L. H* Tous ces beaux exploits Cest ce ^i me
le fait;», n'est pas français , c'est un solécbme ; et le com-men^ateur (Lu neau) aurait dû remarquer au^moins ces sortes de fautes en faveur des étrangers 1 que le nom de Racine pourrait induire en erreur ^ même dans un coup d'essai ^ussi
i8 ÉTUDES
défectueux que celui-ci. G*ëtait le seul travail utile quMI 7 eût à faire sur cette pièce, et Toa voit trop qu'il n'était pas en état de le faire.
(I^;^^ Il est certain que la phrase serait plus correcte, s'il y avait:
Et tous ces beaux exploits qui le fout admirer. Sont ce qui mo le fait justement abhorrer.
Ou bien encore :
Et ce qui me le fait justement abhorrer , Ce sont tous ces exploits qui le font admirer.
Mais parce que Luneau n'a pas relevé cette faute , y avait*il de quoi le traiter si durement? M^ deLabarpe croit-il donc avoir suppléé au défaut de Luneau , et avoir repris dans le style , soit de cette pièce , soit des antres , tout ce qu'il y avait à reprendre? Et puis ^^ si Luneau fait si mal 9 pourquoi la citer 9 ou même le copier si souvent sans rien changer à son texte ? N'est-ce pas faire voir évidemment ou qu'il n'a pas si mal fait, ou qa'oa n'avait soi-mèaio rien de mieux à filin»?
17 Et l'amoiir du pays nous cache una antre flamm* | Je le sais s mais , Créon , j'en abhorre le oonrs.
L.H* Le cours d'unefiamme est une expression vicieuse, formée de deux images incohérentes. Vae/lamme n'a point de cours»
([^ Flamme est ici pour amour; c'est une métaphore , une image destinée à rendre sensible une idée abstraite et morale, l'idée de cette passion de l'ame : le mot cours , employé pour peindre le progrès ou la durée de cçtte même passion^ est une autre métaphore, une autre image. Or ces dei>$ images ne peuvent pas en effet aller ensemble , parce que le sens figuré doit être analogue au sens propre, €t qu'on ne dit pas au propre le cours d'une flamme y comme* le cours d'un ruisseau , d'une rivière, et, en général, <lé tout ie qui coule ^ de tpui ce qui est liquide. Ce n'est pas la seul«
DELA LANGUE FRANÇAISE. tg
fois quMl est arrivé à Racine d'employer mal-à-propos' le mot cours , et de donner on cotirs à des choses qui n'ea out. pas.
18 Seconde mes soupirs , donne force à mes pleurs ^ Et, comme il ,faut enfin , fais parler mes douleurs.
Lu H. citaat L* B. Louis Racine apprpvve qu'on dise en. vers, donne force à mes pleurs* Nous pensons qu'il se trompe. Il trouve aussi de la vivacité dans le contrée il^ faut enfin* Nous croyons qu'il se trompe encore j et que €^ tour n'est que commun et prosaïque. '
JQ^ M. Geoffroy, qui ne cite ni Luueau ni Laharpe, dit que Louis Racine fait de vains efforts pour justiûer ces deux façons de parler, et a^nle : a On exciiseratt peut-^étre ces }> négligences dans Corneille, dont la niàlo hardiesse et la » dignité austère semblent quelquefois s'élever au- dessus » de l'usage ordinaire de la langue. Ce qui convient h Pua » messied à Tàutre : cela dépend du ton qu^)n a pris, du » caractère qu'on s'est établi ; et ce qui n'est dans Corneille » qu'une noble simplicité, serait dans Racihe faiblesse et » négligence. »
Ce qui pourrait faire excuser ces i^égligences dani Cor-*' neille , en qui il en faut bien excuser d'autres , ce ne scrdir ,' ce me semble , ni le ton qu'il a pris \ ni le caractère qu*il s'est établi, maïs le temps où il a vécu, et Tétat d'etifbnCèf ou il a trouvé la langue. On est en droit d'être beaucoup* plus sévère envers Rucine ; mais jamais*, siins douté, ce qui serait en lai J'ai blesse od nêgiigenoe ^ ne peut 'être une noble simplicité dans Corneille. Racine n'a-t-il pas aussi ia noble simplicité ? Cette noble simplicité n'est'-elle pa4 même un des principaux caractères , comme un des princi* paux mérites de son style ? M. Geoffroy aurait dd un peii plus réfléchir à ce qu'il écrivai' •
19 Mille* objets de douleur déciiiraient mes entrailles.