Qoe de soins m'«&t coûté cette tête cTurmaot^l
L. Rac. Voire Ute leraitune exprefifion basse,» Téêe» dit en poésie pour personne , et est une «zpvesnan latine»
Quis desiderio sit pudor au$ mçdus T4un çari capitU^
Hoft.
Et daos la première «oèiiie de Fhàdfe :
Depuis plus de six mois , ^loifpaé de mon père t J'ignore le destin d'une téU si oh^e.
(fd^ Prendre U Uie d'une personne pour la personot même, c'est prendra la partie pour le tout, et cette fign^ jOht ce ^u'on appelle une ^yaecdoifuep En voici on aolrs J)^
D£ LA LANGUE FRANÇAISE. 537 exemple' 4aiis J.^B* Aouaseau ^ o4e Qu*aux accens d^ ma
T«M «f « vu tomW kl plus iUstU^s îiU^ , Et -Tov pourrie^ onpor , mti9*à» <|ue vpusi^esy Ignorer le tribut que Ton doit k la mort ?
Cette sorte de synecdoque ne saurait être 9 assarëment , pi Ils raisonnable. La /^M 9 siëge de la pensëe et de rame, est certainement de toutes les parties du corps la plus noble , la plus easenlielle » et celle qui contribue le pl<as h faire Thomme ^ la personne. K*esl-^il donc pas teut simple , tout naturel qu'elle doane, quelquefois soi? nom à tout ce qui semble n*ètre qv*eo A\fi» 9a que par dUseiile ?
Toikt le monde verra aisément pourquoi le poite a rois ; que de 4oins m* eût coûtée à l'indéfini ^ et no^ pas y éjue de 4oins m'eut coûtés • en faisant accorder coûtas avec soins^ C'est que coûter es( un verbe neutre , qu'il ne prend point de rëg^ime direct « et qu^il n^a point de participe passif et dë« clinable*
, 3o Compagne du péril ^'il vous falUit chercher^
L. H. Compagne du péril pour votre compagne dans le péril est une de ces finesses de dilution qui la rendent poétique. Nous lie les faisons remarquer si rarement dans Racine que parce qu'elles s^offrent ii tout nnoment.
£CI^ L'expression est poétique , sans doute , et très-poétique \ mais elle n'offre pourtant rien d'extraordinaire, pnis« qu'on dit assez communément compagnon 0^ conipagne d*uDe cbose» pour compagnon ou compagne dans une chose, 00 pour une chose : voilà mon compagnon d'étude, mon compagnon d' armes , mon compagnon, de voyage. Compagne de mes pas , dit Voltaire à rAmiiié^ dans cette belle apostrophe^ par laquelle il termine &on Discours sur la modération : ' . ^
Compagne 'de tnesp^d^ns toutes mes dem^curesy Dans toutes les saisons et dans toutes les heures, Santf toi tout homme est seul : il peut par ton appui multiplier son être, et vivre dans autrui.
Le Commentateur ne s'est point aperçu qu^ bîessait îà langue en disant : un.e de ces finesses de diction ^ui ?« rendent poétique. Diction étant pris dans un sens indéfini, le pronom la « qui marque un sens défini , ne s'y rapporte pas bien.
3i Dienit qa'est-oeque j'entends?.... Madame, onblies-roiu Que Thésée est mon père, et qu'il est ^otre époux ?
L. Rao. Puisqu'il le creit mort, ne devrait-il pas dire: U était ? Que le vers soit ainsi :
Eh quoi î Toubliez-Tous 7
Thésée était moft père , il était votre épooz. ,
la même beauté n'y sera plus. Hip])olyte se servant dn présent y fait entendre à Phèdre qu'elle doit avoir devant les yeux son ma^i comme vivant,
jP^^ Cette observation serait assee fine; mais ce qui la rend un peu illusoire » c'est qu'Hippotyte avait déjà^ avant cette déclaration de Phèdre , parlé comme ne croyant pas i la mort de son père : il avait dit :
IKTadamt , il u'est pas temps de vous troubler encore. Peut-être TOtre époux voit encore le jour. Le ciel peut à nos pleurs accorder son retour. ' Tïeptune le protège , ot ce Dieu tutélaire Me sera pas en vain imploré par mon pèr^
Si Ah! cruel! tu m'as trop entendue ,
5e t*en ai dit asscs pour te tirer d*erreur.
Eh btep ! connais doue PhMre et toute s* fureur.
J'aime , ne pense pas , etc. , etc.
L. B. et L. H. Ce n'est plus un amour qui s'échappe avec les plus grands ménagemens : c'est ta passion qui éclate dans toute sa force ; c'est un torrent qui se déborde avec fureur. Quel pinceau il fallait avoir pour peindre avec tant de fea les emportemens d'une passion effrénée l
Il suffit de tes yeux pour t'en persuader > » Si tes yeux un moment pouvaient me regarder»
Qnelle amertume d'îdëe et d'expression dans ce dernier vers ! La passion a-t-elle quelque chose de plus douloureux t £t tout ce couplet si admirable appartient au poète français. Il semble que, quand Racine marche tout seul » il n*a d*abord suivi des modèles ^ue pour faire voir combien il savait les devancer.
Cet tvea si honteaz le ciols-tn volontaire ?
Voilà peut - être ce qu'il y a de plus profond et de plus beau dans tout ce morceau. Il était impossible de mieux peindre l'irrésistible ascendant de la passion qui mattriite Phèdre, et par conséquent de la rendre plus excusable; et comme on ne pouvait la rendre plus intéressante qu*autant qu'elle serait à excuser et à plaindre , Tauteur a saisi le point capital. C'était là l'effort et le triomphe de son &rt; mais il dépendait d'une force de conception et de style interdite à la médiocrité.
33 Frappe: ou si tu le crois indigne de tes coops. Si ta haine m'envie on supplice si doux, Ou si d'un sang trop vil ta main serait trempée p An défaut de ton bras , préte-moi ton épëe.
L'ab* Desfont. Si ia main seraii trempée • a Je crois H cette phrase , dit d'Olivet j un vrai, barbarisme. » Selon lui, il fallait dire : si la main étaii trempée* Je le prie de me permettre de lui dire qu'il sagit ici d'une règle de logique. Lorsque les propositions conditionnelles regardent l'avenir 9 il faut se servir absolument du futur du subjonctif» appelé pour cela futur conditionnel parles Grammairiens: il faut dire serait f et non pas était ^ du moins dans les cas où le présent imparlait de l'indicatif seraii équivoque. Par exemple» quelqu'un dit» je ne yeux pas if ne mon ami souffre i j'en serais fâché: un autre lui répond: si vous en seriez Jaché \ tâchez donc de le soulager. Où est donc ici le barbarisme? Peut- on parler autrement? Que celui qui répond dise : si vous en étiez fâché ^ etc. » sa réponse alors ne sigaifiera rien » et ne sera p%\s même intelligible. Il était
54d ETUDES
aise h RAciri^ àe mettre éâait au lieit^ Ai éeraiti cependant il ne hii est pas totnbë dans l'cspi'il! <le le fdîte. C'est <}a'il n'y attrait pas-etr dfe sens, si Phèdre eàt dit à Ifippotjte : an si d'un sang trop vit ta main était trempée. 11 y â doûc tin défaut de log;ique dans la remarquer du censeur; H ^lagit d'une condition double , ou de deux cas , le* preniez où Ton suppose <ju*Hiiïp«ly te />tf/tfrfr^/ Fhiiïre^ dfe son épéej le second, où dans cette hypothèse » on suppose avec rasoa que sa main alors s* avilirait. Cette double supposition eif cause que , pour exprimer la seconde , il faut employer nécessairement le futur du subjonctif. Ce n*esl donc point uo barbarisme , comme le prétend M.d'Olivetvmaisimeaunière de parler indispensablcr Dans Tezemple en prose que f ai cité ci-*dessus , il y a de même deus proposa tioos ooih ditionnelles : la prenûère» si l'un souffrait^ la seconde, si l'autre en serait fâché. Finissons j de peur qu'un veis de Racine ne me fasse faire un traité de dialectique.
J^5^ Voila du moins une remarque philosophique , une remarque assez bien raisonnée , et d'un style honnête et dé* cent. Je la cite avec d'autant plus de plaisir , que l'auteur n'en a pas beaucoup de ce mérite. Ce n'est pas cependant que je la rcfgarde au fond comme, parfaitement vraie et juste, ni, par conséquent, que j'y donne une adhésion pleine et entière. La question qui en fait l'objet ne me parait pas suffisamitient approfondie; et je voudrais bien que quelqu*un dé nos grands maîtres en Grammaire el en Littérature l'eût soumise à son examen • Pourquoi M. de Laharpe, p«rr eitem* pl0, n'en a-t-il rien dit, lui qui était si en état de la traiter supérieurement ? Pour moi, séduit d*une part par l'exemple de Racine , de l'autre entraîné par les* raisonii de Desfontaines, je serais assez porté, je l'avoue, à croire le conditionnel présent, ou, si l'on vent, \e futur du subjonctif , préférable à l'imparfait de l'indicatif, dans tous les câs semblables h celui où parle Phèdre. Mais comme je me trouve ensuite arrêté , lorsque je veux consullei^ Tusagc \ L'usage me dit que le conditionnel est aussi incompatible que le
DE LA LANGUE PftANÇAISE. 54i
ttSM 9 avôc 4i , pour Supposé que , et qu'on ne peut pas j^lus dire , connue l'observe M. Je Wailly , je serais con^ tenê si fe ifous verrais appliqué à vos devoirs , que les soldais ferons bien leur devoir, s'ils serons bien com-^ mandés. Il est vrai qoe cet exempte n'est pent-^étre* pas analogue à celui de Racine y si ma main serais trempée i ni k ceitti de I>ellontaines ^ si vous seriez fâché; et ce qui \t prouve ) c'est que , dans ces dent exemples ^ on ne pourrait pas 5 ce me semble» substituer l'imparfait de l'indicatif au •onditionnel , Ê'est qu'on ne pourrait pas dire» avec le même 9&a» 9 si ma main ésaii trempée , si vous étiez fâché. Mais cela suffit-il pour justifier ces deut mêmes exemples i et y rendre leconditionnel légitime? Supposons qu'il en soit ainsi» car je sais Xstm de prétendre le décider ^ y aurait^il keauooup d^absordité à imaginer «oe sorte d'ellipse entre si et le cpndiiioDiiel ? «ne ellipse d'apris laquelle l'exempler ée Bacine reviendrait k , si tu penses que sa main seraiâ trempée d'un Sang trop vU , et celui de Desfontaines h \ s'il est vrai que vous srerie^ fâché ?•••
On tfo«ve dans quelques éditions de Molière» Acte III» Scène Xi der^t^^ra, un cttemple analogue à celui de Ra-« eine. déante vient de témoigner a Mariane » eo présence
éHarpagon , combien il serait fàcbé de la voir devenir Ftipoase de son père » et Mariane lui répond : « Et moi j'ai à » vous dire que les choses sont fort égales» et que» ji î^o»/ » auriez de la répugnance à me voir votre belle-mère « je » n'(* i aurais pas» moi » sans doute» à vous voir mon beau- » fila. »
34 Pourquoi détôurnais-ta mon funeste dessein ?
L. Bt d'après Tab. d'Oliv. On dit détourner quelqu'un d'un dessein » mais on ne peut pas dire également» soit en vers » soit en prose , détourner un dessein»
L. Rag. Pourquoi me détourner d'un funeste desseim eût été plus régulier. Mais Tautre manière étant plus vive^ ne doit point être critiquée*
L. H* M'en déplaise à l'abbé d'Olivet^ détourner un def sein ne me parait nullemejat blâmable , d'abord parce qu*il est très-français de tourner ou détourner les iiesseins^mi côté ou d'un autre , ensuite parce que rien n'empêche fie supposer l'ellipse toute naturelle ^ détourner l'effet d'un dessein^
D'Olivet était un Grammairien tres-écl4lté , et d*nn esprit très-juste. Il a parfaitement cohnu la théorie de la Grammaire générale et du langage français ; mais il est quelquefois très-vétilleux , ce qui tient d'assez près à ce genre d'esprit. Il y a d'ordinaire un peu de superstition mêlée, à la s^ligion des Grammairiens.
({^ L'abbé d^Olivet ne condamne pas plus détourner Ttn dessein , que convaincre des amours , et détromper une erreur. Il a réuni S0149 le même numéro ces trois sortes d'expressions ^etil se contente de les faire remarquer comme des hardiesses qu'il ne faudrait pas hasarder dans la prose ni dans tous les genres de style» Il me semble que ce n'at pas là montrer une t|rès-grande superstition grammaticale. Mous ne répéterons pas ce que nous avons déjà dit sur le même sujet ; mais nous observerons quj^ détourner un det' sein est bien moins hardi ^ sans doute ; que convaincre dei amours , et détromper une erreur, La saison en est toute simple: c'est que détourner peut se dire des< choses aussi bien que des personnes.
35 Moi y régner I moi , ranger un Etat sôus ma loi ! Quand ma faible raison ne règne plas sur moi*! Lorsque j*ai de mes sens abandonné l'empire ! Quand sous un joug honteux à peine je respire ! Quand je me meurs!
L. H. Comme ce vers , ^uandje me meurs , coupé au second pied , semble tomber avec la phrase et avecViièdre,el dépeint rabattement et la défaillance ! On pourrait l'eroarqoer en mille endroits cet art de couper le vers et de le varier suivant l'intention de la phrase^ comme dans cet autre vers :
Si ma 6I1« une fois met le pied dans TAnlide^ Elle est morte. Calohas , etc.
Mais dans chaque genre de beautés ^ on a cru ne devoir s'ar« rèter qu'à quelques exemples , et autant qu'il le fallait pour indiquer les autres.
36 Pouvei-vons d*iui supei^ oublier les mépris ?
G. F. Superèe s^etnjii\o\e rarement sans un substantif ; ici ce mot dit plus i[n* orgueilleux»
dC^ Superbe t au moral et dans le sens d'orgueilleux, X arrogant , s'emploie , au contraire » très-souvent comme substantif : « Dieu résiste au superbe, dit l'Écriture. Le superbe , dit Flëchier^istf cherche pointa faire de bonnes actions y il n'en çeut faire ^ue d* éclatantes.
Celai deraat qni lé superbe.
Enflé d*aiie Taioe splendeor.
Parait plus bas, dans sa grandeur , Que l'insecte caché sous l'herbe.
J.-B. RoussiAu, Ode i , Lir. i, ^enriads » Chant X:
Ta 9 dit-il , d'un superbe abaisser l'insolence ;
Combats pour ton pays , pour ton Prince , et poor toi /
Et reçois, en partant, les^rmes de ton Roi.
Du reste , superbe , dans ce sens-là ^ dit non<-seulement ici , o>aisméroe toujours, plus qu'ois^u^i/l^iix. « h'orgtieilleux » est plein de soi , dit Roubaud , mais le superbe en est » tout bouffi. Le superbe est nn orgueilleux arrogant i qui, >> par son air et ses manières, affecte sur les autres une aa«* ^ përiorittf bum îliante. »
37 Avec quels yeux cruels sa rigueur obstinée
Vous laissait k ses pieds , peu s'en faut , prosternée !...
L. B. Peu s* en faut, expression populaire , et peu digne d'entrer dans un vers.