L. RADERMACHER, Veutlestamentliche Grammatik. Tübingen
E.-A. Apsorr, Johannine Grammar. London, 1906.
BLass-DEeBruNNERr, Grammalik des neutestam. Griechisch, Le Aufl. Gôüttingen, 1913.
A.-T. ROBERTSON, À Grammar of the Greek New Testament in the light of historical Research. Louisville, Kentucky, 1914.
I. La Grammaire du grec néotestamentaire de F.-W. Moulton! inaugure une nouvelle voie dans l'enseignement du grec du Nouveau Testament. On n’ignorait pas, il est vrai, les données principales sur lesquels elle est fondée, mais on ne les avait pas encore appliquées d’une façon systématique à la syntaxe du Nouveau Testament. Ad. Deissmann a été le précurseur lorsqu'il a prouvé que le grec néotestamentaire était le grec parlé au 1°" siècle de l’ère chré-
4, À Grammar of New Testament Greek,
tienne, Son travail était appuyé surtout sur le sens des mots; Moulton pousse l’idée plus avant et la démontre par l'étude de la syntaxe. Dans ce volume, il étudie les particularités qui distinguent le grec du Nouveau Testament du grec classique, dont il trouve la trace dans le grec populaire du r°* siècle du christianisme.
Après avoir précisé les caractères généraux et fait l’histoire du grec, que nous lisons dans le Nouveau Testament, il passe en revue toutes les formes du discours et signale ce que la syntaxe néotestamentaire offre de nouveau. Les matériaux du travail sont fournis principalement par les papyrus et les inscriptions. Voici quelques-unes des conclusions : Aux siècles avoisinant le christianisme, le grec était devenu la langue internationale, parlée dans tout le bassin de la Méditerranée. Même au point de vue littéraire, elle n'avait pas conservé la pureté classique. À l’état de langue parlée, elle était devenue beaucoup plus simple, moins périodique. Les auteurs du Nouveau Testament ont écrit dans cette langue et, sauf dans les évangiles et les Actes, dont plusieurs parties ont été primitivement araméennes, ils ont admis peu d’hébraïsmes dans leurs ouvrages. Les expressions et les tournures de phrase, étrangères au grec classique, et qu’on avait qualifiées d’hébraïsmes, étaient des vulgarismes, que l'on retrouve dans les payrus et les inscriptions du temps. Pour s’en convaincre il n’y a qu'à comparer les écrits du Nouveau Testament avec la version des Septante, où les hébraïsmes abondent.
Nous voudrions montrer par le détail l'usage qui pourra être fait de ces études philologiques pour la critique et l’exégèse du Nouveau Testament; ce serait un peu long, et peut-être fastidieux pour quelques lecteurs. Deux ou trois exemples suffiront. Dans le
IV° évangile on trouve d'ordinaire l'adjectif eudé au lieu du pronom wo; c'était l'usage courant en Asie Mineure, ce qui nous indique le lieu d’origine de cet écrit. Les pronoms fueïç et êÿo étaient employés indistinctement l’un pour l’autre, ce qui explique l'usage de ces pronoms dans les lettres de Paul. L'expression de Marc, IIL, 21, of map” «èro se retrouve avec le sens de « sa famille ». L'étude sur l’emploi des temps, des modes et des voix des verbes, sur les conjonctions est très suggestive. Ainsi, on a constaté que Marc emploie dans son récit le présent historique 151 fois, Matthieu, 93 fois, Luc, 8 fois seulement. Or, cet usage est populaire, d'où il suit que le récit de Marc reproduit le mieux la tradition primitive, tandis que Matthieu et surtout Luc l'ont corrigée.
Dans sa seconde édition Moulton répond à l’observation qui lui a été faite que les particularités de la langue qu’on a tenues autrefois pour des sémitismes et qu'il croit être simplement des particularités de la langue grecque commune, pourraient avoir été introduites dans la langue populaire de l'Egypte par les Juifs très nombreux dans ce pays. Ce serait donc la langue commune qui aurait été sémitisée. M. Moultonfait observer que la langue grecque parlée en Egypte était identique à celle de tout l'Orient. La réponse serait démonstrative si les Juifs n'avaient pas été à cette époque répandus en Asie, en Syrie, en Grèce, aussi bien qu'en Égypte. Il ÿ aurait donc lieu d’examiner plus à fond la quéstion.
La [°° partie du volume II de cette Grammaire : Accidence and Word formation. Part I : General Introduction; Sounds and Writing, vient d’être publiée par W.-F. Howard. Moulton est mort à son retour d'un voyage de mission dans les Indes. Le navire sur lequel il était monté a été torpillé dans la Méditerranée. Elle
renferme une introduction générale et un traité sur les sons et l'écriture (Sounds and Writing). Cette seconde partie étant toute de détail, nous ne pouvons l’analyser; extrayons seulement de l'introduction les remarques qui intéressent la langue du Nouveau Testament.
D'une façon générale le Nouveau Testament grec est écrit dans la Zngua franca de la conversation, telle qu’elle était parlée dans l’Empire romain au r°" siècle de notre ère. Les évangélistes et Paul, voulant être compris de leurs auditeurs, employèrent la langue parlée de leur temps. Ils n’essayèrent pas de conformer leur grec à l’ancien attique, comme l'ont fait Josèphe et Lucien. Ils laissèrent de côté les nuances et les subtilités de la langue. Luc cependant, dans son emploi de l'optatif et de tournures rappelant le grec classique, surtout dans les Actes des apôtres, se montre plus soucieux d'écrire un bon grec. L'épitre aux Hébreux offre un caractère différent des livres du N. T. ; elle est écrite dans le grec littéraire et observe les règles de la rhétorique grecque. L'auteur est avec Luc le seul littérateur parmi les écrivains du N. T. Paul, dont le grec était une des langues maternelles, aurait pu, lui aussi, écrire la langue littéraire, comme le prouve son discours d'Athènes, mais il a préféré se servir de la langue populaire : ses épîtres étaient d’ailleurs parlées plutôt qu'écrites.
Les épîtres de Jacques, de Pierre et de Jude ont un caractère tout particulier. Elles sont écrites dans un bon grec et offrent peu de traces de sémitismes. On peut se demander comment un pêcheur galiléen, tel que Pierre, a pu écrire sa première épitre. Indépendamment du fait qu'elle a pu être grécisée par Silvanus, il faut se rappeler que le grec était couramment parlé en Galilée et qu'en outre, pendant la seconde période de sa vie, Pierre a été constamment en contact
avec des gens parlant grec. Les mêmes observations sont valables pour Jacques et pour Jude.
Étudiant les sémitismes du N. T., Moulton croit nécessaire de modifier quelques-unes des positions tenues antérieurement à leur sujet. Un sémitisme dans le N. T. sera défini, une déviation du grec authentique, due à une traduction trop littérale de la langue d'un écrit sémitique. Les sémitismes peuvent être de deux sortes : ils peuvent provenir d'une imitation consciente ou non du grec des Septante, ou d’une traduction servile de l'original sémite, écrit ou oral, qui est à la base de leur écrit : les premiers seront des hébraïsmes, les seconds des aramaïsmes.
Les divers écrivains du N. T. ont admis dans leurs écrits un bon nombre de ces deux sortes de sémitismes. Ils ont beaucoup cité les Septante et, de ce fait, introduit des hébraïsmes dans leurs livres. Luc, soit pour son évangile, soit pour les Actes, a utilisé des sources araméennes. Les a-t-il traduites lui-même? C’est fort possible, s’il était, comme on le croit d'ordinaire, natif d’Antioche, ville où l’araméen était couramment parlé. D'une manière générale, il reproduit ses sources sans trop les modifier, ce qui explique les caractères différents du grec que nous lisons dans les Actes. Le grec des discours de Pierre n’est pas celui du Journal de voyage. Il n’en est plus de même de Paul; il parlait d'ordinaire le grec; il pensait en grec et sa phrase a rarement des tournures araméennes. C’est dans l’épiître aux Éphésiens qu’on en rencontre le plus. On trouve des hébraïsmes dans l’épître aux Hébreux, mais ils proviennent des Septante. La langue du premier évangile est correcte, mais sans couleur; celle du second trahit des sources araméennes; celle du quatrième indique un auteur dont le grec n'était pas la langue maternelle. L’Apocalypse prend des libertés avec la
syntaxe grecque, qui dénotent une origine sémitique.
Il. La Grammaire du grec néotestamentaire qu'a publiée Boatti! est la première où il soit tenu compte méthodiquement de la langue populaire, telle qu’on la trouve dans les papyrus et les ostraka. Dans l’Introduction l’auteur rappelle les opinions diverses sur la langue du Nouveau Testament, établit l’origine de la langue grecque qu’on appelle la Koivi et en précisé les caractères essentiels. Cette langue commune était le dialecte attique avec admission departicularités d’autres dialectes grecs. Elle se distinguait du grec classique par la simplification de la déclinaison et de la conjugaison. L'auteur croit que les langues sémitiques ont influé sur le style, la grammaire et le vocabulaire du grec néotestamentaire, et il cite quelques hébraïsmes que l’on trouve dans le Nouveau Testament.
Dans la Phonologie, il examine la prononciation du gree pendant la période hellénistique, laquelle a pu influer sur l'écriture des manuscrits du Nouveau Testament qu'il étudie ensuite, et produire diverses vatiantes. Il relève les changements de voyelles et de consonnes dans le grec du temps.
Dans la Morphologie sont étudiées les particularités du grec néotéstamentaire dans l'usage des déelinaisons, des adjectifs et des verbes. En appendice, il signale les irrégularités nouvelles qu'a introduites le Nouveau Testament dans quelques verbes irréguliers comme olôx, xdbmpur,
A propos de chacune des particularités relevéés dans le Nouveau Testament, il signale quand il y a lieu, les papyrus ou les ostraka dans lesquels on en retrouve d’analogues.
4, Grammatica del greco del Nuovo Testamento con raffronti all'attico, all'ellenistico ed'al moderno, ai Settanta, alle iscrizioni, ai papiri. — Parte [, Fonologin e Morfologia. — ‘Parte 11, Sintassi.
Dans la syntaxe, Boatti expose les règles syntaxiques : Parties logiques du discours, le nom, l’article, l'adjectif, le pronom, le verbe, les propositions, le participe et l'infinitif;, les prépositions, le style des écrivains du Nouveau Testament. k
Dans la préface, il nous dit excellemment ce que doit être une syntaxe du Nouveau Testament : elle ne se contentera pas de relever les faits, mais elle indiquera ce qui est certain ou douteux, conforme à l’usage classique du qui est d'usage récent; si c’est un phénomène de grande proportion ou à peine perceptible.
IT. Le travail de Radermarcher! sur le grec néotestamentaire présente cette particularité que ce grec est constamment mis en rapport avec celui des écrivains du temps, des inscriptions et des papyrus; de cette comparaison résultent des lumières nouvelles sur sa nature et sa signification. Il en ressort une conclusion très nette : le grec du Nouveau Testament n’est pas une langue particulière, mais le grec de la Kow. Les formes que l’on qualifiait autrefois d’hébraïsmes ne sont nullement spéciales aux écrits néotestamentaires ; on les retrouve dans la langue du temps. Ainsi l'emploi de &v& au sens distributif, de où rä< pour oùdels, se lisent dans les inscriptions ou les papyrus. Il reste cependant des phrases qui ne sont pas compréhensibles au point de vue grec, Telle est, par exemple, l'affirmation au moyen d'une proposition condition= nelle, commençant par si et non accompagnée d’une phrase principale : Je vous dis en vérité s’il sera donné, et ôoñoëvut, un signe à cette génération, Marc, VIII, 12, hébraïsme pour : il ne sera pas donné de signe à cette génération. Une phrase commençant abrupte= ment par vi, comme dans Luc, XI, 5, 11, n'ést pas
À, Neutestamentiiche Grammatik:
grecque. Malgré ces quelques formes que l'on peut qualifier d’hébraïsmes, le grec du Nouveau Testament est celui que l'on parlait au r‘* siècle dans le monde grec. Quel était-il? Voilà ce que nous explique très bien le D' Radermacher.
Il n'est pas nécessaire de prouver que la langue grecque parlée, même à l’époque de Sophocle ou de Thucydide, était profondément différente de la langue écrite. Le grec littéraire a toujours été une langue artificielle. Par la suite, cette langue s’est altérée sous l'influence de la langue populaire et par l'effet du mélange des dialectes grecs qui s’opéra surtout au temps d'Alexandre. Les écrivains continuèrent à chercher leurs modèles à l'époque classique, mais tous, à des degrés divers, admirent des formes populaires ou dialectales. C'est la langue de ces écrivains que l’on a appelée la Kow#; ce n’est donc pas, à proprement parler la langue populaire, mais une langue dont on a trouvé des spécimens différents dans la littérature à partir du ni° siècle avant J.-C., dans les inscriptions et les papyrus, avec des divergences plus ou moins profondes. Le fond de la Kowx relève du dialecte attique, avec un léger mélange de dialecte ionien. Dans le Nouveau Testament on prénules aussi quelques formes doriennes.
La langue grecque subit toutes les transformations par lesquelles passe une langue qui vieillit. Elle se simplifie et se rapproche de plus en plus de la langue parlée. Les diverses formes de conjugaison tendent à se confondre, des modes à disparaître; la construction de la phrase devient moins compliquée; les phrases subordonnées font place à des coordonnées. Nous constatons tous ces phénomènes dans les écrits du Nouveau Testament. Des formes s’y rencontrent qu'on a prises pour des fautes et qui ne sont que le résultat
de l’abâtardissement de la langue. Les règles de l’apposition ne sont plus observées, les cas sont unifés. On trouvera dans le travail de Radermacher des exemples de toutes ces particularités.
Meillet, professeur au Collège de France, fait sur cet exposé les restrictions suivantes! : Il serait puéril d'imaginer que les auteurs du Nouveau Testament ont écrit la langue populaire de leur temps. On n'’écrit pas comme on parle. Même au premier jour où une langue est écrite, ceux qui l’écrivent subissent l'influence de la littérature écrite déjà existante et surtout celle des littératures étrangères écrites. Au 1° siècle après J.-C., la Grèce avait derrière elle de longs siècles de culture littéraire. La Koivi dont on se servait en Asie avait succédé sans solution de continuité à l’attique et n’en était qu'une continuation. La langue de tout texte écrit à cette époque est un compromis entre la langue traditionnelle de la littérature et le parler courant ; et ce compromis varie suivant le degré d’instruction, suivant la lecture et la mémoire de l’auteur. Le parler courant même — dont aucun document ne permet de décrire exactement l’état — n'était assurément pas un : il variait d’un sujet à l’autre, suivant le degré d'instruction, suivant la situation sociale, suivant la profession et suivant les lieux; si le français est infiniment varié dans le Paris d'aujourd'hui, on doit croire que le grec l'était bien plus encore dans l'Asie Mineure du 1°" siècle après J.-C.
Le problème de la langue du Nouveau Testament se ramène donc à ceci : quelle est, dans les formes offertes par les textes, la part de la langue traditionnelle, et quelle est la part de la langue courante de l’époque des auteurs ?