‹ Études de critique et de philologie du Nouveau TestamentChapitre 156 sur 162 · Die Entstehung des Neuen Testaments · texte numérisé non relu

Die Entstehung des Neuen Testaments

collection d’écrits sacrés à côté de celle de l'Ancien Testament? Comment arriva-t-il que cette collection consista en deux parties : Évangile et Apôtre? Pourquoi contenait-elle quatre évangiles et non pas un seul? Une seule Apocalÿpse au lieu de plusieurs? Le Nouveau Testament a-t-il été une création consciente et comment les églises en arrivèrent-elles à avoir un Nouveau Testament uniforme ?

L'établissement de nouvelles Écritures sacrées à côté de celles de l'Ancien Testament est dû au grand respect qu’avaient les chrétiens pour les enseignements du Seigneur et pour les écrits qui les contenaïent. La conscience qu'ils avaient d'une nouvelle alliance les a conduits à accepter comme sacrés les documents qui la contenaient. L'autorité nécessaire pour la formation de cette collection se trouve dans le don de l'Esprit, dont jouissaient les apôtres, les prophètes et les didascales. Les écrits de ces hommes portaient avec eux une certaine autorité. Mais ce fut l'œuvre de Marcion et le conflit avec les gnostiques et les montanistes qui excitèrent et produisirent une action vigoureuse sur les forces latentes qui poussaient les esprits vers une Écriture possédant l'autorité.

C’est pour réconcilier les adhérents aux premiers évangiles et les chrétiens d'Asie qui acceptaient le quatrième évangile qu'on adopta quatre évangiles au lieu d’un seul. Ainsi Marcion avec son « Evangile et Apôtre » et Ephèse avec ses quatre évangiles, jouèrent le rôle principal dans la préparation du canon du Nouveau Testament, mais ce fut Rome qui fixa le caractère et le but de ce canon et ce fut Alexandrie qui l’accrut jusqu'aux vingt-sept livres que nous connaissons.

Harnack pense que la formation du Nouveau Testament fut pratiquement achevée au milieu du troisième siècle, quand, dans la personne d'Origène et.d'Hippo-

lyte, Alexandrie et Rome acceptèrent la même liste de livres du Nouveau Testament.

On lira avec fruit un article du P. Lagrange sur ce travail dans la Revue Biblique, janvier 1919, p. 255.

IL. Dans l'introduction générale de La Sainte Bible, édition du Centenaire, M. Goguel étudie la formation du Nouveau Testament, l’ordre des livres et le texte du Nouveau Testament. Les premiers chrétiens reconnaissaient deux autorités religieuses, absolues, l’une et l’autre, la Bible juive, parole de Dieu, au sens littéral du mot, et le Christ ou le Seigneur. Cette autorité du Seigneur s’exprimait par ses paroles et ses exemples, et par son Esprit donné aux siens. Les épîtres, les évangiles et l’'Apocalypse ont joui d’abord de l'autorité que leur conférait leur contenu; plus tard, du fait qu'ils étaient écrits par des apôtres ou des hommes couverts par l’autorité des apôtres. Luttant contre le montanisme, Marcion ou les gnostiques, l'Eglise insiste sur le caractère apostolique des livres qu’on lisait au culte public, et dans lesquels on pensait trouver exclusivement la vérité chrétienne. Le canon du Nouveau Testament ou la liste des livres qui le composaient se forma peu à peu, sans qu’il y ait eu une décision des synodes ou des évêques à ce sujet; il est basé sur l’origine apostolique des écrits et sur le témoignage traditionnel des églises, permettant de reconnaître si un livre avait, ou non, le caractère apostolique. La fixation du canon se fit très lentement, les usages des églises ayant été d’abord très variés et leurs traditions différentes. De bonne heure les évangiles et les épîtres de Paul furent tenus pour canoniques. Pour les autres écrits, le flottement dura longtemps.

À propos du texte du Nouveau Testament, Goguel fait remarquer que quelques versions, notamment les

syriaques et les latines, ont été faites à une date anté= rieure à celle des manuscrits les plus antiques; elles peuvent donc avoir conservé quelques leçons plus anciénnes que celles des manuscrits grecs.

[IL, Nous avons déjà parlé du décret de Gélase « de libris recipiendis et non recipiendis », sur son origine et sa date et nous n'étions pas arrivé à une conclusion ferme sur l’ensemble des questions qui se posent à son sujet, La question a été étudiée à nouveau par von Dobschütz !, qui a publié d’une façon critique les documents qui composent ce décret et présenté des solutions plausibles pour les diverses parties du problème.

Dans les manuscrits où il Se présente sous sa forme la plus complète, le prétendu décret gélasien nous est donné comme le procès-verbal d’un concile tenu à Rome sous le pape Gélase et comprend cinq chapitres : le texte débute par un développement sur l'Esprit septiforme, les multiples noms du Christ et les rapports de l'Esprit-Saint avec les deux autres personnes de la Trinité. Vient ensuite une liste des écrits canpniques de, l'Ancien et du Nouveau Testament. Dans -un III chapitre on affirme que la prééminence du siège de Rome est fondée sur les seules paroles du Christ à Pierre; Alexandrie et Antioche auxquels se rattachent des souvenirs de Pierre ou de son disciple Marc occupent dans la hiérarchie catholique la deuxième et la troisième place. Le IV* chapitre com prend un catalogue des écrits reçus par l'Eglise : Actes des trois grands conciles œcuméniques, œuvres de douze Pères, décrétales Pontificales, récits hagiographiques, auxquels s'ajoutent quelques livres d’un caractère douteux. Dans un V* chapitre sont énumérés

1, Das Décretum Gelasianum de libris vécipténdis,

les ouvrages à rejeter — apocryphes, dit le rédacteur — qu'il s'agisse des évangiles, des Actes et des Apocalypses extra-canoniques, ou seulement des livres enseignant ure doctrine pérnicieuse; à la fin se lit une longue liste d'hérétiques dont les doctrines sont condamnées. Ces chapitres sont-ils l’œuvre d'un où de plusieurs auteurs ? Y a-t-il des parties qu'il faut attribuüér aux papes Damase ou Gélase ? Et, par conséquent, ce décret serait-il officiel ? De plus, il se présente sous deux formes, une longue et une brève; quelle est, des deux, celle qui est authentique ? |

Voici, en bref, les réponses de von Dobschütz. Les cinq chapitres sont l’œuvre d'un même auteur qui les a composés au commencement du vi° siècle, entre 519 et 553; il écrivait peut-être dans le sud de la Gaule, mais plus probablement dans le nord de l'Italie. Ce décret ne peut, en effet, être attribué au pape Damase, car au chapitre I, 3, on trouve une longue citation du

‘traité d'Augustin, in Joh., IX, 7. Or, comme celui-ci a été écrit en 416 et que Damase est mort en 384, il s'ensuit que l'attribution à Damase est impossible. Il ne peut non plus être attribué à Gélase. La forme courte, III-V, suppose la forme longue; cette forme courte, que l’on croit être le décret original de Gélase, est une recension de la forme longue et paraît avoir été exécutée en Gaule au vu° siècle. Celle ‘qui est attribuée à Hormisdas contenant les ch. II=V est de recension espagnole.

En définitive, un document qui porte trois noms a bien des chances d’être inauthentique; la tradition en était fort incertaine. S'il avait été l’œuvre de Gélase, il semble bien que Cassiodore, 480-570, aurait dû le connaître. Or, il faut aller jusqu’à Isidore de Séville, vers 630, pour en trouver la première mention. Et encore, à cette époque, il n’est pas placé dans la col-

lection des canons; ce n’est qu’au viri* siècle et au 1x° qu'il y obtient une place définitive.

La conclusion est donc que ce décret est l’œuvre d’un particulier, inconnu d’ailleurs, et qu’il n’a aucune autorité officielle.

IV. Cette conclusion n'a pas été admise par Dom Chapman! à qui il a paru impossible qu’un auteur du vi‘ siècle ait pu attribuer à Damase, mort en 384, la condamnation de Pierre Mouge, de Pierre le Foulon, d'Acace, morts vers le début du v° siècle. Il croit donc que s’il y a lieu d'admettre que le Gelasianum est un tout, il faut aussi supposer que l’auteur y a incorporé des parties antérieurement existantes. Il aurait composé les chapitres IV et V, et y aurait adjoint les chap. I-IIT, en introduisant à la fin du ch. I la citation d’Augustin, dont il a été parlé plus haut. Ce texte, ainsi disposé, aurait existé déjà au temps du pape Hormisdas, qui s’y réfère dans sa lettre à l’évêque Possessor.

L'auteur de ce texte serait le pape Gélase, lequel eut à parler plusieurs fois des livres à recevoir ou à prohiber et qui y revient dans cette décrétale officielle en la faisant précéder d’une décrétale du pape Damase.

V. Cette hypothèse de Dom Chapman paraît soulever diverses difficultés à E. Amann?. « Plusieurs passages en particulier laissent l'impression très nette que l’auteur s’enquiert, avant d’énoncer son jugement, des usages de l’église romaine, dont il ne fait pas partie. Cela est très clair pour ce qui concerne la lecture de certains actes des Martyrs : « En diverses églises on fait de telles façons, à Rome nous savons

4. On the Decretum Gelasianum de libris recipiendis et non recipiendis; Revue bénédictine, avril 1913 (p. 187-207), juillet 1913 (p. 315-333). Maredsous.

2, Revue biblique, p. 602-608, T. X. N. S. Paris, 4943.

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qu'on fait de telle autre, nous suivrons donc l'usage romain. » Îl est une autre considération tirée du silence que gardent Denys le Petit et Cassiodore sur ce document si important. Je sais bien que l’argumentum a silentio doit se manier avec précaution; encore est-il que, correctement appliqué, il prend une singulière valeur. Pour tout dire, les travaux de von Dobschütz et de Dom Chapman auront eu le mérite de déblayer le terrain, mais ni l’un ni l’autre n'apporte encore de solution définitive à la question du Gelasianum. »

VI. Le décret pseudo-gélasien avait été étudié par par R. Massigli, antérieurement à la publication du travail de von Dobschütz. D'un examen de celui-ci il admet quelques conclusions et en rejette d’autres !. Il croit que le rédacteur a obéi à une pensée directrice : « Tout concourt à un même but : mettre en lumière quelles sont les sources de l’autorité, les garants de la foi ; l'auteur les énumère par ordre d’autorité décroissante : le Christ en qui l’'Esprit-Saint s’est manifesté, — les Écritures inspirées, — l'Église romaine dépositaire par excellence de la pensée divine par l'héritage que Pierre a transmis à ses successeurs, — les autres églises pétriniennes, Alexandrie et Antioche, elles aussi et pour les mêmes raisons dépositaires de la tradition, les conciles, qui, avec l’appui de Rome, ont précisé et développé la doctrine, — les Pères qui l'ont exposée et défendue, les écrits enfin qui s’en sont inspirés et où le fidèle peut puiser d'utiles enseignements, par opposition à ceux où il ne trouverait que de pernicieuses leçons — et il est bien vrai que, dans le détail, les transitions sont lourdes et embarrassées et qu'on a l'impression d’une rédaction hâtive, voire inachevée, mais il ne semble pas que l’ensemble pré-

4. Le decret pseudo-gélasien; Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. IV, N. S., p. 155-170. Paris, 1943. ÉTUDES DE CRITIQUE. 30

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sente l’incohérence ni les contradictions qu'on a voulu y trouver : la conception générale paraît bien plutôt répondre à des préoccupations qui se font jour — en Gaule particulièrement — au cours du v° siècle et qui ont inspiré, par exemple, maints passages du Commonitorium de Vincent de Lérins!. »

R, Massigli affirme aussi que le Gelasianum n'est pas un document romain, car les formules qu’on y relève n'appartiennent pas au style de la chancellerie pontificale; c'est donc un travail d’un caractère privé puisqu'on n’y saurait trouver les formules protocolaires qui permettraient d'y reconnaître les actes d'un concile provincial. Le rédacteur est un savant, tout au moins un compilateur. Le Gelasianum est d'origine gauloise et l’on ne peut pas ie placer plus tard que les. premières années du vi‘ siècle, |

R. Massigli conclut que la critique aura encore à résoudre les problèmes suivants : Le texte que nous possédons est-il le texte primitif, ou ne résulte-t-il pas. plutôt d'un remaniement, hypothèse qui n’empêcherait pas que le Décret ne füt publié sous la forme où il nous est parvenu? Où le Décret fut-il rédigé? Quand l’a-t-il été? Il ne faut pas espérer, dans l’état de nos connaissances, déterminer celui qui l’a rédigé. |

Von Dobschütz a accompli l'essentiel de la tâche. il a déterminé la forme première du texte publié et il en a suivi les successives transformations, Il a fait, en outre, disparaître définitivement de l'histoire lé prétendu concile de 382, ce qui est un résultat cons sidérable,

1, Op. cit,, p. 164,

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