‹ Études de la natureChapitre 33 sur 48 · HEUREUX · texte numérisé non relu

HEUREUX

Près de là on liroit, sous celle d'une jeune fille mal vêtue , filant au fuseau, et regardant le ciel

avec ravissement :

J'AI MÉPRISÉ LES VAINES JOIES DU MONDE, ET MAINTENANT JE SUIS HEUREUSE.

Il Yÿ auroit de ces monumens qui n’auroient pOur tout éloge qu’un seul nom : tel seroit, par exemple, le tombeau qui renfermeroit les cendres de l’au-

tour du Télémaque; à moins qu'on n y graväl ces

DE LA NATURE. 591 mois, si convenables à son caractère aimant et sublime :

IL À ACCOMPLI LES DEUX PRÉCEPTES DE LA LOI ; IL À AIMÉ DIEU ET LES HOMMES.

Je n’ai pas besoin de dire qu’on pourroit faire ces inscriptions d’un meilleur style que le mien; mais jibsisterois pour que dans ces figures, il n’y eût point d'air insolent ; point de cheveux jetés au vent, comme ceux de l’ange trompette de la résurrecuon ; point de douleur théatrale et de grands mouvemens de robe, comme à la Magdeleme des Carmélites ; point d’attributs mythologiques , où le peuple n’entend rien. Chaque personne y seroit avec son costume : on y verroit des toques de matelots, des. cornettes de bonnes sœurs, des sellettes de Savoyard , des pots au lait, et des pots au bouillon. Ces statues de citoyens vertueux serojent bien aussi respectables que celles des dieux du paganisme , et certainement plus intéressantes que celles du rémouleur ou du gladiateur antiques : mais il faudroi que nos arustes s’étudiassent à rendre , comme les anciens , les caractéres de l’ame dans l'attitude du corps et dans les traits du visage, tels que le repenur, l'espérance , la joie, la sensibilité, la naïveté. Voilà les costumes de la nature, qui ne varient Jamais, et qui plaisent toujours sous quelque habit qu'on les mette. Plus même les occupations et les

vétemens de ces personnages seront méprisables , plus l'expression de la charité, de l'humanité, de l'innocence et de toutes leurs vertus y paroïtra sublime. Une jeune et belle femme travaillant , comme Pénélope, à une toile, et vêtue modestement d’une robe grecque à longs phs, y plairoit sans doute à tous les veux : mais je la trouverois mille fois plus touchante que celle de Pénélope même , occupée du même travail, sous les lambeaux de l'infortune et de la nusére.

1] n'y auroit sur ces tombeaux , mi squelettes. ni ailes de chauves-souris , ni faux du Temps , ni aucun de ces attributs effrayans , avec lesquels nos éducalions d'esclaves cherchent à nous faire peur de la mort, ce dernier bienfait de la nature; mais on y verroit les symboles qui annoncent une vie heureuse et immortelle ; des vaisseaux battus de la tempête qui arrivent au port, des colombes qui prennent leur vol vers les cieux, &c.

Les statues saintes des citoyens vertueux, COu— ronnées de fleurs , avec les caractères de la félicnté, de la paix et de la consolation dans leurs traits , seroient rangées vers le centre de l’île , autour d’une vaste pelouse , sous les arbres de la Patrie, tels que de grands hêtres , de majestueux sapins , des chätaiguiers chargés de fruits. On y verroit aussi la vigne mariée aux ormes , et le pomnuer de la Normandie

couvert de ses fruits colorés comme des fleurs, Du

milieu de cette pelouse s’éleveroit un grand temple en forme de rotonde. Il seroit entouré d’un péristyle de colonnes majestueuses, comme étoit jadis à Rome le Moles Adriani. Mais je le voudrois plus spacieux. Sur sa frise, on liroit ces mots :

Page 1