‹ Études de la natureChapitre 1 sur 48 · Études de la nature · texte numérisé non relu

Études de la nature

des principes de la vie » de l’accroissement et de la Ve » ? À « A ® jéénérTauon , a ordonné. à ceux-ci. des. êtres qui 'aVOlent, avec ces mêmes facultés , la puissance de se mouvoir , des convenances pour les habiter, des

passions pour s’en nOUrrir , et un insti

nct pour en fare le choix

: Ce Sont les animaux. Je ne parlerai

1C1 que des relations les plus communes qu'ils ont

avec les plantes ; mais si je m'occupois de celles que leurs tribus innombrables ont avec les élémens,

entre elles-mêmes et avec l’homme , quelle que

Soit mon ignorance , J'ouvrirois une multitude de Scenes encore plus dignes d’admiration.

La nature, dans un or

dre tout nouveau, n’a point III,

changé ses loix ; elle a établi les mêmes harmonies et les mêmes contrastes des animaux aux plantes, que des plantes aux élémens. Il paroît trés-naturel à notre foible raison , et conséquent aux grands principes de nos sciences , qui donnent tant de puissance aux analogies et aux causes physiques, que tant d'êtres sensibles qui naissent au mulieu de la verdure , en fussent à la longue affectés. Les impressions de leurs parens, jointes à celles de leur enfance, qui servent à expliquer tant de choses dans le genre humain, se fortifiant en eux de générations en générations par de nouvelles teintes, on devroit voir , à la longue, des bœufs et des moutons verts comme le pré qui les nourrit. Nous avons observé, dans l'Etude précédente, que comme les végétaux étoient détachés de la terre par leur couleur verte, les animaux qui vivent sur la verdure s’en distinguent à leur tour par des couleurs rembrunies, et que ceax qui vivent sur les écorces sombres des arbres, ou sur d’autres fonds obscurs, sont revêtus de couleurs brillantes , et quelquefois vertes.

Nous remarquerons à ce sujet, que plusieurs espèces d'oiseaux qui vivent aux Indes dans les feuillages des arbres , comme la plupart des perroquets , beaucoup de colibris , et même des tourterelles , sont du plus beau vert; mais indépendamment des taches et des marbrures blanches, bleues ou rouges qui distinguent leurs différentes tribus, et qui les

DE LA NATURE. à font apercevoir de loin dans les arbres > la verdure brillante de leur plumage les détache très - avantageusement de la verdure sombre et rembrunie de ces forêts méridionales, Nous avons vu que Ja nature employoit ce moyen général pour affoiblir les reflets de la chaleur ; mais pour ne pas confondre les objets de son tableau, si elle a rembruni le fond de la scène, elle à rendu les habits des acteurs plus éclatans.

Il paroît qu’elle a réparti les espèces d'animaux les plus agréablement colorés, aux espèces de végétaux dont les fleurs sont les moins apparentes , comme une compensauon, I y a bien moins de fleurs brillantes entre les tropiques que dans les zônes tempérées ; ei en récompense , les insectes , les oiseaux, et même des quadrupèdes , comme plusieurs espèces de singes et de lézards, y ont les couleurs les plus vives. Lorsqu'ils se posent sur les végétaux qui leur sont propres, ils y forment les plus beaux contrastes et les harmonies les plus ai mables. Je me suis quelquefois arrêté, aux îles, à +onsidérer de petits lézards qui vivent sur les écorces âes arbres, où ils prennent des mouches. Ils sont au plus beau vert-pomme, et ils ont sur le dos des especes de caractères du rouge le plus vif, qui ressemblent à des lettres arabes. Lorsqu'un cocouer en avoit plusieurs dispersés le long de sauge, il n'y avoit point d'obélisque égypuen, de porphyre, avec

AN ra

ses hiéroglyphes , qui me parût aussi mystérieux et aussi magnifique (1). J'y ai vu aussi des volées de peüis oiseaux , appelés cardmaux parce qu’ils sont tout rouges, se reposer sur des buissons dont la verdure étoit noircie par le soleil , et les faire paroître comme des girandoles de lampions. Le Pére du Tertre dit qu'il n’y a point aux Anulles de spectacle plus brillant que de voir des compagnies d’aras s’abattre au sommet d’un palnuste. Le bleu, le rouge et le jaune de leur plumage couvre les rameaux de l'arbre sans fleurs, du plus superbe émail. On voit des harmonies à-peu-près semblables dans nos climats. Le chardonneret à tête rouge et aux ailes bordées de jaune , paroît de loin sur un buisson, comme la fleur du chardon où il est né, Quelquefois on prend des bergeronettes couleur d’ardoise, qui se reposent aux extrémités des feuilles d’un roseau , pour des fleurs d’iris.

Il seroit fort curieux de rassembler un grand nombre de ces oppositions et de ces analogies. Elles nous mèneroient à trouver la plante qui convient le mieux à chaque animal. Les naturalistes ne se sont

(1) Ils m'ont servi quelquefois à expliquer le sens moral des hiéroglyphes, gravés sur les obélisques de l'Egypte à la gloire de ses rois conquérans. En voyant leurs caractères tracés à droite et à gauche, avec des têtes, des becs et des pattes , ils me rappeloient les petits preneurs de mouches de mes palmiers.

DE VA NATURE. 5 point occupés de ces convenances ; ceux qui ont écrit l’histoire des oiseaux, les ont classés par les pieds , les becs et les narines. Quelquefois ils parlent des saisons où ils paroissent, mais presque jamais des arbres où ils vivent. Il n’y a que ceux qui, faisant des collections de papillons , sont souvent obligés de les chercher dans l’état de nymphe ou de chenille , qui ont quelquefois distingué ces insectes par les noms des végétaux où ils les ont trouvés. Telles sont les chenilles du tithymale , du pm, de l'orme , &c. qu'ils ont reconnues pour être particuliéres à ces végétaux. Mais 1l n’y a point d'animal qu'on ne puisse rapporter à une plante qui lui est propre.

Nous avons divisé les plantes en aériennes, en aquatiques , en terrestres, comme les animaux le sont eux-mêmes, et nous avons trouvé dans les deux classes extrêmes, des concordances constantes avec leurs élémens. On peut encore les diviser en deux classes , en arbres et en herbes, comme les animaux le sont aussi en quadrupèdes et en volaules. La ones en COnson-

nances , c’est-à-dire , en attachant les grands ami-

nature ne rapproche pas les deux rê

maux aux grands végétaux ; mais elle les réunit par des contrastes, en faisant accorder la classe des arbres avec celle des petits animaux, et celle des herbes avec les grands quadrupèdes ; et par ces oppositions , elle donne des convenances de pro-

6 EUTAU!D Es iection aux foibles, et de commodité aux puissants.

Cette loi est si générale, que j'ai remarqué que par tout pays où les espèces de graminées sont peñ variées, celles des quadrupèdes qui y vivent sont peu nombreuses; et que là où les espèces d'arbres sont muluiphées, celles des volatiles le sont pareïllement. C'est ce dont on peut s'assurer par les herbiers de plusieurs endroits de l'Amérique, entre autres , par ceux de la Guiane et du Brésil, qui présentent peu de variétés dans les graminées, et qui en offrent un grand sombre dans les arbres. On sait que ces pays ont en effet peu de quadrupèdes naturels, et qu'ils sont au contraire peuplés d’une infinité d'oiseaux et d'insectes.

Si nous jetons un coup-d'œil sur les rapports des graminées aux quadrupèdes , nous trouverons que malgré leur contraste apparent , il y a entre eux une multitude de convenances réelles. Le peu d'élévation des graminées les met à la portée des mâchioires ces quadrupèdes, dont la tête est dans une situation horizontale , et souvent imchnée vers la terre. Leurs gerbes déliées semblent faites pour être saïsies par des lèvres larges et éharnues ; leurs tendres uges, facilement tranchées par des dents maisives ; leurs semences farmeuses , aisément broyées par des dents molaires. D'ailleurs , leurs touffes épaisses, et élastiques sans être hgneuses, présentent de molles Litièrés à des corps pesans.

Si au contraire nous examinons les convenances qu'il y a entre les arbres et les oiseaux, nous verrons que les branches des arbres sont facilement embrassées par les preds à quatre doigts de la plupart des volatiles , que la nature a disposés de facon qu'il y en a trois en avant et un en arriére, alin qu'ils pusseut les saisir conime avec des mans. De plus, les oiseaux trouvent dans les divers étages des feuilles, des abris contre la pluie , le soleil et le froid, à quoi contribuent encore les épaisseurs des trones. Les trous qui se forment sur ceux-ci, et les mousses qui y croissent , leur donnent des logemens pour faure leurs nids, et des matelas pour lés tapisser. Les semences rondes ou alongées des arbres sont proportionnées à la forme de leurs becs. Ceux qui portent des fruits charnus, logent. des oiseaux qui ont des bees pointus ou courbés comme des proches. Dans les îles des pays situés entre les tropiques et le long desgrands fleuves de l'Amérique ,la plupart des arbres maritimes et fluviatiles, entre autres, plusieurs espèces de palmiers, portent des fruits revétus de coques très-dures, afin qu'ils puissent floiter sur les eaux qui les ressément au loin; mais leur enveloppe ne les met pas à couvert des oiseaux. Les diverses tribus des perroquets qui les habitent, et dont je crois qu’il y a une espèce répartie à chaque espèce de palmier, trouvent bien ie moyen d'ouvrir leur grame avec des becs crochus, qui percent

8 ÉTUDES comme des alènes et qui pincent comme des tenailles.

La nature a encore ordonné des animaux d’un troisième ordre , qui trouvent dans l'écorce ou dans la fleur d’une plante , autant de commodités qu’un quadrupède en a dans une prairie, ou un oiseau dans un arbre enter ; ce sont les insectes. Quelques naturalistes les ont divisés en six grandes tribus, qu'ils ont caractérisées suivant leur coutume, quoique assez mulilement, par des noms grecs. Ils les classent en insectes coléoptères ou à étuis , comme les scarabées , tels que nos hannetons ; en hémiptéres ou à demi-étuis , comme les gallinsectes , tel que le kermés ; en tétraptères ou à quatre ailes farmeuses , comme les papillons; en tétraptères qui ont quatre ailes nues, comme les abeilles ; en diptéres ou à deux ailes nues, comme les mouches communes ; et en aptéres ou sans ailes, comme les fourmis. Mais ces six classes ont une muluütude de divisions et de subdivisions qui réunissent les espèces d'insectes de formes et d’insuncts les plus disparates , et qui en séparent beaucoüp d’autres qui ont d’ailleurs entre elles beaucoup d’analogie.

Quoi qu'il en soit, cet ordre d’animaux paroît particulièrement affecté aux arbres. Pline observe que les fourmis sont trés-friandes des graines du cyprés. Il dit qu'elles attaquent les cônes qui les renferment, quand ils s’entrouvrent dans leur ma-

DRE PA ER ENATRUMRNE, Q) turité , sans y en laisser une seule; et il regarde comme un miracle de la nature, qu’un si petit animal détruise la semence d’un des plus grands arbres du monde. Je crois qu'on ne pourra jamais établir dans les diverses tribus d'insectes, un véritable ordre, et dans leur étude, l’utilité et l'agrément dont elle est suscepsible , qu’en les rapportant aux diverses parues des végétaux. Ainsi on rapporteroit aux nec taires des fleurs , les papillons et les mouches qui ont des trompes pour en recueillir les sucs ; à leurs étamines , les mouches qui, comme les abeilles, ont des cuillers creusées dans leurs cuisses garnies de poils pour en serrer les poussières, et quaire ales pour emporter leur butün ; aux feuilles des plantes , les mouches communes et les gallinsectes qui ont des pieux pointus et creux, pour y faire des incisions et en boire les liqueurs ; aux grames, les scarabées , comme les charançons, qui devoient s’y enfoncer pour vivre de leur farine , et qui ont leurs ailes renfermées dans des étuis pour ne les pas gâter , et des räpes pour y faire des ouvertures; aux uges, les vers qui sont tout nus, parce qu'ils n’avoient pas besoim d’être vêius dans la substance du bois, qui les abrite de toutes parts; mais ils ont des tarières avec lesquelles ils viennent quelquefois à bout de détruire des forêts : enfin, aux débris de toutes espèces , les fourmis qui ont des pinces et l’instinet

de se réunir en corps pour dépecer et emporter

tout ce qui leur convient. La desserte de cette grande table végétale est entrainée par les pluies aux rivières, et de là à la mer, où elle présente un nouvel ordre de relation avec les poissons. I est digne de remarque que les plus puissans appats qu'on puisse leur présenter , sont tirés du règne végétal, et parüuculiérement des graines ou des substances des plantes qui ont les caractères aquatiques que nous avons indiqués : telles que la coque-du-levant, le souchet de Smyrne, le suc de tithymale, le nard celtique, le cumin, l'anis, Portie , la marjolaine, Ja racine d’aristoloche et la graine de chénevis. Ainsi les relauons de ces plantes avec les poissons confirment ce que nous avons dit de celles de leurs grames avec les eaux.

Ce seroit en rapportant les diverses tribus d’insectes aux diverses parties des plantes, que nous verrions les raisons qui ont déterminé la nature à donner à ces petits animaux des figures si extraordinaires. Nous connoîtrions les usages ce leurs outils, dont la plupart nous sont meonnus, et nous aurions de nouveaux sujets d'admirer l'intelligence divine et de perfecuonner la nôtre. D'un autre côté, cette lumière répandroit le plus grand jour sur beaucoup de parties des plantes dont les botanistes ignorent Vuulité, parce qu’elles n’ont de convenances qu'avec les animaux. Je suis persuadé qu'il n'y à pas um végétal qui n'ait au moims un mdividu de chacune

des six classes générales d'insectes , reconnues par les naturalistes. Comme la nature a divisé chaque genre de plantes en diverses espèces, pour les rendre capables de croître dans différens sites, elle a divisé de même chaque genre d'imsectes en diverses espèces, pour les rendre propres à habiter différentes espèces de plantes. Elle a peint, pour cette raisON, et numéroté de mille manières diverses, mais Invariables , les divisions presque infinies de la même branche. Par exemple , on trouve constamment sur l'orme le beau papillon appelé brocatelle d'or, à cause de sa riche couleur. Celui qu'on nomme les quatre omicrons, él qui vit Jé ne sais où, produit toujours des descendans qui portent cette lettre grecque , imprimée quatre fois sur leurs ailes. Il y a une espèce d'abeille à cinq crochets, qui ne vit que sur les fleurs radiées ; sans ces crochets, elle ne pourroit se cramponner sur les nuroirs plans de ces fleurs, et se charger de léurs éiamines aussi aisément que l'abeille commune, qui travaille, pour l'ordinaire , au fond de celles dont la corolle est profonde.

Ce n’est pas que je pense qu'une plante nouUrrisse dans ses diverses variétés toutes les branches collatérales d'une famille d'insectes. Je crois que chaque genre parmi ceux-ci s'étend beaucoup plus lom que le genre de plantes qui lui sert principalement de base. En cela la nature manifeste une autre de ses

loix, par laquelle elle à rendu ce qu'il y a de meilleur le plus commun. Comme l’animal est d’une nature supérieure au végétal, les espèces du premier sont plus mulupliées et plus répandues que celles du second. Par exemple, il n'y à pas seize cents espèces de plantes dans les environs de Paris, et on y compte prés de six mille espèces de mouches. Je présume donc que les diverses tribus de plantes se croisent avec celles des animaux, ce qui rend leurs espèces susceptibles de différentes harmonies. On en peut juger, par la variété des goûts, dans les oiseaux de la même famille. La fauvette à tête noire niche dans les lierres; la fauvette à tête rousse des murailles dans le voisinage des chenevières; la fauvette brune sur les arbres des grands chemins, où elle compose son nid de crins de cheval. On en compte de douze espèces dans nos climats, qui ont chacune leur département. Nos diverses sortes d’alouettes sont aussi réparties à différens sites , aux bois, aux prés, aux bruyeéres, aux terres labourées et aux rivages de la mer.

Il y a des observations bien intéressantes à faire sur les durées des végétaux qui sont inégales, quoique soumises aux influences des mêmes élémens. Le chêne sert de monument aux nations, et le nostoc, qui croît à ses pieds, ne vit qu'un jour. Tout ce que j'en peux dire en général, c’est que le temps de leur dépérissement n’est point réglé sur

Page 1