‹ Etudes de la nature (volume 4)Chapitre 11 sur 54 · DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

DE L'ORDRE

qui souvent n'a aucun rapport avec ses besoins : il s'ensuit que l'homme est bonde sa nature, par cela même qu'il est raisonnable, puisqu'à l'aspect d'une convenance qui lui est étrangère, il éprouve un sentiment de plaisir. C'est parce sentiment naturel de bonté que la vue d'un animal bien proportionné nous donne des sensations agréables , qui augmentent à mesure qu'il nous développe son instinct. Nous aimons à voir une tourterelle dans une volière; mais cet oiseau nous plait encore davantage dans les forêts, lorsque l'amour le fait murmurer au haut d'un orme, ou que nous l'y apercevons occupé à faire le nid de ses petits avec toute la sollicitude de l'amour maternel.

C'est encore par une suite de cette bonté naturelle que la disconvenance nous donne un sentiment pénible qui naît toujours à la vue de quelque mal : ainsi la vue d'un monstre nous choque. Nous souffrons de voir un animal à qui il manque un pied ou un œil. Ce sentiment est indépendant de toute idée de douleur relative à nous , quoi qu'en disent quelques philosophes ; car nous souffrons , quoique nous sachions qu'il est venu ainsi au monde. Nous souffrons même à la vue du désordre dans les objets insensibles. Des plantes flétries, des arbres mutilés , un édifice mal ordonné , nous font de la peine à voir. Ces sentiments ne sont altérés dans l'homme que par les préjugés ou par l'éducation.

de l'okdbe.

Une suite de convenances qui ont un centre commun forme l'ordre. Il y a des convenances dans les membres d'un animal , mais il n'y a d'ordre que dans son corps. La convenance est dans le détail , et l'ordre dans l'ensemble. L'ordre étend notre plaisir en rassemblant un grand nombre de convenances , et il le fixe en les déterminant vers un centre. Il nous montre à la fois, dans un seul objet, une suite de convenances particulières, et la convenance principale où elles se rapportent toutes . Ainsi l'ordre nous plaît, comme à des êtres doués d'une raison qui embrasse toute la nature; et il nous plaît peut-être encore

davantage comme à des êtres faibles qui n'en peuvent saisir à la fois qu'un seul point.

Nous voyons, par exemple, avec plaisir les relations de la trompe d'une abeille avec les nectaires des fleurs ; celles de ses cuisses creusées en cuillers et hérissées de poils, avec les poussières des étamines qu'elle y entasse; de ses quatre ailes , avec le butin dont elle est chargée (secours que la nature a refusé aux mouches qui volent à vide, et qui, pour cette raison, n'en ont que deux); enfin l'usage du long aiguillon qu'elle a reçu pour la défense de son bien , et toutes les convenances d'organes de ce petit insecte, qui sont plus ingénieuses et plus multipliées que celles des plus grands animaux. Mais l'intérêt s'accroît lorsque nous la voyons toute couverte d'une poussière jaune, les cuisses pendantes, et à demi accablée de son fardeau , prendre sa volée dans les airs , traverser des plaines, des rivières et de sombres bocages, sous des rumbs de vent qui lui sont connus , et aborder en murmurant au tronc caverneux de quelque vieux chêne. C'est là que nous apercevons un autre ordre, à la vue d'une multitude de petits individus semblables à elles, qui y entrent et qui en sortent, occupés des travaux d'une ruche. Celle dont nous admirions les convenances particulières n'est qu'un membre d'une nombreuse république , et sa république n'est elle-même qu'une petite colonie de la nation immense des abeilles, éparse sur toute la terre, depuis la ligne jusqu'aux bords de la mer Glaciale. Elle y est répartie en diverses espèces , aux diverses espèces de fleurs ; car il y en a qui , étant destinées à vivre sur des fleurs sans profondeur , telles que les fleurs radiées , sont armées de cinq crochets, pour ne pas glisser sur leurs pétales. D'autres , au contraire , comme les abeilles de l'Amérique , n'ont point d'aiguillon , parce qu'elles placent leurs ruches dans des troncs d'arbres épineux qui y sont fort communs : ce sont les arbres qui portent leurs défenses. Il y a bien d'autres convenances parmi les autres espèces d'abeilles, qui nous sont tout à fait inconnues. Cependant cette grande nation, si variée dans ses colonies et si étendue dans ses possessions ,

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