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Etudes de langue francaise [microforme]

Vztn de noê plat ancien» eonfi'èrWt M' Chart$94a9^h Maiiy-Laiféàux, vient iê nonê être êobUmneni ênUpé, U IX fiaiêt tSgg, à ViHy^êorSeinâ, Il éiaiiné à Pari», le t5 oprU iSaf, 8»» funéraiOê» ont êuUfiu.lé iSjoiVUt dan» la plu» »triet» Intimité. Telle açaUétéla colonie /ot' mette du défont, L'SeoU de» Charte» et la Société de VBcole ont çi^ement regretté de n*être pa» repré»entée» à cette triaU cérémonie, JePai tout particulièrement regretté. J'aurai» çoulu rendre un dernier hommage à.la^m3moire d*un camarade^ éttm eoUèjfae et d'un amt^prèd duquel f ai pécu et trapotité pendant ptue de dnqnanie année».

Cet hommage doit, »àn» plu» tarder^ lui être rendu dan» un reeueil*auquel il àjadi» donné pUudeur» traçauxremar' quable»,

Charte» Màrfy-taçeaux, par un excè» de modettie, »*e»t Un^'oùr» tenu »ur le» »econa»^ plan» : mai» Je» »erHce» de genre»,trè».Parié» fu^il a rendu», pour n'être pa» connu» a un grand publia, n*en éont pa» moin» réel» et ne eauraient éire,oublié$,

L* École dé» Chart&t e'honore de fapoir compté parmi »e» élèçe», et la Société deVEcole^rCàffa» eu, pendant bieii de» année», de membre plu» actif et plu» déçoué, ^a

MartX'Lapcau^ appartenait à cette promotion de VBcole dont le» étude» furem profondément trotjflée» par an fàr chaaa coneour» deciroonetanon, Leejeune» gen» qui apofent

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êuiçi en 1846 le cours de paléographie de Gnérard ne purent guère profiter des oienjaits de l'ordonnance du 3i décembre 1840, qui àçait reorganisé l Ecole sur des ba§es beaucoup plus larges que par le passé. Les cours de deuxième année commencèrent a la mt-mai 184p eï se ter* minèrent à la fin de juHlet. Quant à ceux ae troisième année,, ouperts^ au mois de âovambre, ils s'interrompirent à la fin de février 18.^8 et furent à peine repris de temps à autre pendant le printemps et Tété qui suivirent . Renseignement de VÈeçle n'en exerça pas moins une influence stilu- ^te^ire et durable sur l'esprit de Mart^-Laveaux et sur la .. >4^rection de ses travaux. •

Nourri dès son enfonce des souPenirs de son grmnd-pérê . maternel, U grammairien Laveaux, il était encore sur les .bancs auand u donna up^ nouvelle édition du 'hiciionnmirt des difflciiltér de U langue française. Le goût inné Qu'il avait , pour les études grammaticales s'affermit et s' affina grâce ^ aùxëbnwuse' aux encouragements d'un de ses professeurs, "■ François Queisard, dont il devint bientôt l'un des plus int^e* amh, et auquel il a payé depuis sa dette de recànnaissanee^en retra^nt, dans une notice émné fie caraeùre d'un maître biéh'auné, et m rappelant lee travaux qui lui avaient vain une Juste eélébrîté. Il n- avait cependant pas eheore trouva sa voie quand G sortit jte r Ecole au mois de janviery84g^^àp^e avoir soutenu une thèse sur le gram- , màfWeii Vhwilius Mf^.

Appelé^ à prendre part en Ï8Ô2 à la rédaction dû Catalogue des hvres imprimée de la Éibtiothèqup Nationale, H se fit remarquer par des habitudes d'ordre et 4^ précision ' dont tous ses travaux portent tempreinie. Il devint hientât le èhef-adjoint dii bureau dùCottUogue, et il serait à tcup ^ sûr arrivé d'un p-adè plus élevé s' it ne s'était pas décw,^ en 1862^ à qmtter la Bibliothèque, pour se ménager un peu de liberté et de loisir, ^âe façon à poursuivre des travaux sur la littérature française t qui avaient toujours eu pour lui un attra.it particulier,

Bn i863, il avait donné dans la Bibliothèque de F Ecole des Chartes an Essai sur la langue delAFc^taine,iîr^(fi<î«: d'une édition très soignée des œuvres du grand fakuli^tê et conteur, quiparuide 1866 à 1860. Il remporUuen 1868 > « le prix que V A cfidémie française avait proposé pbur un Lexiqj^, de la langufet du stjle de Corneille, Il s'était êiimi préparé de l^gus main à publier la monumentale

édiiicn dêê «nwvM é» P. Cormeillê fsi « ^H§ plae0 déiHê lu Collation de^ Grande éerw^in» de la France,

La Iditérûture dm XVt $Uelen'éki^pm$ moine fam^Uêre à Marf^Làfieamx mu celle du XVU\ il Fa promcé parlée êoinê qvCU a dohnie à uHé édition dfi fidMÎUIi «I êurtouipar rexéeulion de cette belle édition 4ee Poètes àe U Pléiade, à loiquelle U aJoiÂt, en iSgô et i8oS, wt appendice hkUtulé : La Langue de la Pléiade. LenmUewrjuge dhun tel traoaU Fa loUidanê dee termeê qu*Ujaat dter pomr n^enpae ajfai' blir' la portée :

« La èette édition dee Poètes de U Pléiade. dUaU récemment M. OaeUm Fârie^ vient dé receifoir êpn couronne', ment pot eeè dmucvolumeê eoneacrée à la. langue de la Pl4iaae. p^ ne peut eoncepoir $ur cet intéreeeani eiyetu trapoil plu9ii$atiefai$ant, mieux comprie^ plue Jacttèi à « eonêulter^ pu^ êqbré et en même tempe pme éumplet^,,^ « Ce licre apporté à Vkitioite du frànçaie Uuéraire, pour le , « XVP èièote, une eof^ribution de premier ortfre... ; ilftdf « auiant d' honneur aujugement et au goût de Fauteur fu*à eeaeon§cienceetà$oniaçoir(i),9

Lee Uibcure fu^esdfeêieUt la ptépaniflHon' et FUnpreeeion d'œucrée auesi coneidérablee ei auMêi eoneciendeuêeè n'empéchèrent Jamaie M. Éiarifr^Lûoeaux deremMr açecponc' tualité leedeooirê que lui impoeaient leà nuàeione dont il fut chargé députe ea^eorOe es la Bibliothèqtu : à FScole dee Charteei dont U f^t eecrétaire^tréeorier dé tS68 à iSya i^ — au Comité ace traçaux hiétoriquee^poul' lequel it rétugeade nombreux rapport»^ toufours trèe étudiée ^ eur dipereee communieatione relativee .a F histoire littéraire du ^X VP et du XVII* eièch ; — dahe lee Commieeione d'examen à F Hôtel de Ville et dane une chaire de littérature inetituée pour lee aepirahtee au brepeteupériéur:

L*Aeaaémie française, qui Façait choisi comme auxiliaire et archiçiste, conservera le souvenir de la collaboration qu*H a apportée hux dictionnaires et à Fédition des proeèeverbaux du XVIP^ du XVIIP siècle; elle lui rester^ reeonna^eanie dé la génénofsité ap«e HaqueUe il lui abandonna dé pré^èlux matériaux amassée en partie par RftjrnouardetparQueesard,* /

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' OàPoiHoat è^ qu^ a produit êan$ bruU et apêe tme êogê Unteuir, le eonfrère dont unfi thoH goadaine vient de noue képarer,,

Pideêe la famille de Ch. Mariy-Lapeaux, digne d^un chef dont ellf était Juêtenutiit fière, trower quelque con$<h lattan dane là peneéé que Mon deuil eêt partagé' par de ii<lmkr^ux amie» et que ta vie dont foi simpletfient e§qumé ^teléuee traits tera citée eorhme exempU d^une earriire nobime(nt et util^nent remplie t .. ^

LÉOPOLD DSLISLS.

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Bztrali d« U BibUoihèqae d« l*Beol« d«i Glifirtet, t. LX, 1899.

l'Enseienement

de

notre Langue

rEnseignement de notre Langue

'"Le système d'enseignement adopté en France a soulevé, à plusieurs reprises, des critiques qui ne sont point restées infructueuses : notre histoire, trop longtemps négligée, a conquis peu à peu le rang imporunt

a u'elle 'mérite; les sciences . naturelles, considérées ans leurs résultats, fournissent 4ux jeunes gens un frand nombre de connaissances précises ; les langues trangères commencent à être mieux connues; enfin les pro^mmes actuels,i malçré leurs imperfections de détail et leur inévitable généralité, répondent assez bien aux principales exigences de la vie moderne.

Au milieu de ce renouvellement des études, une seule, la plus indispensable de toutes, hérissée de difficultés rebutantes, obscuf(*ie pér un amas de règles contradictoires, est restée presque stationnaire : celle de la langue nationale.

^ Depuis le commencement de ce siècle la linguistique s'est constituée comme science, à l'aide d'une série non interrompue de découvertes importantes ; le champ

(i) Cet opuscule, publié ea 187a, formait l'Introduction d'un Cours Mstort^ue de Langue française qui ne fut pas cootiaué. M. Marty-Laveaux donna seulemeat la Grammaire élémentaire tt UL Grmmmatre historique.

DE l'enseignement DC NOTRE LANGUE

de ses explorations s'est successivement .étendu ; sa méthode s'est transformée; notre langue en particulier a vivement captivé l'attention de l'Europe savante. Mais, tandis que ces progrès s'accomplissaient avec çrand éclat dans le domaine de l'érudition, oii Je public jne s'aventure guère, àcôté, ou plutôt au-dessous, les rédacteurs de livres élémentaires continuaient à copier^ les travaux de leurs devanciers, ou introduisaient dans renseignement quelques-unes de ces innovations individuelles qui tie reposent ni sur la philosophie du langage nfsur l'histoire de notre idiome, et n*pnt pouï^*base que la fantaisie de ceux qui les imaginent.

L'importance môme des découvertes accomplies semble avoir contribué à les empêcher de pénétrer dans l'enseignement élémentaire. On y aurait bienfait passer quelques faits isolés, quelques corrections de détail qui Ij'eussent pas sensiblement modifié l'ensemble, mais le changement complet de principes et de méthode, qu'il devenait indispensable d'adopter, a découragé beaucoup de gens. D'autres n'ont pas même tenté cette laborieuse transformation : ils ont cru de bonne foi qu'il suffisait d'exposer â tous, sans préparation et dans leur appareil scientifique, Tes vérités nouvelles ; naturellement ils ont échoué, et ont conclu de leur insuccès que le public s'intéresse peu à ces matières et est d'humeur à étudier indéfiniment la langue française dans la grammaire de Lhomond pu, tout au plus, dans celle de Chapsal.

Tel n'est pas notre avis : nous croyons qu'on s'empressera de faire mieux dès qu'on le pourra.

L'important serait de transformer les ouvrages élémentaires à l'aide des découvertes récentes. Nous l'essayerons pour notre part ; et, si nous ne pouvons y parvenir, peut-être 'du moins contribuerons-nous à

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DB l'BN^IIGNBMENT» DE NOTRB LANGUB Ç

frayer la voie à de plus expérimentés ou à de plus heureux.

Tâdhons donc de déterminer ^ i^ Les conditions indispensables à la connaissance suffisamment approfondie a une langue ; ^

2<> La manière dont la nôtre a été étudiée juisqu'ici ; ^^néthode à Taide de laquelle elle devrait l'être .

Pour posséder parfaitement une langue, il faudrait :

j* Connaître tous tes mots dont elle se compose;

!• Se rendre un compte exact des divers rôles que ces mots peuvent jouer dans le discours .

Le' Dictionnaire et la Grammaire sont les deux ouvrages destinés! nous faciliter ce double résultat ; mais ils n'y contribuent que fort imparfaitement.

La première des deux conditions est d'ailleurs impossible à remplir dans toute son étendue.

Chaque homme emploie, pour Tusage ordinaire de la vie, un nombre assez borné d'expressions; qui s'étehd plus ou moins en raison de ses besoins^ de son*intelligence, de ses relations>vec ses semblables.

Cette langue générale n'est pas d'ordinaire la seule

Su'il parle ; il y en a une autre qu'il connaît mieux, dont se jsert avec plus d'exactitude et de justesse, et qui cependant n'est familière qu'à un petit nombre de gens : c'est ^elle de sa profession.

DE L'iNSRICiNÇMENT DE NOTj^B LANGUE

Lcrplus grand écrivain ne peut connaître, dans leurs détails infiniSf a^s nombreux idiomes techniques^ qui

^ sont cependant de nature à lui être fort utiles à l'occasion; et les dictionnaires ne sont presque d'aucun secours pour cette étude. ? *

« Qn peut trouver... que l- Académie... — d\i% ce sujet M. Villemain (i) — %iTop épargné certains ternes

.^usités des artisans, et qui sont des images ou peuveliten' fournir. ^^11 y a là souvent une invention popplaire, qui fait partie de la langue, et qui ne change pas, comme les dénominations imposées par les savants* Furetière avait raison de regretter le nom énergique à^orgueily employé par les ouvriers pour désigner J appui qui fait dresser la tête du levier, et que les savants appelaient du beau nom d^hypomociian. Ces emprunts faits, pour un besoin matériel, à la langue rg^prale, ces expressions intelligentes sont précieuses à recueillir, Shakespeare en est rempli dans sa languô'poétique et populaire. »

Un de nos poètes, qui voulait étendre, au-delà du nécessaire^ les limites déjà si feculées de notre langue, et qui, en faisant au latin et au grec des larcins trop fréquents, ne négligeait pas pour cela nos richesses nationales, Ronsard, s'exprime ainsi dans son Art poétique : «. Tu practiqueras bien souuent les artisans^e tous mestiers comme de Marine^ Vennerie, Fauconnerie, et principalement les artisans de feu, Or/eures, Fondeurs, MareschauXy Minerailiiers^ et de là tireras maintes belles et viues comparaisons auecque le? noms propres des mestiers pour enrichir tdn œuure et le rendre plus aggreable et parlaict (2). \>

(i) Préface du Dictionnaire de l' Àcaiémie française, ûxiémc édition, publiée en i«35 p. XX.

Cl) Abbrégé de l'art poétique François. A Alphonce Delbene, abbé de Hautecombe, en Savoye. — Paris, G. Buon, i565, ia-^, feuillet 4, verso.

Dans toutes les citations de notre Cours historique de tangue française no us^ reproduisons scrupulêusemcot l'orthographe, j^c- «^

Dl LBNSBIGNBMENT DE NOTRE LANGUE

Molière, qui, mieux peut-être qu'aucun poète de son 'temps, a possédé notre langue dans toute son étendue, a cependant eu à suivre ce conseil de RoAsard, que, selon toute apparence, il ne se rappelait guère : il s^est trouvé dans la nécessité d'avoir un assez long entretien avec M. de Soyecourt, grand veneur de France, afin d'être bien certain d'employer les termes de chasse avec une exactitude complète dans sacomédie des Fâcheux (\ ) ; et Ton pense que Racine a dû également à un de ses amis les expressions judiciaires qu'il a si abondamment répandues dans Les Plaideurs (2). ^

Les '^ots provinciaux, sur lesquels Ronsard attire aiissi l'attention du poète, lui recommandant de ne point se soucier « si les ^vocabIes| sont Gascons^ Pûiteuins, Normans^ Manceaux, Lionnois ou d'autres païs, pourueu , qu'ilz soyent bons (j) », sont encore moms généralement compris, même par les; gens qui cultiventîes lettres avec le pîus de succès. Racme, alors fort jeune, à la' vérîfé, nous raconte une petite contrariété qu'il éprouVa pour s'être servi, d'un mot dans un sens différent de celui qu'il avait à Uzès.

« Ayant besoin — dit-il — de petits clous à broquette • pour ajuster ma chambre, j'envoyai le valet de mo^n Oncle en ville, et lui dis dé m'acheter deux ou trois cents de broquettes. Il m'appoaa incontinent trois bottes d'alumettes. Jugez s'il y a sujet d'enrager en de semblables mal-ëntendus (4). » A

centuation et la ponctuation adoptées par chaque auteur, et, pour les Oiavres posthumes, celles de l'édition où elles ont paru pbua la première fois. > .

(I) Histoire de la Vie et des Ouvrages de Molière, pàf M. J. Taschereau. 3* édition, page 41. 7

(a) Œuvres de J. /îa^i/ie, édition de M. P. Mesnard, tome II. /- P««ei3i. . ^ . '

(i) Abhrégé de Fart poétique François, feuillet 4, verso.

(4> Cette lettre, adressée par Racine à La Fontaine, a paru pour la première lois au tome III (p. 3a4), des Œuvres diverses de ce dermer. (Paris, Didot, M.DCC.XIX.)

12 DB L^BNSEIGNEMENT DE NOTRE LANGUE

Les termes archaïques' sont-ils mieux connus? En aucune façon. Voltaire, cet esprit si net, si ouvert à tant de connaissances diverses, cet écrivain si judicieux et si fin, méconnaissait sur bien des points les nuances de sens propres au xvii* siècle ; et, s'étonnani de la meilleure foi du monde de l'ignorance et de la rusticité de Corneille, à r<>ccasion de ce vers d'Œdipe (i) :

Le sang a peu de droits dans le sexe imbécille,

'U s'écrie : u C'est une injure très déplacée et très grossière fort mal exprimée (2) » et semble oublier tout à fait (m imbécile est employé ici dans le sens latin ^h/aiblCy. débile.

Si de tels écrivains, qui ont étudié avec tant de bonheur les secrets les plus délicats de notre langue, ne la trouvent pas tout entière à leur disposition, s'ils en méconnaissent certaines nuances un peu vieillies ou simplement passées de mode, que dqh-il arriver aux hommes, même instruits et cultivés, qui ne s'occupent que p&r plaisir et par goût des questions littéraires ?

La seconde condition que nous avons considérée comme nécessaire pour bien posséder une langue, A savoir la connaissance exacte des divers rôles que les mâts peuvent jouer dans le discours^ est pJus bornée, mieux circonscrite, et semble, par conséquent, assez facile à remplir. C'est l'objet môme de la ^rammairey que peu de gens savent, mais que du moins tout le monde étudie.

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{A Acte I, scène m.

(2) Théâtre de P, Corneille, avec des commentairt$.., — Genève, M.DGC.LXXIV, 8 vol. in-4«. t. V, page 26.

DE L ENSEIGNEMENT pE NOTRE LANGUE

Ce double problème une fois posé, voyons^ comment on s'est efforcé de le résoudre relativement à notre langue. ,

L'étude régulière et méthodique du français ne* date que du xvi* siècle. Avant cette époque, on'rapj^renait ., uniquement par la pratique. La langue latine était considérêcî comme la seule dans laquelle on pût traiter de* matières importantes; et son extrême diffusion parmi toutes les nations de l'Europe, qm en faisait un instrument universel et courant de correspondance scientifique, rendait à certains égards cette opinion fort raisonnable. Quant au français, on ne le regardait guère que cpmme une sorte de patois commode dans les nécessités •" de la vie, un jargon d'artisans et de valets (vernacula lin^ua)y d&ns lequel on aurait clédaigné d'écrire un traité scientifique, ou dé se livrer à une discussion .,, sérieuse.

Tout â coup les idées changent : les poètes se las&eîit du latin et se prennent à penser que notre idiome pourrait biiçn, avec le temps, n'être pas un instrument par trop inférieur aux langues de l'antiquité ; les réformateurs et les savants, curieux d'être lus, entrevoient le merveilleux parti qu'ils en pourront tirer pour la rapide, propagation de leurs opinions et de leurs doctrines ;Jes étrangers s'appliquent à Tétudier; enfin il trouve des panégyristes érudits et parfois même éloquents^ tels que

14 DE l'iPISEIGNEMBNT DB NOTRE LAl^GUB

Joaçjiim du Bellay dans La Deffence et lUusfration de la langue Francoyse (i) et Henri EsOenne dans le Pf'oieçt du liure intiw I^c la prcceiience du langage François (2),

.On serait tenté de croire que, dès qu'on s'occopa d'étudier notre laft^i^.i on s'eflCorça d'en constituer rinVentarre. Ifn'eFest rien : \e^ premiers dicdonfiaires^

«où elle' paraît sont» des^iexiques français-latins, françaisanglais, français-italiens, français-espagnols ; elle n'y sert que de moyen, d'expédient, #pour arriver à' la cohnaiis^nce d'un autre idiome. Ce n'est qu'à la fin du Xvn* siècle qu'on voit paraître" des dictionnaires purement-français : d^abord celui de.Richelet en 1680, puis celui de.Fùretière en 1690, enfin celui de l'Académie en 1694. ' ', "' i

Ces ^répertoires commodes, qui se sont peu à peu

■considérablement perfectionnés, rendent aujourd'hui de

grands services, non seulement ^our la connaissance

des verbes difficiles; du genre des §tibstantifs,etde l'or^

' thographe ein vigueur, mais aussi pour rintelligénce plus complète des auteurs français, et. parfois même^ comme dans l'extellent ouvragé de M. Littré, pouf l'étymolo-

, gie et l'hisioire des mots. Toutefois leur forme alpha-

(1) Impriftxé à Fa)rispour ArnoulfAngelier, i54g, jn-8: — Cet ouvrage se trouve .au commencement du tome J de Ibotre édition des CEuures françoises dé Joachim du Bellay

(a) A Pjiri*, par Mamert Pâtisson, M,.DX>QCIX,1Bi«f.

DB L RNSEICNBMENt DE NOTRE LANGUE 1 ^

bétique, qui facilkô les recherches et permet de se renseigner* sur le cKamp à l'égard d'un terme déjà conmj, empêche de faire du vocabulaire Une étude raisonnée, et de se 1 approprier dMl^ manière générale/

U faut remarquer néanmoins qu'en 1694 l'Académie française « a fugé qu'il séroit agréable et instructif de disposer le Dictionnaire par Racines, c'est à-dire de ranger tous les mots Dérivez et Composez après les mots Primitifs dont ils descendent, soit que ces Primitifs soiept d'origine purement Françoise, soit qu'ils viennent du Latm ou de quelqu'autre Langue (i) ». ^ Cet ordre a plus tard été abandonné sans retour; et ^est à peine si on s'est livré à quelques essais, pour la plupart assez malheureux, afin de facih'ter la connaissance des mots de notre vocat)ulaire en les rapprochant soit d'après des similitudes de forme (2), soit d'après des analogies de sens (j)-* "

L'ouVrage le meilleur, et surtout le plus pratique, que

(i) Pféiacc de : Le Dictionnaire de F Académie française^ dédié ay Koy. ~ Paris, Coignard, M.DC IXXXXIV, a vof. în-fol.

v<^... v^,...'.-k. »<i ••^'i.wfv^ic^, H I uaufc ava iLieveë ae la quatrième vlàsse de l'Ecole polj^mathique) par P.R. F. Buiet (de la Stfrthe), Dirccteur^e cette Ecole. — Paris, Renouard, i8oi, a vol. in-8«.

Dictionnaire des racines et dérivés de la langue ;frantaise, dans lequel on trquve tous les mots distribués par famiiles.., j)ar Frédéric Gharassin. avec la coUaboratiop de Ferdinand François. — Paris, A. Hévis, 1842, gr.in-«»i .

Vocabulaite raisonné des principaux éléments créateurs de la lanrue ffançaise... par F. Poulet-Dèlsalle. — Lille, El Vanackere {i855). In-8». . '

(3) Dictionnaire mnémonique universel de la langue française, par Léger Noél. — Boulevard Poissonnière, 14. 1857. in-8» Ynor. terminé).

Dictionnaire idéologique, recueil des mots, des phrases, des idiotismes et des proverbes de la langue fr^nçaxst^ classés selon tordre des Idées, par T. Robcrtson — Paris, Dei^ache, i85fi, in- 8».

Dictionnaire analogique de la langue française^ répertoire complet des mots par les idées et des idées par les mots,^. par P. Boif ^ «i^re. — Paris, Larousse, 186a, gr. in-»».

■•ii

DE L^ENSBrCNEMENT DE NOTRE LANGUE

nous possédions en ce genre, est celui qui ajpour litre :, Etudes sur la signification des mots^ par L.-Ô. Michel^ professeur à T Ecole Municipale Turgot (i). Mais, malgré les avantages qu'il présente, il ne résoud qu'une partie du problème : il indique les faits sans remonter à leirrs causes ; et TexeeUent enseignement qui y est fort habilement réparti, ne repose pas sur la seule base réelle de toute étude de ce genre : l'histoire de^ notre laneue. '

On est donc fondé à dire, même après les consciencieuses tentatives dont nous venons de faire mention^ que l'étude régulière et méthodique du vocabulaire français n'est jusqu'ici nullement constituée.

Voyons maintenant comment on étudie en France la grammaire français^, • ,'

Si quelque^ chose nous manque pour le faire avec succès, ce ne sont point les traités spéciaux.

Je me suis depuis longtemps appliqué à les réunir; ils sont là, sous mes yeux ; et, bien que j'Aie, comme tout amateuf, le regret de sentir encore ma collection fort incomplète, ceux que je possède formeraient à eux seuls, une bibliothèque de raisonnable étendue. *

Cette abondance est déjà un mauvais présagé.

L'examen, même superficiel, d'une bibhographie

(x) Paris, Detobry, |85B, in-ia.

t>E-4,.*BNSBIGNBMENT DE NOTRE LÀNCUB

médicale fait voir que c'est précisément sui' les maladies les plus terribles et les mowis connues qu'oi> a surtout écrit. C'est è peine si la fluxion de poitrine dont on sait les causes et la. marche, et que, la plupart du tempj's, on soigne Aice€^ succès, a fourni le sujet de quelques brochures; lacesté, le choléra, la rage ont enfanté des milliers. deiYolurties*

Cette /longue file de grammaires françaises annonce- \„ rait-elle que notre ignorance à l'égard de notre langue est incurable ? \-*

, Croyons encore qu'il n'en est rien.

Le plus grand mal vieht du point de départ qu'on a cru 'devoir adopter. y'- * ;

Au 3ÇVI' siècle ce fut à quitîomposeraituoe grammaire française; mais ceâj* nombreux traités, en apparence si divers., et rédigés par des auteurs d'un mérite fort inégal, ont au fond le même défaut originaire qui persiste encore aufo|urd'hui dans les ouvrages de ce. genr# ; ils sont touC calqués sur la grammaire latine.

Comment aurait-ii pu en être autrement r

Quelqu'un s'était-il donné la peine de pénétrer le -génie de cette langue jusqu'alors dédaignée^d'en éclaircirlcs origines, den examiner l'histoire ? • ' A cette époque, de telles études étaient à peine^en- tées, et encore d'une manière tout à fait générale et superfiçieUe, à l'égard des langues classiques ellesmêmes ; mais personne n^aurait eu un instant Tidéi^ de s'intéresser de la sorte à la nôtre, et d'ailleurs, Teûi-on fait, que les vagues considérations auxqtielleà on se fût tivré n'auraient jamais pu servir de base à des étud^^ élémentaires et pratiques. \

Tout ce qu'on savait c*est que la langue française est fille du latin; et l'on trouvait lort simple d'appliquer les mêmes préceptes À l'une et à l'autre.

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DE L*ENSS1<^NRMENT ÔE NQTRE LANqUE

Chose étrange ! Thabitucle fermait si complètement les yeux aux plus clairvoyants, qu'on n^hésita pas à considéreV pendant longtemps commç identiques dans les deux làn^eSf jusqu'aux procédès^^mmatic^ux qui les différencient le plus, et qui tiennent au caractère essentiel et fondamental de chacune d'elles.

S'il est en linguistique une division généralement connue et acceptée, c'est assurément celle des langues synthétiques et des langues analytiques.

Les langues s/rUnétiques^ comme le latin, tendent à exprimer par des changements de terminaison le rôle des substantifs et leurs rapports avec les mots auxquels lis se rattachent ; au contraire, les ianptes anal/tiques ^ comme le français, expriment le rôle des substantifs par la place même qu'ils occupent dans la phrase, çt leurs rapports avec les autres mots, à l'aide de prépositions.

Nous disons : Pierre frappe Paui^ et nous ne pouvons intervenir l'ordre des deux noms sans changer complètement 1^ nature du fait que la phrase expripne. La seule circonstan(fè qui nous apprend que Pierre est le sujet *du verbe frappe y ç'esi qu'il le précède; la seule indication que nous avd^ts"~^d|e Paul en est le complément, c'est qu'ille suit. ^^ —

En latin il en était tout autrement ; on disait Petrus verberai Paulum, donnant au nom une terminaison particulière pour le sujets une autre paur le complément, de telle sorte que rien n'empêchait qu'on mît le sujet à la place du complément et qu'on dît Paulum ,verberaï t*etrus;}e rôle du nom, indiqué par sa terminaison, ne faisait de doute pour personne. *'

C'était encore une terminaison particulière qui exprimait le rapport que nous rendons par la préposition de : liber Pétri, le livre de Pierre ; une autre tenait lieu de notre préposition à : do Petro, je donnée Pierre.

Ces différentes terminaisons s'appelaient cas, c'est-à-;

DB L'BNSBIGNf^MENT DE NOTRE LANGUE

; dire chutes, inflexions 4 et l'on nommait ^^c/ma/w/i le tableau des difi'érents cas.

Eh biei|I qui croirait que nos premiers grammairiens, traduisant à Faide de prépositions la décljnaison latine, ont faiC une déclinaison française de ce qui était la'négation de toute déclinaison et qu'ils ont identifié les deux langues précisément sur ce point, oi elles diffèrent le plus, et où leur génie est complètement opposé } -

Bélise est donc plus fondée qu*on ne le croit géoérale-

' ment à s^écrier avec admiration, lorsqu'elle a entendu

^les deux derniers vers de Tépigramme de Trissotin Sur

un carosse de couleur Amarante^ jionné à une Darne de

ses Amies :

Ne dv jplus qu'il est Aiiaarante, ; Dy plûtost qu'il est de ma Rente.

« Voim qui se décline, ma Reriie, de ma Renie, à ma Rente ii^r>^^ ^

Cela :se déclinait en effet alors, et s'est décliné ainsi jusqu'à la fm du xviii» siècle.

Restaut dont la grammaire, publiée en 1730, aobtenu un succès fort grand et à beaucoup d égards légitime, a persisté jusqU'en ses dernières éditions à ^pnrier un mod^ àe la déclinaison des noms français'; et nos grammaires sont encore aujourd'hui encombrées de paradigmes et de règles, qui n'ont pas plus de raison d'y être, et qui s'y maintiennent par pure routine après avoir été imprudemment, copiées, au xvi* siècle, dans les grammaires latines.

Par bonheuf-, dès le commencement du xvii« siècle, tandis ^ue de tels ojuvrages se trouvaient entre les mains des enfants et des~étfangers, les questions littéraires et grapmatLpales commençaient à être soulevées dans les salons, %ns les ruelle?, où elles passionnaient. autant lès dames qu%l^ toilette eh tout temps et aujourd'hui

' (i) Les Femmes sçayàntes, Mcte UÏf te. u.

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DE l'eN^B4GNEMENT

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