‹ Études de la nature (volume 3)Chapitre 44 sur 51 · DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

DU CLERGÉ

Si nos pauvres participent quelquefois à quelque misérable distribution ecclésiastique , les secours qu'ils en reçoivent , loin de les tirer de la misère , ne font que les y entretenir. Que de fonds de terre cependant ont été légués en leur faveur à l'Église ! Pourquoi n'en distribue-t-on pas les revenus en sommes assez fortes pour tirer, au moins chaque année , de l'indigence un certain nombre de familles ? Les gens du clergé disent qu'ils sont les administrateurs des biens des pauvres , mais les pauvres ne sont ni des fous, ni des imbéciles , pour avoir besoin d'administrateurs: d'ailleurs, on ne pourrait [prouver , par aucun passage, de l'Ancien ou du Nouveau Testa- Imeut , que cette charge appartient aux prêtres : si ceux-ci Isont les administrateurs des pauvres, ils ont donc actuellement dans le royaume sept millions d'hommes dans leur ad-

BEn>. DE S -PIERRE. — T. II.

5or, ÉTUDE TREIZIÈME.

ministration temporelle. Je ne pousser.'! pas plus loin celte réflexion. 11 faut rendre à chacun ce qui lui est dû : les prê« très sont de droit divin les avocats des pauvres; mais c'est le roi seul qui est leur administrateur naturel.

Comme l'indigence est la principale cause des vices du peuple, l'opulence peut, comme elle . produire à son tour des désordres dans le clergé. Je ne m'appuienii pas ici des répréhensions de saint Jérôme , de saint Bernard , de saint Augustin , et des autres Pères de l'Eglise, au clergé de leur temps et de leur pays, dans lesquelles ils leur prophétisaient la destruction totale de la religion , comme une suite nécessaire, de leurs mœurs et de leurs richesses. La prophétie de plusieurs d'entre eux n'a pas tardé à se vérifier en Afrique , en Asie, en Judée , et dans l'empire de la Grèce, où nonseulement la religion a disparu, mais même les gouvernements de ces nations. L'avidité de la plupart des ecclésiastiques rend hientôt les fonctions de l'Kglise suspectes : c'est un argument qui frappe tous les hommes. « Je crois , disait Pascal , « à des témoins qui se font égorger. » H y aurait cependant quelques objections à faire à ce raisonnement; mais il n'y en a point contre celui-ci : « Je me méfie des témoins « qui s'enrichissent. » A la vérité , la religion a des preuve* naturelles et surnaturelles , bien supérieures à celles que peuvent lui fournir les hommes. Elle ne dépend ni de notre ordre ni de notre désordre ; mais la patrie en dépend.

Les prêtres sont les enfants de leur siècle, comme les autres hommes Les vices qu'on leur reproche appartiennent en partie à leur nation, au temps où ils vivent , à la constitution politique de l'État, et à leur éducation. Les nôtres sont des Français comme, nous ; ce sont nos parents, sacrifiés souvent à notre pro pre fortune par 1 ambition de nos pères. Si nous étions chargé de leurs devoirs , nous nous en acquitterions souvent plus mal. Je n'en connais point de si pénibles et de si dignes de respect que ceux d'un bon ecclésiastique. Je ne parle pas d< ceux d'un évêque qui veille sur son diocèse, qui forme de sage; séminaires , qui entretient l'ordre et la paix dans les commu

Page 1