‹ Études de la natureChapitre 18 sur 48 · É DU:D.E S · texte numérisé non relu

É DU:D.E S

La science nous montre le terme de notre raison , l'ignorance l’éloigne toujours. Je me garde bien , dans mes promenades solitaires | de m'informer à qui appartient le château que j'aperçois au loin. L'histoire du maître gâte souvent celle du pay-sage. Il n’en est pas de même de celle dela nature; plus on étudie ses ouvrages , plus on trouve de raisons de les admirer. [l n’y a qu'un cas où la science des ouvrages des hommes nous est agréable , c’est lorsque le monument que nous apercevons a été le séjour d’un homme de bien. Quel est ce peut clocher -que je vois de Montmorency ? c'est celui de Saint-Gratien , où Catinat a vécu en sage , et où repose sa cendre. Mon ame circonscrite à un petit village, part de là pour embrasser le grand siecle de Louis x1v, et se jeter ensuite dans une sphére bien plus sublime que celle du monde, qui est celle de {a vertu. Quand je ne peux me procurer ces perspectives , l'ignorance des lieux me sert plus que leur connoissance. Je n’ai pas besoin de savoir que cette forêt appartient à une abbaye ou à un duché ,

pour la trouver majestueuse. Ses arbres antiques,

ses profondes clarières , ses solitudes silencieuses

ie suflisent. Dès que je n’y aperçois pas l'homme, j'y sens la Divinité. Pour peu que je veuille donner carrière à mon sentiment , il n’y a point de paysage que Je n’ennoblisse. Ces vastes prairies sont des uers; Ces coteaux embrumés sont des îles qui

DE EXNATURE- IÈT s’élévent sur l'horizon ; cette ville, là-bas , est une cité de la Grèce honorée par les pas de Socrate et de Xénophon. Grace à mon ignorance , Je me laisse aller à l'instinct de mon ame. Je me jette dans l'infini. Je prolonge la distance des lieux par celle des siècles, et pour achever mon illusion, j'y fais

séjourner la vertu.

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