‹ Études de la natureChapitre 2 sur 48 · D EMA NA UTAU RE · texte numérisé non relu

D EMA NA UTAU RE

celui de leur accroissement , ni celui de leur fécondité proportionné à leur foiblesse, aux chimats ou aux saisons, comme on l’a prétendu. Pline (1) crie des yeuses , des planes et des cyprès qui existoient de son temps , et qui étoient plus anciens que Rome, c’est-à-dire qui avoient plus de sept cents ans. I dit qu'on voyoit encore auprès de Troie, autour du tombeau d’Ilus, des chênes qui y étoient du temps que Troie prit le nom d'Ium, ce qui fait une antiquité bien plusreculée. J ’ai vu en Basse-Normandie, dans le cimetière d’une église de village, un vieux if planté du temps de Guillaume-le-Conquérant ; il est encore chargé de verdure , quoique son tronc caverneux et tout percé à jour, ressemble aux douves d’un vieux tonneau. Il y a des buissons même qui semblent immortels ; on trouve en plusieurs endroits du royaume, des aubépines que la dévotion des peuples a consacrées par des images de la bonne Vierge, qui durent depuis plusieurs siècles, comme on peut le vérifier par les titres des chapelles qu’on a bâues auprès. Mais en général la nature à proportionné la durée et la fécondité des plantes aux besoins des animaux. Beaucoup de plantes périssent aussi-tôt qu’elles ont donné leurs graines , qu'elles abandonnent aux vents ; ilyena,

tels que les champignons, qui ne vivent que quel-

este perert es ae

(1) Histoire naturelle, liv. 16, chap. 44.

quesjours, comme les espèces de mouches qui s’en nourrissent. D’autres conservent leur semence tout l'hiver pour lusage des oiseaux ; tels sont la plupart des buissons. La fécondité des plantes n’est pas proporüonnée à leur petitesse, mais à la fécondité de l’espèce animale qui doit s’en nourrir : le parue , le peut mil, et quelques autres graminées si utiles aux bêtes et aux hommes, produisent incOMpParablement plus de grains que beaucoup de plantes plus grandes et plus petites qu’elles. Il y a beaucoup d'herbes qui ne se reperpétuent par leurs semences qu'une fois dans un an; mais le mouron se renouvelle par les siennes jusqu’à sept à huit fois, sans être interrompu même par l'hiver. Il donne des grains mürs six semaines aprés qu’il a été semé. La capsule qui les renferme se renverse alors vers la terre, et s’entr’ouvre pour les laisser emporter aux vents et aux pluies, qui les ressèment par-tout. Cette plante assure toute l’année la subsistance des petits oiseaux dans nos climats. Ainsi la Providence est d’autant plus grande que sa créature est plus foible.

D'autres plantes ont des relations d'autant plus touchantes avec les animaux , que les chmats et les saisons semblent exercer plus de rigueur enver ceux-ci. Si ces convenances étoient approfondies , elles expliqueroitent toutes les variétés de la vegelauon dans chaque latitude et dans chaque saison.

Pourquoi, par exemple , la plupart des arbres du nord perdent-ils leurs feuilles en hiver, et pourquoi ceux du midi les conservent-ils toute l’année ? Pourquoi, malgré le froid des hivers du nord , les sapins y restent-ils couverts de verdure? Il est difficile en trouver la cause, mais il est aisé d'en reconnoître la fin. Si les bouleaux et les mélezes du nord laissent tomber leurs feuilles à l’entrée de l'hiver, c’est pour donner des hiuéres aux bêtes des forêts ; et si le sapin pyramudal y conserve les siennes, c’est pour leur méuager des abris au nulieu des neiges. Cet arbre offre alors aux oiseaux les mousses qui sont suspendues à ses branches, et ses cônes remplis de pignons mürs. Souvent, dans son voisinage, des bocages de sorbiers font briller pour eux leurs grappes de baies écarlates. Dans les hivers de nos climats, plusieurs arbrisseaux toujours verts, comme le lerre, l’alaterne , et d’autres qui restent chargés . de baies noires où rouges, qui tranchent avec les neiges , comme les troënes, les épines et les églantiers, présentent aux volatiles des habitations et des alimens. Dans les pays de la zône torride, la terre est tapissée de lianes fraîches, et ombragée d'arbres au large feuillage , sous lesquels les animaux trouvent de la fraîcheur, Les arbres même de ces climats semblent craindre d'exposer leurs fruits aux brûlantes ardeurs du soleil; au heu de les dresser en

A L] L] F cônes ou d'en couvrir la circonférence de leurs

16 ÉTUDÉS

têtes , ils les cachent souvent sous un feuillage épais , et les portent attachés à leurs troncs ou à la naissance de leurs branches : tels sont les jacquiers , les palmiers de toutes les espèces, les papayers et une multitude d'autres. Si leurs fruits n’invitent pas audehors les animaux par des couleurs apparentes, ils les appellent par des bruits. Les lourds cocos en tombant de la hauteur de l'arbre qui les porte, font retenur au loin la terre. Les siliques noires du caneficier , lorsqu'elles sont müres et que le vent les agite, font en se choquant le bruit du üictac d’un moulin. Quand le fruit grisätre du génipa des Anülles tombe dans sa maturité , 1l pête à terre comme un coup de pistolet (r). À ce signal sans doute plus d'un convive vient chercher sa réfection. Ce fruit semble parüculièrement destiné aux crabes de terre, qui en sont trés-friandes, et qui s’engraissent en très-peu de temps par cette nourriture. Il leur auroit été fort inutile de l’apercevoir dans l'arbre où elles ne peuvent grimper ; mais elles sont avertuies du moment où il est bon à manger, par le bruit de sa chute. D’autres fruits , comme les jacqs et les mangues , frappent l’odorat des animaux à une si grande distance , qu’on les sent de plus d'un quart de lieue, quand on est au-dessous du vent. Je crois que cette propriété d’être fort odorans, est commune aussi à

( 1) Foyez le P. du Tertre, Histoire des Antilles.

ceux de nos fruits qui se cachent sous leurs feuillages, icls que les abricots. Il ya d’autres végétaux qui ne se manifestent, pour ainsi dire, aux animaux que pendant la nuit. Le jalap du Pérou, ou belle-denuit, n'ouvre ses fleurs très-parfumees que dans l'obscurité. La fleur de capucine, qui est du même pays , jette dans les ténébres une lumière phosphorique, observée, dans l'espèce vivace , par la fille du célèbre Linnæus. Les propriétés de ces plantes donnent une heureuse idée de ces beaux climats & où les nuits sont assez calmes et assez éclairées pour ouvrir un nouvel ordre de société entre les animaux. Îl y a même des insectes qui n’ont besoin d'aucun phare qui les guide dans leurs courses nocturnes. [ls portent avec eux leurs lanternes ; telles sont les mouches lumineuses. Elles se répandent quelquefois dans des bosquets d’orangers, de papayers et d’autres arbres fruitiers, au milieu de la œuit la plus sombre. Elles lancent à la fois, par plusieurs battemens d'ailes réitérés , une douzaine de jets d’un feu qui éclaire les feuilles et les fruits des arbres où elles se reposent , d’une lumitre dorée et bleuätre (1) : puis, cessant tout-à-coup leurs mouvemens , elles les replongent dans l'obscurité. Elles recommencent alternativement ce Jeu pendant toute la nuit, Quelquefois il s’en détache des essaims ER en a prie dent Ereete Milan Le 0 te

(1) Voyez le P, du Tertre, zbid, XII,

ba

tout brillans de lunfière, qui s'élèvent en l'air comme les serbes d'un feu d’arufice.

Si on étudioit les rapports que les plantes ont. avec les animaux , on y reconnoitroit l'usage de beaucoup de parties, que l’on regarde souvent comme des productions du caprice et du désordre de la nature. Ces rapports sont si étendus , qu'on peut dire qu'il ny a pas un duvet de plante, un entrelacement de buisson , une cavité, une couleur de feuille, une épine, quin’ait son uulité. On remarque sur-tout ces harmonies admirables avec les logemens et les nids des animaux. S'il y a dans les pays chauds des plantes chargées de duvet, c’est qu'il y a des teignes toutes nues qui en tondent les poils, et qui s’en font des habits. On trouve sur les bords de l’'Amazone une espèce de roseau de vingt-cinq à trente pieds de hauteur, dont le sommet est terminé par une grosse boule de terre. Cette boule est l’ouvrage des fourmis qui s’y reurent dans le temps des pluies et des inondations périodiques de ce fleuve : elles montent et descendent par la cavité de ce roseau , et elles vivent des débris qui surnagent alors autour d'elles à la surface des eaux. Je présume què c’est pour offrir de semblables retraites à plusieurs petits insectes, que la nature à creusé les uges de la plupart des plantes de nos rivages. La valisneria (1), qui croit dans les eaux du Rhône, et qui

(1) Voyez, sur la valisneria , le Voyage anonyme d'uit

porte sa fleur sur une uge en spirale, qu’elle alonge à proportion de la rapidité des crues subites de ce fleuve , a des trous percés à la base de ses feuilles : dont l'usage est bien plus extraordinaire. Si on déracine cette plante, et qu'on la mette dans un grand vase plein d’eau, on aperçoit à la base de ses fouilles des masses d’une gelée bleuâtre, qui s’alongent insensiblement en Pyramides d’un beau rouge, Bientôt ces pyramides se sillonnent de cannelures qu se détachent du sommet, se renversent tout autour, et présentent par leur épanouissement de trés-jolies fleurs formées de rayons pourpres, jaunes et bleus. Peu à peu chacune de ces fleurs sort de la cavité où elle est contenue en partie , et s’écarte à quelque distance de la plante , en y restant cependant attachée par un filet, On VOit alors chacun des rayons dont ces fleurs sont composées, se mouvoir

d’un mouvement parüculier , qui communique un

mouvement circulaire À l'eau, et précipite au cen-

tre de chacune d'elles tous les petits Corps qui Anglais, fait en 1750, en France , en Italie et aux îles de V'Archipel, quatre petits vol. tome r. 1] est rempli d’obser- Vations judicieuses en tout genre. F’oyez aussi, sur le génipa et les divers fruits, plantes et animaux des pays méridio- NAUxX , le naïf P. An Tertre, le patriote P. Charlevoix, Vhistorien Jean de Laet , et tous les Voyageurs qui ont écrit

Sur la nature, sans esprit de systême, avec les seules lumières de la raison.

20 | ÉTUDES nagent aux environs. Si on trouble par quelque secousse ces développemens merveilleux , sur le champ chaque filet se retire, tous les rayons se ferment , et toutes les pyramides rentrent dans leurs cavités ; car ces prétendues fleurs sont des polypes. Il y a dans certaines plantes des parties qu’on regarde comme les caractères d’une nature agreste, qui sont comme tout le reste de ses ouvrages, des preuves de la sagesse et de la providence de son Auteur ; telles sont les épines. Leurs formes sont variées à linfini, sur-tout dans les pays chauds. I} y en a de faites en scies, en hamecons, en aiguilles, en fers de hallebarde et en chausses - trapes. II y en a de rondes comme des alênes , de triangulaires comme des carrelets , et d’applaties comme des lancettes. Il n’y a pas moins de variété dans leurs agrégations. Les unes sont rangées sur les feuilles par pelotons , comme celles de la raquette, d’autres par rubans, comme celles des cierges. Il y en a qui sont invisibles, comme celles de larbrisseau des îles Anulles, appelé bois de capitame. Les feuilles de ce redoutable végétal paroissent en dessus nettes et Juisantes ; mais elles sont couvertes en dessous d’épines trés-fines qui y sont tellement couchées, que pour peu qu’on y porte la main, elles entrent dans les doigts. 11 y a d’autres épines qui ne sont posées que sur les tiges des plantes , d’autres sont sur leurs branches. On n’en trouve guère dans nos

climats , que sur des buissons et sur quelques herbes; mais elles sont répandues aux Indes, sur beaucoup d'espèces d’arbres. Leurs formes et leurs dis positions três- variées ont des relations, dont la plupart nous sont inconnues, avec les défenses des OISeaUx qui y vivent. Il étoit nécessaire que beaucoup d’arbres de ce pays portassent des épines, parce qu'il y a beaucoup de quadrupèdes qui y grimpent pour manger les œufs et les petits des oiseaux ; tels que les singes, les civettes, les tigres, les chats sauvages , les piloris, les opossums, les rats palnustes, et même les rats communs. L'acacia (x) de l’Asie offre aux oïseaux des retraites qui sont impénétrables à leurs ennemis. Il ne porte point d'épines sur son tronc et dans ses branches, mais à dix ou douze pieds de hauteur, précisément à l'endroit où les branches de l'arbre se divisent , il \ a une ceinture de plusieurs rangs de larges épines A SUR PACE Ares AG S'RRORUe Le.

(x) On peut voir un acacia de l’Asié dans ce beau jardin situé près de la grille de Chaillot, qui appartenoit autrefois au vertueux chevalier de Gensin. Quant au nom de faux acacia donné à l’acacia de l'Amérique, j’observerai que la nature ne fait rien de faux. Elle a varié toutes ses productious dans chaque pays, pour leur donner des relations convenables avec les élémens et les animaux ; et quand nous n’y

trouvons pas les caractères que nous leur avons assignés, €C

à de ON:

ne sont pas ses ouvrages qu'il faut accuser de fausseté , ce sont nos systèmes.

£3 ETUDES de dix à douze pouces de longueur, et hérissées àpeu-près comme des fers de hallebarde. Le collet de l'arbre en est environné, de manière qu'aucun quadrupède n’y peut monter. L’acacia de l'Amér:- ‘que, appelé improprement faux acacia , à les siennes figurées en crochets et parsemées dans ses rameaux 8 sans doute par quelque rapport inconnu d'opposition avec l'espèce de quadrupède qui fait la guerre à l'oiseau qui l’habite. Il y à aux îles Antilles des arbres qui n’ont point d’épines, mais qu sont bien plus ingénieusement protégés que s'ils en avoient. Une plante qui est connue dans ces pays sous le nom de chardon épineux ; qui est une espèce de cierge rampant, attache ses racines, semblables à des filamens , au tronc d'un de ces arbres , et elle court à terre tout autour, bien loin de là, en croisant ses Pranches l’une sur l’autre » et en formant une enceinte dont aucun quadrupède n’ose approcher. Elle porte d’ailleurs un fruit trés-agréable à manger. En voyant un arbre dont le feuillage est innocent , rempli d'oiseaux qui y font leurs nids , entouré à Sa racine d'un de ces chardons épineux , on diroit d’une de ces villes de commerce sans défenses où iout paroït accessible, mais qui est protégée aux environs par une citadelle qui l'entoure de ses longs retranchemens. Ainsi l'arbre est d’un côté, et son épmne de l'autre.

Les quadrupèdes qui vivent des œufs des O1seaux,

DIBSDACN A TUR'E. 235

seroient fort embarrassés , si quelquefois la nature ne faisoit croître au haut de ces mêmes arbres un végétal d’une forme très-extraordmaire, qui leur en ouvre l'accès. Il est en tout l'opposé du chardon ‘épineux. C’est une racine de deux pieds de long, grosse comme la jambe, picotée comme si on l’eût piquée avec un poinçon, et liée à une branche de l'arbre par une multitude de filamens , à-peu-prés comme le chardon épineux est attaché au bas de son tronc. Elle en üre comme lui sa nourriture , et jette dix à douze grandes feuilles en cœur , de trois pieds de long et de deux pieds de large , semblables aux feuilles de nymphæa. Le Pére du Tertre l'appelle fausse racine de Chine. Ce qu'il y a encore de plus étrange, c’est que du haut de Parbre où elle est placée, elle jette à-plomb des cordes très-fortes, grosses comme des tuyaux de plume dans toute leur longueur, qui viennent s’enraciner à terre. La plante ne sent rien, et ses cordes sentent l'ail. Sans doute, quand un singe ou tel autre animal grimpant apercoit ce large étendard de verdure, l'arbre a beau être entouré d’épines à son pied , ce signal lui annonce qu'il a des correspondances dans la place : l'odeur des cordons qui descendent jusqu’à terre , lui indique son échelle même pendant la nuit; et pendant que les oiseaux dorment tranquillement sur leurs nids, en se fiant à leurs fortifications , l'ennemi

s empare de la ville par les faubourgs.

Dans ces pays , les épines des arbres défendent jusqu'aux insectes. Les abeilles y font du miel dans les vieux troncs d’arbres épineux creusés par le temps. Il est bien remarquable que la nature , qui a donné cette ressource aux abeilles de l'Amérique, leur a refusé des aïguillons , comme si ceux des arbres suflisoient à leur défense. Je crois que c’est à cause de cette raison , à laquelle on n’a pas fait attenuon , qu’on n’a jamais pu élever aux îles Anülles des mouches à miel du pays. Sans doute elles refusoient d’habiter les ruches domestiques , parce qu’elles ne s’y croyoient pas en sûreté ; mais elles s'y seroient peut-être déterminées , si on avoit garni d’épines les ruches qu'on leur a présentées.

Si la nature emploie les épines pour défendre jusqu'aux mouches des insultes des quadrupèdes , elle se sert quelquefois des mêmes moyens pour délivrer les quadrupèdes de la persécution des mouches communes. A la vérité , elle a donné à ceux qui y sont le plus exposés , des crinières et des queues garnies de longs crins pour les écarter ; mais la multiplication de ces insectes est si rapide dans les saisons et les pays chauds et humides, qu'elle pourroit devenir funeste à tous les animaux. Une des barrières végétales que la nature leur oppose , est la dionæa muscipula. Cette plante porte sur une même branche des folioles opposées, enduites d’une liqueur sucrée semblable à la manne S

DE LA NATURE. 20 et hérissées de pointes trés-aiguës. Lorsqu'une mouche se pose sur une de ces folioles , elles se rapprochent sur-le-champ comme les mâchoires d'un piége à loup , et la mouche se trouve embrochée de toutes parts. Il y a une auire dionæa qui prend ces insectes avec sa fleur. Quand une mouche en veut sucer les nectaires , la corolle , qui est tubulée , se ferme au collet, la saisit par la trompe et la fait mourir ainsi. Elle croît au Jardin des Plantes. Nous observerons que sa fleur en godet est blanche et rayée de rouge , et que ces deux couleurs attirent par-tout les mouches, qui sont très-avides de lait et de sang.

Il y a des plantes aquatiques qui portent des épines propres à prendre des poissons. On voit au Jardin des Plantes une plante de l'Amérique appelée martinia , dont la fleur à une odeur trés-agréable , et qui, par la forme de ses feuilles arrondies , le lissé de leurs queues et de ses tiges, a tous les caractères aquatiques dont nous avons parlé. Elle a encore ceci de parüculier , qu’elle transpire si foriement , qu'elle paroît au toucher comme si elle étoit mouillée. Je ne doute donc pas que cette plante ne croisse en Amérique sur le bord des eaux. Mais la gousse qui enveloppe ses graines , à un caractère nautique fort extraordinaire. Elle ressemble à un poisson à demi desséché , blanc et noir, avec une longue nageoire sur le dos. La queue de

ce poisson est fort alongée , et finit en pointe trésaiguë , courbée en hamecon. Cette queue se partage ordinairement en deux » Et présente ainsi deux hamecons. La configuration de ce poisson végétal , est tout-à-fait semblable en grandeur et en forme à lhamecon dont on se sert sur mer pour prendre des dorades , et à la tête duquel on fisure en linge un poisson volant , excepté que l’hamecon à dorade n'a qu'un crochet, et que la gousse de la martinia en a deux, ce qui doit rendre son effet plus sûr. Cette gousse renferme plusieurs graines noires ; ridées, et semblables à des crottes de mouton applaties.

Comme j'ai peu de livres de botanique , j'ignorois d’où la martünia étoit Originaire ; mais , ayant consulté dernièrement l’ouvrage de Linnæus, J'ai trouvé qu'elle venoit de la Vera-Crux. Ce fameux naturaliste ne trouve à cette gousse que l'apparence d’une tête de bécasse ; mais, sil avoit vu des hamecons à dorade , il n’eût pas balancé à y reconnoître cette ressemblance, d'autant que le bout de ce prétendu bec se recourbe en deux crochets qui piquent comme des épingles , et sont, ainsi que toute la gousse et la queue qui la tient à la uge , d’une mauére ligneuse et cornée, trés-difficile à rompre. Jean de Laet (1) dit que le terrein de la Vera-Crux

a NAERS fe ÉE AS, vi EE

(1) Histoire des Indes occidentales, liv. 5, chap. 18.

est au niveau de la mer, et que son port appelé Saint-Jean de Hulloa , est formé d’une petite île qui est au ras de Veau ; en sorte , dit:l , que quand la marée est fort grosse , elle en est toute couverte. Ces inondations sont fort communes dans le fond du golfe du Mexique , comme on peut le voir dans la relation que Dampier nous à donnée de la baie de Campêche , qui est dans le voisinage. Je présume de là que la martinia, qui croît sur les rivages imondés de la Vera-Crux , a quelques relations qui nous sont inconnues avec les poissons de la mer ; d’autant que les semences de plusieurs arbres et plantes de ces contrées , rapportées par Jean de Laet, ont des formes nautiques trés-curieuses. (foyez la figure de la marünia , dessinée d’après nature.

Il nest pas besoim d'aller chercher dans Îles plantes étrangères des relations végétales avec les animaux. La ronce, qui donne dans nos champs des abris à tant de petits oiseaux, à ses épines formées en crochets ; de sorte que non-seulement elle empêche les troupeaux de troubler les asyles des oiseaux , mais elle leur accroche bien souvent quelque flocon de lune ou de poil, propre à garnir des nids, en représailles de leurs hosulités , et comme une indemnité de leurs dommages. Phne prétend que c'est à cette occasion qu'est née la haine de la linote et de l'âne. Ce quadrupède dont

le palais est à l'épreuve des épmes , broute souvent

le buisson où la linotte fat son nid. Elle est si effrayée de sa voix , qu'elle en jette, ditil, ses œufs à bas ; et, quand ses petits sont nouvellement éclos } ils en meurent de peur. Mais elle lui fait la guerre à son tour, en se jetant sur les égratignures que Jui font les épines , et en becquetant sa chair Jûsqu'aux os. Ce doit étre un spectacle curieux de voir le combat de ce petit et mélodieux oiseau » Conire ce lourd et bruyant animal , d’ailleurs sans malice. Si on connoissoit les relations animales des plantes , nous aurions sur les instincts des bêtes bien des lumières que nous n'avons pas. Nous saurons l’origine de leurs amitiés et de leurs inimitiés, du moins quant à celles qui se forment dans la société; car pour celles qui sont innées, Je ne crois pas que la cause en soit Jamais révélée à aucun homme. Celles-là sont d’un autre ordre et d’un autre monde. Comment tant d'animaux sont-ils entrés dans la vie avec des haïnes sans offense , des industries sans apprenüssage, et des instincts plus sûrs que l'expérience ? Comment la puissance électrique a-t-elle été donnée à la torpille , linvisibilité aw caméléon , et la lumière méme des astres à une mouche ? Qui a appris à la punaise aquatique à glisser sur les eaux » €t à une autre espèce de punaise à y nager sur le dos ; l’une et l’autre pour attraper la proie qui voluge à leur surface ? L’araignée d’eau est encore plus ingénieuse. Elle envi

ronne une bulle d’air avec des fils, se met au milieu et se plonge au fond des ruisseaux, où sa bulie paroît comme un globule de vif-argent. Là , elle se promène à l'ombre des nymphæas, sans rien craindre d'aucun ennemi. Si, dans cette espèce, deux individus de sexe différent viennent à se rencontrer , et se conviennent, les deux globules rapprochés n’en fontsplus qu'un, et les deux insectes sont dans la même atmosphère. Les Romains, qui construisoient sur les rivages de Bayes , des salons sous les flots de la mer, pour jouir de la fraicheur et du murmure des eaux dans les chaleurs de l'été, étoient moims adroits et moins voluptueux. Si un homme réunissoit en lui ces faculiés merveilleuses qui sont le partage des insectes , 1] passeroït parmi ses semblables pour un dieu.

Il nous importe au moins de connoître les insectes qui détruisent ceux qui nous sont nuisibles. Nous pouvons profiter de leurs guerres pour vivre en repos. L'araignée attrape les mouches avec des filets ; le formicaléo surprend les fourmis dans un entonnoir de sable; l’ichneumon à quatre ailes prend les papillons au vol. Il y a une autre espece d’ichneumon, si petite et si rusée, qu'elle pond un œuf dans l’anus du puceron. L'homme peut muluüplier à son gré les familles d'insectes qui lui sont utiles, et parvenir à diminuer le nombre de celles qui font

tant de ravages dans ses cultures. Les petits oiseaux

de nos bosquets lui offrent pour ce service des secours encore plus étendus et plus agréables. Ils ont tous l’insunct de vivre dans son voisinage et dans celui de ses troupeaux. Souvent une seule de leurs espèces sufliroit pour écarter de ceux-ci les insectes qui les désolent en été. Il y à dans le nord un taon appelé Kourma par les Lapons, æstrus rangiferinus par les savans , qui tourmente les rennes domestiques au point de les faire fuir dansles montagnes , et quelquefois de les faire mourir, en déposant ses œufs dans leur peau. On a fait à l'ordinaire à ce sujet beaucoup de dissertations sans y apporter de remède. Je suis persuadé qu'il doit ÿ avoir en Laponie des oiseaux qui délivreroient les rennes de cet insecte dangereux, siles Lapons ne les effrayoient par le bruit de leurs fusils. Ces armes des nations civilisées ont rendu toutes les campagnes barbares. Les oiseaux destinés à embellir l'habitation de l'homme , s’en éloignent ou ne s’en approchent qu'avec méfiance. On devroit défendre au moins de ürer autour des paisibles troupeaux. Quand les oiseaux ne sont pas effrayés par les chasseurs, ils se livrent à leurs instincts. J’ai vu souvent à l’île de France une espèce de sansonnet, appelé marüun, qu'on y a apporté des Indes, se percher familière ment sur le dos et sur les cornes des bœufs pour les nettoyer. C’est à cet oiseau que cette île est redevable aujourd’hui de la destruction des sauterelles,

DE LANATUR E. Sr

qui y faisoient autrefois tant de ravages. Dans celles de nos campagnes d'Europe, où l’homme exerce encore quelque hospitalité envers les oiseaux inno cens , 1l voit la cigogne bâur son nid sur le faite de sa maison ; l’hirondelle voluger dans ses appartemens ; et la bergeronnetie, sur le bord des fleuves, tourner autour de ses brebis pour les défendre des moucherons.

Le fondement de toutes ces connoissances porte sur l'étude des plantes. Chacune d’elles est le foyer de la vie des animaux, dont les espèces viennent y abouur, comme les rayons d’un cercle à leur cenire.

Dés que le soleil, parvenu au signe du Bélier, a donné le signal du printemps à notre hémisphére, le vent pluvieux et chaud du sud part de l'Afrique, soulève les mers , fait déborder les fleuves, quu en graissent de leur limon les champs voisins , et renverse dans les forêts les vieux arbres, les troncs desséchés , et tout ce qui présente quelque obstacle à la végétation future. Il fond les neiges qui couvrent nos Campagnes, et, s'avançant jusque sous le pôle, ul brise et dissout les masses énormes de glace que lhiver y avoit accumulées, Quand cette révolution : connue par toute la terre sous le nom de coup de vent de l’équinoxe , est arrivée au mois de mars, le soleil tourne nuit et jour autour de notre pôle, Sans qu'il y ait un seul point dans tout l'hémisphère

septentrional, qui échappe à sa chaleur. À chaque parallèle qu'il décrit dans les cieux , une ceinture de plantes nouvelles éclôt autour du globe. Chacune d'elles paroît successivement au poste et aux jours qui hu sont assignés ; elle recoit à la fois la lumière dans ses fleurs et la rosée du ciel dans son feuillage. À mesure qu’elle prend de l'accroissement, les diverses tribus d'insectes qu’elle nourrit se développent aussi. C'est à cette époque que chaque espèce d'oiseau se rend à l'espèce de plante qui lui est connue, pour y faire son nid et y nourrir ses peüts de la proie animale qu'elle lui présente , au défaut des semences qu'elle n’a pas encore produites. On voit bientôt accourir les oiseaux voyageurs qui viennent en prendre aussi leur part. D'abord l’hirondelle vient en préserver nos maisons en bâtissant son nid à l'entour. Les cailles quittent l’Afrique , et rasant les flots de la Méditerranée , elles se répandent par troupes innombrables dans les vastes prairies de l'Ukraine. Les francolins remontent au nord jusque dans la Laponie. Les canards, les oïes sauvages, les cignes argentés , formant dans les airs de longs triangles , s'avancent Jusque dans les îles voisines du pôle. La eigogne , jadis adorée dans l'Egypte qu'elle abandonne , traverse l’Europe, et s'arrête çà et là jusque dans les villes, sur les toits de l'Allemagne hospitalière. Tous ces oiseaux nourrissent leurs

petits des insectes et des repüles que les herbes

nouvelles font éclore. C’est alors que les poissons quittent en foule les abymes septentrionaux de l'Océan , attirés aux embouchures des fleuves, par des nuées d'insectes qui sont entraînés dans leurs eaux, ou qui éclosent sur leurs rivages. Ils remontent en flotte conire leurs cours, et s’avancent en bondissant jusqu’à leurs sources; d’autres, comme les nord-capers, se laissent entraîner au courant général de l'océan Atlantique, et apparoissent , comme des carènes de vaisseaux , surles côtes du Brésil et sur celles de la Guinée. Les quadrupèdes même entreprennent alors de longs voyages. Les uns vont du midi au nord avec le soleil, d’autres d’orient en occident. Il y en a qui côtoient les âpres chaînes des montagnes; d'autres suivent le cours des fleuves qui n’ont jamais été navigués ; de longues colonnes de bœufs pâturent en Amérique le long des bords du Méchassipi, qu’ils font retentir de leurs mugissemens. Des escadrons nombreux de chevaux traversent les fleuves et les déserts de la Tartarie ; et des brebis sauvages errent en bêlant au milieu de ces vastes sohtudes. Ces troupeaux n’ont ni pâtres ni bergers qui les guident dans les déserts au son des chalumeaux ; mais le développement des herbes qui leur sont connues , détermine les momens de leurs départs et les termes de leurs courses. C’est alors que chaque animal habite son site naturel et se repose à l'ombre du végétal de ses pères : c’est alors III, C

que les chaines de l'harmonie se resserrent, et que tout étant animé par des consonnances ou par des contrastes, les airs, les eaux, les forêts et les rochers semblent avoir des voix, des passions et des murmures.

Mais ce vaste concert ne peut être saisi que par des intelligences célestes. Il suffit à l’homme , pour étudier la nature avec fruit, de se borner à l'étude d’un seul végétal. Il faudroit pour cet effet choisir un vieux arbre antiqué dans quelque lieu solitaire. On jugeroit aisément, aux caractères que J'ai imdiqués, s’il est dans son site’ naturel , mais encore mieux à sa beauté et aux accessoires dont la nature l'accompagne toujours, quand la main de l’homme n’en dérange point les opérations. On observeroit d'abord ses relations élémentaires et les caractères frappans qui distinguent les espèces du même genre, dont les unes naissent aux sources des fleuves, et les autres à leurs embouchures. On examineroit ensuite ses convolvulus, ses mousses, ses guis , ses scolopendres, les champignons de ses racines, et jusqu'aux graminées qui croissent sous son ombre. On apercevroit dans chacun de ses végétaux de nouveaux rapports élémentaires, convenables aux lieux qu’ils occupent et à l’arbre qui les porte ou qui les abrite. On donneroit ensuite son attention à toutes les espèces d'animaux qui viennent y habiter, et on seroit convaincu que, depuis le limaçon jusqu’à

DE LA NATURE. 59 l'écureuil il n’y en a pas un qui n’ait des rapports déterminés et caractéristiques avec les dépendances de sa Végétation. Si cet arbre se trouvoit au milieu d’une forêt bien ancienne elle-même, il est probable qu’il auroit dans son voisinage l'arbre que la nature fait contraster avec lui dans le même site, comme, par exemple, le bouleau avec le sapin. Il est encore probable que les végétaux accessoires et les animaux de celui-ci contrasteroient pareïllement avec ceux du premier. Ces deux sphères d'observations s’éclaireroient mutuellement, etrépandroient le plus grand jour sur les moœurs des animaux qui les fréquentent. On auroit alors un chapitre entier de cette immense et sublime histoire de la nature , dont nous ne connoissons pas encore l'alphabet.

Je suis sûr que, sans fatigue et presque sans peine , on feroit les découvertes les plus curieuses ; quand on n’en étudieroit qu'un seul, on ÿ trouve roit une foule d'harmonies ravissantes, Pour jouir de quelques tableaux imparfaits en ce genre, il faut avoir recours aux voyageurs. Nos Ornitholosistes, enchainés par leurs méthodes , ne songent qu’à grossir leur, catalogue, et ne connoissent dans les Oiseaux , que les pattes et le bec. Ce n’est point dans les nids qu'ils les observent, mais à la chasse et dans leur sibecière. Is regardent même les couleurs de leurs plumes comme des accidens. Cependant ce n’est pas au hasard que la nature à peint

ae

sur les rivages du Brésil, d’un beau rouge incarnat , et qu'elle a bordé de noir l'extrémité des ailes de l'ouara, espèce de corlieu qui habite le femllage glauque des paletuviers qui naissent au sein des flots, et qui ne portent point de fleurs apparentes. Le savia, autre oiseau du même climat , a le ventre jaune et le reste du plumage gris. Il est de Îa grosseur d’un moineau , et il se perche sur les poivriers dont les fleurs sont sans éclat, mais dont il mange les graines, quil réssème par-tout. À ces convenances il faut joindre celle du site, qui üre lui-même tant de beauté du végétal qui l’ombrage. Ces harmonies sont rapportées par le P. Francois d'Abbeville. Suivant l'Histoire des Voyages de l’abbé Prévost, il y a sur les bords du Sénégal un arbre fluviatile, dont les feuilles sont épineuses et les branches pendantes en arcades. Il est habité par des oiseaux appelés Kurbalos ou pêcheurs , de la taille d'un moineau, et variés de plusieurs sortes de couleurs. Leur bec est fort long, et armé de peutes dents comme une scie. Ils font leurs nids de la grosseur d'une poire. Ils les composent de terre, de plumes, de paille, de mousse, et les attachent à un long fil, à l’extrémité des branches qui donnent sur la rivière , afin de se mettre à l’abri des serpens et des singes qui trouvent quelquefois les moyens d'y grimper. Il n'y à personne qui ne prenne ces nids, à quelque distance, pour les fruits de l'arbre.

Il y a de ces arbres qui en ont jusqu à nulle. On von ces Kurbalos volüger sans cesse sur l’eau et rentrer dans leurs nids, avec un mouvement qui éblouit les yeux. Suivant le P. Charlevoix, il croît en Virginie, sur les bords des lacs, un smilax à feuilles de laurier, qui pousse de sa racine plusieurs tiges dont les branches embrassent tous les arbres qui l’environnent , et montent à plus de seize pieds de hauteur. Elles forment en été une ombre impénétrable , et en hiver une retraite tempérée pour les oiseaux. Ses fleurs sont peu apparentes , et ses fruits viennent en grappes rondes, chargées de grains noirs. Ce smilax a pour habitant principal un geai fort beau. Cet oiseau porte sur sa tête une longue crête noire, qu'il dresse quand il veut. Son dos est d’un pourpre sombre. Ses ailes sont noires en | dedans, bleues en dehors, et blanches aux extrémités , avec des raies noires à travers chaque plume. Sa queue est bleue, et marquée des mêmes raies que ses ailes; et son cri n’est pas désagréable. Il M a des oiseaux qui ne Jogent pas sur leur plante favorite, mais vis-à-vis. Tel est le colibri qui se niche souvent aux îles Anulles, sur un fétu de la couverture d’une case, pour vivre sous la protection de l’homme. Dans nos climats, le rossignol place son nid à couvert dans un buisson, en choisissant de préférence les lieux où 1l y a des échos, et en observant de l’exposer au soleil du matin. Ces précau-

tions prises , 1] se place aux environs, contre le tronc d’un arbre; et là, confondu avec la couleur de son écorce, et sans mouvement, il devient invisible. Mais bientôt 1l anime de son divin ramage l’asyle obscur qu'il s'est choisi, et 1l efface par l’éclat de son chant celui de tous les plumages.

Mais quelques charmes que puissent répandre les animaux et les plantes sur les sites qui leur sont assignés par la nature, je ne trouve point qu’un paysage ait toute sa beauté, si je n’y vois au moins une petite cabane. L’habitauon de l’homme donne à chaque espèce de végétal, un nouveau degré d’intérêt ou de majesté. Il ne faut souvent qu'un arbre pour caractériser dans un pays, les besoins d’un peuple et les soins de la Providence. J'aime à voir la fanulle d’un Arabe sous le datuüer du désert, et le bateau d’un insulaire des Maldives, chargé de cocos , sous les cocotiers de leurs grèves sablonneuses. La hutie d’un pauvre nègre sans mdustrie , me plait sous un calebassier quu porte toutes les pièces de son ménage. Nos hôtels fastueux ne sont à Îa ville que des maisons bourgeoises; à la campagne, ce sont des châteaux, des palais, des temples. Les longues avenues qui les annoncent se confondent avec celles qui font communiquer les empires. Ce n'est pas à la vérité, ce que je trouve de plus imtéressant dans nos paysages. Je Îeur ai préféré souvent la vue d’une petite cabane de pêcheur, bâue

DE LA NATURF. 59, sur le bord d’une rivière. Je me suis repose quelquefois avec délices, à l'ombre des saules et des peupliers où étoient suspendues des nassés faites de leurs propres rameaux.

Nous allons, à notre ordmaire, jeter un coup d'œil rapide sur les harmonies des planies avec l'homme ; et afin de mettre au moins un peu d'ordre dans une matière aussi abondante , nous diviserons encore ces harmonies, par rapport à l’homme même, en élémentaires , èn végétales, en animales , et en humaines proprement dites , ou alimentaires.

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