PHONÉTIQUE DES UKITÉS NATURELLES
g j«r — PHONÉTIQUE DE LA SYLLABE.
La syllabe doit être étudiée, comme le phonème : \^ dans sa tonalité^ T dans son accent, 3° dans sa quantité.
A. — Tonalité de là syllabe.
Le phonème, outre sa nature propre, comme phonème isolé, a ses qualités particulières, qui se révèlent alors seulement qull fonctionne dans la syllabe et contribue à la former.
Le phonème comme composant la syllabe peut être ; io soit sonnant, syllabique, ou consonnant, asyllabique, ou tantôt sonnant et tantôt consonnant, 2° soit initial ou final, 3° soit explosif ou occlusif, 4** s'isolant ou se groupant, 5° double, triple ou libre.
a) Phonème asyllabique, syllabique, mixte.
Les mots : voyelle, consonne sont très inexacts. La consonne, en effet, peut très bien s'appuyer sur une autre consonne, et non sur une voyelle; puis plusieurs consonnes peuvent parfaitement sonner seules et sans voyelles. Enfin, on a eu tort d'attribuer à la nature du phonème une division qui n'a réellement trait qu'à sa fonction dans la syllabe.
Le phonème syllabique est celui qui est le pivot d'une syllabe, qui peut la composer seul, et sur lequel, dans le cas contraire, tous les autres phonèmes s'appuient. Tels sont : «, e, i, etc., et tous les autres communément appelés voyelles.
Le phonème asyllabique est celui qui ne peut composer seul une syllabe, et qui dans cette composition doit s'appuyer sur un autre phonème. Tels sont ; b, p, g, h, d, t.
Le phonème mixte est celui qui peut composer seul une syllabe, ou sur qui, dans la composition d'une syllabe, les autres phonèmes s'appuient, sans qu'il s'appuie lui-même sur aucun; mais qui peut aussi, lorsque la position change, s'appuyer sur d'autres phonèmes, et n'être plus alors le centre, le pivot de la syllabe, mais devenir consonne; ce sont les phonèmes : r, l, et les nasales.
C'est pour ce motif que les grammairiens sanscrits clas-
saient r, l parmi les voyelles dans certains cas, et que les néo-grammairiens classent de même les nasales, qu'ils appellent alors nasales sonnantes.
Mais cette division, qui est juste, n'est pas aussi tranchée qu'elle le paraît d'abord.
En effet, d'un côté les voyelles pures, surtout ij u, peuvent devenir aussi, suivant la position, de phonèmes syllabiques, des phonèmes asyllabiques en se transformant en les semivoyelles : y, w.
D'autre côté, les fricatives, ordinairement asyllabiques, peuvent devenir syllabiques si l'on en prolonge la prononciation ; en effet, à leur tour les fricatives y doux, v deviennent par position d'abord y, w, puis i et u; puis 1'^ devient syl labique en chinois sous la forme : sz.
Les phonèmes situés à l'opposite, les plosives d'un côté, les voyelles de l'autre, conservent seuls régulièrement leur fonction contraire.
b) Phonème initial ou final.
On étudie dans chaque langue quel est le genre admis de finales et d'initiales, soit d'une syllabe, soit d'un mot. Nous réunissons ici l'examen de ces deux unités très connexes. En effet, certains phonèmes sont rejetés ici comme initiaux, là comme finaux. Par exemple, le chinois commence toutes ses syllabes par des consonnes, les finit par des voyelles ou par une nasale. Gettg assimilation des seules nasales aux voyelles est même très remarquable et prouve, aussi bien que les preuves physiologiques ou que celle tirée des étymologies indo-germaniques, que les nasales sont en réalité des voyelles plutôt que des consonnes. D'autres langues ont une autre distribution des phonèmes, mais aussi obligatoire. L'affinité pour tel phonème initial et tel phonème final est un des caractères d'une langue.
c) Phonème s'Uolant ou se groupant.
De même certaines langues accumulent dans leur syllabe les sons, d'autres les bruits; d'autres s'efforcent d'arriver à une répartition égale entre les uns et les autres. Les langues polynésiennes ont promptement éliminé leurs consonnes ; les langues néo-latines suivent la même voie ; les langues germaniques, au contraire, éliminent leurs voyelles, et l'allemand moderne arrive à composer sa syllabe de cinq ou six consonnes enfermant entre elles une voyelle, d'où une certaine dureté, mais aussi une grande énergie. Les langues sémitiques parviennent à un résultat un peu différent. Le squelette du mot ne contient que des consonnes, mais entre elles on peut intercaler, pour exprimer les nuances lexiologiques ou grammaticales, des voyelles claires et différenciées, ou quand on veut supprimer les nuances, la voyelle uniforme sourde dont nous avons parlé, tellement que dans ce groupe, contrairement à ce qui a lieu dans les autres, la racine prend une existence réelle.
Lorsque les voyelles se groupent, elles peuvent dépasser ou ne pas dépasser l'état de groupement; dans les langues polynésiennes, les voyelles s'accumulent sans se confondre, dans les néo-romanes elles se contractent.
Lorsque les consonnes se groupent, l'état primordial de la racine se trouve modifié, comme nous allons le voir dans la division suivante.
d) Phonème double, triple ou libre.
L'état primitif de la racine est bilitère; tantôt une con-^ sonne -^ une voyelle, tantôt une voyelle -f- une consonne, ce qui constitue, comme nous le verrons dans la division suivante, la distinction fréquente entre l'occlusif et l'inclusif. La première de ces deux combinaisons est primitive et naturelle; c'est celle que l'enfant emploie.
Mais soit que les syllabes se fondent entre elles, soit que la constitution d'une syllabe isolée se fasse autrement, on voit apparaître d'autres systèmes. La composition de la syllabe, de bilitère, devient trilitère. Elle comprend, par exemple, deux consonnes plus une voyelle, plus rarement une voyelle et deux consonnes, mais très fréquemment une voyelle entre deux consonnes; la syllabe est ouverte, puis fermée.
Ces systèmes se combinent avec ceux qui consistent à mettre sur un second plan certaines natures de phonèmes, par exemple les voyelles. Dans les langues sémitiques, la syllabe se compose réellement de trois consonnes seules ; la voyelle, on en fait abstraction. Il s'y agit bien plus, en réalité, de trilitérité que de trisyllabisme.
e) Phonème explosif ou occlusif.
Cette division des phonèmes a été souvent mal à propos rapportée par les phonétistes au phonème lui-môme, tandis qu'elle concerne principalement la syllabe.
Elle ne s'applique d'ailleurs pas toujours, mais lorsque le phonème est un bruit plosif, et quelquefois seulement lorsqu'il est un bruit continu, jamais lorsqu'il s'agit d'un son.
La théorie du phonème explosif ou occlusif se relie à celle que nous avons exposée plus haut au sujet des phonèmes de transition.
Nous venons de voir que certains phonèmes sont asyllabiques et d'autres syllabiques, c'est-à-dire pouvant former à eux seuls la syllabe, et que cette division coïncide à peu près avec celle classique entre consonnes et voyelles. Cette dernière était d'ailleurs inexacte, mais il faut ajouter que celle en asyllabique et syllabique, plus scientifique, n'est pas. non plus absolue.
En effet, d'un côté, une voyelle, même lorsqu'elle paraît seule dans une syllabe, constitue rarement, en réalité, toute cette syllabe. L'attaque de cette voyelle se fait de trois manières : ^^ en mettant les cordes vocales en position complète
avant d'émettre le souffle, 2'' en les fermant complètement et en les faisant entr'ouvrir par le souffle, mouvement d'où résulte un bruit que nous estimons consonnantique et qui est celui de Vesprit doux, 3° en les resserrant peu à peu et en passant par la position de frottement qui produit l'A ou Vesprit rude que nous considérons comme une consonne, avant de parvenir à celle de vibration vocalique. Dans le premier cas seulement, le plus rare, et celui qui n'existe jamais dans certaines langues à moins qu'une consonne classique ne précède la voyelle, le phonème syllabique est tel en réalité; dans les deux autres, la voyelle est asyllabique.
D'autre côté, la consonne continue, celle vibrante, celle d'avulsion, sont très souvent, en réalité, syllabiques; il suffit, par exemple, de continuer le son de 1'* et de le convertir en véritable sifflement; mais, ce qui est plus remarquable, c'est qu'il en est ainsi même des consonnes plosives et muettes dans certains cas.
En effet, la plosive est explosive si elle est seule ou si elle commence la syllabe, occlusive si elle la termine. Dans le premier cas, comme dans le second, elle est tantôt syllabique, tantôt asyllabique.
Le cas le plus simple est celui où l'explosive est seule dans la syllabe. Peut-elle d'abord s'y trouver en cet état, puisqu'elle est asyllabique ?
Oui, et c'est justement ce qui est digne d'attention. Dans ce cas, nous avons une explosive, en réalité syllabique. La syllabe réelle est alors un varnakramay lequel comprend : 4o Xdiplosive, 2** la voyelle vague et sourde qui l'accompagne, le sphotana, lequel, nous l'avons démontré, n'est à son tour, en réalité, que le son de l'explosion.
Si l'explosive, au lieu d'être isolée, est suivie d'une autre plosive dont l'articulation est assez différente pour ne pas pouvoir se lier sans intermédiaire avec la sienne, le résultat est absolument le même. L'unité de syllabe entre les deux plosives n'est qu'apparente; la première plosive forme en réalité, avec son sphotana, une syllabe distincte.
Si Texplosive est suivie d'une voyelle, alors elle se polarise décidément vers rasyllabisme ; son bruit d'explosion s'éteint dans la sonorité de la voyelle suivante.
Le cas le plus curieux, c'est celui où la plosive suit la voyelle, termine la syllabe, et ainsi est occlusive.
L'état parfait d'occlusion, lorsqu'il produit tous ses effets, supprime entièrement le sphotana, qui n'est autre que l'ex" plosion et qui rend syllabique; l'état d'occlusion rend donc la plosive asyllabique ; elle s'appuie entièrement sur la voyelle précédente.
Mais un tel résultat n'est pas sans inconvénient ; la bouche ne se rouvrant pas après l'occlusion, cette occlusion ne peut produire aucun bruit, est perdue pour la phonation. Le p, le tt par exemple, deviennent des m, des n, dont le bruit serait étouffé entre l'extrémité du canal buccal fermé, et le yoile du palais aussi fermé.
Pour l'éviter, l'appui de l'occlusive sur la voyelle précédente ne se fait qu'imparfaitement, ce qui revient à dire que la plosive n'est plus complètement occlusive, qu'elle redevient explosive en partie. On pourrait dire qu'elle est syllabique au quart.
Mais cette fraction de syllabisme disparaît si la plosive occlusive peut s'appuyer non seulement sur la voyelle précédente/ mais aussi sur un phonème suivant capable de lui fournir la sensibilité de bruit propre dont elle a besoin, ce qui la dispensera de modifier son caractère naturel occlusif.
C'est ce qui arrive quand la plosive est suivie d'une nasale; l'explosion uvulaire dispensera alors de toute explosion buccale ; c'est le cas du jama*
La fraction de syllabisme disparaît aussi lorsque la plosive est suivie d'une autre plosive ou d'une continue telle qu'elle se lie avec elle, de manière à ce qu'on puisse reculer l'explosion jusqu'après l'émission du second phonème, explosion qui servira à la fois pour les deux. C'est le cas de Vabhinidhdnu.