TROISIÈME POINT DE VUE
ETUDE DE l'emploi LINGUISTIQUE ET HISTORIQUE DU PHOx\£ME
L'histoire n'ajoute pas de nouveaux éléments à ceux que nous venons d'observer, pas plus, du reste, que l'examen acoustique n'en ajoutait à celui physiologique de phonation, car il y a une concordance nécessaire entre les résultats de ces observations, le côté subjectif d^ une science devant coïncider exactement avec son côté objectifs sans quoi la science n'aurait plus de certitude.
Cependant, il est utile de se poser successivement à différents points de vue pour contrôler certaines observations les unes par les autres, et surtout parce que ce qu'on aperçoit à
Tun facilement peut être difficilement ou très tardivement aperçu à Tautre.
C'est ainsi que l'existence des sons cérébraux a été apprise par la grammaire sanscrite bien avant qu'on ait pu les classer physiologiquement. De même Yr voyelle, 1'/ voyelle sanscrits ont été longtemps des faits inexpliqués, mais qui ont mis sur la voie de la véritable nature des liquides. Enfin, la nasale sonnante n'a pas été révélée par la physiologie, mais bien par des besoins d'explication étymologique.
Le mouillement, l'aspiration, la rundung des consonnes dans leur évolution et avec leurs trois degrés successifs sont des faits que révèle l'histoire, que la physiologie se charge seulement d'expliquer, et qu'elle n'eût probablement pas découverts.
Enfin, sans l'évidence historique, qui aurait admis la loi de la lautverschiehung^ qui semble en désaccord avec celle naturelle des organes consistant à se relâcher et à affaiblir de plus en plus les sons?
C'est l'histoire qui est le grand instrument de découverte en phonétique comme en psychologie.
§ 2. — ACCENT DU PHONÈME.
L'accent du phonème est de deux sortes : 4** Y accent d'intensité^ 2'' Y accent d'élévation*
10 Accent d'intensité.
Il consiste à prononcer plus ou moins fortement, c'est-àdire soit avec un plus fort courant d'air, soit par une plus forte pression des organes de phonation, tel ou tel phonème.
Ce phonème peut d'ailleurs être une voyelle ou une consonne, mais l'accent est plus sensible pour la voyelle.
L'intensité peut résulter de ce que la prononciation se fait plus ou moins énergiquement que celle normale des autres phonèmes du discours,
Ou de ce que l'énergie va en croissant toujours, ou en décroissant toujours,
Ou de ce qu'elle va d'abord en croissant, puis en décroissant, ou au contraire en décroissant, puis en croissant.
Dans tous les cas, il n'y a qu'un seul accent d'intensité.
Cet accent peut aussi exister sans décroissance et sans croissance par une intensité subite et cessant aussitôt, cessant brusquement.
Enfin, le phonème, en général vocalique, peut porter deux ou trois accents. C'est quand la voix, après avoir été en croissant, décroît, puis croît de nouveau sur le môme son.
Toutes ces différences se retrouvent dans l'accent d'élévation.
L'accent d'intensité est souvent solidaire de celui d'élévation, mais peut en être séparé.
ao Accent d'élévation.
L'accent d'élévation comporte les mêmes divisions que le précédent.
Lorsqu'il s'applique à un seul phonème, il est très curieux à observer dans le chinois, par exemple, et les langues monosyllabiques.
On y distingue : I® l'accent de hauteur, 2'' l'accent de dU rectiofij 3° l'accent double.
L'accent de hauteur comprend le bas, le moyen et Vélevé, suivant que la voix est plus basse, plus haute que son degré normal, ou égale à celui-ci.
L'accent de direction comprend l'accent montant et l'accent descendant.
L'accent double est une subdivision de celui de direction ; c'est celui qui remonte après avoir baissé.
Le rôle fonctionnel de l'accent du phonème est un rôle purement lexiologique; il sert à augmenter le nombre des racines qui servent à l'expression des idées principales.
Les accents sont l'àme de la parole et, comme nous le ver-
rons dans la phonétique dynamique, modifient profondément les sons eux-mêmes.
§ 3. — DURÉE DU PHONÈME.
La durée plus ou moins longue du phonème est à trois degrés : la hrèvCj la moyenne, la longue.
Historiquement, la longue est souvent née de la réunion de deux voyelles semblables, mais elle peut exister en dehors de cette condition.
La moyenne est l'état normal; la brève est fréquente en français, où elle est exprimée par Ye muet; la longue est exceptionnelle, et doit être surtout étudiée, dans ses effets et dans ses causes.
Son effet le plus considérable est d'influer sur le son luimême et sur la place de l'accent.
Sa cause est : 4^ ou la suppression d'un autre phonème qui l'allonge par compensation, 2° ou son origine tirée d'une semi-voyelle qui s'est transformée en voyelle, 3® ou enfin la postériorité d'une ou de deux consonnes. Ce dernier cas est celui de la position,
La position a le singulier effet dans certaines langues d'allonger la syllabe en abrégeant la voyelle, dans d'autres d'allonger la voyelle en môme temps que la syllabe.
De même que l'accent d'élévation du phonème, la quantité a souvent pour résultat de changer le sens lexiologique de la racine. Ce résultat est extrêmement fréquent dans la langue malaise.
SECTION DEUXIÈME