédacteur pour illustrer quelques-unes des paroles de la source primitive. Leur valeur historique est bien inférieure à celle des discours.
Au moyen d'une analyse très minutieuse du texte, Wendt essaye de distinguer les deux sources qu'il a cru découvrir, puis il reproduit une traduction allemande de l’évangile dans laquelle il donne en caractères différents ce qui appartient à chacune d'elles. Le travail est très intéressant et l’auteur y a déployé une
His D hé -
ÉVANGILE DE SAINT JEAN. à 495
grande ingéniosité, mais on ne peut s'empêcher de croire que tout cela est bien suggestif, parce que fondé en partie sur des critériums préconçus et assez faibles en soi. Le principal critérium de dissection, à savoir que la conception de la mission de Jésus n'est pas la même dans les discours et les récits ne découle pas des textes, car ces deux conceptions de. Jésus thaumaturge et de Jésus prophète se retrouvent dans tout l’évangile, dans les discours aussi bien que dans les récits.
On remarquera que Spitta et Wendt ont tous les deux découverts dans le IV® évangile un document primitif, Grundschrift, ancien et de haute valeur historique. Mais pour Spitta ce document était formé des récits de l’évangile, tandis que pour Wendt il contenait les discours du Seigneur. Les positions sont donc renversées. Pour Spitta le récit est historique et les discours sont l'œuvre d’un théologien du n° siècle; pour Wendt les discours proviennent d’une tradition authentique et reproduisent en substance les discours du Seigneur, tandis que les récits ont un but dogmatique, qui est de prouver la divinité de Jésus par des miracles et de réfuter les objections faites à cette divinité. Inutile d’insister sur ces résultats divergents auxquels aboutissent les deux critiques.
XVI. Ces hypothèses du sectionnement du [V* évangile ont été réfutées par B. Weiss et C. Clemen. D'une étude- détaillée de chacune .des sections et de leur analyse minutieuse B. Weiss! conclut que l’évangile de Jean est une œuvre une. Si l’on y relève des incohérences ou des contradictions elles proviennent de ce que l’Apôtre a écrit son évangile à la fin de sa vie et
1. Das Johannesevangelium als einheitliches Werk, geschichtlich erklärt. Berlin, 1912. ;
qu'il y a mélangé ses souvenirs réels avec ce qui provenait de sa connaissance intime de son Maître ressuscité. Le travail de B. Weiss est un commentaire du IV*° évangile qui a pour but de faire ressortir la réalité historique des récits et l'authenticité substantielle des discours du Seigneur. Toutefois, remarquons que sur bien des points nous n'accepterions pas les interprétations de l’auteur. La valeur historique des miracles en particulier y est trop diminuée.
XVII. Clemen ne s’est pas borné non plus à établir l'unité fondamentale du IV* évangile, il a étudié aussi la question d'auteur, la date et le lieu de composition de cet écriti.
On a beaucoup discuté en ces dernières années la question des sources du IV* évangile; Clemen, dans l'introduction à son ouvrage, L’Origine de l'évangile de Jean, passe en revue les diverses hypothèses qui ont été émises à ce sujet. Il divise ensuite son travail en deux parties : une partie spéciale et une partie générale. Dans la première il étudie l'évangile de Jean, section par section, et passe en revue toutes les théories, aboutissant à établir que cet évangile n'est pas un, mais est composé de pièces et de morceaux; il les rejette toutes et en présente une nouvelle pour expliquer ce qu'il croit être des répétitions, des contradictions. Il pense que l’auteur du IV* évangile a connu diverses traditions évangéliques, d'inégale valeur historique. Il admet que, sur certains points, par exemple en ce qui concerne la topographie et les détails personnels, il a reproduit une tradition fidèle, mais sur d’autres il a été induit en erreur, particulièrement sur la ma- - nière dont il a présenté la vie de Jésus, les rapports de Jean-Baptiste avec Jésus et les scènes de la passion.