‹ Études de la natureChapitre 13 sur 48 · III. L · texte numérisé non relu

III. L

fin , que l'intérêt de nos passions ; mais notre ame livrée à elle-même , cherche sans cesse les convenances naturelles , et notre sentiment est toujours l'intérêt du genre humain.

Ainsi , je le répète , l'esprit est la percepuon des loix de la société, et le sentiment est la percepuon des loix de la nature. Ceux qui nous montrent les convenances de la société, tels que les écrivains comiques ; satiriques, épigrammatiques , el même la plupart des moralistes , sont des hommes d’esprit : tels ont été l'abbé de Choisy, La Bruyere, Saint-Evremont, &c.... Ceux qui nous découvrent les convenances de la nature , comme les poëtes tragiques , les poètes sensibles , les inventeurs des arts , les grands philosophes , sont des hommes de génie : tels ont été Shakespeare , Corneille, Racine, Newton , Marc-Aurèle, Montesquieu , La Fontaine, Fénélon, J. J. Rousseau. Les premiers appartiennent à un siècle, à une saison , à une natlON , à une coterie ; les autres à la postérité et au genre humain.

On sentira encore mieux la différence qu'il y à entre l'esprit et l'ame, en dénaturant leurs affections. Toutes les fois, par exemple, que les perceptions de l'esprit sont amenées jusqu'à l'évidence, elles nous font un grand plaisir, indépendamment de toutes les relations particulières d'intérêt; parce qu'elles

excitent en nous un sentiment, comme nous l'avons

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dit. Mais quand nous analysons nos sentimens, et que nous Îles rapportons à l'examen de notre esprit, les émotions sublimes qu'ils excitoient en nous s’évanouissent ; car nous ne manquons pas de les rapporter alors à quelque convenance de société, de fortune , de système ou d'autre intérêt personnel dont se compose notre raison. Ainsi dans le premier cas nous changeons notre cuivre en or, et dans le second notre or en cuivre.

Au reste, rien de plus pernicieux à la longue que notre esprit pour étudier la nature; car quoiqu'il saisisse çà et là quelques convenances naturelles , il n’en suit pas la chaîne fort loin : d’ailleurs il yen a un beaucoup plus grand nombre qu’il n’apercoit pas , parce qu'il ramène toujours tout à lui, et au petit ordre social ou scientifique dans lequel il est circonscrit. Ainsi, par exemple, s’il jette un coup-d’oœ1l sur les sphères célestes , il en rapportera a formation au travail d’une verrerie; et s’il admet an être créateur, 1l le représentera comme un mahmiste désœuvré , occupé à faire des globes uniquement pour le plaisir de les faire tourner. Il conlura de son propre désordre qu'il n'y à point d'ordre lans la nature ; de son immoralité qu'il n'y a point le moralité. Comme il rapporte tout à sa raison , et juil ne voit pas de raison d’exister lorsqu'il ne sera lus sur la terre, il en conclut en effet qu'alors il ’existera pas. S'il étoit conséquent ,1l en concluroit

164 ÉTUDES également qu’il wexiste pas maintenant ; car il mé trouve certainement ni en lui ni autour de lui de raison actuelle de son existence.

Nous sommes convaincus de notre existence par une puissance bien supérieure à notre esprit, qui est le sentiment. Nous allons porter cet insunet nature} dans les recherches de l'existence de la Divinné et de l'immortalité de l'ame , sur lesquelles notre raison versatile s’est si souvent exercée pour et contre. Quoiquenotre msuflisance sort trop srande pour nous porter bien lom dans cette carrière mfime , nous espérons que nos aperçus et n0S Erreurs même donneront aux hommes de génie le courage d'y entrer; Ces vérités sublimes et éternelles nous semblent tellement empreintes dans le cœur humain , qu’elles nous paroissent être les principes même de notre sentiment , et se mamifester dans nos affections les plus communes , Comme dans nos passions les plus

déréglées.

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