‹ Études de la natureChapitre 12 sur 48 · LA LA · texte numérisé non relu

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et ensuite ils se recouvrent avec le même sable ; ce qu'ils font pour se mettre à couvert des insultes des moustiques , dont l'air est le plus souvent tout rempli. Ce sont de petits moucherons que lon sent plutôt qu’on ne les voit, et qui ont un aiguullon si piquant et si venimeux, que lorsqu'ils l'appuient sur quelqu'un, il semble que ce soit un dard de feu qu'ils y lancent.

» Ces pauvres gens sont si tourmentés de ces ficheux msectes quand il ne vente point, qu'ils en deviennent comme lépreux ; et je puis assurer avec vérité , le sachant par ma propre expérience, que ce n'est pas une légère souffrance que d’en être attaqué ; car, outre qu'ils font perdre le repos de la nuit, c’est que, lorsque nous avons été réduits à aller le dos nu, faute de chemises, l’importunité de ces animaux nous faisoit désespérer et entrer dans des rages à ne nous plus posséder (1) ».

C’est , je crois, à cause de l’incommodité des

mouches , tres-communes et très-nécessaires dans

les leux marécageux et humides des pays chauds,

que la nature a mis peu de quadrupèdes à poils sur

leurs rivages , mais des quadrupèdes à écailles ,

comme les tatous, les armadilles , les tortues, les

lézards , les crocodiles , les caïmans , les crabes de

memes

(1) Journal d'un Voyage à Ja mer du Sud, en 1688.

terre, les bernards l’hermite , et les autres repules écailleux , comme les serpens , sur lesquels les mouches n’ont point de prise. C’est peut-être aussi pour cette raison que les porcs et les sangliers, qui aiment à fréquenter ces sortes d’endroiïts, ont des

poils longs, roides et hérissés , qui écartent les in-°

sectes volaules.

Au reste , la nature n’a pris à cet égard aucune précaution pour l’homme. Certes , en voyant la beauté de ses formes et sa grande nudité , il m'est impossible de ne pas admettre l’ancienne tradition de notre origine. La nature , en le mettant sur la terre , lui a dit : « Va , être dégradé , intelligence » sans lumière , animal sans vêtement , va pourvoir » à tes besoins ; tu ne pourras éclairer ta raison » aveugle qu’en la dirigeant sans cesse vers le ciel , » ni soutenir ta vie malheureuse que par le secours » de tes semblables ». Ainsi , de la misére de l'homme naquirent les deux commandemens de la loi.

DES SENTIMENS DE L’AME, et premièrement des affections de l’esprit.

Je ne parlerai des affections de l'esprit que pour les distinguer des sentimens de l’ame : ils différent essentiellement les uns des autres. Par exemple, autre est le plaisir que nous donne une comédie ,

DE LA NATURE 16% äutre celui que nous donne une tragédie. L'émotion qui nous fait rire ést une affection de l'esprit ou de la raison humaine ; celle qui nous fait verser des larmes est un sentiment de l’amé. Ce n’est pas que Je veuille faire de l'esprit et de lame deux puissances de nature différente; mais il me semble, comme nous l'avons déjà dit , que l’un est à l’autre ce que la vue est au corps ; l'esprit est une faculté, ét l'ame en est le principe ; l'ame est, si j'ose le dire, le corps de notre intelligence, Je regarde donc l'esprit comme une vue intellectuelle à laquelle on peut rapporter les autres facultés de l’entendement, l'imagination , qui voit lé& choses à venir ; la mémoire, qui voit celles qui sont passées , et le jugement , Qui aperçoit leurs convenances. L’impression que nous font ces vues diverses excite quelquefois en nous un sentiment qu'on appelle l'évidence ; et alors celle-c1 apparuent immédiatement À notre ame P ce que nous éprouvons par l’émouon délicieuse quelle y fait naître subitement ; mais parvenue là, elle n’est plus du ressort de notre esprit , parce que , quand nous commencons à sentir , nous cessons de raisonner; nous ne voyons plus, nous jouissons.

Comme notre éducation et nos mœurs nous dirigent vers notre intérêt personnel, il arrive de là que notre esprit ne s'occupe plus que des convenances sociales, et que notre raison n’est plus, à la

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