‹ Études de la nature (volume 2)Chapitre 11 sur 55 · DES FORMES · texte numérisé non relu

DES FORMES

avec leurs meubles , leurs habillements , et surtout avec la couleur rembrunie de leur peau. Si ces peuples portaient comme nous des habits noirs dans le deuil, quelque sombre que soit leur couleur, elle ne formerait point d'opposition tranchée dans leur parure. Ainsi l'expression de la douleur est précisément la même chez eux que chez nous ; car si nous opposons , dans le deuil , la couleur noire de nos habits à la couleur blanche de notre peau, afin d'en faire naître une dissonance funèbre , les peuples méridionaux opposent , au contraire , la couleur blanche de leurs vêtements à la couleur basanée de leur peau , afin de produire le même effet.

Cette variété de goût confirme admirablement l'universalité des principes que nous avons posés sur les causes de l'harmonie et des dissonances. Elle prouve encore que l'agrément ou le désagrément d'une couleur ne réside point dans une seule nuance , mais dans l'harmonie ou dans le contraste heurté de deux couleurs opposées.

Nous trouverions des preuves de ces lois multipliées à l'infini dans la nature , à laquelle l'homme doit toujours recourir dans ses doutes. Elle oppose durement, dans les pays chauds comme dans les pays froids, les couleurs des animaux destructeurs et dangereux. Partout les reptiles venimeux sont peints de couleurs meurtries; partout les oiseaux de proie ont des couleurs terreuses opposées à des couleurs fauves , et des mouchetures blanches sur un fond sombre , ou sombres sur un fond blanc. La nature a donné une robe fauve rayée de brun, et des yeux étincelants, au tigre en embuscade dans l'ombre des forêts du midi ; et elle a teint de noir le museau et les griffes , et de couleur de sang la gueule et les yeux de l'ours blanc , et le fait apparaître , malgré la blancheur de sa peau , au milieu des neiges du nord.

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