‹ Études de la langue francaise sur RacineChapitre 5 sur 76 · L. H. d'aptes I.B. Des objets de douleur peuvent dé · texte numérisé non relu

L. H. d'aptes I.B. Des objets de douleur peuvent dé

ûhirêr le cœur et affliger Tame ; mais ils ne déchirent point les eniraiUes»

£,^ II est ëtonnant qne M. de Laharpe se soit laissa induire ici en erreur par Luneau. S'il se fût donné ta peine de consulter le Dictionnaire de TAcadëmie , il eût vu clairement que des objets de douleur peuvent déchirer les entrailles lÉussi bien que le cmun a On dit figurëment , porte ce Die- V) tionnairc^ qa^ttne chose déchire le cœur, les' entrailles, y> pour dire qu'elle donne beaucoup de compassion et qu'elU » touche sensiblement: Cette méhe voyant souffrir son 9> fils y se sentait déchirer les entrailles* »

ao Tout notre saog doit-il sentir votre colère ? Et dans le principe > suivant Luneau :

Tout notre ssng doit-il sabir votre colère ?

L. H. L'un ne vaut pas mieux que l'autre. On ne suhiê point la colère, et un sang ne peut sentir la colère de quelqu'un*

^1^^ Subir , dit l'Académie^ signifie être assujetti à 09 qui est ordonné , prescrit , imposé : Subir la loi du vain^ fueur^ subir le Joug, subir la peine à laquelle on a été condamné* Or, la colère ne pouvant èlre ni ordonnée , ni prescrite , ni imposée , on ne peut donc pas la subir ; mais Qn peut sans doute la sentir, c'est-à-dire V éprouver, et Jl'Académie en fournit des exemples : Il sentira ma colère, il lui fera sentir sa colère. Reste à savoir si un sang peut la sentir* Et pourquoi un sang, dans le sens de race , de famille, un sang pris pour les personnes d'un même sang , enfin xinsang personnifié , ne la sentirait^W pas ? Or tel est iHen évidemment le sens métaphorique du mot sang dans le vers de Racine ; et ce qui le prouve encore , ce sont ces trois autres vers qui le précèdent et auxquels il fait suite :

Odienx 1 que vons a fait ce sang infortuné? Et pourquoi tout entier TaTex-Vous condamné? J('étes-vous pas content de la mort de mon père?

DE LJA LAI!f6UE FRANÇAISE. M

»l Hé ^oi I si ptrini nous on a fait quelque oiTens», Le del doit-il sur tous en prendre la vengeance?

L.H. On dit bieD, dans un sens absolu > faire qnehjjia fauis,sans dire envers qui^ mais on ne dit ^BÏnl faire ^aelçue offense j sans dire à qui» Le rëgime est ici indispensable 9 parce que \ offense suppose \ offensé.

^ffZ^Offense peut s'employer d'une manière absolue , à en jager par cet exemple de TAcadëmie : Il faut oublier les offenses > et par cet exemple encore plus dëcisif cle J. B» Boussean , dans son ode , Paraissez,,, roi des rois > etc.

Le Dien de l'univers est le Dieu des vengeances t . . Le pouvoir et le droit de punir les offenses , . ,

N'appartient qu'k ce Dieu jaloux.

liais il jr a toujours nn défaut dans le yets de Racine* L# poète a voulu dire i H fuoi i si ^uelfu^un de nous afaie une offense, et l'on pourrait stusii bien entendre i ce aiQ semble : Hà fuoi ! s* il a été fais une offense à ^uel^ù 'un de nous. Cette équivoque n'exist^ait point , je crois | a'U j avait:

Bé quoi f si parmi nous M s'est fait quelque ofTenseï;

. • il aa Je vois bien que la paix ne peut s'exëcutet..

L. H« Louis Racine vent {ustifisr cette expression par l'et» Kpte qu'il suppose , Le traité de pai^ ne peute'exécutêfp. n se troaspe d9ttb)enient , d'abovd «Uns le fait; car il s'agit de conclure un traité de paix, etaon de TexécuteB ; ce qui est tiès-difEérent^ puisqu'on ne- peut exéenter un traité que quand il a été conclu. De plua, en supposant même qu'il s'agh d'un traité dé paix ^exéeu^r , excuter la paixn% vaudrait p9S mieux ^ attends qUe l'ellipse nest admissilde qoe quand elle présente un sraa unique et néœssaiie.. Qr exécuter lapais, s'il était français , pounrait signifier bien d'autres ^ktOÈO^Kp^ exécuter un traitée Celte phraseest tota-« lement vicienie » et Lon» BACine 9k eu' tort de vouloir l'eiGUBeiw • . ^

d^l]^ Exécuter la paix est visiblement. pour -co^cZ/i/tf la paiXi Q\y s'il était frajnçais, il ne faudrait pas , sans doute , y chercher plus d'ellipse qu'il n'en faut chercher dans exécuter Un dessein , exécuter une entreprise» Disons tout uniment que c'est un terme* impropre , et qui ni signifie points ou ne signifie que mal^> ce qu'on a voulu lui faire signifiera

a3 Doi^-j e' prendre pour juge une troupe iaspleole, P'un fier usurpa^«^r mini9tre violeute?

L. B.' Ministre est -toujours du masculin , comme poète' , auteur i peintre. . ^ . .

' L. H. C'est l'usage général , il est vrai.' Cependant je serais de l'avis de Louis Racine i qui croit que ministre » en )>Àësi^'^ péiit avoirunSFëminiÀ:^ comme dn Tati* f miniitrâm Enfant ^tx * aussi pai'ltrbfh^iiié du rifiàsculin pour- lesdeua: Bexes j et oependant>ôn iditj une jeune enfant; 'une hélte enfant; t^ne aimable enfant* ^ Je ne me^ ferais aucun scru^ pûlie» d'écrire d? mévnieveir-parrraat d'une-lSeM»ne'^' eette ai^ Tnable auteur. On dit populairement peintresse ^ quine vaut pas jiùeux.qu'^i^<r^^.Cç^^mofs répugnent au féminin , et alors il vaut mieux les reporter sur le pronom, car la désignation du genre est nécessaire; et pùi^^^ï'dif dft bienii/zd ^eJbme Ysii/<;«r^ powrquoi le pronom ffénittiarn'iifait-il pas aussi bien que ïenxoi\vçk\r^.àe:fen^meJ IX feut ^^niri auP tant Kfi'ont le peut / Aviê» I!aidi8 de J^analogie» au secours àb i'usage;quandil'éstiin9o£fisan;« . : n.^ • • . '

• (j^^^Si ces raisons veii.iav!fmr de 7nini^tii»-iàiéienàB ont ëté connues de M. Gatiel ^^grâmmAicieii;; distingué -^ à. qui nous devons un iort'bonrJDictiQnnaire de la ltfiiguer£rànçaise> dles ne l'ont pas eqi]^hé dp o&ndamner. cette esEpressidn de 'fiaciné comme un soléGÎsme«- G» qui pounr^it là jîutiiier ici » e'est que, ministre se trouvant employé aa %uréi\ at surtout fier apposition I commit ikoe sorte d'adjeeitf;de./reA^9.W0* lan^ .parait' se rapporter 9Ml«ii\t à tro^pç .qu'ii ininhstrei IB( ce qui aide encore à l'illusion ^ c'est la contonttamec d#

DE LA LANGUE FRANÇAISE. ai

ee mot avec insolente , auquel il se lie toul-à-la-fois comme rime , et comme concourant avec ministre à exprimer une autre qualité.du même sujet. Mais hors de là et de tout cas semblable , ce serait , je crois , une vërilable faute que de faire ministre féminin. Observez même que , si minisire violente ne choque point ou que très-^pen , à la place où il est , il serait absolument insupportable dans une construction toute différente, Pourrail-on souffrir, par exemple , qu'il y eût : Une troupe insolente , 'oiolente ministre d'un fier usurpateur^ Et ce serait bien pis , ce me semble ^ si , en employant l'article^ on disait : La ministre violente^ on la wolente ministre*.

M. de Laharpe ne se ferait aucun scrupule de dire ^ en parlant d'une femme , cette aimable auteur , parce qu'on dit bien une belle enfant ^ une aimable enfant. Ouï , on dix une belle enfant^ une aimable enfant, en parlant d'ane foVt jeune fille, et l'on dit aussi , en parlant d'une jeune femme d'un caractère doux et facile , o^est une bonne «/z— fanty une bien bonne enfant. Mais dans quel style cela se dit-il 7 Bans le style le plus familier*. Et puis , si l'usagé aotorise cette sorte de féminin pour le mot enfant ^Vdixxio^ rise-t-il de même pour \e nioX auteur ? l'auto rise-t-il pour te mot. peintre , pour le mot poètel Au surplus , on pour^ rait trouver pour le mot enfané une raison qui n'existe pas. pour les autres. Un enfant est nécessairemenjt g^arçon ou fille, et l'idée ^enfant ne peut jamais aller %ans une idée de sexe^ Or, la désignation du sexe étant sou veilt indispensable » on se permet, pour abréger et pour être plus énergique, de tourner an fémibîn uh mot auquel se trouvent naturellement atta«it diées toutes les idées de jeunesse, de grâce y de bonlé, d*a-^ ihiabilité qu^oft peut avoir en Vtte^ *niais l'idée à! auteur^ l'idée de peiritre ou dô poète , entra tne-t-elle aussi èssen-*' tieUement avec elle une idée de sete? Et que fait au fond le sexe à Vautêur^ au peintre, au poète "i Quel inconvénient; y a-t-il à dire : Madame de Sèvignè est un de nos ariteurs! les plus distin^nis dans le genre épistolaire ? MadamM-

dês Houliéres est U7t des meilleurs poètes de son sexe^ Eh ! ne dirait-on pas bien , qui plus est : Jeanne d'Arc mérite d*étre comptée parmi nos grands hommes ?

M. de Wailly dit dans sa Grammaire , et M. Gattel dans son Dictionnaire , qu'auteur, dans le sens d'écrivain , est des deux genres. C'est une erreur. Auteur est toujours masculin ; mais on peut l'employer pour les deux sexes^ pour )es deux genres ; et n'y a-t-il pas des noms d^animaux qui , quoique grammaticalement masculins ou féminins , s'appliquent , tant à un sexe qu'à Tautre? Ne dil-on pas un aigle, un lièvre i une panthère y etc. , soit qu'on parle de la fe* soielle ou qu'on parle du mâle ?

Peut-être m'opposera-t*on ce vers de Boileau^ satire X : Yais-je épouser ici quelque apprentive auteur?

Je répondrai (^apprentive , ou plutôt apprentie , comme

on le dit aujourd'hui 9 est aussi bien substantif qu'adjectif ^

et que c'est comme substantif qu'il est employé ici , ou que

rien n'empêche de l'y considérer comme tel. Je répondrai

que cela ne prouve pas que Doileau se fut permis de dire, par

exemple, une charmante auteur ^ ou une auteur char^*

niante*

Enfin j s'il était vrai que cette aimable auteur ne fût pas

une expression répréhensible , c'est que , sans doute, on sup<^

poserait avant le mot auteur, l'ellipse du mot femme , et

qu'on enienàrsLii, cette femme, aimable auteur, ou cette

aimable /emme , auteur*

»4 ' Est-ce au peuple , Madame , k se choisir un maitre? Sitôt qu'il hait un roi , doit-on cesser de l'étie?

G. F. Ce vers est embarrassé et incorrect dans la cons« \truction. Doit-^qn cesser est dans un sens général , et signifie , tous les rois doivent^ils cesser de l'être ? Sitôt ^u'il hait un roi 9 esl dans un sens particulier : ainsi Poly- Bice semble demander si tous les rois doivent descendra du trône , sitôt fue le peuple en hait un. Question abfurde* Racine a voulu dire :

Un roif des qu'on U hait 9 doit-il cesser dt l'être 2

DE LA LANGUE FRANÇAISE, a5

Ce ii*est pas ua yen que j'ose substituer à celoi de Ra« dne ; c*est une manière dont je me sers pour exprimer sa pensëe.

^;^ Cette observation est non-seulement juste , mais même philosophique* On doit en savoir d'autant plus de gré an commentatenr , qu'il lui arrive beaucoup trop rarement d'eu faire de semblables*

35 Sa baine oa son amour sont-ee les premiers droits Qui font^onter au trône ou descendre les rois ?

G. F. Ce dernier vers a de la prëcisioin, mais c*est aux dépens de la langue. On dit bien monterait trône ; mais on ne peut pas dire , descendre au irâne : il faut absolument , descendre du irone.

f^ Louis Racine s'ëlaît borne k dire en deux mois y qu'il faudrait, ou en descendre; et c'était beaucoup plus juste que de sappoter qu'il y a descendre au crone» Le poète n'a pas dit cela , et il n'a pas voulu le dire , puisqu'il a mis au trône immédiatement après monter^ et qu'il a employé le verbe descendre d'une manière absolue et sans régime. La phrase revient à celle-ci : Qui font monter les rois am trône , ou i^ui les font descendre ; et ce n'est pas , il s'ci^ faut, comme s'il y avait : Qui font monter ou descendra Us rois au trône, .Toute la ftiute se réduit à l'omission du pronom indéfini en ; et si elle n'est pas tout-k-f^iit rachetée par cette précision du vers que l'on vante avec raison j elle n'est du moins ni choquante ni bien sensible*

t6 De et titre odienx mes droits me sont garans.

L. B. Cette façon de parler est très-défectueuse , et il y a grande différence entre garantir une chose et être garant de quelque chose* En un mot , ce vecs présente un sens directei^ent opposé à celui de l'auteur.

L. H« La faute est évidente ; mais- le commentateur, en' remarquant le contre-sens , en fait un tont aussi grossier. Il n'y a nulle différence entre garantir une chose et en êtregarant; mais ce qui est très-différent ^ c'est à! être garant

d6 ETUDES

d'une chose ou de garantir de ^uelfué chose. Être gtt^ Tant d'une chose 9 c*est V assurer ; en garantir , c'est er^ mettre à l'abri. Je vous suis garant de sa haine ^ veut dire 5 je vous assure de sa haine* Je vous^arantis de sa haine , veut dire, /> vous mets à l'abri dé sa haine. En yëritë , on ne revient point de cette profonde ignorance des ëlëniens de la laD>^ue.

(P3^ Tout n'annonce- t-il pas ëvideniment que c'est ga-^ rantir d'une chose ^ et non pas garantir une cliose ^ que Luneau a voulu mettre? Sans cela aurait- il repris l'exprès-fiion de Racine, comme une sorte de contre»-sens ? M. de Laharpe le traite Bien durement pour une faute qui n'est sans doute que celle de l'Imprimeur*

h\k reste I observons que si Racine eût dit, garantir cofitre ce titre , au lieu de garantir de ce titre , l'exprès* sion n'offrirait point de contre-sens , et n'aurait peut-étr^ rien de rëprëhensible* Il me semble avoir vu quelque part dans Molière :

Contre les coaps da sort rien ne tons est garant.

St non - seulement je n'oserais le condamner , mais j'os» inème le regarder comme presque aussi exact que s'il 7 avait, nen ne vous garantit des coups du sort.

vj A peine en sa mémoire ai-j« enoor quelque rang.

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