‹ Études de critique et de philologie du Nouveau TestamentChapitre 82 sur 162 · XXIII. La Commission pontificale « de Re biblica · texte numérisé non relu

XXIII. La Commission pontificale « de Re biblica

4. Les procédés de rédaction des trois premiers évangélistes. :

LA

a rendu le 26 juin 1912 un décret Sur la question synoptique. En voici le texte :

I. Utrum, servatis quae juxta praecedenter statuta omnino servanda sunt, praesertim de authenticitate et integritate trium Evangeliorum Matthaei, Marci et Lucae, de identitate substantiae Evangelii graeci Matthaei cum eius originali primitivo, necnon de ordine temporum quo eadem scripta fuerunt, ad explicandum eorum ad invicem similitudines aut dissimilitudines, inter tot varias oppositas auctorum sententias, liceat exegetis libere disputare et ad hypotheses traditionis sive scriptae sive oralis vel etiam dependentiae unius a praecedenti seu a praecedentibus appellare ?

Resp. Affirmative.

IT. Utrum ea quae superius statuta sunt, ii servare censeri debeant, qui nullo fulti traditionis testimonio nec historico argumento, facile amplectuntur hypothesim vulgo duorum fontium nuncupatam, quae compositionem Evangelii graeci et Evangelii Lucae ex eorum potissimum dependentia ab Evangelio Marci et a collectione sic dicta sermonum Domini contendit explicare; ac proinde eam libere propugnare valeant ?

Resp. Negative ad utramque partem.

Voici la traduction ee qu'a donnée le P. Prat de ce décret :

I. Tout en se conformant aux décisions précédentes qui doivent être rigoureusement observées, spécialement en ce qui concerne l'authenticité et l'intégrité des trois évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc; l'identité substantielle de l'évangile grec de Matthieu avec son premier texte original, comme aussi en ce qui touche l’ordre chronologique de composition de ces évangiles, les exégètes peuvent-ils, pour expliquer les ressemblances et les divergences des synoptiques entre eux, au milieu de tant d'opinions diverses et

opposées des critiques, discuter librement et embrasser à leur gré l’hypothèse de la tradition, soit écrite soit orale, ou même celle d'un évangéliste par rapport à l'un ou à l’autre de ses devanciers.

Rép. Oui.

Il. Faut-il considérer comme observant les décisions formulées ci-dessus ceux qui, sans pouvoir se baser sur aucun témoignage de la tradition ou aucune preuve historique, embrassent facilement l'hypothèse communément dite des deux sources, laquelle s’efforce d'expliquer la composition de l’évangile grec de Matthieu et de Luc, principalement d'après leur commune dépendance de l’évangile de Marc et de la collection dite des « Discours du Seigneur »; et par suite, les tenants de cette hypothèse peuvent-ils librement la défendre?

Rép. Non, pour les deux parties.

De ce décret il ressort que l'exégète catholique peut embrasser à son gré l'hypothèse de la tradition soit écrite, soit orale ou même celle de la dépendance d'un évangéliste à un autre tout en maintenant toutefois l'ordre de succession traditionnel, Matthieu araméen, Marc, Luc; par conséquent il ne peut adopter l'hypothèse qui soutient que Matthieu et Luc dépendent de Marc et des Logia. Le Matthieu grec reproduit en effet la substance du Matthieu araméen. De plus, l'exégète

doit admettre l'authenticité et l'intégrité des évangiles w

synoptiques.

L'hypothèse des deux sources qu'a présentées Gro-

tius ferait droit, d'après le P. Prat !, en même temps aux données de la tradition et aux exigences de la critique. Il la formulait ainsi : « Sicut autem Marcus usus est Matthaei hebraëo, ni fallor, codice; ita Marei

4. La question synoptique; Essais de solution; Études, T. CXXXIV, p. 346. Paris, 4943.

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libro graeco usus mihi videtur quisquis is fuit Matthaei graecus interpres. Nam quae Marcus ex Matthaeo desumpsisset, idem hic iisdem prope verbis posuit, nisi quod quaedam a Marco hebraico aut chaldaico loquendi genere expresse propius ad graeci sermonis normam emollivit. » Il y aurait donc eu action directe du Matthieu araméen sur Marc, réaction de Marc sur le Matthieu grec, utilisation de Marc et, si l'on veut, aussi de Matthieu par Luc. Les synoptiques dériveraient donc, dans leur ensemble, de deux documents : le Matthieu araméen et le Marc canonique. Ce système a été soutenu par Zahn. Il avait été adopté auparavant par Patrizi, de Valroger, Schanz. Le P. Prat cite comme le tenant de nos jours : Batiffol, Barnes, Fracassini, Lagrange, Bonaccorsi, Calmes, Chapman, Mangenot, Gigot, Valbuena, Camerlynck et Coppieters. Il nous semble qu’il y aurait des réserves à faire dans cette liste; tous les critiques nommés ne nous paraissent pas avoir embrassé exactement cette hypothèse, surtout dans son ensemble.

Le P. Méchineau ! fait observer que, d’après la Commission biblique, on peut résoudre la question synoptique en supposant aux évangiles des sources orales ou écrites ou la dépendance de l’un à l’autre et qu’elle a déterminé exactement le problème en le réduisant à trouver la raison d’être des ressemblances et des différences entre les trois synoptiques. Or, d’après lui, les ressemblances s'expliquent par le fait que les évangélistes ont puisé aux mêmes sources ou à des sources semblables : orales, écrites ou dépendent l’un de l’autre. Les différences proviennent des sources consultées, tant écrites qu’orales; différence dans la manière et la mesure dont les évangélistes s’en sont

4, I Vangeli di S. Marco e di S. Luca e la Questione sinottica secondo le riposte della Commissione biblica, p. 1. Roma, 1943.

servi; différence du but à atteindre, des qualités et du génie de l'écrivain, enfin de la liberté qu'avait chacun d’eux de travailler et de développer son sujet.

Matthieu a raconté ce qu’il avait vu et entendu; pour le choix de ses matériaux et l’ordre suivi il a pu subir l'influence de la catéchèse apostolique. Marc a reproduit la prédication de Pierre, identique en substance à celle que reproduisait Matthieu; en outre, il s’est servi de l’évangile araméen de Matthieu ; il a pu reproduire aussi des faits et des circonstances obtenues de par ailleurs. Sur certains faits la catéchèse romaine différait de la palestinienne. Luc s’est servi des mêmes sources ou presque identiques que ses prédécesseurs, mais ne s’en est pas servi de la même façon. Outre de nombreuses sources, écrites ou orales (la prédication de Paul), il a utilisé les évangiles de ses deux prédécesseurs. Le P. Méchineau conclut que la question synoptique n’est certainement pas résolue d’une manière positive et adéquate, mais qu'elle ne le sera jamais. C’est pour lui : « primo argumento di consolazione ».

J. Sickenberger ! pense qu'on peut exprimer d’après la Commission biblique les relations des évangélistes entre eux de la façon suivante. La source Q, qui égale en substance les Logia de Matthieu, a été la source du Matthieu grec et de Luc; le Matthieu grec serait la source de Marc, d’où dérive Luc en partie.

4. Das neue Dekret der Bibelkommission über das Mt. Evangelium und die sog. Zweïquellen, Theorie, dans Bib. Zeitsch., Bd IX, p. 391. Freiburg Br., 4911.

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