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On pourrait affaiblir dans la plupart des citoyens la soif de l'or et du luxe, en leur présentant un grand nombre de ces perspectives politiques. Elles font le charme des petites conditions, en ce qu'elles leur offrent les attraits de l'inlini , dont le sentiment est naturel au cœur humain , comme nous l'avons vu. C'est par elles que les artisans et les petits marchands sont attachés avec beaucoup plus de force, par de modiques prolils, à leurs petits états remplis d'espérances, que les riches et les grands ne le sont à des conditions dont ils voient le terme. H se passe dans la tète des petits ce qui se passait dans la tète de la laitière de la fable : Avec ee lait, j'aurai des œufs; avec ces œufs , des poussins; avec ces poussins, des poulets; avec des poulets, un agneau , elc. Le plaisir qu'ils épouvent dans ces progressions sans tin est le charme qui les soutient dans leurs travaux; et il est si réel , que lorsqu'ils viennent à faire fortunée! à vivre en bourgeois aisés, leur santé s'altère, et la plupart d'entre eux finissent par mourir de mélancolie et d'ennui. Politiques modernes, rapprochez-vous donc de la nature! Ce n'est point des tintes d'or et d'argent que se tirent les plus douces harmonies , mais de celles qui se font avec des roseaux.
Pour moi , je verrais le monument de cet homme-là, ne fût-ce qu'une tuile, avec plus de respect que les superbes mausolées qu'on a élevés en plusieurs endroits de l'Europe et de l'Amérique à la gloire des cruels conquérants du Mexique et du Pérou. Plus d'un historien a fait leur éloge; mais la Providence divine en a fait justice. Ils ont tous péri de mort violente, et la plupart par la main du bourreau.
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Toutes les sciences sont encore dans l'enfance; mais celle de rendre les hommes heureux n'est pas encore au jour, même à la Chine , dont la politique est si supérieure à la nôtre.
Il est digne de remarque que la plupart des noms des objets de la nature, de la morale et de la métaphysique, sont féminins, surtout dans la langue française. 11 serait assez curieux de rechercher si les noms masculins ont été donnés par les femmes, et les noms féminins par les hommes, aux choses qui servent plus particulièrement aux usages de chaque sexe; ou si les premiers ont été faits du genre masculin parce qu'ils présentaient des caractères de force et de puissance ; et les seconds , du genre féminin , parce qu'ils offraient des caractères de grâces et d'agrément. Je crois que les hommes ayant nommé en général les objets de la nature , leur ont prodigué les noms féminins par ce penchant secret
Notes de l'auteur. &éi
l|ui les attire Vers le sexe : c'est ce qu'on peut remarquer aux noms que portent les constellations célestes : les quatre parties du monde , la plupart des fleuves, des royaumes , des fruits, des arbres, des vertus, etc., etc.
Au fond, ce serait bien peu de chose sans doute; mais, quelque solitaire que soit aujourd'hui ma vie, elle a été mêlée à de grandes révolutions. J'ai donné, à l'occasion de la Pologne, un mémoire' fort détaillé au bureau des affaires étrangères, où je prédisais son partage par ses voisins, plusieurs années avant qu'il ait été effectué. Je me suis trompé seulement, en ce que j'avais compté que les puissances copartageantes la prendraient tout entière, et je m'étonne encore de ce qu'elles ne l'ont pas fait. Au reste, ce mémoire n'a été utile ni à ce pays, ni à moimême, quoique j'y eusse couru de grands risques, en me jetant, au sortir du service de la Russie , dans le parti des républicains polonais , que la France et l'Autriche prolégaient. J'y fus fait prisonnier en 1765, lorsque j'allais, avec l'agrément de l'ambassadeur de l'Empire et du ministre de France à Varsovie , me jeter dans l'armée du prince Radzivil. Ce malheur m'arriva à trois milles de Varsovie, par l'indiscrétion de mon guide. Je fus ramené dans cette ville, mis en prison , et menacé d'être livré aux Russes, du service desquels je sortais, si je n'avouais que l'ambassadeur de Vienne et le ministre de France avaient concouru à me faire faire celte démarche. Quoique j'eusse tout à redouter de la part des Russes, et que j'eusse pu envelopper dans ma disgrâce deux personnes illustres par leurs emplois , et la rendre par conséquent plus éclatante , je persistai à la prendre entièrement sur mon compte. Je disculpai aussi de mon m eux mon guide, à qui j'avais donné le temps de brûler les lettres dont il était porteur, en m'opposant , le pistolet à la main, aux hullans qui vinrent nous surprendre la nuit dans la maison de poste où nousfimes notre premier campement, au milieu des bois. Je n'ai eu aucune sorte de récompense pour ces deux genres de service, qui m'ont coûté beaucoup de temps et d'argent. Il n'y a pas même longtemps que j'étais encore redevable d'une partie des frais de mon voyage à M. Hennin , mon ami , qui élait alors ministre de France à Varsovie , qui est aujourd'hui premier commis des affaires étrangères à Versailles, et qui s'est donné à ce sujet bien des peines inutiles. Sans doute, si M. le comte de Vergennes eût été dans ce temps-là ministre des affaires étrangères , J'eusse été convenablement récompensé, puisqu'il m'a accordé quelques légères gratifications. Cependant je suis encore redevable, à cette occasion, de plus de quatre mille livres à plusieurs amis en Russie, en Pologne et en Allemagne.
Je n'ai pas été plus heureux à l'Ile-de-France, où j'ai été envoyé capitaine-ingénieur de la colonie; car j'ai d'abord été persécuté par les ingénieurs ordinaires qui y étaient, parce que je n'élais pas de leur corps. On m'avait fait passer dans ce pays pour y faire fortune; et je m'y serais considérablement endetté, si je n'y avais pas vécu d'herbes. Je ne parlerai pas de tous les maux particuliers que j'y ai. éprouvés. Je dirai seulement que je cherchai à m'en distraire en m'occupant de ceux qui affligeaient l'île en général. C'est dans la seule vue d'y remédier que je publiai, à mon retour, en 1773 , mon Voyage à l'Ile-de-France,
562 NOT.ES Dlé li'AUTKUK.
Je crus d'abord rendre un service essentiel a ma patrie, ta faisant voir que celle Ile, que l'on remplissait de ironies, n'était propre en aucune manière à être l'entrepôt ni la citadelle de noire commerce des Indes, dont elle est éloignée de quinze cents lieues; ce < 1 1 1 «- j'ai prouve DK nie par les événements des guerres précédentes , ou Pondiehéry nous a toujours été enlevé , quoique l'Ile-de-France fût pleine de soldats. La guerre dernière a confirmé de nouveau la vérité de mes observations Pour ces services, ainsi que pour plusieurs autres, je n'ai reçu d'autres récompenses que des persécutions indirectes et des calomnies de la part des habitants de cette Ile, à qui j'ai reproché leur barbarie pour leurs esclaves. Je n'ai pas même été dédommagé suffisamment 'd'une espèce de naufrage que j'éprouvai à mon retour a Pile de Bourbon , ni de la modicité de mes appointements, qui n'allaient pas a la moitié de ceux des ingénieurs ordinaires de mon grade. Je suis bien sur que , sous un ministre de la marine aussi éclairé et aussi équitable que M. le marecbal de Castries , j'aurais recueilli quelques fruits de mes veilles et de mes services .