IV. La victoire et la défaite
Les trois premières parties de ce travail ont été publiées. Il est difficile de faire ressortir avec quelle abondance de détails de toute nature le sujet est traité. L'auteur rassemble tous les renseignements que peuvent lui fournir les sources les plus diverses : les Targums, les Talmuds, la littérature profane. En fait cependant ce travail n’est pas un commentaire suivi et complet des évangiles, car il étudie seulement les
‘parties du récit où l’évangile de Jean intervient pour les compléter, les corriger ou les améliorer.
XI. Dans la première partie de son travail sur les sources des évangiles synoptiques, C. Patton étudie les derniers travaux publiés sur la question synoptique ; dans la deuxième il présente son opinion : il rejette l'existence d’un Marc primitif et n’admet pas que Matthieu se soit servi de Luc et inversement. Matthieu et Luc ont tiré leur matière commune d’un document grec traduit de l’araméen, mais ils n'ont pas utilisé la même recension de ce document (Q). Ce document avait été en beaucoup de points différencié dans ses diverses recensions, gardant cependant dans certaines parties de chaque recension une matière commune : ceci explique les différences et les ressemblances entre la matière commune à Matthieu et à Luc. Marc a aussi utilisé ce document, mais dans une forme plus primitive. L'ordre original des événements . était mieux conservé par le document utilisé par Luc.
$ 2. — Études de détail sur la question synoptique.
Diverses études de détail ont été publiées sur le problème synoptique en ces dernières années. Rappelons d'abord où en était la question synoptique antérieurement aux travaux que nous allons analyser.
Bien que plusieurs critiques soutiennent encore la priorité de l'évangile de Matthieu, la majorité de ceux-ci sont pour la priorité de l’évangile de Marc. Quelques-uns prétendent qu'il a existé un document, analogue au Marc actuel, les uns disent plus court, les autres plus long, mais la plupart admettent que le document, qui a été utilisé par le premier et le troisième évangéliste, est l'évangile de Marc, absolument tel que nous le possédons, avec cette restriction que
quelques phrases, en petit nombre, aient pu être intro+ duites dans le texte par un éditeur postérieur. Tous tefois, il est possible que les copies de Mare, dont se sont servis les deux évangélistes, n'aient pas été identiques de tout point. l
L'évangile de Marc a été utilisé par Matthieu et par Luc d’une façon différente et avec une certaine liberté. Ils n'étaient pas des copistes mais des histos riens; ils ne reproduisaient pas leur source littéralement; ils en corrigeaient le style, retranchaient ce qui n'était pas adapté à leur but et adoucissaient certains traits trop rudes des figures tracées par Mare. Il est probable que des matériaux tirés d'autres sources ont été introduits dans le récit tracé à l'aide de Marc.
Matthieu et Luc ont utilisé une seconde source pour leur exposé, 30 % dans Matthieu, 27 % dans Luc; elle consistait principalement en sentences et en discours du Seigneur. Cette source, désignée par le sigle Q (Quelle), ou quelquefois par le terme Logia, était un document écrit. Les critiques ne s'accordent pas sur : la nature et l'étendue de ce document; quelques-uns y voient un évangile primitif, mais la plupart pensent que c'était simplement une catéchèse, un recueil de discours et de paroles du Seigneur. Ils croient aussi que c'était un document grec, mais la question est de savoir si c'était une traduction d’un original araméen, ou s'il a été écrit primitivement en grec. On se demande si Mare a connu ce document; les uns disent oui, les autres non.
Ce document était-il d'origine apostolique? Il en est qui croient que Q était la collection de discours que Papias attribue à Matthieu; dans ce cas, ce n'est pas de notre Matthieu actuel qu'aurait parlé Papias.
On recherche si Matthieu et Luc ont eu sous les yeux la même recension de Q. Il en est qui pensent
que Luc, qui montre des préférences pour les pauvres, les déshérités, aurait eu entre les mains une recension ébionite du document (Schmiedel, Soltau); d’aur tres le nient. Quel est celui des deux évangélistes qui a le mieux reproduit le document? 11 semble bien que Matthieu et Luc se sont permi des arrangements, des groupements de paroles du Seigneur; Luc toutefois paraît se rapprocher le plus de l’ordre primitif. C’est cependant Matthieu qui a conservé le mieux le texte ; il a reproduit l’enseignement de Jésus ayec une admirable fidélité, « Luc a conservé plus exactement la forme des discours et Matthieu est resté plus fidèlement à la lettre du discours » (J. Weiss).
Matthieu et Luc ont utilisé encore d’autres sources que Mare et les Logia. Étaient-elles écrites ou non? les critiques ne sont pas d'accord. D’après les uns Matthieu n'aurait utilisé d'autre document écrit que la généalogie de Jésus; suivant d’autres il aurait eu un . ou deux récits écrits et un florilège de passages messianiques de l’Ancien Testament. C’est de cette chaîne
de prophéties messianiques qu'aurait parlé Papias.
Luc aurait eu aussi d’autres sources écrites, Mais les deux évangélistes vivaient dans un milieu où de nombreuses traditions sur la vie et l’enseignement de Jésus étaient encore vivantes et étaient restées à l’état oral. Papias y fait encore allusion au milieu du n° siècle, Il est donc très probable que Matthieu et Luc ont utilisé ces matériaux traditionnels. Luc, en particulier, a dépendu de traditions que lui avaient transmises Philippe et ses quatre filles prophétesses,
Reste la question de savoir si Matthieu et Luc sont dépendants ou non l’un de l’autre. Elle est encore en discussion, mais la majorité des critiques pensent qu'il n’y a aucun lien littéraire ou connaissance mu-
tuelle entre les deux évangélistes.
En résumé, les critiques admettent la priorité de Marc, tel que nous l'avons actuellement, lequel aurait été utilisé par Matthieu et Luc, qui auraient incorporé dans leur exposé un autre document écrit, Q, probablement grec, ainsi que des matériaux provenant d’autres sources. Les deux évangélistes auraient employé leurs documents librement et ne dépendraient en aucune façon l’un de l’autre.
Examinons maintenant quelques études de détail publiées en ces dernières années sur le problème synoptique; elles modifient ou éclaircissent les données précédentes.
I. E. D. Burton! soutient que c’est à tort que les critiques s’attachent à démontrer que Marc et Q sont les principales sources de Matthieu; l'hypothèse de deux documents doit faire place à celle de documents multiples. Voici les conclusions qu'il dégage de son étude sur les parties de leurs évangiles que Matthieu
et Luc ont empruntées à d’autres documents que Marc.
1. Il est probable que Matthieu a une source écrite particulière pour les enseignements de Jésus qu'il possède seul. Ces enseignements n'étaient probablement pas dans le document qu’il a en commun avec Luc ou n'existaient pas à l'état de disjecta membra. Ce corps de
matériaux mérite l'attention comme formant un document qui n'était inférieur en ancienneté et en valeur à aucune des sources des évangiles synoptiques.
2. Il est donc plus probable que les matériaux, inconnus à Marc, et communs à Matthieu et à Luc étaient, au moins pour Matthieu, contenus dans deux documents plutôt que dans un seul. La ligne de division est à placer entre Le, IX, 50 et 51. Le premier docu-
4. Some Principles of literary Criticism and their application to the synoptic Problem.
ment contenait probablement en substance tout ce
qui dans Ze, III, 1-IX, 50 n’est pas dérivé de Marc.
Quant à la section, Le, IX, 51-XVIII, 14; XIX, 1-28,
il n’est pas clair que Matthieu possédât l’ensemble
ou seulement une partie de ce document; dans ce cas,
Luc, ou bien a eu, outre le document qu'avait Matthieu, une source qui lui était particulière, et contenait
les paraboles du bon Samaritain, de l'enfant prodigue,
ou bien un document qui était une combinaison des
deux sources sus-indiquées. En conséquence, les maté-
riaux inconnus à Marc qui se trouvent dans Le, II,