‹ Études de critique et de philologie du Nouveau TestamentChapitre 98 sur 162 · Commentartus in Actus Apostoloruñn · texte numérisé non relu

Commentartus in Actus Apostoloruñn

lequel est Luc, le médecin, compagnon de Paul. Le livre a été édité plus probablement en l'an 63-64. L'auteur a utilisé pour écrire son livre ses propres souvenirs, dont quelques-uns pouvaient être déjà écrits, certaines notes qui lui ont été communiquées et des documents écrits par lui ou par d’autres. Il ne s’est servi ni des épîtres pauliniennes, ni des écrits de Josèphe. Les Actes des apôtres sont d’une haute valeur historique et toutes les divergences qu'on a signalées entre eux et les épîtres pauliniennes sont expliquées dans le commentaire. Les Actes ont été tenus pour canoniques et inspirés dès le premier siècle, mais ils ont laissé peu de traces dans les premiers écrits chrétiens. Le texte des Actes nous est parvenu sous deux formes, la forme orientale qui se trouve dans les principaux manuscrits majuscules et la forme occidentale représentée par le Codex de Bèze, les versions vieilles latines, Irénée, etc. La forme orientale doit être préférée, sauf à accepter quelques variantes de la forme occidentale. Il existe une troisième forme mixte, d'origine secondaire et dont il n'y a pas lieu de tenir compte. La chronologie des Actes des apôtres est étudiée avec soin. Voici quelques-unes des dates adoptées : Mort du Christ, 3 avril 33; Conversion de Saul, 34; Visite de Paul à Jérusalem, 37; Concile de Jérusalem, 51; Paul devant Festus, 60, à Rome, 61; Martyre de Pierre, 64 (65); Martyre de Paul, 67. Camerlynck étudie aussi la condition politique et religieuse des Juifs à l'époque des Actes; il en ressort très nettement combien Luc a été exact dans ses descriptions historiques et géographiques. Le chapitre sur l’hellénisme, sa civilisation, sa culture religieuse et philosophique éclaircira maint détail des Actes.

IT. De nombreuses études parues en ces der-

nières années sur les Actes des Apôtres, principalement sur la valeur historique‘ et sur le texte de ce livre, ont obligé le D' Wendt à publier une neuvième édition de son travail sur les Actes?. Il n’en a pas modifié le caractère et il a maintenu toutes les positions qu’il avait soutenues précédemment, sauf sur quelques points de détail. Il a cependant complété ce qu'il avait dit sur les sources. Il n'accepte pas l’hypothèse de Harnack sur l'identité de l’auteur des Actes et du III° évangile; l'unité linguistique du livre ne lui paraît pas prouvée. D’après lui, il aurait été compilé par un chrétien, issu de la gentilité, lequel aurait eu comme source principale un document ayant pour auteur un compagnon de Paul. Ce document était beaucoup plus complet que le « Journal de voyage »; il s’y trouvait des récits sur les premiers temps apostoliques. Le récit de la conversion de Paul racontée au ch. IX n'en faisait pas partie, mais bien celle qu’on lit au ch. XXIV. Les Actes ont été compilés vers l'an 95-100 ; ils s'arrêtent brusquement parce que le document utilisé n'allait pas plus loin. Cette solution nous paraît inadmissible. Le compilateur, qui, après tout, ne reproduit pas uniquement la même source, aurait bien pu donner à son œuvre le complément nécessaire en relatant la fin du procès de Paul et son martyre. Il n'ignorait ni l’un ni l’autre, s’il a écrit à la fin du r°’ siècle, comme le soutient Wendt. Une modification heureuse du commentaire a été de placer à part les discussions plus étendues sur des points particuliers : la glossolalie, les trois récits de. la conversion de Paul, le décret apostolique, etc. Le D: Wendt admet la recension occidentale de ce décret,

1. Nous en donnerons un résumé dans les Études de critique et d’exégèse.

2, Die Apostelgeschichte.

c'est-à-dire le texte qui formé un petit catéchisme moral, comprenant quatre clausés : l’abstention de pratiques idolâtriques, de l’homicide, de l’impureté, la pratique de la charité fraternelle. Ce décret ne visait qu'un cercle restreint de chrétientés.

Le D' Wendt a modifié ainsi, par suite de la publication de l'inscription de Delphes, la chronologie des Actes qu'il avait adoptée tout d’abord : 34, conversion de Paul ; 49, Concile de Jérusalem ; automne de l’an 50, arrivée de Paul à Corinthe; 54, arrivée à Ephèse; printemps de l'an 59, arrestation de Paul à Jérusalem ; printemps de l'an 62, arrivée à Rome; été de l’an 64, martyre de Paul.à Rome.

IV. Le quatrième volume d’Isho‘dad de Merv, évêque d’Hadatha, vers 850 après J.-C., contient le commentaire sur les Actes et sur les épitres catholiques !. Dans l'introduction, Rendel Harris fait remar= quer que l’auteur dépend d'Ephrem et de Théodore de Mopsueste. C’est à ce dérnier qu'il emprunte son explication sur la citation qu'a faite Paul, Act. XVIII, 28, 29, des poètes païens. Il la rattache à cette autre citation de l’Apôtre, Tite, I, 12 : Crétois toujours menteurs, méchantes bêtes, ventres paresseux et voici comment il l'explique : Ceci : En lui nous vivons, nous nous mouvons et avons notre être et ceci : Et comme certains de vos propres sages l'ont dit : Nous sommes de sa race, Paul l'emprunte à des poètes paiens. Maintenant sur ceci : En lui nous vivons, ete., les Crétois disaient comme étant la vérité sur Zeus qu’il était un Seigneur qui fut tué par un sanglier et enseveli et son iombéau est connu parmi nous. Aussi Minos, fils de Zeus, a fait un panégyrique de son père dans lequel il dit : Les Crétois t'ont creusé une

4. Commentaries : Aets of the Apostles and three catholic Epistles.

tombe, Ô saint, Ô élevé, eux qui sont menteurs, méchantes bêtes, ventres paresseux. Car tu n’es pas mort à jamais, tu es vivant et ressuscité, car en toi ‘nous vivons, nous nous mouvons et nous avons l'être. Ainsi le bienheureux Paul a pris sa sentence de Minos. Car il a pris encore : Nous sommes de la race de Dieu. Paul a donc emprunté sa citation au Minos d'Epiménide, poète crétois vivant vers 594 avant J.-C. On voit pourquoi ce poète a dit des Crétois qu'ils étaient toujours menteurs.

Nous pourrions relever encore dans ce commentaire d'Isho‘dad des données fort intéressantes. Les deux anges qui parlèrent aux apôtres ayant les yeux levés au ciel pendant que Jésus s’éloignait, Act, I, 10, étaient Gabriel et Michel. La Marie dans la maison de laquelle se rendit Pierre lors de sa délivrance miraculeuse, Act, XII, 12, était sa femme et ses fils étaient Jean Marc et Rhoda. Au livre XIIT, lé commentateur explique le passage des Actes, XIV, où les Lycaoniens de Lystres appellent Barnäbé, Zeus et Paul, Hermès; il rapporte à ce sujet les légendes païennes sur Zeus et sur Aphrodite, maîtresse des incanñtations et de là fornication, Ils appelèrent Paul, Hermès, celui de tous les dieux qui était le plus habile et le plus intelligent. [l était dénommé Hermès Trismégiste parce qu'il connaît trois choses, ce qui est passé, ce qui est présent et Ce qui arrivera. Le commentateur, au livre XV®, ne paraît pas bien savoir pourquoi Paul affirme qu'il est citoyen romain; il croit que c'était parce qu'il était né et avait été élevé à Tarse, une cité des Romains. On était d’après lui citoyen romain parce qu'on était d’une cité placée sous l’autorité des Romains. Nous ne dirons donc pas qu'il faut accepter toutes les interprétations de l’évêque nestorien, comme quand il explique que les Libertini dont

il est parlé, Act., VIIT, 9, étaient les disciples d’un philosophe nommé Lubertino, mais nous le lirons avec fruit parce qu’il est un témoin très averti de la tradition syrienne.

V. On sait que Harnack soutient que Luc le médecin, le compagnon de Paul, est l’auteur du troisième évangile et du livre des Actes. Aitaqué par Schürer, Loisy et d’autres critiques, il défend ses positions nouvelles dans le quatrième fascicule! de ses contributions à l'introduction du Nouveau Testament. Le travail comprend trois parties :

1° Harnack avait démontré dans un précédent fascicule? que l’auteur du Journal de voyage était le même que celui qui avait composé le reste du livre des Actes, parce que l'on retrouve dans ce Journal les expressions, les tournures, les formes de phrase proprement lucaniennes, en d'autres termes, toutes les caractéristiques du style de Luc. Il reprend cet argu- ‘ment et le renforce en transcrivant tous les passages du Journal de voyage dont il distingue les formes lucaniennes par la forme typographique des mots. Il relève ainsi toutes les particularités linguistiques et stylistiques que l’on retrouve dans ce Journal de voyage, dans le reste des Actes, dans le troisième évangile et nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament. L’argument est convaincant, car il est impossible de supposer que l'auteur des Actes aurait retouché à ce degré le Journal de voyage pour lui donner la marque de son style. D'ailleurs, s’il avait voulu le corriger, comment n'aurait-il pas supprimé tout d’abord ce pronom : « Nous » qui tout d’un coup est inséré dans le récit? Enfin, comme il est certain

4. Neue Untersuchungen zur Apostelgeschichte und zur Abfassungszeit der synoptischen Evangelien.

2, Die Apostelgeschichte.

que l’auteur du Journal est Luc, il s'ensuit que tout le livre des Actes a été écrit par lui.

2° L’objection principale que formulent Schmidt, Jülicher, Schürer contre la valeur historique du livre des 'Actes est la profonde différence qui existe d'après eux entre le Paul des Actes et le Paul des épîtres ; leur portrait présente des traits absolument discordants. Le Paul anti-judaïsant et universaliste des épitres ne peut être le Paul conciliant des Actes et comme le premier est historique, le second ne peut l'être. Harnack montre très bien qu'il ne ressort pas du tout des épitres que Paul a été aussi intransigeant qu'on le dit, qu’il est resté bien juif, et que son amour pour sa nation a toujours été très vif. Pour Paul la Loi est abolie dans son principe, sub specie aeterni, mais pour lui, Juif de race, le judaïsme reste une forma legis qui garde une valeur directive. Ainsi se concilient le respect que Luc prête à l’'Apôtre pour le Temple, pour la circoncision, pour la Loi et les déclarations si nettes de Paul sur l’abolition des œuvres de la Loi et sur la justification par la foi nouvelle.

3° Harnack continue à soutenir que les Actes ont pu être écrits vers l’an 60-62, alors que le procès de Paul à Rome n'était pas encore terminé. Le troisième évangile a donc été composé avant cette date et comme il dépend, affirme Harnack, du second évangile, il s'ensuit que l’évangile de Marc a été écrit avant l'an 60. Quant au premier évangile, il l'aurait été avant l'an 70. La date assignée à l’évangile de Marc nous paraît difficilement conciliable avec le texte d’Irénée : Après le départ de Rome (ou la mort) de Pierre et de Paul, Marc nous transmit, lui aussi, les ayant écrites, les choses prêchées par Pierre. À moins de soutenir qu'Irénée s’est trompé, il faut admettre que le . second évangile a été écrit après 64 ou 67. Dans un

dernier chapitre, Harnack essaye d'expliquer comment des récits, écrits du vivant des témoins oculaires des événements, ont pu relater de si nombreux miracles. La conclusion devrait être que ces miracles sont historiques. Mais Harnack n’admet pas la possibilité des miracles. Il en est donc réduit à dire que les légendes peuvent se former rapidement.

VI. E. de Faye‘ n’a pas voulu donner un tableau d'ensemble de l’âge apostolique. « Dans quelles cir-: constances, nous dit-il, les premières églises chrétiennes se sont-elles formées, pourquoi le christianisme, dès qu'il paraît, soit en Palestine, soit dans le vaste monde gréco-romain, prend-il aussitôt la forme d’une église, el a été le développement, la physionomie, l'esprit des communautés primitives, telles sont les questions dont nous avons demandé la solution aux documents les plus sûrs? » Ces documents, c'est d'abord les épîtres de Paul dont E. de Faye accepte sans restriction l'authenticité et la valeur historique, puis les Actes des apôtres, dont il recherche les sources. Il croit que, pour les quatorze premiers chapitres, l’auteur s’est servi principalement d'un document excellent, et de traditions orales de moindre valeur. Pour la seconde partie des Actes, Luc, qu'il reconnaît être l’auteur du livre, a employé un journal de voyage, qu'il avait écrit au temps où il accompagnait Paul dans ses voyages apostoliques.

Appuyé sur ces documents, E: de Faye essaye de résoudre les questions qu'il a posées. Sa réponse est basée tout entière sur ce fait que le Seigneur a choisi douze apôtres, qui ont formé le collège apostolique et qui, dans la pensée de Jésus, devaient être le noyau du nouvel Israël, d’une société dont il a donné les

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