I. Dans l'ouvrage du P. Lemonnyer ! chaque épître
traduite et annotée surtout au point de vue doctrinal,
est précédée d’une courte introduction. En tête du premier volume, nous trouvons une esquisse d’une histoire de la pensée de Paul. L'auteur retrace rapidement la vie de l’Apôtre, depuis sa jeunesse. Il dit quelques mots de sa formation intellectuelle et nous apprend « que c'est en grec, dans un grec authentique et beaucoup moins chargé d’hébraïsmes qu’on ne l’a cru longtemps, que Paul écrivit ses lettres. Toutefois il n’en possède qu'imparfaitement la syntaxe ». Peut-être y aurait-il lieu de préciser et de dire que Paul connaissait bien la langue grecque, puisque c’est à peine si l’on trouve dans ses lettres
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trois ou quatre fautes de grammaire, et encore on peut les expliquer. Ce qu'il ne connaissait pas, ou plutôt n’employait pas, c'étaient les formules de la rhétorique classique. En réalité, ses lettres étaient écrites dans la langue ordinaire de la conversation avec tout le laisser aller qu'elle comportait.
Après nous avoir parlé de l'enseignement que le jeune Paul reçut aux pieds de Gamaliel et avoir essayé de pénétrer dans sa vie morale, il décrit le premier contact de celui-là avec l'Évangile et sa conversion. Il recherche quel était le contenu de l'Évangile de Paul et ce qu'il y avait de particulier dans sa prédication. Il montre bien l’enchaînement des doctrines de l’'Apôtre dans ses épîtres successives. Elles se résumaient dans ces trois faits capitaux : Jésus est le Messie annoncé par les prophètes; le pécheur est justifié par la foi; tous les hommes sont appelés au salut. Dans les épîtres de la captivité l’Apôtre développera ses : enseignements sur Jésus-Christ.
L'auteur a visé avant tout à donner des lettres de Paul une traduction qui soit intelligible et lisible sans cesser d'être littérale et surtout fidèle, Ceux qui savent la difficulté d'une pareille entreprise sauront gré à l’auteur d'y avoir mis tous ses soins. Le commentaire s'attache surtout, pour chacune des lettres conçue comme un tout organique, à mettre en lumière le mouvement de la pensée et de la psychologie de Paul, puis, pour chaque section réelle, à préciser le but spécial que l’auteur y poursuit et l’idée principale qu’il y développe. Les difficultés de détail s'éclaircissent souvent du même coup. Le P. Lemonnyer dissémine dans le commentaire des analyses, sérieusement documentées et relativement complètes, des principaux termes et concepts de la Théologie paulinienne.
Il. Dans son ouvrage : Les premières épitres de
saint Paul, leur motif et leur origine, K. Lake! s’est proposé d'étudier les questions littéraires et critiques qui se posent à propos de chaque épitre. Il tient pour pauliniennes les épîtres dont il traite : Épiîtres aux Thessaloniciens, aux Corinthiens, aux Galates, aux Romains. Pour la seconde épître aux Thessaloni- ‘ciens, il croit, avec Harnack, qu’elle a été envoyée aux judéo-chrétiens de Thessalonique, tandis que la première l'avait été aux pagano-chrétiens de cette ville. Après avoir raconté les premières années de la vie * missionnaire de Paul, d’après les Actes, K. Lake expose la controverse judéo-chrétienne et examine le décret apostolique dont il accepte la forme orientale, comportant seulement trois clauses. IL étudie ensuite les diverses questions que soulèvent les épiîtres aux Thessaloniciens, la parousie du Seigneur et la résurrection des morts. Il ne sait pas si Paul attendait un « homme de péché » juif ou gentil, et si « celui qui le retient » est un être surnaturel ou l’empire romain. Les épîtres aux Corinthiens offrent de multiples questions à discuter; voici quelques-unes des réponses que donne l’auteur, L'église de Corinthe a été fondée d’abord par Paul, puis évangélisée par Apollos et par Pierre lui-même ou par l’un de ses disciples. La première épître aux Corinthiens a été motivée par l’état de trouble où se trouvait l’église de Corinthe après le départ de l’Apôtre, et par les questions que lui adressèrent les chrétiens de cette ville. Elle ne suffit pas à pacifier les esprits. Timothée apprit à Paul que l'hostilité contre sa personne avait grandi, que le scandale de l'incestueux continuait. L’Apôtre vint à Corinthe, mais il ne fut pas écouté; voyant l’impuissance de son intervention, il retourna à Ephèse, où
4, The eartier Episiles of saint Paul,
l’on avait besoin de lui. De cette ville, il écrivit aux !
Corinthiens une lettre très sévère, que nous avons dans la II° épître, chapitre X-XIIL. II la fit porter par Tite. Cette lettre eut un plein succès et l'autorité de Paul fut reconnue. L'Apôtre écrivit alors de la Macé- doine sa seconde lettre, I-IX.
D'après K. Lake, l’épître aux Galates serait la plus ancienne des épîtres pauliniennes ; elle aurait été écrite avant le Concile de Jérusalem, Act, XV, ce qui nous explique pourquoi Paul ne parle pas du décret apos-
tolique dans sa lettre. La visite dont il fait mention
est celle qui est rapportée au chapitre XI des Actes. L'épitre était adressée aux chrétiens de la Galatie méridionale, qu'il avait évangélisée pendant son premier voyage de mission.
Quant à l’épiître aux Romains, K. Lake croit qu’elle a existé dans une double recension. Une première, plus courte, qui ne contenait pas les deux derniers chapitres et non plus la mention de Rome dans le premier chapitre, ÿ. 1 et 15, était une lettre circulaire,
envoyée à diverses églises que l’Apôtre n'avait pas évan-
gélisées ; elle fut écrite à peu près à la même époque que l'épitre aux Galates, ce qui explique la ressemblance
entre les deux écrits. Une seconde recension, qui serait |
l'épître que nous avons, fut envoyée aux Romains, pour préparer la visite de Paul. Contenait-elle la longue énumération de personnes que l'on trouve chapitre XVI, 1-23? C'est ce que ne peut affirmer K. Lake. Quant à l'église de Rome, il ne voit pas pourquoi elle n'aurait pas été fondée par l’apôtre Pierre; en tout cas, il est certain que celui-ci est venu à Rome.
Signalons enfin les études sur la correspondance apocryphe de Paul avec les Corinthiens, sur le phénomène de la glossolalie, sur la Galatie, royaume et province romaine, sur le voyage de Paul en Arabie.
Une attention particulière est accordée aux questions de critique textuelle : Kirsop Lake est un spécialiste en cette matière.
IT. Nous ne suivrons pas Fr. Blass ! dans ses études sur le rythme de la prose chez les écrivains asiates et romains et leur application aux épiîtres de Paul et à l’épître aux Hébreux. D’après lui, cette dernière épître est entièrement rythmée. Qu'on y découvre des vers, c’est possible; mais qu’elle soit écrite en vers, c’est difficile à admettre.
$ 2. — Les épîtres aux Thessaloniciens.
G. WonLENBERG, Die Thessalonicher-Briefe. Leipzig, 1903.
G. MiLzLiGAN, Saint Paul's Epistles to the Thessalonians. Edinburgh, 1908.
* CG. Toussaint, Epitres de saint Paul : I. Lettres aux Thessaloniciens, aux Galates, aux Corinthiens. Paris, 1909.
Vox Dogscauerz, Die Thessalonicher-Briefe. Gôttingen, 1909.
J. E. FRAME, Commentary on the Epistles to the Thessalonians. Edinburgh, 1912.
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… + C. Larrey, The Epistles lo the y ls London,
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À. PLUMMER, À Commentary on Saint Paul's first and the second Epistle Lo the Thessalonians ; 2 vol. London, 1918.
* J. M. Wosré, O. P., Commentarius in Epistolas ad Thessalonicenses. Rome, Paris, 1917.
-[ Le travail du D' Milligan'! sur les épîtres aux Thessaloniciens comprend une introduction, le texte grec, accompagné d'un commentaire et des notes plus détaillées sur quelques points spéciaux. Dans l’introduction il est parlé de la cité de Thessalonique, des rapports de Paul avec l'église de cette ville, du caractère général, de la langue et du style, de la doctrine et de l'authenticité de ces épitres. Sur cette dernière question, l’auteur est très catégorique : les deux épitres ont été écrites par Paul. Pour la première, il n'y a aucune difliculté sérieuse; pour la seconde, les difficultés internes sont plus graves. Le vocabulaire de l’épiître est paulinien, mais plusieurs phrases et expressions sont employées d’une façon qui n'était pas usuelle à Paul; cependant la tenue
générale rappelle « cette atmosphère originale dont :
un grand écrivain enveloppe toutes ses œuvres et que nous avons l'habitude d'associer avec le nom de saint Paul. » Les enseignements doctrinaux sont pauliniens quoi qu'on en ait dit. En résumé, la non authenticité de la seconde épître est plus difficile à admettre que l’authenticité.
Le D' Milligan a donné une attention spéciale à la langue des deux épîtres. Il fait remarquer qu'elle est analogue à celle que l’on trouve dans les écrits du temps et dans les inscriptions. La plupart des termes qu'on avait crus particuliers à Paul sont dans les Septante ou dans le grec ordinaire. Deux seulement : Meodtdaxros et ouupvlérne peuvent être regardés comme
À, Saint Paul's Episties to the Thessalonians,
des créations de l’Apôtre. Tout le long du commentaire l’auteur insiste sur les rapprochements à établir entre la langue de Paul et celle du grec de la conyersation, sur le fait que les prétendus hébraïsmes ou aramaïsmes sont du grec populaire. De ce fait, il résulte qu'un bon nombre de mots sont mieux compris, mais il ne semble pas que l'interprétation ordinaire du texte ait été modifiée. Signalons comme bonne contribution les notes sur l’histoire des termes : sûuy= yéhuov et edayyeliGoua, sur les mots rapouoix, émipdverx, droxékub, sur les deux sens de xutéyw. Les notes sur la doctrine biblique de l'Antichrist et sur l’histoire de l'interprétation de II Th. Il, 4-12, sont excellentes mais ne contiennent rien de nouveau. Nous en dirons autant de l'explication qui est donnée de ce passage dans le commentaire. L’apostasie est une apostasie juive; l’homme de péché, l’homme d’iniquité, c'est Beliar; ce qui le retient, c’est l'empire romain.
IL. Dans son travail sur les premières épîtres de Paul, Toussaint ! se montre au courant de toutes les questions qui se posent à propos des épîtres de Paul. 11 les expose et essaye d’en donner la solution quand c’est possible. Ainsi, il accepte très nettement l'opinion qui n’est pas celle de la Commission biblique que lApôtre n'ayant pas sur la date de la parousie de révélation personnelle a pu partager sur ce point les idées de son temps et croire qu'il serait encore vivant, lors du retour du Seigneur. Avec le P. Prat, Toussaint fait observer qu’il n’y a rien là qui porte préjudice aux révélations de Paul, ni à l'inspiration de ses : épitres.