‹ Études de la nature (volume 3)Chapitre 51 sur 51 · FACE · texte numérisé non relu

FACE

A Dieu ne plaise que je veuille parler des véritables religieus ! Quand ils n'auraient d'autre mérite dans cette vie que de la passer sans taire de mal , ils seraient respectables aux yeux mêmes de l'incrédulité. Il ne s'agit point ici des hommes vraiment pieux qui ont quitté le monde pour embrasser sans obstacle l'esprit de la religion, mais de ceux qui se revêtent d'un habit consacré par la religion , pour se procurer des richesses et des honneurs dans le monde ; de ceux contre lesquels suint Jérôme a tant crié en vain , et qui ont vérilié sa prophétie dans la Palestine et dans l'Egypte , en décréditanl la religion par leurs mœurs , leur avarice et leur ambition.

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On a beau comparer Bossuet et Fenelon , je ne suis pas capable d'apprécier leur mérite; mais le second me parait bien préférable a son rival. Il a rempli, ce me semble, les deux points de La loi : Il a aimé Dieu et les hommes.

On ne sera pas fâché de savoir ce que pensait à son sujet Jean-Jacques Rousseau. Un jour, étant allé avec iui me promener au mont Valérien, quand nous lûmes parvenus au sommet de la montagne, nous formâmes le projet de demander à diner à ses ermites pour notre argent. Nous arrivâmes chez eux un peu avant qu'ils se missent a table, et pendant qu'ils étaient à Téglise. Jean-Jacques Rousseau me proposa d'y entrer, et d'y faire notre prière. Les ermites récitaient alors les litanies de la Providence , qui sont très-belles. Après que nous eûmes prié Dieu dans une petite chapelle, et que les ermites se furent acheminés à ieur réfectoire, Jean-Jacques me dit avec attendrissement : « Maintenant « j'éprouve ce qui est dit dans l'Évangile : Quand plusieurs d'entre vous « seront rassemblés eu mon nom, je me trouverai au milieu d'eux. H « y a ici un sentiment de paix et de bonheur qui pénètre l'àme. » Je lui répondis : « Si Fénelou vivait , vous seriez catholique. » Il me repartit bois de lui, el les larmes aux yeux : « Oh! si Fénelon vivait, je

« chercherais à èlre son laquais, pour mériter d'être son valet de cliain- « hre. »

Ayant trouvé, il y a quelque temps, sur le Pont-Neuf, une de ces petites urnes de trois ou quatre sous que vendent les Italiens dans les vues , l'idée me vint d'en ériger dans ma solitude un monument à la mémoire de Jean-Jacques et de Féoelon , à la manière de ceux que les Chinois élèvent à celle de Confucius. Comme il y a deux petits écussons sur cette urne, j'écrivis sur l'un ces mots : « J.-J. Rousseau, » et sur l'autre : « F. FÉN£LON. » Je la posai ensuite à six pieds de hauteur, dans un angle de mon cabinet, et je plaçai auprès d'elle cette inscription :

A. la gloire durable et pure De ceux dont le génie éclaira les vertus, Combattit à la fois l'erreur el les abus, Et teuta d'amener leur siècle à la nature. Aux Jean-Jacques Rousseaux , aux François ; , . J'ai dédié ce monument d'argile ,

Que j'ai consacré par leurs noms , Plus augustes que ceux de César el d'Achille. Us ne sont point fameux par nos malheurs;

Ils n'ont point, pauvres laboureurs ,

Ravi vos bœufs, ni vos javelles; Bergères, vos amants; nourrissons, vos mamriie?.

Rois, les États Ou vous régnez :

Mais vous les comblerez de gloire ,

Si vous donnez à leur mémoire

l-es pleurs qu'ils vous ont épargnés.

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