SSAI SUR LA LANGUE DB LA FONTAINE
gneurie qu^on a également signalée dans la Ligue des rais comme un barbarisme forgé par La Fontaine.
On ne comprend guère comment des rapprochements si faciles n*ont pas été déjà faits par les commentateurs ; mais on s'aperçoit bientôt que le tort de la plupart d'entre eux est d'avoir voulu faire preuve de trop d'érudition. Ils ont souvent feuilleté des ouvrages que le fabuliste n'avait sans doute jamais vus, dans l'espoir d y découvrir les origines de son langage et de son style, tandis qu'ils dédaignaient de comparer patiemment le poète i lui-même et aux prédécesseurs qu'il nous désigne. Il écrit à Saint-Evremont :
J'ai profité dam Voituret Et Marot par sa lecture M^a tort aidé^ j'en conviens.
Je ne sais qui fut son maître :
Que ce soit qui ce peut être, Vous êtes tous trois les miens.
m J'oubliais maître François, dont je me dis encore le disciple, aussi bien que celui de maître Vincent et cdui de maître Clément. Voilà bien des maîtres pour un écolier de mon ftge (i). »
Il est impossible, on l'avouera, de se mieux conduire avec ses commentateurs. S'ils avaient profité du conseil et qu'ils se fussent mis i étudier sérieusement, d'abord les écrivains de prédilection du poète, puis les auteurs de son temps et les Lexiques^ ils se seraient bien vite convaincus que les mots forgés sont beaucoup moins nombreux qu'on ne le suppose dans les œuvres de La Fontaine. En fait de langage, il inventait peu ; seulement il cherchait à ne rien laisser perdre; dans ses ouvrages, le style tire bien plus souvent son originalité de la nouvelle acception aun mot que de la création d'un terme.
A Toccasion de ce passage :
(1) tS iéc 1687. Tome n, p. yaS.
l6o ESSAI SUR LA LANGUE DE LA FONTAINE Notre exammaieur soupiroit dans sa peau (i).
M. Lorin a fait la remarque suivantei c^ui est pleine de justesse : « Examinateur signifie ordinairement celui qui a commission dexaminer. Il est pris ici dans un sens absolu et plus général. »
Molière a dit de même :
G f&cheux examen d'un mystère fiital,
Où Yexaminateur souffre seul tout le mal (a).
Il y a un ^and nombre de substantifs de la même terminaison qui prennent ainsi chez La Fontaine une signification plus étendue que celle qui leur est donnée par les Dictionnaires. En voici plusieurs que M. Lorin n'a point recueillis :
Alaciel
souvent se divertissoit
Aux menus ouvrages des filles
Qui la servoient, toutes assez sentilles.
Elle en aimoit fort une à qui l%n en contoit.
Et le conteur étoit un genulhomme
De ce logis, bien &it et galant homme (3).
Ce cousin entreprend de changer une femme !
Et quel est donc ce sot entrepreneur ? (4}
S'il n*avoit entendu son compteur à la fin
Mettre la clef dans la serrure, Les ducats auroient tous pris le même chemin (5).
Son coucheur cette nuit se retourna cent fois (6).
Le jeûneur maudit son sort (7). '
I) Liv. IV, c. Vin, 5o.
a) École des/emmeSy acte II. se. vi, 6.
3) Liv. n, c. XIV, 543.
(4) Le Florentin, se. in, 94.
(5) Liv. XII, fab. m, 33.
(6) Liv. U, c. XIIL 73.
(7) Liv. U, c. XIX, 36i.