‹ Études de la langue francaise sur RacineChapitre 59 sur 76 · L- H. Populaire ! Celui-là est fort. Peu s' en faut n'est · texte numérisé non relu

L- H. Populaire ! Celui-là est fort. Peu s' en faut n'est

ii4 ÉTUDES

pas même familier , pas même pro^ïque, et peut se mettre partent. Il' est ici très-bien placer et donne une grande force au vers : il Test dans Athalie > et ^de la manière la plus commune :

Peu s'en faùi que Matban ne tarait nommé ten père,

et il ne nuit à rien. Il faut avouer que le Commeotatenr a souvent une^ étrange doctrine en fait de style et de langage : on ne conçoit pas où il peut Tavoir puisée.

||{^3^ Que Peu s'enfatii ne soit ni populaire , ni Ja^ ynilieri ni même prosadçue , je le %'euz : mais peut- il bien à*accorder avec un temps passé ? Et dans le vers à^Aihalief par exemple ^ ne faudrait«il pas à la rigueur ^ si la règle da moins est la même pour la poésie que pour la prose : peu ê*en est fallu ^ue Maùhan ne m'aUnominé son pèret L'Académie )ie dit pas, peu s'en faut ^ mais peu s'en esi fallu yu '-il ne se soit tué*

Jjepeu s* en faut du vers de Phèdre peut ne pas paraître ton t-à- fait si ir régulier ^ parce qu'il semble se rapporter ao« tant, et même plutôt^ à ^ro^/0r/»etf qu'à laissait, dont il est séparé par tout un complément indirect , et parce qu'on peut l'y prendre, pour une sorte d'adverbe , dans le sens de presque ou d'à peu^près. Cependant on verrait, si on j regardait de près^ ^oe ce n'est point du tout an adverbe, mais une proposition incidente et elliptique; que c'est ^ il y en faut peu , dont on a retranché le pronom et changé la forme.

38 Enfin tons tes conseils ac sont plus' de MiieB«

L. B« Ne sont plus de saison : manière de parler trop familière.

L. H* Pourquoi donc 7 il ne s'agit que de la placer: elle ne blesse nullement dans ce vers ; et ne dirait-on pas bien : Ces TAÎDS ménagemeas ne sent plus de saison ;

Non , la feinte est usée , et n'est plus de saison. L^excose vient trop tard^ et n'est ^as de saison»

(^ L'oxprés^ioD est du style familier^ on ne peut en dîs* convenir ; mais cela ne dit point qu'elle ne puisse être sans noblesse. Elle est ici loin de déplaire , parce que le ton du dialogue ^'y rapproche de celui de la conversation*

59 . O toi I qui vois la honte où je aais desoendae , Implacable Vénus , snis-je ass«s confondue ?

G. F. a Qui a jamais entendu , s'écrie Subligny^ qu'on h descendu dans la honte ^ comme ou descend dans la cave 7 » Là honte devrai^ monter surie visagb de notre auteur ^ >} d*avoir fait descendre Phèdre dans la honte, j) C'était au critique à rougir d'un si mauvais ton et d'une observation si fausse. Descendue est une expression poétique qui peint bien le profond abaissement où le crime a réduit Phèdre. .

J;^^ Oui» mais cela prouve-t-il contre Subligny qu'on peut descendre dans la honte ? Il fallait dire, ce me semble ^ que honie ne se prend point ici pour confusion , pour pu-» deur^ mais pour ignominie , pour opprobre ^ et que 9 dès qu'on peut sans doute tomber dans Topprobre» dans rigno— minie, comme dans le mépris » il n'est point du tout absurde qu'on y descende j au moins en poésie ? Voltaire l'a pense lEiinsi, sans doute 5 puisqu'il met dans la bouche de Zaïre ^ Acte IV> Scène VI :

N'imputes qu*k ce feu qui brMe enoor mon tme, K'imputez qu'à l'amour que je dois oublier La honte où je descends de me justifier.

4o • • Je te l'ai prédit , mais tu n'as pas voulut Sur mes justes remords tes pleurs ont prévalu. Je mourais ce matin digne d'âtre pleurée : J'ai suivi tes conseils ; je meuis déshonorée.

L. H. Il y a dans cette phrase qui n'est point achevée , mais tu n* as pas voulu, une ellipse familière qui est d'une singulière vérité. Tout le monde supplée aisément » mais ta n* as pas voulu me croire y tu n'as pas voulu me laisser mourir. Mais s'en tenir à cette phrase de la conversation , tu n'as pas voulu , est une niaxiière de peindre le dé««.

tordre et la vivacité du sepliment qui prëoccupe rime » et

celle manière esl propre à l'auteur.

4t Le ecear gros de soupirs qu'il n\ point écoutés. L'œil humide de pleurs par l'ingrat rtsbut^.

|j, H^ Comme ces deux vers sont pleins de tristesse ! Le oaurgros esl une phrase familière ; mais que ne relèveraient pas les soupù-s quil n*a point écoutés l C'est ainsi que Ton tire parti , en poësie , de toutes les sortes de langage*

C^J^ Louis Racine observe que l'expression humide de nleurs est latine , et qu'on en trouverait peu d'exemples. £a effet on dit plutôt baigné ou mouillé de pleurs. Mais il ne s'ensuit pas un humide de pleurs soit mauvais « surtout en poésie. Pleurs n'est point ici dans ce sens étendu et aujourd'hui peu usité, où nous l'avons vu quelquefois employé par notre poète : il y est pour larmes , et pour li^rmes seulement* hes pleurs ne peuvent avoir éié rebuté^ que dans ce îant^a<^e si expressif et si éloquent qu'ils font entendre à i'àmer Ils l'ont été , en. ce qu'on n'y a pas eu plus d'égard qu'à ces soupirs non écoutés ^ dont le ccsur est encore ^rt><. lies somirs non écoutés sont beaux, mais bien moins hardis cependant que ces soupirs craignant de se voir repoustés^ dans ces vers du même poète, Andromaé/ne ^ Acte III,

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