‹ Études de langue françaiseChapitre 21 sur 42 · BSSAI SUR LA LANGUE DB LA PONTAINI · texte numérisé non relu

BSSAI SUR LA LANGUE DB LA PONTAINI

Ce réseau me retient : ma TÎe est en tes maina ; Viens dissoudre ces nœuds (i).

La recherche persévérante du terme propre i laquelle se livre notre poète produit souvent une locution toute neuve, aussi vive que naturelle. Dévorer des yeux est une expression fort énergique pour désigner la convoitise d'un gourmand ; elle a dû se présenter sur-lechamp à Tesprit de La Fontaine lorsqu'il cherchait i nous peindre ses pèlerins découvrant une huttre ; mais le mot dévorer ne convenait pas ici ; un autre écrivain se fût contenté d'une périphrase ; La Fontaine fond habilement le mot propre et l'expression populaire, et nous donne ce vers charmant :

Ils Valaient desjrêux, du doigt ils se U nioatrent(»).

Dans le poème sur la Cabtivité de S. Mcdc^ notre auteur, après avoir dépeint rantre de la lionne, nous dit:

Mère nouyellement, on Teût vue allaiter Celui qu'elle Tenoit en ces lieux d'enfanter. Mais comment l'eût-on Tue ? A peine la lumière Osoit franchir du seuil la démarche première (3).

Furetière explique ainsi ce mot :

« Démarche. Le pas qu'on commence i faire quand on veut aller en quelque lieu, ou en sortir. // a fait une cheuie dès sa première démarche. »

Dans le passage de La Fontaine, il s'agit de Tespace de terrain contenu dans le premier pas, dans la pre« mière enjambée qui touche à l'entrée de la caverne. L'Académie n*a jamais admis aucune de ces acceptions; elle explique démarche par allure et par manière d^agir^ et elle observe, dans la première édition de son Diip-

i) Liv. yill, fab. XXII) 24.

LiY. IX, tab. IX, 3.

3) Vers 445.

264 B88AI SUR LA LANOUI Dt LA raNTAINS

le jeune homme

Se campe en une église où yenoit tous lei jouis

La fleur et Télite de Rome»

Des Grâces^ des Yénus^ arec un grand concourt

D'amours, C'est-à-dire, en chrétien, beaucoup d'anges firaieUes (i).

Ce dieu, se reposant sous ces voûtes humides. Est assis au muieu d*un chœur de néréides.

Toutes sont des Vénus^ de qui l'air gracieux N'entre point dans son cœur et s'arrête à ses jeus (a),

L'Académie admet ce sens, mais elle ne donne aucun exemple de l'acception suivante : « Son esprit, sa beauté, sa taille, sa personne, ne touchoient point, faute de venus qui donnât le sel i ces choses.

Myrtis, au contraire, excelloit en ce point-lâ

il n'y avoit si petit endroit sur elle qui n*eût sa venus ^ et plutôt deux qu'une, outre celle qui animoit tout le corps en général (3). »

« L'architecte s'étoit servi de Tordre ionique k cause de son élégance. De tout cela il résultoit une venus que je ne saurois vous dépeindre (4). »

« Là quelcjues auteurs avoient envoyé des offrandes

!>our reconnaissance de la venus que leur avoit départie e ciel (5). »

Une excellente note de M. Waickenaer nous apprend que Gilles Boileau s'était déjà servi de ce mot à r Académie, en 1659, dans sa réponse à Costar, et nous renvoie à la dispute de Ménage et de Bouhours sur venusié, qui avait le même sens et était employé un peu plus fréquemment.

Nous ne reprocherons point à M. Lorin de ne pas nous avoir raconté la guerre de Troie; mais nous

(i) Liv. IV, c. vin, 194.

(2) Psyché^ Ht. I, tome I, p. 355.

r3) Ibid.j liv. II, tome I^ p. 442.

Page 1