‹ Études de critique et de philologie du Nouveau TestamentChapitre 16 sur 162 · Revue de l'Histoire des religions, t. LXIV, p · texte numérisé non relu

Revue de l'Histoire des religions, t. LXIV, p

Voici encore quelques constatations : Les dialectes autres que l’attique, ionien, dorien ont exercé une influence sur la Ko. Des mots « poétiques » peut-être conservés dans la langue du peuple, se retrouvent dans les textes de la Kowx et dans le N. T. Il faut tenir compte aussi des influences étrangères. L’exclusivisme hellénique les a marquées dans presque toute la littérature, mais il y en a eu. Le duel était sorti de l'usage dès le 1° siècle avant J.-C., même en Attique, où il s’est conservé, particulièrement tard. On doit maintenir la graphie des textes sans la normaliser, bien que l’on n’ait aucune chance d’avoir la graphie des originaux : si elle a été incorrecte, les copistes successifs n'ont pas manqué de la rectifier.

1V. Par suite du décès de F. Blass, c'est À. Debrunner! qui a revu et mis au point des études récentes la Grammaire du grec néotestamentaire, bien connue des étudiants. Il l’a revisée à fond et nous a présenté un travail que l’on peut considérer comme nouveau. Les notes ont été fondues dans le texte et les matériaux ont été souvent rangés différemment et plus clairement. Debrunner a tenu compte de tous les travaux qui ont paru sur la grécité soit classique, soit postclassique, sur la Kows, sur le grec des Septante et sur la langue des papyrus. La liste qui en est dressée au commencement de l'ouvrage en fait foi. Mais c'est surtout dans les détails que l’an constatera de nombreux changements qui ont notablement amélioré les éditions précédentes de la Grammaire de Blass. Les premiers paragraphes : le grec néotestamentaire, la Kotvñ, la place de la langue néotestamentaire dans le grec hellénistique, ont été écrits à nouveau. Les paragraphes sur la morphologie ont été beaucoup amé-

. À Grammalik des Neutestamentiichen Griechisoh.

liorés grâce à la publication des papyrus récemment découverts. Constatons cependant que tout a été ordonné pour faire de cet ouvrage une Grammaire du Nouveau Testament et non une Grammaire du grec contemporain du Nouveau Testament, Elle rendra les plus grands services aux exégètes qui se préoccupent de bien comprendre le sens du texte grec.

V. Robertson! a voulu replacer le grec du Nouveau Testament dans le courant de la langue grecque et même dans celui des langues inda-européennes, anciennes et modernes. Il a donc soin d'étudier chaque fait linguistique au point de vue de la philologie comparée et de faire l’histoire des diverses formes de la langue du Nouveau Testament.

Robertson examine ensuite la méthode historique appliquée à la grammaire, montre que le grec n'est pas une langue isolée, mais qu'il est une branche du tronc linguistique indo-européen, prouve qu'il est une langue une, quoiqu'il ait eu des périodes diverses de développement, lequel a abouti à une forme générale, qu’on désigne ordinairement par le nom Katv4, Il étudie ensuite la formation de la Kow, le développement, l'extension, montre qu'il y a eu une Kows littéraire et une populaire, dont le Nouveau Testament est un spécimen.

Les philologues ne soutiennent plus que le grec du Nouveau Testament est un dialecte spécial, mais croient qu'il est une phase naturelle dans le développement de la Kow grecque. La preuve en est faite tant au point de vue lexicographique que grammatical, Il est un grand nombre de termes que l’on croyait bibliques et qui sont du grec populaire, puisqu'on les retrouve dans les inscriptions et les papyrus : dxarayvegros,

4, À. Grammar of the Greek New Testament in the light of the historicat Research.

ävaëduw, ävactarüw, dvriAfuTrtos, dprhdpyupoc, Bpoxi, Évavrt, évOdVoxE, ÉTtxatéparos, sbdpeotos, edmpocuwméw, etc. (39 mots sont relevés). Bon nombre de mots et d'expressions que l'on croyait avoir un sens particulier dans les Septante et le Nouveau Testament ont été trouvés avec le même sens dans les inscriptions et les papyrus : &érnotc, &ueravônros, dvrinmdic, &perf, dpxerôc, déov ecti, el pv, Évoyoc, flaotiprov, xafapds, xÜptoc, MEVODVYE, dvout, mpeobtepos, ox6Ao, cwrñp, vid Oeod, vioecix, brootaotç, piloc, xd To 0e, buyhv cou, etc. (154 mots sont catalogués).

Il faut donc en conclure que pratiquement le lexique du Nouveau Testament est celui de la Kowx, avec une addition de sens nouveaux donnés à certains mots, tels ,que : &ytoc, drorpoou, fBaouhelx, émupaveru, xüpioc, rapousiax, mpecbUTE06, swThp, Vidç Peod, edxyyÉAuov, miotic, 6 Vidc où dvôpwmou, etc. On y retrouve, comme dans la Kotvr, des formes de tous les dialectes grecs, ainsi que diverses particularités syntactiques ; l'usage fréquent du pronom personnel et au contraire la décroissance de l'usage du pronom possessif, la presque disparition de l’optatif, du participe futur, du duel, l'emploi du participe avec eiui, la plus grande fréquence de ëx, de édv, &rav avec l'indicatif, l'usage de td comme pronom possessif, etc. Les formes classiques s’y trouvent aussi. En somme, le Nouveau Testament a été écrit dans la Kow populaire avec une certaine addition d'éléments littéraires, spécialement chez Luc, Paul, Jacques et l’épître aux Hébreux. Il se sert du langage du peuple avec une dignité, une grandeur, une tenue sobre que nous ne retrouvons pas dans les papyrus.

Mais n'oublions pas que tous les écrivains du Nouveau Testament, sauf Luc, étaient des Sémites; il faut donc nous attendre à constater dans ces écrits des traces de Sémitisme. On les a autrefois beaucoup exagérées et maintenant on a tendance à les nier

presque complètement. La vérité, croit Robertson, est entre ces deux positions. L'influence directe de l'hébreu, langue morte à l’époque du Nouveau Testament, est peu sensible. Citons comme des hébraïsmes probables : Ilodswmov Aéuéaverv, &nd et xpd rposwrov, la construction elvar eèç, y rù avec l’infinitif, xa éyévero, etc. L'influence araméenne est plus marquée. Outre un certain nombre de mots araméens qu'on trouve dans les évangiles, on a des aramaïsmes syntaxiques, tels que : yebeoar Oavérou, Etc xa0° ef, moteiv xæprôv, cuu6obuhtov rousiv, eipnvnv diôovar, 600 Oeod, éwohoysiv ëv, etc. Inutile de rappeler que l’on a relevé des mots latins et des tournures latines dans le Nouveau Testament.

Robertson étudie ensuite très en détail la langue et le style de chacun des écrivains du Nouveau Testament. L'étude sur la langue de Paul est particulièrement soignée et les diverses qualités du style paulinien sont bien mises en lumière. Signalons les deux juge- ‘ments suivants qui en expriment bien la nature et en font ressortir les caractéristiques : « L’Apôtre écrit dans le style naturel à un Grec d’Asie Mineure, qui emploie le grec courant de son temps, empruntant d’une façon plus ou moins consciente aux écrivains moralistes de l’époque, construisant des mots nouveaux ou donnant un sens nouveau à de vieux mots pour exprimer les idées chrétiennes nouvelles, mais en somme se servant du langage que les inscriptions et les papyrus nous montrent être la langue de la conversation journalière. Son vocabulaire se rapproche beaucoup de celui d’Hpictète, sauf qu'il a été modifié par sa connaissance intime des Septante!. » « Le grec de Paul, en un mot, n’a affaire avec aucune école, avec

4. W. Lock, Compte rendu de l’ouvrage de NÂGeLr, Der Wortschatz : des Apostels Paulus, dans The Journal of theological Studies, vol. 11, p. 298. Oxford, 1906.

xZ

aucun modèle, mais coule sans arrêt avec un bouillonnement qui déborde, venant droit du cœur; c'est cependant un vrai grec!. »

Le style de l’Apocalypse présente des particularités qui n'ont pas encore été expliquées d’une façon satisfaisante. Nous ne pensons pas que l'hypothèse de Robertson soit de nature à les éclaircir complètement. « L'Apocalypse a été composée à Patmos sous l’influence d'une certaine excitation et peut-être aussi n’a-t-elle pas été revisée avec soin, tandis que l’évangile et la première épître ont probablement reçu les soins et l'assistance d'amis cultivés. »

La deuxième partie de la Grammaire est consacrée à étudier les questions de morphologie : formation des mots, orthographe et phonétique, déclinaisons, conjugaison du verbe.

De la troisième partie qui traite de la syntaxe, nous extrayons les observations suivantes : celles sur le pluriel littéraire, principalement dans les épîtres pauliniennes, nous ont paru justes. Blass a soutenu que l'Apôtre avait employé le pluriel, parce qu'il associait avec lui quelques-uns de ses compagnons de mission. Ceci peut être vrai dans certaines occasions, mais ne l'est pas toujours. Ainsi, quand l’Apôtre écrit aux Romains, [, 5 : ’Incoù Xptorob.….. Du'ob 2Ad6ouev yapiv xat ärootolfv, il parle au pluriel de lui seul, puisqu'il mentionne son apostolat. Mais où l'usage du pluriel littéraire est évident, c'est lorsque, dans sa seconde lettre aux Corinthiens, X, 1-X[, 6, il défend son autorité apostolique contre ses adversaires; c'est sa personnalité qui est mise en avant; or, tantôt il parle de lui-même au singulier, mapaxalB, Gapot, xavynowpa, et

4, WILAMOWIT12-MÜLLENDORFE, Die griechische Literatur des Allertums, pp. 11-26,

sw .

tantôt au pluriel, orparevdueba, fuets, Ecuév, xavynodmeta, etc. Mais dans ces passages, Paul ne parle pas d'autres personnes. Il suivait d’ailleurs dans ce procédé l'usage du grec de la Kowñ et du grec populaire. On en a trouvé des exemples. Milligan cite Tebt, P. 58, n° siècle avant J.-C., edpfxauev, Bebouhedueta; P, Hib., r° siècle avant J.-C., éjoébauev, épüvrec, etc. Remarquons que Notre-Seigneur a employé aussi ce pluriel : à oldauev Axhobuev xat 6 éwpdxauev paprupoëuev, Jn., III,

À propos de l’accord dans les cas, Robertson passe en revue les passages de l’Apocalypse où cet accord est violé et trouve dans les papyrus et les inscriptions des cas analogues : XX, 2, rdv Opéxovra 6 die — Berliner Griech. Urk., 1002, r*" siècle avant J,-C., *Avegthou “EXinv — irmapxns — XIX, 20, rhv Aluvnv rod mupds tas xxouévne — Amh. Pap, IT, 111, xéyo map? aôroÿ rûv éuokoyouvra. On trouve des irrégularités semblables dans les épîtres pauliniennes : ôuiv….. ëyovres, Phlp., I, 30; fuüv.... Gléduevo, IT Cor., VII, 5.

Peut-on trouver dans le Nouveau Testament, principalement dans les épiîtres pauliniennes et dans l’épître aux Hébreux, un rythme analogue à celui de la prose grecque? Blass a soutenu que ce rythme est très reconnaissable dans l’épitre aux Galates et dans la première épiître aux Corinthiens. Il trouve encore des exemples de rythme dans l’épître aux Romains et dans la première à Timothée, mais c’est surtout l’épitre aux Hébreux qui lui en fournit les plus nombreux exemples; à son avis, elle est toute rythmée et même écrite en vers. En tout cas, elle présente un choix et un ordre des mots qui prouvent la connais. sance qu'avait l'auteur du rythme de la prose grecque.

On s’en convaincra en lisant les passages suivants : 1, 4 : voooûte xpelrrov yevéuevos tüv dyyéAuy 8cw dtapopts-

repov map” adroïs xexAnpovounxev ôvoux; Cf. I, 5; XI, 32; XII, 1,8, etc.

Deissmann ne partage pas du tout l'avis de Blass : « Ce fut, dit-il', une grave erreur de Friedrich Blass de représenter Paul comme un adhérent du rythme asianique, de telle sorte, par exemple, que l’épitre aux Galates serait regardée comme écrite en observant fidèlement les règles artistiques du rythme de la prose. » En réalité, « les écrits du Nouveau Testament ne sont pas de la prose artistique, mais de la prose populaire dépourvue d’art, mais cependant d’une plus grande beauté naturelle que les produits artificiels de la rhétorique creuse de l'antiquité post-classique. L'importance du Nouveau Testament dans l’histoire du style repose sur ce fait que, dans tout ce livre, le langage de la vie réelle, c’est-à-dire tel qu'il vivait sur des lèvres spécialement douées par la grâce, a fait son entrée dans un monde de doctrine vieillie et de rhétorique vide. »

« En définitive, dit Robertson?, on dispute en partie sur des mots. Si par rythme on entend la grâce et le charme d’une diction qui appartient naturellement à l'expression d'idées élevées sous la poussée d’une passion épurée, ce serait certainement de l’hypercritique de les dénier à des passages tels que ceux de I Cor. XIIT et XV; Actes, XVII; Romains, VIII et XII; Ephésiens, I]; Jean, XIV-XVII; Hébreux, I et XI, sans mentionner encore de nombreux passages, qui paraissent aussi parfaits que des perles. »

Le style se présente sous deux formes : le style simple, continu et le style périodique. Le premier est le plus communément employé dans le Nouveau Tes-

4. The Philology of the greek Bible, dans The Expositor, janvier 1908, p. 74.

2, Op.cil., p. 421.

tament. Les membres de phrases à plusieurs propositions sont unis par la copule xat ou ne le sont pas du tout, comme on le remarquera dans [ Tém., II, 46, qui est probablement un fragment d’une ancienne hymne chrétienne et qui se présente sous la forme parallélique. ;

Cependant, on peut signaler quelques passages du Nouveau Testament où la phrase se présente sous une forme périodique assez développée : Le., I, 1-4; Act., XV, 24-26; XXVI, 10-14; 16-18; Rom., I, 1-7; I Pier. LI, 18-22; II Pier., 1, 2-7; Héb., IL, 2-4; [4 1-8. Il est à remarquer que Luc n’a pas employé cette forme périodique dans le reste de son évangile. L'épttre aux Hébreux, au contraire, possède des pages - d’un magnifique développement rhétorique, telles que celles sur la foi, XI, 1-XI1, 3. Dans l’épître aux Romains, VIII, 31-39, nous avons aussi un passage d'une émouvante beauté qui se termine, 38, 39, par une période d’éloquence convaincue. On en trouverait encore d’autres dans l’épitre aux Ephésiens, I, 3-14; II, 14-18; III, 14-19, etc. Pourtant, le style ordinaire des épîtres pauliniennes est plutôt simple, non périodique. Il est animé par les interrogations, les antithèses et se développe en courtes sentences.

Les observations sur la parenthèse et surtout sur l’anacoluthe, si fréquentes dans les écrits néotestamentaires, sont fort intéressantes. Il est quelquefois difficile de décider si telle proposition est une parenthèse ou non; c’est une question d’exégèse. Quelquesunes cependant sont certaines : flokoi, Aéyw üyiv, Enrhoouawv, Le, XII, 24; év dpposüvn Ayo, II Cor., XI, 21; Nexdônuos ôvoux ad, Jn., III, 1; 6 évaywooxov voeiro, Mt., XXIV, 15. Dans les épîtres pauliniennes il est parfois impossible de distinguer s’il y a parenthèse ou anacoluthe, par ex. dans I Cor., XVI, 5; Rom., V,

12; IX, 11; XV, 23-28. Comme exemple de longues parenthèses il faut citer Le., XXIIT, 51; Col, I, 21 8; IT Piér., 11, 8; I Cor AX, 12; Héb./NIL 208 "Lo. VI, 4.

Il y a, comme on le sait, anacoluthe, quand la construction est changée dans le cours de la phrase. On en trouve de nombreux exemples dans le Nouveau Testament, comme d'ailleurs dans tous les écrits même les plus châtiés; on en relève dans Isocrate, Thucydide, Platon et d’autres encore. Toutefois, l’anacoluthe se présente surtout dans la conversation et les discours improvisés. Paul, en particulier, qui dictait ses épiîtres, se laisse souvent emporter par la rapidité de ses idées et, quelquefois aussi, sous le

co e l’indignation, précipite ses phrases sa + up de l’indignation, précipit hrases sans se

préoccuper de la régularité des constructions. Ceci est tout à fait sensible dans la seconde épître aux Corinthiens et dans l’épître aux Galates.

L'anacoluthe peut se présenter sous diverses formes. Le substantif, le pronom, le participe peuvent être placés en avant et la phrase est continuée sans qu'il en soit tenu compte. Ex. : [äv fua doybv 8 Aukcouauv of &vbpwrot &rodtoouciv mept adrob, Mt., XII, 36. — ’Enryvovrec dè ru ’Loudaioc eottv gwvh éyévero ula ëx mavruv, Acé., XIX, 34. —"O vxüv... dwow adré, Apoc., Il, 26. L’anacoluthe est quelquefois compliquée du fait d’une digression, insérée dans le cours de la phrase. La plus marquée est celle de l’épître aux Galates, II, 6 : ’Amo dè rüv Soxoüvrmv elval te — bmoïol more Aouv oùdév mor Diapéper — npôswroy ê eds AvBpwmou où Aaubdver — no yhp of Soxovtec oùdèy rposavéhevro. Un exemple très net d’anacoluthe se trouve dans Rom., V, 12, où l’apodose après Gonep n'existe pas. C'est avec le participe qu'il y a fréquemment anacoluthe. Qu'on examine le passage XIT, 9-16 de l'épître aux Romains et l'on se rendra compte de

2H YTRS lus. MUR] : Li +4 ” +40

la singularité de sa construction. Il débute par une proposition simple; À &yärn évuréxpivoc, suivie de douze participes : érootuyobvres +0 rovnpév.… puis de trois im pératifs : edhoyeire vols Otxovrac…, de deux infinitifs : Jaipew perà yaroévruv, enfin de trois participes.

À l’anacoluthe devraient être rattachées l’oratio variata; Ex. : *Oc Éctar ént vod dwuatos xal Tù oxeûn adroù év +7 oixia, Le., XVII, 31, la structure hétérogène : Merck rare eldov, xal 180d dyoç roÂÛc, suivi de propositions différemment construites, Ap., VII, 9, 10. Le plus frappant exemple de l'oratio pariata est le chan-

gement produit par le passage du style direct au style indirect, et vice versa. En voici un qui est typique : [apñyyehev aûré unôevt sinsiv, dAN dneX0dv Deikov aeautôv, Lce., V, 14.

Une des études les plus importantes pôur l’exégèse du Nouveau Testament est celle de l'emploi des voix, en particulier de celui de la voix moyenne, des temps, des modes et des noms verbaux. À propos de la voix moyenne, Robertson fait remarquer que son emploi tend à disparaître dans le Nouveau Testament, qu’elle n’est pas toujours régulièrement employée et qu’elle est souvent remplacée par la voix active. La disparition graduelle du participe futur et la préférence du participe parfait au participe aoriste est continuée par des exemples tirés des Pères apostoliques. |

Robertson a publié en 1919 une 3° édition de sa : Grammaire, dont il a corrigé de nombreux passages et à laquelle il a ajouté une quarantaine de pages.

VI. 11 serait permis au lecteur de s'étonner du nombre de pages que Abbott ! a consacrées à la langue du IV: évangile : 364 pour le vocabulaire, et 687 pour la grammaire. Mais remarquons de suite que ces deux

4, Johannine Grammar:

volumes doivent être étudiés plutôt que lus. Ils cons-

tituent, en définitive, un véritable commentaire de l’évangile selon saint Jean, et il sera impossible de les laisser de côté si l’on veut se rendre un compte exact et bien documenté du caractère et de la nature de cet écrit. [l en ressort que c’est l'œuvre d’un homme qui a soigneusement pesé tous les mots qu’il a employés, et qui les a disposés dans un ordre voulu et systématique. Ce que nous avions cru jusqu’à présent être des négligences ou des signes de pauvreté linguistique sont, au contraire, des artifices linguistiques, destinés à suggérer telle ou telle idée particulière.

Le Dictionnaire johannique est divisé en trois livres. Dans le premier, l’auteur étudieles mots fondamentaux de l’évangile : riorsuw, &ouctx avec leurs sens divers; il montre que l'écrivain devait bien connaître sa langue, car il se sert très habilement des synonymes. Ainsi, pour : voir, il à Éewpéw, dbouxt, Ostouar, Éodw, BAétw, aïpew dpÜadmois, idsiv; pour s’en aller : ürdyw, ropevouat, arépxouu. Le livre second est consacré au vocabulaire comparé des évangiles synoptiques et du IV° évangile; il relève les différences, et le livre troisième, les ressemblances. De ces comparaisons, il résulte que 220 mots employés dans les synoptiques ne sont pas dans le IV* évangile et, inversement, 30 mots qu'on trouve dans celui-ci ne sont pas dans ceux-là. La conclusion, que l’auteur tire de ces comparaisons, est que le vocabulaire synoptique est complètement différent de celui du IV° évangile; ce dernier est beaucoup plus pauvre que celui d'un quelconque des trois autres évangélistes. Au point de vue des mots c'est de Luc que Jean se rapproche le plus, sans que l'on puisse conclure à une dépendance littéraire entre eux.

La Grammaire johannique est divisée en deux livres : I, Formes et combinaisons des mots; II, arrangement,

variation et répétition des mots. L'auteur étudie l’usage qui a été fait des différentes sortes de mots : substantifs, adjectifs, articles, verbes, adverbes, conjonctions; la façon dont les cas, les temps et les modes sont employés; enfin, la manière dont les mots et les phrases sont liés entre cux. Nous avons ici ramassée une masse énorme de faits d’où il ressort que la langue du IV° évangile est une langue spéciale et, si l’on peut parler ainsi, une langue artificielle. Pour s’en convaincre, il suffira de suivre le D' Abbott dans l'exposé si complet et si substantiel qu’il nous présente des particularités de cette langue. Relevons cette phrase de la préface : « Jean a été un maître du style et de la phrase, aussi bien qu'un prophète inspiré. Jamais il n’a employé les mots d’une façon défectueuse. »

VII. A. W. Slaten ! étudie les noms qualitatifs (désignant une qualité) dans les épîtres pauliniennes et il montre que pour n'avoir pas reconnu le caractère de ces noms les traducteurs en ont mal fait ressortir la signification et surtout la force. De la liste des 900 mots qualitatifs qu’il a donnée, Slaten en étudie 15 en particulier. Si nous examinons son étude sur le mot véuos nous remarquons que ce nom est employé 71 fois sans l’article et alors d'ordinaire il est qualitatif et par conséquent il fait ressortir sa qualité en tant que loi. En voici deux exemples. « Toi qui te glorifie é» vouw, dans une loi, c’est-à-dire dans une religion dont le caractère principal est le légalisme, tu déshonores Dieu, par la transgression de la Loi, roù vouou », Rom., Il, 32. « Dites-moi, vous qui désirez un type légalistique de religion, être sous une loi, éxd vouou, n’entendez-vous pas la Loi? », Gal., IV, 21. On a d'ordinaire

4. Qualitative Nouns in the Pauline Epislles and their Translation in the Revised Version. Chicago, 1918.

méconnu la différence qu'il y avait entre 6 vos et vélos au sens qualitatif et la traduction de ce dernier est assez souvent erronée.

VIII. D'une étude sur le participe dans le livre des Actes, Williams! dégage les conclusions suivantes : Les participes sont plus fréquents dans les Actes que dans les écrivains classiques, à l'exception d'Hérodote; ils sont aussi nombreux que dans la Kotwi littéraire. Le grec des Actes varie suivant les parties du livre et aussi l'emploi des participes. Ils sont moins fréquents dans la première partie, [-XII, que dans la seconde, XIII- XXVIIL. Luc a donc dû utiliser des documents déjà rédigés pour cette première partie, où le nombre des participes n'est pas le même dans tous les chapitres. La similitude de l'emploi des participes dans l’évangile de Luc et dans les Actes est si grande que l'on doit conclure que le même auteur a écrit ces deux livres. L'emploi des participes ne prouve pas que le Journal de voyage et le reste des Actes sont du même auteur, mais il ne prouve pas non plus que les auteurs sont différents. Il est probable que pour les discours de Pierre Luc a employé des sources judéo-grecques. Quelques discours de Paul se rapprochent des épiîtres

pauliniennes, mais ils se rapprochent trop du style de Luc pour qu'on les regarde comme des compositions originales de Paul.

$ 3. — Dictionnaires du grec néotestamentaire.

W. GrRiMM, Lexicon graeco-latinum in libros Novi Testamenti, éd. 4*, Lipsiae, 1903.

E. PREUSQHEN, Griechisch-deutsches Handwürterbuch su den Schriften des Neuen Testaments und der übrigen urchristlichen Lileralur. Giessen, 1910.

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