‹ Etudes de lépidoptérologie comparée (volume 2)Chapitre 5 sur 21 · ETUDE COMPAREE · texte numérisé non relu

ETUDE COMPAREE

de quelques caractères morphologiques d'un groupe de SATYRUS ALGÉRIENS

Par F^'. Le Cerf,

Préparateur au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris.

Dans l'étude systématique de la plupart des divers ordres d'Arthropodes, on utilise depuis longtemps les différences morphologiques pour la distinction non seulement des Espèces, mais encore des variétés que celles-ci fournissent; c'est surtout chez les animaux dont la coloration est uniforme, ou bien si instable et si variable d'un individu à l'autre que sa valeur en tant que caractère est nulle, que ceux qui les étudient se sont trouvés tout naturellement amenés de bonne heure à rechercher dans les modifications morphologiques les caractéristiques taxonomiques.

Chez les Lépidoptères, au contraire, la couleur est le caractère spécifique le plus apparent dans la très grande majorité des cas et, jusqu'à une époque récente, on n'a pas senti le besoin de recourir à d'autres indices que ses variations, plus ou moins accusées pour séparer les Espèces ou les Formes dans la même Espèce. Mais au fur et à mesure que des progrès se réalisaient dans la connaissance des diverses faunes, que s'accumulaient les matériaux de comparaison et que se transformait la conception ancienne de l'Espèce, sous l'influence notamment des notions de : variété non géographique opposée à celle de : race locale, soiiscspéce ou variété géographique, des difficultés nouvelles — nées tant de l'ambiguïté de certaines formes que de l'excès de différence des autres — surgissaient et posaient des problèmes nou-

290 LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

veaux dont la solution appelait des méthodes nouvelles. C'est alors qu'après l'étude rationnelle des variations de couleur, dont les lois ont été si clairement mises en évidence par M. Charles Oberthiir, les Lépidoptéristes en sont venus à étendre eux aussi leurs recherches aux modifications subies en dehors de la coloration ou parallèlement à elle, par certains caractères morphologiques

Plus stables que le dessin et ses nuances et moins influencés par les facteurs extérieurs, ces caractères ont à leur tour fourni des éléments de comparaison et de certitude plus nombreux. Leur valeur s'est surtout affirmée dans le cas d'Espèces bien distinctes, mais si semblables extérieurement que leur autonomie, masquée par la similitude de forme et de couleur, n'avait pas été reconnue jusque-là, ou bien était restée tout à fait incertaine ; il me suffira de rappeler dans cet ordre d'idées : Callophrys nibi, L. et C. avis, Chapman, Lycœna Alexis, Hbn. et L. Thersites, Cant., Hesperia Malvœ, F. et H. Malvoïdes, Elw. et Edw., Hesperia alveus, F. et H. Aniioricanus, Obthr., etc. On leur doit aussi l'établissement de races géographiques bien caractérisées dans des formes où la coloration ne présente pas, par rapport au type, de différence appréciable. Enfin, un autre résultat, et non des moindres, a été de donner une idée plus juste de la subordination des formes dans la même Espèce et, par suite, d'apprécier plus exactement leur valeur sj'stématique, qu'ils servent en quelque sorte à mesurer.

L'intérêt de ces recherches — si complètement délaissées rhez nous — la sûreté des résultats auxquels elles conduisent habituellement m'a engagé à les entreprendre chaque fois que la possibilité m'en est offerte, et ce modeste mémoire en est l'application à des formes algériennes du genre Satynis. J'en dois les éléments à la libéralité de M. Ch. Oberthiir, que je prie de bien \'ouloir trouver ici l'expression renouvelée de ma vive et sincère gratitude.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 29 1

C'est une des particularités de la faune de Barbarie de présenter chez beaucoup d'Espèces, et particulièrement chez celles qui lui appartiennent en propre, une variabilité très étendue par rapport à leur répartition sur son sol. En les comparant sur une documentation suffisante, on voit que, même chez les Espèces très répandues, les formes du littoral diffèrent de celles des hauts plateaux ou du versant saharien et que celles de l'Est ne sont pas identiques à celles de l'Ouest. Il n'est pas fréquent que les mêmes races soient communes à la Tunisie, à l'Algérie et au Maroc et parfois elles diffèrent d'un département algérien à l'autre.

Une des causes principales de cette variabilité, à peu près générale et plus marquée qu'en d'autres régions, réside dans la diversité des climats qui se succèdent rapidement sur l'étroit terrain compris entre le Sahara et la mer, et la multiplicité des faciès qu'imposent à ce territoire les longues chaînes montagneuses parallèles qui le parcourent de l'Est à l'Ouest, et dont les accidents concourent à la localisation des formes.

Rien que parmi les Rhopalocères, des exemples nombreux pourraient être cités, mais il n'en est pas de plus frappant que celui fourni par Satyrus Abdelkader, Pierret. Connu seulement d'Algérie et de quelques localités limitrophes du Maroc, il est assez généralement tenu pour le représentant africain du groupe de S. Cordula, Esp., bien que M. Ch. Oberthiir se soit élevé, dès 1876, contre l'opinion de Staudinger qui faisait de cette espèce une simple variété à'Aclœa dans son Catalogue de 1871. En réalité, et comme je m'en suis assuré, il est bien éloigné des deux et constitue avec les formes satellites : Lavibessanus, Stgr. et Nelvai, Seitz, qu'on lui rapporte comme variétés, un groupe bien à part, ayant ses caractères propres, et sans affinités directes avec les autres groupes eurasiens du genre Satyrus.

Au contraire de 5. Atlantis, Austaut, dont l'étroite parenté avec les espèces asiatiques : Pclopea, Klug, Mniszeckl, H. -S., Telephassa, Klug, etc., est si évidente et en fait un des relictes les plus intéressants de la faune barbaresque, le groupe Abdel-

292 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

kader-Lanibessaniis-'N elvai apparaît comme l'unique et dernier rameau actuellement persistant et en voie de morcellement à son tour, d'une souche aujourd'hui disparue. Pour restreinte que soit l'aire de dispersion de ce petit groupe, elle présente au surplus la particularité d'être discontinue : la forme typique Abdelkadcr décrite d'Oranie n'a pas été capturée ailleurs et se trouve complètement séparée des formes Lambessanus et Nelvai — propres au département de Constantine — par toute la largeur du département d'Alger où l'Espèce fait peut-être défaut.

En outre des caractères de coloration qui ont permis de les distinguer, nous avons appris par les belles observations de M. Harold Powell, qui les a élevées et étudiées dans la nature, que les trois races présentent de légères différences dans les états jeunes et dans la biologie de l'adulte; leurs habitats sont aussi bien distincts : Abdelkader se trouve depuis les régions assez, basses oii croît l'alfa jusqu'au voisinage des sommets de l'Atlas; Lambessanns vole dans la région centrale de 1" Aurès où les hivers sont rudes; Nelvai n'habite, à une courte distance et au Sud du précédent, que les pentes rocailleuses précédant immédiatement le versant saharien. Toutes n'ont qu'une génération annuelle, mais tandis que Lambessanns apparaît en mai dans une région où la végétation est encore très florissante, Abdelkader et Nelvai — si voisin géographiquement du premier — ne volent que de la fin d'août jusqu'en octobre dans des régions où toute verdure a depuis longtemps disparu, grillée par le soleil.

En dehors de toute autre considération, un premier isolement des trois formes se trouve donc réalisé entre Abdelkader d'une part, Lambessanns et Nelvai de l'autre, par l'éloignement géographique, et entre Lambessanus et Nelvai par des époques d'éclosion différentes dans des habitats également différents.

La sensibilité aux facteurs naturels et la capacité de variation, dont le type Abdelkader fait preuve en fournissant trois races distinctes sur une étendue aussi limitée, m'a engagé à rechercher et à comparer les différences morphologiques éventuellement acquises par les races au cours de la ségrégation qui leur a donné

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 293

naissance. Dans un travail précédent, portant sur l'armure génitale des formes de deux Saty rides du genre Epinefhele, j'ai en effet été amené à constater, comme d'autres Auteurs l'avaient déjà fait, que les différences subspécifiques de coloration s'accompagnent de divergences morphologiques notables et souvent plus étendues proportionnellement que celles accusées par la couleur. Une autre étude appliquée à un ensemble de caractères chez certains Zerynthnnœ m'a permis d'établir, comme on devait s'y attendre du reste, que l'armure génitale n'est pas seule atteinte, mais bien la morphologie tout entière, à des degrés divers.

Les travaux que je viens de rappeler ne portaient nue sur le mâle seul et, par suite, ne répondaient que d'une manière fort incomplète au but implicitement assigné à de telles recherches; les inconvénients en sont évidents, surtout chez les Satyrides, où des différences plus considérables dans l'armure génitale des femelles que dans celle des mâles ont été mises en lumière par N. J. Kusnezov pour deux espèces de Crimée. J'ai donc étendu aux deux sexes de chaque forme la recherche et la comparaison méthodique des caractères différentiels; les douze exemplaires que j'ai étudiés se répartissent ainsi :

Satyriis Abdelkader, Pier. : i cf, Aflou, VIII-1911 (Dép' d'Oran),

envergure 60 mill.

— — — I Q, Géryville, IX-1910 (Départ'

d'Oran), enverg^'' 59 Tm-

— Lainbessanus, Stgr. : 4 cf, Lambèsc, VI-1915 (Dép* de

Constantine), envergure 64/69 mill.

— — — 2 Q, Lambèse, VI- 19 13 (Dép' de

Constantine), envergure 66/68 mill.

Nelvai, Seitz. ; i cf, El-PCantara, VIII- 191 3 (Départ* de

Constantine), envergure 68 miU.

294 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Satyrus Nelvai, Seitz. : i Ç, El-Kantara, vlIl-1913 (Départ' de

Constantine), envergure 74 mill.

• — Cordida, Esp. : i cf, Italie septentrionale, envergure

52 mill.

— — — I Ç), Italie septentrionale, envergure

52 mill.

Ces deux derniers n'intervenant qu'à titre comparatif et en paragraphes séparés de ceux consacrés d'abord à l'analyse des formes algériennes.

Antennes.

Semblables à celles des autres espèces du genre Satyrus, elles se composent d'une quarantaine d'articles, dont vingt-cinq environ croissant de longueur du second au vingt-deux ou vingttroisième pour la tige, et le reste formant la massue terminale spatulifornie. Elles sont couvertes de petites écailles allongées, lancéolées, qui manquent sur la face inférieure de la massue et sur les derniers articles en dessus. Le dessous de la massue est déprimé par deux larges sillons concaves étendus de sa base, où ils naissent étroits et presque confondus, jusqu'au sommet qu'ils atteignent en s'élargissant progressivement d'abord, pour se rétrécir ensuite sur les deux derniers articles; ils sont définis par trois crêtes tectiformes saillantes, dont une médiane commune et deux latérales et sont, en outre, excavés en demi-ovale dans leur partie médiane sur chaque anneau.

Les articles de la tige sont cylindriques, avec la base et le sommet épaissis au voisinage de l'articulation; ceux de la massue, graduellement élargis, ont en dessous leur bord distal fortement tridenté par le sommet prolongé des trois crêtes des sillons; leur bord proximal, engagé sous l'extrémité de l'article précédent, n'est pas nettement dé&ni et se confond en partie avec la membrane articulaire.

En dessus et sur la plus grande partie de la tige, les antennes

LEriDOPTEROLOGIE COMPAREE

sont très finement réticulées ; en dessous, elles sont entièrement couvertes d'un revêtement compact de très petites spmules, couchées et dirigées vers le sommet, dont la taille augmente un peu sur les parties dénudées du dessous de la massue, et atteignent leur maximum de développement sur la partie médiane saillante de l'article terminal; ces spinules sont vaguement alignées en lignes sinueuses, mal définies, et elles recouvrent de petits points transparents disposés en rangées irrégulières et qui semblent des perforations incomplètes du tégument. Enfin, on voit encore un petit nombre de larges pores très ouverts, autour desquels les spinules ont une disposition rayonné^ convergente ; le centre de certains de ces pores donne insertion à des soies sensorielles assez brèves, raides et incolores ; d'autres servent d'orifice à des conduits ou chambres tubulaires assez courtes — deux à trois fois plus longues que larges — qui s'enfoncent obliquement dans l'antenne et se terminent par un fond membraneux un peu élargi. C'est seulement à l'extrémité supérieure et à la face inférieure de la massue et des derniers articles de la tige que sont localisés ces organes, et les seconds, au nombre de trois par article, sont placés : un, à la base et un peu à gauche de la saillie médiane; un, à la base et un peu en dedans de chacune des saillies latérales des sillons. Sur une préparation particulièrement réussie de S. Lambessamis Q, j'ai remarqué qu'elles existent ainsi du second article — en partant du sommet — jusqu'au seizième, puis manquent sur les dix-sept et dix-huitième et se retrouvent sous forme d'un seul à la base de la saillie grauche sur le dix-

FlG. I.

Massue de l'antenne de ^' !<elvai, Seitz, cf> ^ne par la face inférieure et montrant les deux sillons géminés avec leurs dépressions médianes et l'emplacement des pores et des poils sensoriels.

(Pièce montée au baume.)

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

neuvième; ils sont plus nombreux dans le mâle, et j'ai constaté la présence sur le cinquième article d'un mâle de Lambessanus de trois chambres sensorielles courtes à gauche de la crê'.e médiane et d'une seule à droite et à la base des crêtes latérales. Les poils insérés dans les pores ont une disposition plus régulière et il y en a quatre qui se retrouvent toujours aux mêmes places sur chaque article : deux sont placés de part et d'autre de la crête médiane, au-dessus des chambres sensorielles, et les deux autres en dehors et au niveau du milieu des saillies externes.

Les pièces traitées par la potasse et montées au baume se présentent de manière trop inégale pour qu'il soit tenu compte ici des petites différences qu'on trouve, çà et là, dans le détail des organes dont nous avons donné ci-dessus une description sommaire; mais j'ai relevé, dans le nombre des articles qui composent en entier l'antenne, les chiffres suivants :

Abdelkader cf, 43 articles, dont 13 pour la massue.

— 9,38 — ^ 13 — — Lambessanus çS, 37 ^ — — 15 — —

— Ç.39 — — 13 — — Nelvai Cf, 41 — — 15 — —

J'ajouterai que le dernier article de l'antenne est presque discoïde et en majeure partie dorsal; il est

FiG. 2.

il. Lambensamis, StgT., cf ; anomalie antennai- i- 11 . 1' 11

re : articles 1(5 partiellement soude sur son bord externe av-ec

et 17 de l'an- , , , . , ^ . .

tenne gauche 1 avant-dcmicr ; cette tendance a la fusion se mani-

soudés. -111 • j

feste accidentellement sur d autres points de l'appendice et j'en ai trouvé un exemple chez un mâle de Lambessanus dont les seizième et dix-septième articles d'une antenne sont unis et ne présentent plus que des traces parcellaires de suture, tel que le montre la figure 2.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 297

Autant que les autres caractères, les antennes diffèrent entre les formes du groupe de S. Cordnla et celles du groupe d'Abdelkader; le nombre des articles est à peu près le même : 41 chez le cT et 37 chez la Q, dont 14 pour la massue dans les deux sexes ; mais l'article terminal est moins discoïde; les sillons de la face inférieure de la massue moins profonds, sans excavations médianes et les crêtes qui les limitent peu accusées et non prolongées en dents aiguës au bord supérieur des articles qui est seulement sinué.

La réticulation du dessus de la massue et de la tige est rugueuse et plus allongée, alors que les spinules du dessous paraissent sensiblement plus faibles. Sur la surface dorsale, chaque article porte, de part et d'autre du milieu, deux ou trois poils sensoriels et des pores assez petits, mais nombreux, que la réticulation entoure de cloisons rayonnées. Les côtés sont plus densément recouverts d'aspérités plus longues, et sur la face ventrale, les pores se trouvent en plus grand nombre et placés plus haut, vers le milieu de la longueur de l'article; c'est ainsi que pour le quatrième (en partant du sommet), on n'en compte pas moins de 1 1 à gauche et 14 à droite, de diamètre assez inégal; les deux plus inférieurs portent de fortes soies sensorielles et les deux plus gros audessus d'eux et près de la ligne médiane sont les orifices de chambres cylindriques à parois internes épineuses, terminées en cul-de-sac transparent et irrégulièrement arrondi. Latéralement, près de la saillie externe gauche, ii y a quatre de ces pores superposés, dont deux avec des poils, et l'inférieur marque l'aboutissement d'une chambre un peu plus longue que celles de la zone médiane; à droite, les pores sont plus nombreux; mais la particularité la plus frappante est fournie par le développement considérable de la chambre sensorielle, dont la longueur est supérieure à cinq fois celle de son homologue de gauche; elle traverse obliquement l'article antennaire dans toute son épaisseur pour aboutir à l'un des pores les plus rapprochés du bord supérieur. Cette asymétrie des orifices et du développement des chambres sensorielles externes, qui frappe dès qu'on examine

29S LKPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

les antennes à un grossissement suffisant, et qui suffirait seule à séparer les deux groupes qui nous intéressent, se complique encore de la présence dans le septième article de deux de ces singuliers organes placés côte à côte sur le môme plan.

Les deux sexes présentent cette disposition, mais, par ailleurs et contrairement à ce que nous avons rencontré chez Abdelkader et ses satellites, on constate un léger dimorphisme; chez la femelle, les chambres médianes sont très réduites et les latérales gauches, sauf sur le troisième article, à peine visibles et disparaissant rapidement en descendant vers la base; les grandes chambres allongées du côté droit, bien développées jusqu'au quinzième article, se réduisent brusquement au delà et deviennent à leur tour de plus en plus obsolètes, tandis que chez le mâle leur réduction est progressive et n'altère pas leur caractère jusqu'au delà du vingt-sixième article.

Palpes.

Les Palpes ne s'écartent pas noiablement de ceux des Espèces congénères; ils sont longs, dressés, et leurs trois articles ont, d'une race à l'autre, les mêmes proportions générales. L'article basilaire est court, large, un peu courbe avec le bord supérieur plissé, ou, plus exactement, ridé transversalement et la face interne concave; le second, trois fois plus long environ, est plus mince, de diamètre légèrement décroissant depuis sa base, qui est renflée, jusqu'au sommet qui est tronqué obliquement; sa section est régulièrement ovalaire; le troisième et dernier est petit, ovoïde et ne dépasse pas en longueur le cinquième du précédent; il porte à l'extrémité une chambre sensorielle cylindrique à fond à peu près sphérique et dont la profondeur ne s'étend pas au delà du cinquième de sa longueur totale.

Quoique cette description sommaire s'applique également bien aux deux sexes, un dimorphisme très net est accusé par les Palpes des femelles qui, dans l'ensemble, sont plus grands et plus forts que ceux des mâles, et chez lesquels, en outre, l'article terminal

2Çg

Palpes de .s. ÂOiIrlkui

Pi.'i-.. o" l't ?.

est d'une forme un peu différente et l'article basilaire d'un volume plus considérable.

J'ajouterai encore que, chez le mâle comme chez la femelle, ce dernier porte sur sa face interne deux organes énigmaticiues dont le plus apparent est une large surface rugueuse située au milieu du bord articulaire basai et s 'étendant au delà du tiers de l'article; il correspond à ce qu'on a appelé la (( plaque de Reuter » et est constitué par de longues écailles ou lames chitineuses à sommet épaissi, aigu et libre, appliquées sur la surface du tégument et dont la pointe est dirigée vers le bord supérieur de l'article; elles sont arrangées en lignes sinueuses, irrégulières, et leur taille varie sur chaque bord de l'étendue qu'elles occupent, celles du bas étant les plus courtes et les plus fortes, et les plus rapprochées de la partie supérieure diminuant graduellement de longueur, tout en devenant plus minces et plus espacées. Des poils courts continuent et terminent l'ensemble de cet appareil jusque sur ^ les plis qui sillonnent transversalement le dessus de l'article basilaire. Fig. /i. — Pali-esde^'. Ae^î-a/, Scltz, cTot 9.

LEPIDOPTÉROLOGIE COAIPARÉE

A l'extrémité de cet organe, qui n'est autre que la a plaque de Reutcr » de certains auteurs, et le touchant plus ou moins, s'en trouve un autre composé d'un petit groupe de gros pores circulaires ouverts dans la chitine et disposés sans ordre sur une petite surface; leur nombre est très variable, et bien que l'irrégularité de leur disposition m'mcite à une grande réserve en ce qui concerne la valeur à attribuer pour chaque forme à leur chiffre et à leur emplacement, je ne crois pourtant pas que les indications qu'ils fournissent doivent être négligées, et je les

ai soigneusement notés et reproduits.

C'est chez Abdelkader que les Palpes sont les plus grêles et les moins dimorphiques ; ceux de la femelle sont un peu plus longs que ceux du mâle; leur article terminal légèrement plus ovoïde et moins cylindrique, et leur article basilaire un peu plus volumineux, mais de même grandeur ; la différence de longueur porte sur le second article qui, outre une courbure un peu plus accentuée, est un peu plus allongé dans la femelle que dans le mâle.

Plus grands et plus forts que chez Abdelkader, les Palpes de Nelvai sont de même longueur dans les deux sexes, à l'exception cependant de l'article basilaire qui est légèrement plus long chez le mâle; mais la différence dans le volume de cet article, si peu marquée chez Abdelkader, est ici très grande et se traduit par une augmentation d'un quart environ dans la largeur de son diamètre transversal. L'article terminal est cylindroconique dans

FiG. 5. — Palpes de S. Latiihessanuo, Stgr., d* et 9 •

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

le mâle, avec les côtés presque parallèles et légèrement concaves, avant le milieu, sur la face dorsale; dans la femelle, au contraire, ce même article est de

contour ovalaire et ses côtés sont régulièrement convexes.

Les Palpes de Lainbessamts se distinguent immédiatement de ceux des deux formes précédentes par leur aspect plus robuste, une taille un peu supérieure et leur dimorphisme plus prononcé. A l'inverse de ce qui s'observe chez Abdelkader, ceux du mâle sont notablement plus grands que ceux de la femelle, malgré la plus forte taille du troisième article

Premier article des palpes de -i'- AOdellader, Pier.,

cfet 9.

chez cette dernière, et l'augmentation porte exclusivement sur le second article très robuste et un peu courbé dorsale ment, avant le som met. L'article terminal du mâle est petit et régulièrement ovale, tandis que chez la femelle, il est d'un bon tiers plus long, plus volumineux, avec une base large et un sommet renflé. Entre les articles basilaires, la différence de taille

FiG. 7.

Premier article des palpes de i'. Lambessanits, Stgr., o* et Ç .

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

est moindre que chez Nelvai, à cause du plus grand développement de celui du mâle.

On peut noter dans l'organe rugueux de l'article basilaire des trois races, de légères différences dans l'étendue qu'il occupe et l'arrangement des stries écailleuses qui le composent; de ces dernières je ne dirai rien, craignant que le montage des Palpes en préparations microscopiques soit pour cpelque chose dans les modifications apparentes de direction que la comparaison révèle d'une forme à l'autre, mais la compression entre les lamelles de

verre n'a pas eu d'influence sur la surface de cet appareil, et on peut tenir pour suffisamment exactes les proportions relevées dans les figures 6 à 8. On voit ainsi que son extension chez Abdelkader est proportionnellement un peu moindre que chez Nelvai et que c'est dans les deux sexes de Lainbessaniis qu'il atteint son maximum de développement.

Les pores qui lui font suite sont très rapprochés dans le mâle et la femelle de Nelvai, davantage encore chez Lamhessanus femelle où quelques-uns d'entre eux sont en partie mêlés aux dernières lames chitineuses, tandis que chez le mâle de cette race et les deux sexes d\^bdelkader ils sont distinctement écartés; la disposition de chaque groupe peut être sommairement caractérisée comme il suit :

Chez Abdelkader, on en compte 3 dans le mâle, disposés en triangle irrégulier, et 5 dans la femelle formant une ligne brisée

VlG. s.

Premier article des palpes de S. Arhai, Seiti;, cf et

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE ^O^

biaiiguleuse, affectant vaguement la forme d'un N inversé et dont la branche mterne est formée à elle seule de trois pores rapprochés en ligne droite.

Les deux sexes de Lambessanus en portent respectivement 6 et 7, sériés en deux groupes de trois, placés en triangle chez le mâle, espacés assez régulièrement chez la femelle où quatre d'entre eux forment un arc presque symétrique en avant duquel les autres constituent un triangle régulier.

Chez Nelvai, le mâle en a 6 et la femelle 8 , ceux du mâle sont répartis en deux lignes parallèles concaves dont trois très rapprochés en haut; les huit pores de la femelle sont groupés sur une surface grossièrement triangulaire, inférieure comme étendue à celle qu'occupent ceux du mâle; on peut y distinguer un groupe supérieur de trois prolongé inférieurement par un autre qui le relie à une ligne inférieure et inégale comprenant les quatre derniers.

Comparés à ceux des formes du groupe précédent, les Palpes de S. Cordula montrent les différences suivantes :

cf. — Ils sont un peu plus longs, plus minces et moins courbes que ceux de Lav.ibessanus ; l'écart porte surtout sur l'article terminal, allongé et grêle, un peu renflé au sommet et muni d'une chambre sensorielle qui atteint le quart de sa longueur et dont l'orifice est étroit. La forme et le volume du premier article rappellent ceux de Nelvai; l'organe rugueux est moins étendu, composé d'éléments plus longs et plus saillants, et entoure à son extrémité distale un des six pores écartés et disposés en trapèze de l'organe perforé.

Q. — Les Palpes de la femelle sont plus épais et plus courts que ceux du mâle; leur article terminal est de même taille, mais d'un diamètre supérieur et régulièrement cylindro-ovoïde; sa chambre terminale est de moitié moins longue, avec un orifice deux fois plus large. L'article basilaire est au contraire plus long d'un cinquième avec un organe rugueux plus étendu,

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

plus dense et seulement quatre pores disposés en arc sur un seul ranr.

Trompe.

La Trompe est d'un développement égal dans les trois formes; elle paraît un peu plus forte et plus longue chez Lambessamis que chez Abdelkader et NcLvai, mais comme il est impossible d'obtenir des préparations avec des Trompes entièrement étendues et que l'enroulement qu'elles conservent n'est jamais pareil de l'une à l'autre, je n'ai pu effectuer de mesures comparatives

assez exactes pour établir et justifier cette impression ; mon examen s'est, par suite, borné aux organes sensoriels. Ces organes sont de deux sortes : des poils et des papilles; ils sont bien tranchés et il n'existe pas d'intermédiaires, ni de transitions de l'un à l'autre de ces deux types.

Les poils sont constitués par des soies raides et presque incolores, implantées au centre d'anneaux chitineux, placés entre les stries transversales couvrant la surface externe de la Trompe; ils correspondent bien aux « poils à tige », de (juyénot, et sont répartis isolément sur le dessous et les côtés, depuis la base jusqu'à une courte distance de l'extrémité; c'est dans la région médiane qu'on les rencontre en plus grand nombre et ils s'espacent de plus en plus, en même temps qu'ils diminuent de taille et que leur base se réduit au fur et à mesure qu'ils se rapprochent de la zone des papilles; ceux qui avoisinent la base, au contraire, sont les plus grands et les plus forts, et ils sont supportés par des bases volumineuses, tronconiques, saillantes.

Extrémité d'une maxille do la trompe de S. Nelvai, Seitz, a'-

Au nombre d'une- quarantaine pour chaque maxille, les papilles sont groupées à l'extrémité de la Trompe sur deux rangs — dont l'externe est le plus long — et qui tendent à se confondre vers la pointe. Elles ne s'écartent pas du type bien connu du genre Salynis et comprennent un corps cylindrique arrondi au sommet, surmonté d'un bâtonnet ou cône, et portent latéralement de quatre à six lames radiales à sommet libre et aigu.

FlG. 10.

Poils sensoriels (poils à tige de Guyéiiot) de la trompe de S. Lamhcssatius, Stgr., $ : b, région basilaire.

m, région médiane, e, région terminale, un peu avant l'extrémité.

Je n'ai pas observé de différence dans les poils sensoriels ni dans la forme des papilles, mais le nom.bre de celles-ci, quoique très voisin dans les trois formes, varie légèrement, et j'ai relevé dans chaque sexe les chiffres suivants pour chaque moitié de la Trompe :

Abdelkader (j 38 papilles (total : 76).

Lanibessanus cf 36/37 ( — • 72 à 74).

Nelvai cf 33 — ( — 66).

La Trompe de S. Cordula est un peu plus courte et de texture plus faible, mais pourvue des mêmes poils à tige et de papilles analogues, à cinq ou six — rarement sept — lames radiales; ces papilles sont aussi disposées sur deux rangs; elles sont plus irrégulièrement réparties et un peu moins nombreuses; chaque maxille n'en portant que 30 chez le mâle et 32 chez la femelle, ce qui donne au total 60 et 64.

Ecailles.

A l'œil nu, la vestiture des ailes ne paraît pas sensiblement différente chez Abdelkader, Lambessanus et Nelvai. Ils appartiennent à la série des Satyres sans androconie nettement définie, et on distingue seulement, chez les mâles les moins défraîchis par le vol, un épaississement léger sur le disque s' accompagnant parfois, et notamment chez Lambessanus, d'un aspect velouté plus ou moins perceptible; l'état de conservation, si différent dans les exemplaires pris au filet, entre d'ailleurs pour une bonne part dans l'impression qu'on retire de cet examen superficiel et empêche de formuler une appréciation catégorique et solidement assise. 11 n'en va plus de même dès que l'on soumet les écailles à l'analyse microscopique, et là encore on trouve des différences qui correspondent et s'accordent avec celles que nous constatons dans les autres caractères.

Prélevées dans les deux sexes de chaque forme au centre dé l'angle formé par la cellule et la naissance de la nervure 3 (SMi), elles montrent dans leurs formes et leurs dimensions des caractéristiques dont les plus marquantes sont reproduites dans les figures 1 1 à 22.

On observe au moins deux sortes d'écaillés : les unes très allongées, et quelquefois très étroites, avec la partie médiane du sommet saillante et polydentée ou poly lobée; les autres bien plus courtes et plus larges, à sommet moins proéminent et découpé en un plus grand nombre de dents ; ces dernières sont plus ou moins complètement cachées par les premières dont la partie

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

terminale les recouvre et forme l'imbrication apparente de l'écaillure.

A ces Ecailles normales et communes aux deux sexes s'ajoutent, chez les mâles seulement, des Ecailles modifiées de deux sortes : les Ecailles androconiales proprement dites en forme de raquette ou lancéolées avec le sommet lacinié, et d'autres crinif ormes ayant simplement l'aspect de poils plats (*).

Ces deux sortes d'Ecailles, qui n'entrent que pour une part minime dans la vestiture, peuvent faire complètement défaut isolément ou simultanément.

Mâles. — L'écaillure d' Abdelkader (fig. 11 et 12) comporte :

I" De grandes écailles allongées (a, b, c), croissant assez

régulièrement de largeur de la base vers le sommet qui est un

Fig. 11. — Aspect général de l'écaillure df S. AbdelJcader, Pier., cf.

Fig. 12. — Ecailles caractéristiques de ii- Ahdelkader, Pier., çf : a, b, c. écailles long:ues. — d, e, écailles larges. /, deux écailles androconiales.

(*) Qu'il ne m'a pas paru nécessaire de figurer.

peu rétréci et se termine par des dents arrondies, irrégulières et formant au maximum 4 ou 5 lobes plus ou moins distinctement détachés.

2" De larges écailles d'un plus grand diamètre que les précédentes, mais bien plus courtes. Certaines sont presque rectangulaires {d), d'autres irrégulièrement cordi formes {e), avec un côté plus convexe que l'autre; la base des premières est large; celle des secondes est étroite.

Leur sommet, très faiblement saillant, est découpé en multiples dents inégales, médiocrement prononcées et dont le nombre varie de 8 à 12 environ.

3" Des Ecailles androconiales lancéolées, de forme régulière, à base large et à sommet en pointe allongée, terminé par un panache de filaments (/).

FlG. i3. — Aspect géuéi-al de l'écailluro de S. Nelvai, Seitz. cf.

Ecailles caractéristiques de S. Nelvai, Seitz, cf a, b, c, d, e, écailles longues.

/. g, écailles lari^-ps.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 309

Je n'ai pas observé de transition entre ces différentes formes d'Ecaillés; les deux premières sont épaisses et fortement colorées, sauf dans la région basale qui est progressivement pâlie. Elles sont parcourues longitudinalement par de fortes stries parallèles, très rapprochées, entre lesquelles on distingue, à un fort grossissement, une autre striation transversale extrêmement ténue. Les Ecailles longues, à 4 ou 5 dents terminales, sont celles qui prédominent et de beaucoup avec les Ecailles larges rectangulaires, les formes à la fois très étroites et très allongées, telles que a, ou très élargies du type c, par exemple, ne se troiivant qu'en très petit nombre.

Les Ecailles androconiales sont éparses parmi les précédentes que leur sommet lacinié dépasse seul ; elles sont blanchâtres, un peu irisées, et par transparence apparaissent finement ponctuées.

Le revêtement écailleu.x de Nelvai (fig. 13 et 14) est plus varié que celui d'Abdelkader avec lequel il a beaucoup de ressemblance; ses écailles longues sont moins grandes dans l'ensemble et de tailles très inégales, les moins larges étant les plus longues, et leur sommet moins rétréci se divise en trois, quatre ou cinq dents inégales, plus saillantes et moins arrondies {a, b, c, d, e).

On constate aussi que les plus courtes de ces Ecailles allongées — c, par exemple, — forment distinctement transition aux Ecailles larges qui, avec une longueur à peu près pareille, sont plus étroites que leurs homologues d\^bdelkader et toutes à base aiguë. Elles ont le sommet plus saillant, mais à dents moins nombreuses - — 5 à 6 — et encore plus irrégulières; on en trouve également dont un côté est plus ou moins rectiligne, tandis que l'autre est convexe.

Les Ecailles androconiales font défaut.

L'apparence plus épaisse que donne à l'œil la vestiture de Lambessaniis (&g. 15 et 16) se trouve confirmée à l'examen microscopique par la densité remarquable de l'écaillure composée d'éléments plus rétrécis et plus nombreux que chez les deux formes déjà étudiées.

Les Ecailles longues sont beaucoup plus étroites que celles à' Abdelkader et certaines les dépassent en longueur; celle-ci

varie du reste notablement et, comme chez Nelvai, les plus larges sont en même temps les plus courtes {c). Leur sommet est très saillant, généralement divisé en deux dents, rarement en une seule; il est toujours encadré à la base par deux dents longues et aiguës, prolongeant directement les côtés de l'Ecaillé. Toutes ces dents sont bien moins inégales que dans Abdelkader et Nelvai, et je n'ai noté qu'un seul cas où l'une d'entre elles était subdivisée secondairement {d). De même que chez Abdelkader, les formes de transition paraissent manquer et les formes larges

FlG. 15. — Aspect général de récaillurjj de S. Lambessanus, Stgr., cf.

çi

-Ecailles caractéristiques de S. Lambessanus, Stgr., cf a, b, c, d, écailles longues. — e, f. écailles larges. g, deux écailles androconiales.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

diffèrent de ce type et de Nehai, en ce qu'elles ne comprennent que des éléments à base large, dont les uns sont subrectangiilaires (/) et les autres fortement rétrécis au sommet {c); dans

FIG. 17, - Aspect général de l'écailli,re do S. Abdelkader, Pier., ç.

les deux formes, celui-ci est nettement saillant dans sa partie médiane et découpé en dents inégales, mais toujours aiguës, et dont les deux latérales, homologues de celles des écailles

FiG. IS.

Ecailles caractéristiques de 5'. Abdelkader, Pier., 5

a, 6, c, d, écailles longues.

*. /. g. ft, écailles larges.

313 LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

longues, ne manquent dans aucun cas, quoique d'un développement variable et bien moins proéminentes.

Les Ecailles aridroconiales se trouvent en plus grand nombre que chez Abdelkader; leur longueur est identique, mais elles sont plus étroites à la base et portent vers le milieu un étranglement au delà duquel elles s'élargissent un peu, ce qui fait paraître leur sommet plus court; leur panache terminal ne diffère pas de ce que nous avons vu chez Abdelkader, non plus que leur teinte, ni leur ponctuation.

Femelles. — Les formes des Ecailles, chez les femelles, sont moins diverses que chez les mâles; elles comprennent également des Ecailles longues et des Ecailles larges, mais ces deux types extrêmes sont reliés par des transitions graduelles et ne présentent jamais les grandes différences qu'on relève chez les mâles.

On distingue dès l'abord les Ecailles à' Abdelkader Q (fig. 1/ et i8) de celles à" Abdelkader cf par leurs dimensions beaucoup plus petites, et conformément à ce que nous avons vu chez le cf, ce ne sont pas les plus grandes qui sont les plus larges {a et b) ; on n'en trouve pas d'uii allongement comparable à celui que présentent certaines de leurs homologues de l'autre sexe. Les Ecailles subrectangulaires manquent; toutes les Ecailles de la catégorie large sont à base étroite et leur sommet porte trois à six dents plus aiguës et moins irrégulières que dans le mâle.

Par une correspondance singulière, ce sont les Ecailles de Nelvai Q (fig. 19 et 20) qui se rapprochent le plus par la forme et la dimension de celles d' Abdelkader cf ; elles ne sont pas aussi grandes et on n'en voit pas d'aussi larges, mais on trouve des Ecailles qui, pour les proportions et la forme du sommet, rappellent certaines de celles représentées sur la fig. il. Dans l'ensemble, elles marquent une tendance à être arrondies dans la partie médiane du sommet et quelques-unes sont régulièrement circulaires et complètement dépourvues de dents {c). Les Ecailles

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

larges sont toutes à base étroite; leur sommet est plus ou moins saillant et porte un petit nombre de dents peu accusées et presque lobulaires; celle que je figure sous la lettre h est remarquable par le rétrécissement régulier qu'elle présente de la base \ers le sommet.

C'est chez Lambessanus Q que se rencontrent les Ecailles les plus grandes

et les transitions les plus complètes entre les Ecailles longues et les Ecailles larges; celles-ci sont du reste en majeure partie d'un faciès intermédiaire entre les deux, et les formes à carac-

FlG. 19, — Aspect général de l'écaillure de S. Nclvm, Seitz, ?.

FrG. 20. — Ecnillos caractéristiques de *'. Srirm, Seitz, 9 a, b, c, (/, e, j, écailles long-ues. g, h, écailles larges

LEPIDÛPTEROLOGIE COMPAREE

tère large bien accusé ne sont ciu'en petit nombre. Parmi les longues, il s'en trouve de dimensions exceptionnelles, comme celle qui figure en tête de la rangée sous la lettre a; c'est

de beaucoup la plus grande que j'ai observée dans les deux sexes des trois formes qui nous occupent. A côté d'elle, j'ai placé une autre Ecaille singulière, à sommet atténué, arrondi et entier, rappelant ce que nous avons déjà relevé chez Nelvai Q .

Ces Ecailles présentent dans l'ensemble les mêmes caractéristiques que celles des mâles, mais à un bien moindre degré; les Ecailles larges sont beaucoup plus larges et leur sommet moins proéminent n'est pas aussi profondément denté; l'acuité des

FIG. ill. — Aspect g-énéral de l'éoailluro de S. Lambessamts, Stgr., Ç.

FlG. 22. — Ecailles caractéristiques de S. Lamhessanus, Stgr., Ç a, b, c, écailles longues. — (t, e, /, g, h, écailles larges.

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 315

dents, qui se trouvent en nombre sensiblement égal, est diminuée par la largeur plus grande sur une hauteur proportionnellement moindre. Le type le plus caractérisé des Ecailles larges {h) est à base étroite et à sommet très irrégulièrement et faiblement festonné, tandis que celui qui le précède dans l'échelle des transitions montre, au contraire, des indentations particulièrement profondes et aiguës; tous les deux d'ailleurs sont aussi nettement pourvus que les autres des deux dents latérales constamment présentes et que j'ai déjà signalées dans le o"-

C'est de l'écaillure de Lainbessaniis que se rapproche le plus celle de Cordida; mais les deux types d'Ecaillés : Ecailles longues, Ecailles larges, sont plus tranchés; toutes ont les dents du sommet encore plus aiguës et souvent plus nombreuses; parmi les longues, on en trouve beaucoup à 5 dents; la dent supplémentaire médiane étant toujours notablement plus longue et plus saillante que les autres; la même observation peut s'appliquer aux Ecailles larges dans lesquelles ce sont aussi les dents qui avoisinent le milieu qui sont les plus hautes et les plus pointues. Il y a beaucoup d'Ecaillés criniformes; mais les Ecailles androconiales manquent comme chez Nelvai.

Les Ecailles de la femelle ne diffèrent guère de celles du mâle que par la plus forte proportion d'Ecaillés larges, un aspect général un peu plus court et la moindre élévation des dents du sommet.

Pattes.

Les Pattes médianes étant incomplètes ou faisant défaut chez quelques-uns des individus que j'ai étudiés, la comparaison s'est trouvée limitée aux Pattes antérieures et postérieures.

Conformément à ce qui s'observe pour les autres organes, c'est chez Latnbessanus que les Pattes ont les plus grandes

LÉPIDOPTÉROLOGIE COAIPARÉE

dimensions et chez Abdclkader que leur taille est la plus res treintc, Nelvai étant assez exactement intermédiaire entre les deux. Je parlerai d'abord des Pattes postérieures dont les différences, minimes en apparence, sont pourtant intéressantes en ce qu'elles portent sur des organes actifs dont la fonction et le rôle mécanique sont identiques chez les trois formes considérées.

FlG. i'i. — Pattes postérieures et premier article du tarse : L, de S. Lambeesanus, Stgr.

A', de -S. ISicUai, Seitz.

A, Ae S. Abdclkader, Pier.

En dehors de la grandeur et de la force, c'est dans les longueurs proportionnelles du fémur, du tibia et du premier article du tarse qu'apparaissent les variations que l'on peut exprimer ainsi :

Chez Abdelkader, la longueur du tibia dépasse un peu la moitié de celle du fémur, mais est légèrement inférieure à celle du premier article du tarse.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 317

Chez Lanibessanus, le tibia est plus long par rapport au fémur et dépasse nettement en longueur également le premier article du tarse.

Chez Nelvai, la taille du tibia est inférieure d'un tiers environ à celle du fémur, mais surpasse de plus d'un dixième celle du premier article tarsal.

A ces écarts de dimensions que les croquis de la fig. 23 perîiiettent d'évaluer mieux que la simple description, on peut encore ajouter le développement plus accentué chez Nelvai que chez Abdelkader et Lambessamis du nombre et de la dimension des épines qui arment le tibia et le tarse.

Beaucoup plus importantes et plus significatives sont les différences fournies par la comparaison des pattes antérieures.

Pour en mesurer tout l'intérêt, il suffit de rappeler que ces appendices sont complètement infonctionnels dans les deux sexes chez les Satyrides, que leur dégénérescence morphologique s'observe à tous les degrés dans les familles de Rhopalocères à station tétrapode et que l'on trouve ici comme fig. 24.

.,, ,. , . 1 i V Patte antérieure de 6'. //«(/t-

ailieurs un dimorphisme sexuel très mar- ùMsanus. stgr., o'-

que, « les pattes en palatine >• des mâles

étant toujours moins .longues, moins volumineuses et plus atrophiées que celles des femelles.

Dans nos trois Satyres, le fémur s'articule avec la hanche par un trochanter cylindrique, volumineux, prolongé en avant et en arrière à sa partie inférieure et ne permettant que des mouvements très limités; le tibia qui lui succède est plus ou moins bref et porte un tarse réduit, chez le mâle, à un seul article auquel, chez la femelle, s'en ajoute un autre, antéterminal, tout à fait rudimentaire, com.plètement soudé et en forme de bouton plus ou moins saillant. Les divergences que présentent entre elles ces différentes pièces, dans les deux sexes de chaque forme, sont remarquables et, en prenant comme base la régression la moins

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

prononcée, peuvent être disposées et énumérées dans l'ordre suivant :

Lambessaniis cf. ■ — Trochanter court, à bord supérieur concave; inférieur légèrement oblique et convexe, à prolongements antérieur et postérieur arrondis et non saillants.

Fémur un peu tronc-conique, plus épais au sommet qu'à la base et fortement renflé au-dessus de son articulation avec le tibia; celui-ci est moins épais, cylindrique et plus court d'un tiers

environ que le fémur. Tarse régulièrement cylindrique, plus grêle que le tibia et plus long d'un quart à peu près ; il se termine par quatre fortes épines groupées par deux, de chaque côté d'une légère dépression transversale que surmontent sur la face postérieure d'autres épines échelonnées à des écarts variables et représentant des vestiges de l'armure complète et régulière qui existe à tous les articles des autres pattes.

Lambessaniis Q. — C'est dans ce sexe qu'on observe le développement maximum de toutes les parties de la patte antérieure. Le trochanter est très volumineux et les saillies de sa face inférieure atteignent, surtout en arrière, une taille plus grande que partout ailleurs; sa longueur totale représente presque un tiers de celle du fémur qui est épais, arrondi au sommet et à large ouverture articulaire. Tibia subcylindrique, un peu renflé vers le milieu, d'un diamètre inférieur à celui du fémur et plus long d'un quart. Tarse très allongé, mais proportionnellement moins grêle que chez le mâle. Sa longueur dépasse de plus d'un tiers celle du tibia et atteint presque

FiG. 25.

Patte antérieuro de S. Lambc Stg-r., 9-

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

le double de celle du fémur; son sommet, arrondi, est précédé en avant par l'article appendiculaire formant ici un fort processus allongé.

Abdelkader cf. — Trochanter plus court que celui de Lauibessaniis et à saillies inférieures pas plus accusées ; fémur cylindrique insensiblement renflé avant l'articulation et d'un quart plus court que le tibia dont la forme et le diamètre sont à peu près pareils; en diffère cependant un peu parce qu'il est légèrement courbé et épaissi au sommet. Tarse cylindro-conique, décroissant régulièrement de diamètre et terminé en pointe arrondie; sa longueur est inférieure d'un cinquième à celle du tibia.

Patte antérieure de .S'. Abdelhader, Picr., (f.

Abdelkader Q. — Trochanter relativement petit, à bord supérieur un peu déprimé; bord inférieur faiblement prolongé en avant, mais à saillie postérieure assez aiguë. Fémur plus épais au sommet qu'à la base et fortement renflé au-dessus de l'articulation avec le tibia, dont la longueur est à peu près égale et la forme cylindrique. Tarse légèrement fusi forme, plus épais que le tibia et plus long d'un dixième; il est arrondi au sommet et l'article rudimentaire consiste en un bouton court placé un peu latéralement.

Nelvai cf. — A l'inverse de Lambessaniis, cette forme représente le terme le plus avancé dans l'atrophie des pattes antérieures.

Trochanter petit et court, à bord supérieur bref et non creusé; bord inférieur un peu renflé en avant et obliquement arrondi en arrière. Fémur plus court que chez les deux formes précédentes

FiG. 27.

Patto antérieure de S. Abdelkader, Pier., ?.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

et régulièrement cylindrique. Tibia de même taille que le fémur mais plus épais et fortement fusiforme. Tarse d'un diamètre moindre et plus court d'un cinquième que le tibia, de forme ovoïde régulière et très allongée.

Nelvai Q. — Trochanter subcarré, presque aussi volumineux que chez LambessaniLS, avec les saillies inférieures moins prononcées. Fémur très gros, ovoïde et seulement deux fois plus long que large. Tibia de même longueur que le fémur, un peu moins épais et renflé en avant. Le tarse est d'une taille légèrement supérieure à celle du fémur et du tibia, d'un diamètre nettement plus fort et, comme eux, de forme ovale, mais un peu allongé au sommet; l'article appendiculaire, inséré à peu près au même endroit que chez Abdelkader, se réduit à un très petit bouton à peine saillant.

Patte antérieure de S. ^el vat, Seitz, cf.

La ressemblance entre les pattes des groupes Abdelkader et Cordula est très grande et, chose curieuse, les antérieures parais- ^ sent varier parallèlement dans les deux

groupes; si des recherches futures venaient confirmer cette découverte et lui donner un caractère général, il y aurait lieu de tenir compte, dans l'avenir, de la comparaison de ces appendices pour la détermination et les caractéristiques taxonomiques des diverses races d'une même unité spécifique.

Dans la race d'Italie méridionale décrite sous le nom de var. Calabra, les pattes antérieures rappellent, avec un développement moindre, celles de Lambessanus, et leur trochanter

FlG. 29.

Patte antérieure do IS. Nelvai,

Seitz, $.

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 321

n'est pas muni à sa partie postérieure du prolongement saillant, si remarquable chez cette forme. I,e fémur est un peu fusi forme; il s'articule avec un tibia presque cylindrique et un peu courbe, de même longueur que lui-même, auquel fait suite un tarse un peu plus long, grêle et droit, muni, avant l'extrémité, d'un fort bouton granuleux, de forme très irrégulière.

La Patte de la femelle est plus grosse et plus longue, avec un tibia plus nettement fusiforme; il porte un tarse plus long que lui, d'un tiers, et couvert au sommet, du côté postérieur, par des épines très aiguës, presque transparentes et serrées, auxquelles succèdent deux lobes membraneux, aplatis transversalement, en partie granuleux à la base et recouverts des mêmes épines. Du côté externe, un épaississement géminé occupe la place de l'article rudimentaire et une forte épine implantée sur une forte base termine l'appendice.

Chez Cordula, de Suisse, au contraire, les pattes sont presque aussi réduites que dans Nelvai d'El-Kantara; celles du mâle sont très courtes, avec un fémur épais et renflé, un tibia à peine plus long, suivi d'un tarse ovoïde de diamètre réduit et dont la longueur totale ne dépasse pas les trois quarts de celle du fémur; son somrc.et ne porte pas de processus, mais est seulement un peu épaissi.

La femelle a des pattes plus volumineuses, à tibia d'un quart plus long que le fémur et muni extérieurement, dans l'exemplaire que j'ai étudié, d'une épine en haut et en dehors, assez près de l'articulation. Le tarse est presque cylindrique, il dépasse d'un quart le tibia et n'est pas armé d'épines à l'extrémité. L'article rudimentaire est gros, mais court, et possède encore une articulation assez distincte; il surmonte extérieurement le sommet divisé en cinq lobes assez proéminents, donnant chacun naissance à une soie aiguë et forte.

Les deux formes ont des pattes postérieures plus courtes dans l'ensemble que celles de l'autre groupe. Leur fémur est plus épais, le tibia ne dépasse que de très peu la moitié de sa longueur et il est armé d'épines plus faibles à l'exception de celle

322 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

du sommet qui est épaisse, fort longue et supportée par un processus saillant; le premier article du tarse est d'une taille légèrement inférieure à celle du tibia.

Armure génitale mâle.

L'Armure génitale cf des Satyrus Abdelkader, Pier., Lavibessanus, Stgr. et Nelvai, Seitz, est conforme au type général caractéristique de la famille et s'accorde dans l'ensemble avec celui des autres Espèces du genre Satyrus dont les ailes sont entières dans les mâles et à peine festonnées chez les femelles.

5. Abdelkader, Pierret, type. — Un eus long et fort, élargi à la base, terminé en pointe un peu courbe et au-dessous duquel s'insèrent des apophyses latérales en forme de tiges, à base large et à sommet obtus. Ces apophyses sont plus courtes que Vuncus, un peu divergentes et assez écartées pour qu'il puisse s'élever et s'abaisser en laissant entre elles et lui un écart assez grand. Entre les bases de Vuncus et des apophyses latérales, s'ouvre l'orifice anal qui est nu, ni saillant, ni chitinisé.

Tegumen très développé, long et large, courbé à son insertion avec Vuncus duquel le sépare un sillon qui se prolonge en arrière des apophyses latérales; il porte inférieurement des processus symétriques aplatis et à sommet irrégulièrement arrondis avec lesquels s'articulent les valves. Immédiatement en arrière, naissent les connectifs latéraux rattachant le tegumen au saccus, qui est épais, court et triangulaire, avec l'extrémité arrondie.

Entre les connectifs et au-dessus du saccus, suspendue par la membrane qui tapisse la cavité de l'Armure génitale externe, se trouve la lame subpénienne, sorte de gouttière large et courte sur laquelle repose et glisse Vcsdeagus.

Les valves, articulées en haut avec les processus inférieurs du tegumen et en bas avec le saccus, sont moins longues que le tegumen et Vuncus réunis, un peu courbes, à bords subparallèles, légèrement rétrécies et arrondies à l'extrémité; leur longueur est

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

environ deux fois et demie ou deux fois trois quarts plus grande que leur largeur maxima, et leur bord inférieur forme un repli épais qui se prolonge au delà du milieu; on peut ainsi détailler leurs contours :

Bord supérieur un peu tordu, creusé à la base d'une large concavité au centre de laquelle saille légèrement un épaississement chitineux et à laquelle fait suite une convexité allongée, peu élevée, qui en occupe toute la partie médiane; au delà de celle-ci, le bord se relève et s'épaissit fortement pour se terminer en une large pointe arrondie, en même temps qu'il se garnit de saillies spinuleuses épaisses et serrées, inclinées obliquement de la base vers l'extrémité, et de plus en plus nombreuses jusqu'au sommet qu'elles couvrent de leurs rangs serrés.

Bord inférieur rectiligne ou à peine subconcave dans son tiers proximal, puis continué par une courbe légèrement bisinuée et raccordé enfin à la saillie

terminale par une courte partie droite. Des poils raides, de longueur variable, sont répartis sur les bords et les régions immédiatement avoisinantes de la surface interne ; ils sont peu nombreux au bord supérieur où ils se trouvent à peu près localisés sur la partie médiane; le bord inférieur en porte beaucoup plus, assez courts vers la base mais croissant rapidement de longueur jusqu'à l'extrémité de la valve où. ils sont abondants et longs ; quelques-uns plus grêles et très courts sont épars, çà et là, sur la membrane interne de la valve qui est entièrement inerme.

FlÔ. 30.

Armure génitale de 6'. Abdelkader, Fier., cT (pièces oaractéristiques, œdeagus exclus).

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

Mdedgus en tube irrégulier, légèrement tordu en S dans le plan sagittal, déprimé antérieurement dans le sens dorso-ventral, un peu renflé à la base et prolongé postérieurement par une lame basale peu longue, en gouttière tronquée et bordée d'un épaississement chitineux. Il s'amincit et se termine en dessus par une pointe inégale de contours peu définis, au-dessous de laquelle s'ouvre obliquement le méat large et long, étendu sur plus du quart de l'organe, et par lequel fait saillie en une vesïca bilobée le sac intrapénien. Ses bords latéraux sont épaissis et portent des

dents courtes, épaisses, un peu courbées et dont la pointe est dirigée vers l'extrémité; ces dents sont inégales et complètement dissymétriques, le côté gauche en portant 5 tandis qu'il n'y en a que 2 à droite.

Au-dessous et un peu en arrière de la vesica terminale, le sac intrapénien est armé, sur une courte longueur de sa paroi interne, d'un revêtement d'épines formant un manchon interrompu à la partie supérieure ; ces épines sont de simples saillies de la membrane, très faiblement chitinisées et sans base distincte; elles paraissent plus nombreuses sur les parois latérales que sur la paroi inférieure et celles de chaque extrémité du revêtement sont un peu plus courtes que les autres; toutes sont couchées et dirigées du dedans vers le dehors. Pendant la copulation, lorsque le sac intrapénien se dévagine dans les voies génitales de la femelle, leur direction devient inverse; elles hérissent complète-

. FlG. 3i.

Armure génitale de S. Lanibesmnus, Sigr., cf.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 325

ment la membrane dilatée qui les porte et ont alors un rôle de fixation et peut-être même de propulsion lors de l'émission de la spermatothèque.

Subsp. Lambessanns, Stgr. — Très voisine de celle du type, l'Armure génitale de Lambessanns s'en distingue pourtant, dès l'abord, par un aspect plus robuste et l'épaisseur plus grande de ses diverses parties. Le tegiimen, plus large et plus long, est moins courbé à l'avant et ses processus inférieurs sont un peu plus allongés; Viincus n'est pas sensiblement plus grand, mais son épaisseur est plus forte et les apophyses latérales, à base très large, ont le sommet tronqué obliquement. A part une largeur un peu plus grande correspondant au développement général de l'ensemble, les connectifs latéraux et le saccus ne présentent pas de particularités spéciales, et c'est dans la valve et Vœdeagus que se trouvent les plus m.arquantes.

La valve est moins régulièrement courbée et son contour est plus heurté; elle est aussi plus longue, et sa base élargie la fait paraître plus triangulaire; la concavité basale du bord supérieur n'est pas sensiblement différente, mais le renflement ou callosité médiane est plus élevée et moins longue et au delà le bord se continue presque en ligne droite jusqu'au sommet. La concavité basale du bord inférieur est plus prononcée et plus longue, elle aboutit à une courbe assez saillante à laquelle fait suite une longue portion rectiligne, parallèle dans sa moitié distale avec l'extrémité du bord supérieur auquel elle se relie par un coude brusque, et une partie terminale concave un peu oblique donnant à la valve un aspect tronqué caractéristique. On peut encore ajouter que le repli inférieur est plus large dans sa partie médiane et que la membrane interne est également dépourvue de spinules.

\Jœdeag7is est plus grand dans toutes ses dimensions, mais sa forme n'est pas différente; seulement les fortes dents qu'on trouve à droite et à gauche de la partie distale chez Abdelkader sont ici réduites à une seule, du côté droit. Le sac intrapénien est

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

un peu plus différencié et son armure épineuse interne est très développée; les épines qui la constituent sont plus nombreuses, plus denses latéralement et couvrent une surface plus étendue; sur les côtés, certaines paraissent plus fortement chitinisées.

Subsp. Nelvai, Seitz. — Peu différente des précédentes comme aspect général, l'Armure de Nelvai n'en présente pas moins des particularités que la comparaison met rapidement en relief. Plus large que chez Abdelkader, le tegwnen l'est moins que chez Lambessanus, mais diffère des deux par son bord supérieur très

peu courbé, presque droit et qui se raccorde avec V 7m eus par une convexité intermédiaire entre celles d' Abdelkader et de Lambessanus; ses processus inférieurs sont plus courts que chez ces deux formes.

IJvincîîs est également plus court, plus droit et surtout plus épais, tandis que ses apophyses latérales sont plutôt plus grêles, malgré la largeur de leur base. Les connectifs latéraux et le saccus n'offrent pas de différences. La valve est de même longueur que chez Larnbessaniis, avec une forme plus régulière et une surface totale plus grande; son bord supérieur, peu creusé à la base, ne présente qu'un renflement médian à peine accusé; dans sa partie basale, le bord interne rappelle Abdelkader, il est peu concave d'abord, puis légèrement convexe et se continue en une courbe peu prononcée, parallèle au bord supé-

FtG. 32.

Armure grénitale do H. Nehai, Seitz, cf.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

rieur; c'est à ce parallélisme, plus marqué et plus prolongé que chez Lambessaniis, qu'est due l'augmentation apparente de surface de la valve chez Nelvai. Elle se termine comme chez La7)ibessamis par une partie tronquée, mais moins excavée et plus oblique; le rebord interne paraît intermédiaire pour la largeur

FIG. 33. — Aideagus des trois formes ;

A = a. Abdelkader, Pier., tu de profil et de dos.

A = 6'. Nelvai. Seitz, vu de dos.

L = *'. Lam-hcssaniis, Stgr., vu de dos.

entre Abdelkader et Lambessamts, et il en est de même pour la pilosité; mais on trouve sur la membrane interne un caractère qui fait totalement défaut dans ces deux formes.

C'est une aire rugueuse, bien développée, constituée par de courtes épines fortement chitinisées, inégales et inclinées de

L'ÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

la base vers rextrémité; la plupart sont droites, mais il en existe aussi de courbes ; leur disposition est irrégulière, un peu rayonnante, le champ qu'elles couvrent est ovalaire, mal délimité et situé au-dessous de la callosité médiane du bord supérieur.

l^'csdcagus n'est pas plus long que celui d'Abdel/cader, il paraît un peu plus mince, mais porte quatre dents à gauche et trois à droite; à cette augmentation des dents, correspond une

réduction notable dans le nombre des aspérités du manchon spinuleux intrapénien qui ne couvre plus que la moitié

^^&lW'é^ /(\V'VS'''''^>M ^"'''^°^' ^^ ^^ surface

véK»^ « ''^^W (fe^fW'^''i*v*wl occupée chez Lambes-

\%vfcVl'.''if KU.^mAÏmà sanus; elles sont aussi

un peu plus faibles et moins colorées.

L'Armure génitale mâle de Satyrîts Cordida est beaucoup plus volumineuse que celle du groupe d' Abdelkader, avec qui elle montre des différences très notables. Le tegwnen, Viinciis et les apophyses latérales ont une forme analogue, mais sont de moitié plus grands dans toutes leurs dimensions; il en est de même des connectifs latéraux et surtout du sacciis sensiblement plus prolongé en arrière; on peut aussi remarquer que Vuncus est moins épais proportionnellement, et arrondi au sommet, au lieu d'être terminé en pointe courte aiguë.

Extrémité de Vœdeagus de &'. Nelvai, Seitz, laissant voir par transparence le manchon épineux du sac intrapénien (pièv^e montée au baume).

FiG. 34.

Extrémité de Vœdeayiis de S. Lambessanus, Stgr., avec le manchon épineux du sac intrapénien vu par transparenee (pièce montée au baume).

LÉPIDOPTÉROLOGIE COAIPARÉE 329

La valve est deux fois plus large à la base et se termine en pointe très aiguë; son bord supérieur est à peine concave, il forme près de la base une longue et haute convexité et se rattache à l'articulation par une inflexion brusque et profonde. La pilosité est restreinte et manque presque complètement au bord supérieur qui est tout à fait inerme, ainsi que la membrane interne.

\Jœdeagus participe de l'augmentation générale des dimensions; il est plus régulièrement cylindrique et se termine postérieurement par une longue lame basale; sur toute sa partie médiane, sont éparses de petites granulations chitineuses et ses bords portent aussi des dents inégales dont 4 à droite et 2 à gauche, mais, caractère tout à fait particulier, la dent terminale de chaque côté se trouve placée sur une plaque chitineuse allongée et séparée du cylindre principal de l'organe par une membrane mince. Le sac intrapénien ne parait pas former de vesica bilobée; il porte sur sa paroi inférieure une espèce de gouttière chitineuse très étroite et allongée correspondant à la partie membraneuse médiane séparant les plaques qui supportent les dents terminales, et sur l'extrémité de laquelle s'insère une partie des dents du sac intrapénien; ces dents sont en nombre plus réduit que dans le groupe Abdelkader et aussi plus inégalement développées; celles du sommet de la gouttière étant de beaucoup les plus grandes et les plus épaisses, et les plus éloignées de ce point très petites et transparentes.

Armure génitale femelle.

L'armure génitale femelle en majeure partie cachée sous le septième sternite, auquel la relie la membrane articulaire profondément réfléchie des septième et huitième segments, est composée d'une large plaque vaginale de structure compliquée, grossièrement quadrangulaire, encadrée par deux expansions latérales en forme de triangles allongés et un peu courbes; l'ensemble donne à peu près en plan la figure d'un croissant à concavité tournée vers l'extrémité de l'abdomen.

Elle est séparée, par les extrémités amincies du huitième ter gite, d'une vaste surface membraneuse plissée longitudinalement, aboutissant entre la base des valves de l'ovipositor et que sa structure particulière permet de considérer comme un organe sensoriel en rapport probable avec les fonctions sexuelles, mais dont le rôle est énigmatique. La base de cet organe forme, le long des bords du huitième tergite, un bourrelet élevé, largement interrompu sur la ligne médiane et découpé en épais festons couverts d'épines inégales, perpendiculaires à la surface du tégument duquel elles naissent directement et sans base diiïé-

FIG. 3fi.

Ensemble do l'Armuro génitale femelle de S- Abcleikader, Pier.,

vu de profil.

renciée. Tout le reste de sa surface est entaillé par des plis profonds, lisses et parallèles un peu ramifiés perpendiculairement dans la profondeur et qui persistent à l'état de stries denticulées, lorsqu'elle se dévagine en un sac volumineux sous l'effet d'une pression interne.

La plaque vaginale apparaît divisée en un certain nombre de pièces par des plis, des saillies et des expansions. Examinée de face, l'extrémité de l'abdomen étant orientée en haut, on peut lui considérer une face postérieure concave, qui se confond avec la paroi abdominale, et une face antérieure convexe, masquant

LÉPIDOPTÉROLOGffi COMPARÉE

la pi^emière, et couverte par la membrane articulaire; entre les deux se trouve un espace libre (.\m constitue la ca\ité sexuelle externe.

La face postérieure est limitée en haut par le bord supérieur, libre, et en forme de gouttière excavée sous la membrane articulaire précédant le huitième segment; il est rectiligne, membraneux ou faiblement chitinisé dans sa partie médiane et aboutit de chaque côté à de larges et profondes invaginations chitineuses en forme de cône arrondi, enfoncées obliquement dans l'abdomen et dont le bord externe se termine inférieurement en pointe courte. Du milieu du bord externe, naît en arrière de la gouttière une épaisse saillie qui descend verticalement en diminuant régulièrement de largeur jusqu'au-dessus de l'orifice vaginal ; celui-ci est circulaire et s'ouvre aux deux tiers inférieurs du fond de la cavité sexuelle, dans une plaque formée par l'union de deux lames chitineuses étendues à droite et à gauche de la saillie médiane, s' arrondissant audessous des invaginations coniques terminales du bord supérieur et se raccordant avec les expansions latérales au fond des profondes échancrures que découpe, dans la base du bord supérieur de celles-ci, la pointe terminale des invaginations coniques.

Immédiatement sous l'orifice vaginal s'étend horizontalement une petite et mince lame arrondie, suivie inférieurement de plissements épais, vermiculés et réfléchis en angle aigu, engagés parallèlement les uns dans les autres et formant deux groupes symétriques à droite et à gauche de la ligne médiane. Enfin, au-

FlG. 37.

Schéma de coupe longitudinalQ de l'Armure g'énitale externe de N. Alxlelkader, Pier., 9.

T' = Septième tergite.

6'' = Septième sternite.

T' = Huitième terg-ite.

T' = Neuvième tergite.

Oip. = Ovipositor.

(.'. ij. = Cavité génitale externe.

B c. = Bourrelet épineux limitant inférieurement la membrane plissée.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

dessous de ces plis prend naissance une très large lame chitineusc, glabre et concave, qui s'accole à la paroi antérieure de la cavité sexuelle externe. Elle se recourbe presque jusqu'au niveau du bord supérieur et, de chaque côté de sa base, ses bords se prolongent sur la paroi opposée en deux crêtes saillantes symétriques, excavées en dehors et atteignant à peu près le fond de l'échancrure qui marque la jonction des expansions latérales triangulaires et des plaques géminées entourant l'orifice d'accouplement.

fjg. 38.

Armure génitale extornj de S. Abdclkader o. partie principale vue de face.

Cette lame se présente chez Abdelkader comme un trapèze à angles supérieurs largement arrondis et à partie inférieure convexe; son plus grand diamètre, entre les angles inférieurs, est supérieur à l'écartement des cavités terminales du bord supérieur; sa surface est rayée de saillies transversales assez courbes, peu nombreuses et isolées. Libre dans la cavité génitale externe, cette pièce caractéristique s'appuie par sa face externe convexe contre la membrane articulaire réfléchie.

Dans l'ensemble, les plaques génitales des femelles de

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

Lajnbessanns et de Nclvai ne s'écartent pas notablement de celle d' Abdel kader; mais elles s'en distinguent par le 'développement des invaginations terminales du bord supérieur et la structure de la large lame antérieure. Dans ces deux formes, les invaginations du bord supérieur sont plus larges et plus profondes, surtout chez Lainbessauns où leurs dimensions sont considérables; l'écart entre leurs sommets est de beaucoup supérieur à

FiG. 39.

Lame foliacée antérieure de la plaque vaginale et oarites terminales du bord supérieur df- *'■ Abdelkader, Pier., Ç.

la largeur maxima de la lame subvaginale. Celle-ci est aussi plus épaisse et apparaît comme un trapèze irrégulier à sommet largement échancré; elle est parcourue par des saillies longitudinales nombreuses et épaisses. Chez Nelvai, la forme générale est très irrégulière ; le lobe supérieur gauche est presque de moitié moins volumineux que le lobe droit; il y a une longue saillie, bifurquée en haut à gauche, parallèle au bord supérieur; une autre oblique du lobe droit vers l'angle inférieur gauche qu'elle n'atteint pas et qui se trouve reliée à la première par deux autres petites saillies verticales parallèles délimitant ainsi au centre de la

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

I)laquc un rectangle de chaque côté duquel, et plus près des bords, se voient encore quelques courtes nervures verticales et obliques. La lame de Lanibessanus est plus haute, ses bords plus entaillés et l'évidement qui échancre son sommet, forme deux lobes presque égaux; il n'y a pas de plateau limité au centre,

FIG. /lO.

Lame foliacée antérieure de la plaque vaginale et cavités terrainales du bord supérieur de H- iSetvai, Seitz, 9»

mais du sommet de chatjue lobe descendent trois longues saillies verticales et presque parallèles; inférieurement on en trouve encore quelques autres, très brèves et plus ou m.oins transversales. Bien qu'une grande réserve s'impose dans l'interprétation des rapports apparents de pièces et d'organes dont nous connaissons le rôle, mais dont le fonctionnement exact ne se peut étudier que sur le vivant, je ne puis m'empêcher de remarquer la corrélation apparente qui existe entre le développement des culs de sac latéraux du bord supérieur de la plaque vaginale des femelles et la forme de l'extrémité des valves des mâles auxquelles ces pièces paraissent servir de butoir pendant la copulation.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

A cette constatation s'en ajoute une autre tirée de la comparaison d'un appareil chitineux de l'armure interne très peu utilise jusqu'ici et dont les différences paraissent aussi corrélatives de celles que présentent chez les mâles V œdeagus et plus spécialement le sac intrapénieii. II s'agit de la double zone épineuse

FlG. il.

Lame Joliacée antérieure de la plaque vaginale et cavités terminales du bord supérieur de «V. Lambessanue, Stgr., 9-

développée sur la paroi interne de la poche copulatnce {biirsa copuiatnx) et désignée sous le nom de lames dentées {laniïmc dentatœ). Elles consistent chez les Satyrïdes en surfaces bien définies, recouvertes de rangées transversales de fortes dents chitineuses formant deux arcs allongés, peu courbés, opposés par leur concavité et dont les extrémités se rapprochent sans se toucher; étendues sur toute la hauteur de la biirsa cofidatrix, elles sont symétriques sans que la disposition des dents qui les composent soit rigoureusement pareille de part et d'autre. Ces dents sont plus ou moins hamuliformes et divergentes par rapport à l'espace médian séparant les deux arcs; de l'un à l'autre, elles

varient dans les rangées correspondantes, soit par anastomose, soit, par séparation de quelques-uns de leurs éléments; mais ces variations sont minimes et insuffisantes pour altérer les caractéristiques propres à chaque forme et qui demeurent bien nettes.

Parallèlement à ce qu'on observe dans le développement de Vcsdeagus et de l'armure épineuse du sac intrapénien, c'est chez Lambessanus que les lames dentées atteignent les plus grandes dimensions et la plus forte structure; ce sont de longs croissants régulièrement rétrécis en haut et en bas, à peine courbés et dont le bord interne est presque droit. Ils comprennent chacun trente-six rangées de dents dont la première et la dernière une seule, et la plus large — vers le milieu — ■ six, dont une très petite. Longues et épaisses, du sommet vers l'extrémité inférieure, ces dents se réduisent rapidement de taille et d'épaisseur pour finir en une série de petites plaques de moins en moins saillantes et de plus en plus minces.

Chez Abdelkadcr, nous trouvons avec une longueur moindre une courbure bien plus accusée, des dents moins fortes, disposées moins irrégulièrement, mais avec des caractéristiques très voisines

-^ Lamina dentata gauclip de la bursa copu latrix chez les femelles de : L = IS. Lambcssanu iV = S. yeliai. Seitz.

A = S. Abdelkadt'r, Fier

Stjrr.

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 337

dans le sommet et l'extrémité inférieure; à cet endroit, la dégradation des dents se fait plus régulièrement et porte sur les éléments des douze dernières rangées sur les trente-huit qui composent chaque lamina déniât a.

Un peu plus courte f\\x'Abdelkader, Nclvai. est intermédiaire pour la courbure entre celle-ci et Lambessanns ; mais elle s'écarte des deux par un aspect plus massif, dû à ce qu'elle commence par une ligne de trois fortes dents égales, immédiatement suivie de rangées plus nombreuses, et se termine inférieurement par une pointe qui ne comporte c}u'une rapide diminution du nombre des dents, sans réduction accusée dans le volume de celles-ci; elle finit brusquement par deux dents géminées à courbures opposées représentant la trente-quatrième et dernière rangée.

Les différences que présente avec celle du groupe Abdelkader l'Armure génitale femelle de Saiyrus Cordula sont bien plus marquantes que celles qui existent entre les organes mâles.

Elle offre naturellement la même disposition générale, mais ses dimensions sont plus grandes. On constate tout d'abord l'absence complète de bourrelet festonné épineux et de membrane régulièrement plissée. Le bord supérieur, membraneux dans son milieu, est formé de deux profondes gouttières convergentes, divisées intérieurement par des plis asymétriques en plusieurs lobes dont les plus volumineux sont les plus rapprochés de la ligne médiane et qui, au contraire de ce que nous avons observé dans l'autre groupe, s'atténuent et s'effilent latéralement. L'orifice d'accouplement s'ouvre également à la partie inférieure d'un renflement vertical, mais la chitinisation de la paroi postérieure ne forme pas de croissants latéraux, et il n'y a pas de petite lame foliacée, ni de plis encastrés symétriques. La lame antérieure est extrêmement large, environ trois fois plus que haute et presque de même diamètre que toute la cavité sexuelle; elle est divisée par une échancrure médiane très profonde en

33^ LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

deux lobes symétriques à sommet assez aigu, parcourus par des sillons longitudinaux, irréguliers, peu nombreux et entièrement recouverte de courtes épines chitineuses à sommet émoussc, dressées verticalement sur toute sa surface.

Les laniinœ dentatœ de la bursa copulaîrix sont plus longues, plus étroites, composées de dents plus régulières et plus espacées que dans le groupe Abdelkader; les rangées les plus larges n'en comptent pas plus de trois et on remarque que ces dents ne sont pas réparties sur des lames plus ou moins distinctes mais s'érigent directement de la plaque unique formée par toute la lamina dentata sur laquelle elles sont disposées; elles sont aussi moins courbes et leur sommet forme une courte pointe brusquement rétrécie. Chacune des deux laniime comporte 46 rangées diminuant régulièrement de largeur et de nombre vers l'extrémité inférieure.

Cette étude sommaire a porté sur un trop petit nombre d'individus pour qu'il soit possible d'en tirer dès maintenant des conclusions définitives. Elle comporte cependant un certain nombre d'enseignements utiles et confirme l'identité ^spécifique des trois formes : Abdelkader, Lauihcssauns et Nelvat; car aucune des différences qui distinguent celles-ci, prise isolément, n'est d'ordre spécifique, quelle que soit son importance apparente à première vue, alors que, dans leur ensemble, elles fournissent une série de transitions qui rapprochent ou opposent alternativement ces formes. En nous les faisant connaître plus complètement, elles nous donnent une idée plus juste de la valeur taxonomique qu'il convient d'attribuer à chacune et, de plus, leur comparaison fait ressortir à côté des divergences, certaines corrélations que nous signalerons en les résumant brièvement.

Les différences que montrent les Antennes sont minimes en apparence, et, seule, une constance suffisante permettrait de défi-

uir leur importance; celle qui porte sur le nombre des articles est sans doute la moins significative, car nous savons que ce nombre peut varier dans bien des Espèces entre les individus obtenus ab ovo d'une même ponte, et j'ai donné plus haut un exemple très net de tendance à la fusion complète, montré par deux articles de la tige chez un mâle de Lambessanus. Pour les organes sensoriels variés qui se répartissent à leur surface, nous manquons tout à fait de termes de comparaison, c'est une étude spéciale qui reste à faire en entier — ou à peu près. Il n'est cependant pas sans intérêt de remarquer que si les différences de race à race, à l'intérieur d'une même Espèce, ne sont pas très accusées, il n'en est pas de même d'Espèce à Espèce, comme nous l'avons indiqué entre Abdelkader et Conliila.

De la Trompe, je dirai peu de chose, me bornant à renvoyer à ce qui la concerne, dans la partie analytique; mais je veux signaler en passant que le nombre et la répartition des organes sensoriels dont elle est munie ne paraît pas en rapport avec les conditions de fonctionnement que lui assure l'état de la végétation dans les localités propres à chaque forme. On ne voit, en effet, aucune corrélation apparente entre le chiffre des papilles de Nelvai, celui un peu supérieur d' Abdelkader et de Lambessanus, et le nombre plus réduit de Cordula, à qui la flore abondante et variée des massifs européens assure un fonctionnement particulièrement actif.

Ce qu'on remarque d'abord dans les Palpes, c'est le dimorphisme sexuel qu'ils présentent à des degrés divers, suivant les races. Très notable chez Nelvai, il est moindre chez Lambessanus et peu accentué chez Abdelkader. Par contre et malgré son envergure plus restreinte, ce dernier se rapproche de Nelvai par la longueur, tandis que Lambessanus est sur ce point, comme sur tant d'autres, supérieur en taille aux deux formes précédentes dans toutes ses parties.

C'est principalement sur le premier article que s'observent les caractéristiques propres à chaque race; elles consistent d'abord

340 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

dans sa forme et son volume, qui varient dans les limites assez grandes que nous avons notées, ensuite et surtout dans les organes sensoriels de deux sortes dont sa face interne est pourvue. On constate le développement inégal et asymétrique de l'organe perforé dont les pores sont répartis en apparence d'une façon tout à fait quelconque; peut-être pensera-t-on que l'étendue et la structure de l'organe rugueux (plaque de Reuter), mieux déûni dans sa forme et plus différencié présente une importance plus grande; dans tous les cas, nous ne voyons pas de rapport entre d'autres organes et ceux-ci, dont le rôle et le fonctionnement sont, du reste, complètement inconnus.

Depuis les belles recherches de A. Pictet, on sait que les écailles ont une tendance très grande à se déformer au cours de leur développement, sous l'influence des variations thermiques; il n'est donc pas surprenant que nous ayons à constater des différences assez nettes dans l'écaillure des S. Abdelkader, LarnbessaniLS et Nelvai, puisque ceux-ci ont à supporter des régimes climatériques différents dans leurs habitats particuliers; mais, en dehors des caractéristiques qui en résultent pour chacune des trois races, ces différences constituent encore un exemple de variation subie en dehors de la coloration, celle-ci restant semblable chez toutes à l'endroit où les écailles ont été prélevées.

L'absence, chez Nelvai, des écailles androconiales est assez singulière. Si elle ne constitue pas un cas exceptionnel et tout à fait particulier à l'exemplaire étudié - — ce que je n'ai aucune raison de croire — et qu'on retrouve quelque chose d'analogue dans d'autres Espèces, elle peut être de nature à diminuer l'importance attachée par la plupart des Auteurs à la présence ou à l'absence des Androconies. Il me suffira de citer parmi les Satyrides le groupe si vaste des Lelhinœ, dans lequel des espèces manifestement voisines par ailleurs se trouvent dispersées et réparties dans des séries éloignées sous le seul prétexte que leurs mâles sont, ou non, pourvus de ces caractères sexuels secondaires, pour montrer combien paraît discutable, ou au moins exagérée, la valeur attribuée à ces productions. Chez ces mêmes Lethinœ,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 341

comme d'ailleurs chez la plupart des Satyrides, on peut trouver dans le développement des Androconies des variations plus ou moins étendues, souvent caractéristiques de races géographiques, mais parfois aussi purement individuelles.

Les Pattes offrent des particularités nombreuses et intéressantes. Indépendamment des antérieures, dont le fonctionnement normal est aboli et qu'il faut étudier à part, les deux dernières paires constituent un des meilleurs exemples sur lesquels se vérifie l'absence de rapport entre le développement des appendices et le volume du corps, que nous avons déjà rencontré ailleurs. En nous en tenant aux postérieures, seules étudiées com parativement ici, nous voyons que, chez Nelvai, elles sont bien plus faibles et plus courtes que chez Lambessanus dont la taille est moindre et qu'elles ne dépassent que de peu en longueur celles d' Abdelkader, qui a lO millimètres de moins d'envergure. Cette différence ne résulte pas d'une cause commune aux trois paires, puisque, si nous comparons à ce point de vue les pattes antérieures, nous voyons bien, là encore, Lambessanus présenter les plus longues et les plus fortes, mais Abdelkader vient s'intercaler entre elle et Nelvai, chez qui elles sont — et de beaucoup — les plus courtes. La cause de la régression fonctionnelle de ces appendices est aussi énigmatique que les modifications qu'elles montrent d'une forme à l'autre et le rôle qu'elles jouent actuellement. Les variations qu'elles présentent, et dont nous avons noté le parallélisme entre le groupe Abdelkader et deux des formes du groupe Cordula, suffisent à établir qu'elles participent sûrement aux fonctions de l'insecte et qu'elles réagissent aussi aux influences modificatrices du milieu; à ce titre, elles méritent d'intervenir dans la détermination des races chez les Rhopalocères à station tétrapode.

L'amplitude de la variation du développement des pattes antérieures est telle, et ses degrés sont si tranchés, au moins entre les formes extrêmes, que si mon examen avait porté seulement sur LauibessavMS et Nelvai, je les aurais tenues pour spécifiquement distinctes; ici encore Abdelkader est intervenu comme

342 LEPIDOPTÉROLOGIE, COMPARÉE

terme moyen et j'ai dû renoncer à une séparation qui perdait du coup sa justification.

En dehors du grand développement relatif de la patte antérieure tout entière, celui pris, ou plus exactement gardé, par le tarse chez Lajubessanus est très remarquable, et doit être interprété par rapport à A^bdelkader et 'N elvai, comme l'indice d'une évolution moins avancée dont on trouve d'ailleurs une autre preuve dans l'existence des quelques épines qui arment son sommet chez le mâle, et représentent les derniers vestiges de l'armure tarsale disparue en même temps que la segmentation en articles distincts.

\J Armure génitale des deux sexes montre des différences variées. Dans le mâle, si nous considérons d'abord Vœdeagiis, nous voyons que la dimension d'une part, le nombre et la grandeur des dents qui l'arment de l'autre, séparent tout d'abord Lainbessanus de N elvai et à' Abd el leader, ceux-ci ayant une longueur moindre et des dents plus nombreuses. Par contre, le développement du sac intrapénien montre une gradation inverse; c'est dans Lajubessaïuts qu'il atteint le maximum d'étendue et de différenciation, et chez Nelvai qu'il est le plus restreint. J'ai déjà indiqué la corrélation qui s'observe entre cet organe et les laminœ dentatce de la femelle et je me borne à la rappeler.

Dans les organes préhensibles : iinais et ses apophyses, connectifs latéraux, teginnen et sac eus, on ne trouve que des divergences peu accusées; il n'en est pas de même pour les valves qui sont plus caractéristiques. Celle d' Abdelkader, par sa forme plus courbe et à sommet en pointe arrondie, s'écarte assez distinctement de celles de Lambessanus et de Nelvai dont les bords sont plus ou moins longuement parallèles dans leur partie distale et qui sont tronquées obliquement à l'extrémité; la dernière possède en outre en propre un caractère qui fait entièrement défaut chez les deux autres, c'est Vaire rugueuse développée sur sa membrane interne que j'ai décrite et dont je n'avais constaté jusqu'ici la présence que chez des Espèces distinctes,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 343

particulièrement ehez les diverses races de Satyrus Parisatis, Kollar, d'Asie occidentale. J'ai remarqué que cet organe varie en densité et en étendue, celles-ci pouvant être restreintes. En ce qui concerne Nelvai, l'asymétrie de sa disposition, le désordre de ses éléments, leur inégalité de développement indiquent que nous nous trouvons en présence d'un caractère en voie de différenciation assez peu avancée et, par conséquent, d'une valeur incertaine. Le rapport qu'il paraît y avoir entre son existence et l'absence des écailles androconiales, n'en est pas moins intéressant à signaler.

L'étude de V Arunire génitale femelle, à peine commencée, demanderait une plus longue pratique et l'appui de comparaisons nombreuses pour permettre d'apprécier avec assez d'exactitude les différences que nous avons rencontrées. De celles-ci quelques-unes, telles que les cavités terminales du bord supérieur de la plaque vaginale, la longueur des lamïnce dentativ et la force des dents qui les couvrent, sont symétriques des parties correspondantes de V Arnnire mâle; il en est d'autres comme la vaste lame foliacée libre dans la cavité génitale externe dont la dimension, la forme et la sculpture paraissent sans rapport avec aucun organe mâle; mais je noterai en passant que c'est précisément cette lame qui, de tous les caractères mis en parallèle entre les groupes Abdelkader et Cordula, présente les caractères les plus divergents.

Pour conclure et comme conséquence de ce qui précède, je vois, pour ma part, dans l'Espèce Abdelkader, trois formes d'un même type ayant acquis, chacune, par l'effet de leur localisation définie et de leur adaptation éthologique, des caractéristiques différentielles divergentes si accentuées qu'elles doivent être considérées comme des Soiis-Espèces, au sens le plus exact du mot. Si larges, en eftet, que soient les limites que l'on peut assigner d'avance aux variations individuelles, je ne pense pas

344 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

qu'elles puissent combler des écarts aussi grands que celui qu'on observe entre les pattes antérieures de Lambessanns et de Nelvai qui sont précisément, dans la répartition géographique discontinue de l'Espèce, les deux formes à la fois les plus opposées par le degré d'évolution et les plus rapprochées par l'habitat.

Ce que nous savons des lois de l'évolution, et notamment de l'orthogenèse, nous permet de prévoir que cette différenciation déjà si accentuée des trois Sous-Espèces dans presque toutes leurs parties, ne pourra que s'accentuer, dans l'avenir, pour aboutir enfin à leur séparation complète. En ce qui concerne Lambessanus et Nelvai, j'ai déjà indiqué que cette séparation pourrait presque être considérée comme un fait acquis, si Abdelkader n'existait pas, non plus que les individus transitionnels que je n'ai pas vus, mais dont l'existence est possible.

Dans tous les cas, la disposition philogénique probable des trois Sous-Espèces formant actuellement le groupe Abdelkader, peut être imaginée ainsi :

Souche?

Lambessantts Abdelkader Nelvai

A un point de vue général, nous trouvons encore dans les différences de ces races une preuve de la répercussion sur la morphologie tout entière des influences locales dans les diverses formes d'une même Espèce. Bien que généralement admise, cette idée n'avait jamais été vérifiée — à ma connaissance tout au moins — sur un ensemble de caractères des deux sexes chez les Lépidoptères, et l'on peut remarquer qu'elle se trouve concorder ici avec les modifications subies par la coloration et confirme les conclusions admises et basées sur ce seul caractère.

Paris, juillet 1914.

F. Le Cerf.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 345

Melanargia Lucasi, Rambur.

L'Espèce a été l'objet d'une longue dissertation qui se trouve imprimée aux pages 354-357 du Vol. III des Etudes de Lépidoptérologie comparée. J'ai fait figurer sous les n°^ 683 et 684 de la PI. LXXIV, dans le Volume V^ du même ouvrage, un cf pris à Sebdou en mai 1907 et une Q récoltée à Lambèse en juin de la même année. Le cf présente une série complète d'ocelles sur le dessous des ailes inférieures, tandis que chez la Q, on voit, comme dans le plus grand nombre des exemplaires, subsister la lacune intranervurale entre les deux groupes de 2 et de 3 taches ocellées.

Je ne pourrais que rééditer les renseignements qui sont insérés au V^ol. III, dans la notice consacrée à la Melanargia Lucasi, une des espèces de Rhopalocères les plus communes en toute la contrée barbaresque au nord de la région saharienne. Je prends donc la liberté de prier le Lecteur de vouloir bien s'y reporter.

Il est très intéressant d'observer dans le Genre très homogène Melanargia l'application étendue à toutes les Espèces du Genre, des mêmes Lois de variation. Ainsi la règle actuelle, c'est que l'un des espaces intranervuraux des ailes inférieures manque de tache submarginale ocellée, tandis que tous les autres espaces intranervuraux sont occupés par un ocelle. Mais il arrive : 1° que la lacune dans cet espace intranervural se trouve comblée par un ocelle, ce qui forme alors une série non interrompue de taches ocellées aux ailes inférieures, en dessus, comme en dessous, ou sur l'un des côtés plus complètement que sur l'autre; 2° inversement, que toutes les taches ocellées, ou simplement que quelques-unes de ces taches fassent défaut. Ces deux modes contradictoires de variation atteignant également toutes les Espèces de Melanargia, constituent comme un des caractères même du Genre.

M. Harold Powell m'a remis la notice suivante au sujet de Melanargia Lucasi :

346 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

u L'Espèce est abomlante dans ies prairies montagneuses, an nord et au nord-ouest de Sebdou, où je l'ai rencontrée à partir du 20 mai 1907; elle continue à voler, dans cette région, jusqu'à la fin de juin. Elle paraît manquei à la région de Géryville; cependant, les localités où l'on pourrait espérer la trouver n'y sont pas rares, surtout dans le massif boisé du Ksel. Plus à l'est, près d'Aflou, nous avons trouvé Lucasï commun, mais localisé; le papillon n'y volait que dans les prairies marécageuses — ■ parfois très peu étendues — aux environs de certaines sources. L'Espèce n'a commencé à éclore, en 191 1, à Afiou, qu'après le 15 juin; la saison, en 191 1, était certainement en retard, mais, d'une façon normale, Lucasi doit éclore plus tard, dans le Djebel-Amour, qu'à Sebdou et dans les localités moins élevées du Tell. Je l'ai noté, comme très frais, autour de l'Ain-Aflou, le 28 juin 191 1; assez frais, le 8 juillet et commun, le 12 juillet, dans une prairie touffue et marécageuse entourant l'Aïn-Tirahine; à cette dernière date, presque tous les cf étaient usés par le vol, mais certaines Q se trouvaient encore très fraîches.

Melanargïa Lucasi est abondant dans le nord de l'Aurès. Nous l'avons rencontré communément dans les prairies et les clairières gazonnées, aux environs de Khenchela, en mai et juin 1908, par i.ioo à 1.200 mètres d'altitude; les premiers individus y ont été signalés, le 23 mai; il est probable, cependant, que l'éclosion avait commencé quelques jours plus tôt; le 13 juin, nous prenions encore des Q bien fraîches. Plus haut sur les montagnes, l'Espèce paraît un peu plus tard que dans le voisinage immédiat de Khenchela. Il en est de même à Lambèse, où ce papillon est extrêmement abondant dans toutes ies prairies cultivées, dans les ravins des montagnes et dans les clairières de la forêt.

Les 7 et 8 juin 191 3, nous avons rencontré un nombre phénoménal d'individus dans le haut des vallées de Talramt et cfe l'Oustili, surtout dans le fond des petits ravins, où, par places, l'herbe ét^it haute et vigoureuse. Pareil fait avait été noté, le 10 juin 191 2, à Baïou, près Lambèse.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 34/

Lucas} ne fréquente pas les coteaux secs et les jDlaines arides; je ne l'ai jamais vu dans la région désertique; ses mœurs sont semblables à celles de M. Galathea et de M. Lachesis. J'ai souvent observe, de très près, la Q libre, dans l'espoir de me rendre compte de la façon dont est effectuée la ponte; ces observations m'ont convaincu que l'œuf n'est pas fixé sur une tige, feuille ou objet Cjuelconque; je crois qu'il est lâche par la Q, pendant son vol et qu'il tombe à terre ou dans une touffe.

Je n'ai jamais pu constater la chute de l'œuf, mais les agissements des Ç Q m'ont quelc]uefois persuadé qu'elles pondaient pendant que je les observais.

La Q qui semble vouloir pondre, vole, pour deux ou trois minutes, à une faible hauteur au-dessus de l'herbe; elle passe souvent entre les chaumes et feuilles, n'avançant que lentement, mais avec un battement d'ailes assez rapide; ensuite, elle se pose sur une tige ou sur une feuille et ne reprend son vol au-dessus des Graminées qu'après quelques minutes de repos. Comme je n'ai jamais vu pondre une Q posée, j'imagine que les œufs sont toujours lâchés pendant le vol.

Les œufs que j'ai extraits du corps des ç Q , ressemblent beaucoup à ceux de M. Galaihea-Procida du sud de la France.

La chenille, que j'ai trouvée plusieurs fois, dans son dernier stade, en mai, aux environs de Lambèse, a une grande ressemblance avec celle de Gaîathea-Procida, qu'elle dépasse en taille cependant; elle présente deux formes. Tune verte, l'autre d'un gris carné clair. La forme verte est de beaucoup la plus commune, à en juger par les individus rencontrés à Lambèse.

Dans son dernier stade — et probablement dans les deux stades précédents — la chenille se tient cachée, le jour, dans la touffe d'herbe et ne monte sur les feuilles, pour manger, que la nuit. Elle vit sur plusieurs Graminées et je l'ai rencontrée quelquefois, en cherchant avec la lanterne, le soir, dans l'herbe des prairies au-dessus de Lambèse, ainsi qu'à Timthemam. Elle atteint son maximum de développement, en avril-mai, à Lambèse. A 1. 200- 1.500 mètres, sur le versant nord des montagnes, la

34^ LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

chenille ne se rencontre guère après le 15 mai, mais à Timthemam. à une altitude d'environ 1.700 mètres, je trouvais encore des chenilles, bien avancées, à la fin de mai 191 3.

L'éclosion du papillon se produit trois ou quatre semaines après la chrysalidation. La chrysalide ne me paraît pas différer sensiblement de celle de Gdlaihea-Procida, sauf par la taille plus grande.

En captivité, les chenilles se sont chrysalidées à la surface de la terre contenue dans la boîte d'élevage, sans avoir construit de cocon ».

Melanargia Syllius, Herbst, var. Pelagia, Obthr.

J'ai traité déjà assez longuement de l'histoire de Melanargia Syllius dans les Volumes III et V (part. J ) des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

A la page 362 du Vol. III, j'ai signalé l'Espèce comme ayant été capturée à Sebdou, en mai IQO/, et aux pages 188 et 189 de la Part. I du Vol. V, j'ai défini les caractères qui différencient, chez Melanargia Syllius, la race algérienne des races européennes. J'ai donné à la morphe algérienne de Syllius le nom de Pelagia et j'ai fait figurer sous le n" 547 de la PI. CX un exemplaire <3 de Melanargia Syllius-Pelagia-novemocellala, d'après un exemplaire capturé à Géryville par Harold Powell, en mai 1910.

Je prie le Lecteur de vouloir bien consulter les renseignements détaillés qui sont donnés sur Pelagia, dans les Volumes III et V^, aux pages précitées.

La Melanargia Syllius, mais dans une morphe différente de l'algérienne Pelagia, habite en Espagne, dans les Pyrénées- Orientales, en Languedoc et en Provence.

Voici le résumé des notes prises par M. Powell :

« Cette Espèce ne paraît pas être très abondante, en Algérie; elle se trouve sur les Hauts Plateaux de la Province d'Oran; mais

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 349

elle n'a été signalée, à ma connaissance, ni sur le littoral» ni dans le Tell. Je ne l'ai pas rencontrée dans la Province de Constantine. A Sebdou, en 1907, je n'ai pris que deux cfcf de la race Algérienne de Sylliits; un premier individu, le 16 mai, à deux kilomètres au sud-ouest du village et un second, le 23 mai, au même endroit.

Le papillon est bien moins rare à Géryville et à Aflou. A Géryville, nous le prenions assez communément, en mai et en juin 1910, dans la grande plaine ondulée au nord des gorges, ainsi que sur les petites élévations de la plaine de Géryville et sur l'aride Djebel-El-Beiod. Un peu plus abondant que M. Inès, avec lequel il volait, nous le trouvions moins facile à capturer que ce dernier, non seulement parce qu'il se montrait plus méfiant, mais aussi parce qu'il se laissait emporter bien plus loin par le vent, si on le manquait du premier coup de filet.

SylliHS'Pelagia était déjà éclos, le 13 mai 19 10, date à laquelle j'ai fait une première chasse dans la plaine d'Alfa du nord, et il se trouvait, alors, en état moins frais, en général, o^'lnes; mais les deux Espèces ont continué à éclore jusqu'en juin, les éclosions ayant été retardée^i, probablement, par le temps froid de la dernière quinzaine de mai.

Une Q de Pelagia, très fraîche, a été capturée le 18 juin, mais, à partir de cette date, le papillon est devenu rare et n'a pas tardé à disparaître.

Charles David m'a assuré avoir vu un accouplement de Syllius- Pelagïa ç avec Inès cT, mais je n'ai moi-même jamais observé pareil fait.

A Aflou, les premiers exemplaires ont été pris le 7 juin 191 1. I^'Espèce y est plus rare qu'à Géryville. L'œuf de M. Syllius est déposé sur les tiges et les feuilles des diverses Graminées qui nourrissent la chenille et y reste fixé. Je crois qu'en Algérie, la chenille vit principalement sur le Lygeum sfartuvi et l'Alfa; je ne l'ai jamais trouvé, dans ce pays, mais le papillon fréc]uente des localités où ces deux Graminées sont les seules Espèces abondantes. En captivité, la Q pond très bien sur l'Alfa ».

350 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Melanargia Inès, Hoffm.

Charmante Espèce très répandue dans diverses localités de la Barbarie. Elle est commune à Sebdou, où elle vole en mai; à Bou-Saada (mai) ; à Lambèse (mai et juin); à Méchéria (mars) ; à Oran; à Beni-Ounif (mars).

Elle varie beaucoup pour l'ocellation des ailes inférieures, en dessus aussi bien qu'en dessous. Comme dans les autres Espèces de Melanargia, les exemplaires normaux présentent sur les deux faces un groupe de deux ocelles séparé, par une lacune intranervurale, d'un autre groupe de trois ocelles. En dessus, les cmq ocelles sont noirs pupilles de bleu violâtre; en dessous, le centre des taches ocellées est blanc bleuâtre cerclé de lilas rosé, puis de jaune et enfin de noir. Quelquefois, les ocelles sont très réduits et partiellement absents sur les deux faces; c'est l'Ab. reducla, Obthr. ; inversement, un point noir, surgissant dans l'espace intranervural libre, fait plus ou moins complètement la liaison entre le premier groupe de deux ocelles et le second groupe de trois ocelles; c'est l'Ab. compléta, Obthr.

J'ai déjà fait figurer sous les n""* 685 et 686 de la PL LXXIV, dans le Volume V, part. I, des Etudes de Lépidoptcrologic comparée, l'Ab. mélanienne Hiiehncri, Obthr., de lues; je fais figurer cette fois, sous les n"' 2325 et 2i2(i de la PI. CCLXXXVII, l'Ab. compléta, prise à Beni-Ounif, en mars 191 2, par M. le lieutenant Bacque, et l'Ab. reducta, de la vallée de Ronda, en Andalousie (juin 1906), sous le n" 2327 de la même Planche. Je ne possède pas d'exemplaire algérien présentant l'Ab. reducta.

La Melanargia Inès n'a jusqu'ici été rencontrée qu'au sud de l'Espagne, en Portugal et en Barbarie.

D'après M. Harold Powell, la Q de M. lues pond ses œufs à la façon de Syllius, c'est-à-dire qu'elle 'es fixe isolément sur les tiges et les feuilles des Graminées qui nourrissent la chenille. En captivité, plusieurs Ç) Q ont pondu sur l'Alfa, à Géryville,

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 35 I

en mai IQIO. La chenille vit, selon toute probabilité, sur plusieurs Graminées croissant dans les localités plutôt sèches, fréquentées par le papillon ; M. Powell ne l'a pas élevée.

Pararge Megera, Lniné.

Décrite comme suit par Linné (1767) : <■; Megera 142. P. N. {Fapilio N yniphalis) alis subdentatis luteis fusco fasciatis . utrinque primoribus sesquiocello; posticis supra quinis. — Habitat in Austria, Jacquin; in Dania, Fabricius. — Similis P. Mœrœ, sed alae supra luteae fusco fasciatas, nec totse fuscae. Primores ad apicem utrinque similiter ocello, cum adjacente minuto, supra obsoleto, Postice supra lutescentes, ocellis quinque : primo cœco, ultimo didymo. Subtus cinercae, griseo undulatEe ocellis 6: postremo didymo; margo posticarum vix manifeste dentatus ».

Dans une autre édition du Sys/ciiia Kd/iifu', '.rom. I, Pars \, au lieu de Megera, on lit ; u Megœra, 142. P. alis dentatis luteis fusco fasciatis : anterioribus ocello; posterioribus supra quinis, subtus sex. Habitat in Europae graminosis. Larva villosa, viridis, pallido striata; cauda bifida ».

Aux pages 364-367 du Volume 111 des Etudes de Lép'uioptéralogie comparée, le Lecteur trouvera une notice assez développée, relativement aux variations géographiques observées jusqu'ici chez Pararge Megera, Espèce répandue depuis l'Angleterre jusqu'au Sud-Algérien.

Le Pararge Megera ne paraît guère mériter de porter le nom de la seconde des trois Furies; il n'excite, en effet, ni querelles, ni haine, et il paraît le plus moffensif des papillons. Sa larve elle-même ne peut être rendue responsable d'aucun dommage. D'ailleurs, l'abondance de Pararge Megera semble partout assez modérée.

La morphe algérienne de Megera présente une teinte générale un peu plus vive que celle de l'Europe centrale, bien que tous les

échantillons ne se . trouvent pas aussi vivement colorés que d'autres. Ce sont surtout les g qui offrent, en Algérie, des exemplaires d'un fauve orangé plus clair.

Ma collection contient des échantillons de Sebdcu Tmai, août et septembre 1907); de Biskra (mai 1884 et 1885, janvier et février 1910); de Lambèse (mai 1885 et juin 1907); de Khenchela (mai 1908); de Yakouren (juillet et août 1907); de Magenta; de Méchéria; de Hussein-Dey (décembre 1907 et février 1908) et de Tunisie.

Le Pararge Megera varie pour le nombre des ocelles, notamment aux ailes supérieures, en dessus et en dessous. Il y a des localités où ce mode de variation s'accentue d'une façon très curieuse et plus fréquemment qu'ailleurs, notamment à Lectoure (Gers). En Algérie, la règle paraît être un gros ocelle noir pupille de blanc aux ailes supérieures, surmonté quelquefois d'un très petit point blanc cerclé de noir, vers l'angle apical, comme il est dit dans la description linnéenne.

Aux ailes inférieures, en dessus, il y a le plus ordinairement une rangée de quatre ocelles noirs pupilles de blanc, intranervuraux; quelques rares exemplaires en montrent cinq et d'autres trois seulement; mais les trois ocelles du centre sont toujours plus gros que les deux extrêmes.

Pararge yïgeria, Linné.

En rapportant les termes de la description linnéenne sur la page 372 du Vol. III des Eludes de Lépidoptérologie comparée, j'ai fait observer que l'Espèce avait été initialement décrite d'après des échantillons de l'Europe méridionale et de Mauritanie.

11 ne semble pas que le Pararge JEgeria ait été conservé dans la collection de Linné, puisque Roger Verity écrit dans Révision of îhe linnean types of palœarctic Rhopalocera, ce qui suit : (( Pararge Aigeria (1758). Linnœus does not seem to hâve

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 353

possessed this species, for which he gives Southern Europe and Africa as habitat ».

Le Docteur Moritz Wagner, dans Atlas zu Reisen in der Regentschaft Algier in den Jahren 1836, 1837 und 1838, donne sur le Tab. IX une figuration très bonne, en dessus et en dessous, de VHipparchia Meone, forme algérienne que nous appelons aujourd'hui JEgeria, d'après Linné. Le nom Meone, jadis appliqué pour désigner la forme méridionale à'A^geria, se trouve désormais dépourvu d'application. Dans la description de Linné, on lit ces mots : Ahs dentatis fitscis luteovariegatis. On peut, en effet, se servir de l'adjectif lut eus pour qualifier la couleur des taches qui sont répandues sur le fond brun des ailes.

Le Pararge Aigeria est assez commun dans la plupart des localités de la Barbarie où l'on a jusqu'ici collecté des Lépidoptères : Tanger, Sebdou, Tlemcen, le littoral algérien et tunisien, Lambèse, Yakouren, Biskra.

Dans les Etudes d'Entomologie, j'ai fait figurer sous le n'' 18 de la PL 2 de la XX' livraison une aberration d'^geria très intéressante dont ma collection renferme deux échantillons cf semblables, l'un pris dans la Gironde et l'autre à Sebdou, par le Docteur Codet. Le fond des ailes, au lieu d'être fuscits, est d'un blond pâle, mais les tache.^ sont restées d'un fauve orangé vif. C'est l'exemplaire girondin qui a été figuré dans les Etudes d'Entomologie. J'ai donné le nom à.' Albescens à cette Aberration albinisante de Pararge Mgeria.

En Algérie on voit voler, presque toute l'année, la Pararge JEgeria. Elle donne à Alger une éclosion en décembre et janvier, une seconde en mars et avril, une nouvelle en été; comme des exemplaires précoces ou tardifs de chaque génération ne cessent d'établir la liaison entre les générations successives, il ne se passe guère de lacune dans toute l'année, pour le vol de ce Satyride, amateur des buissons, fréquentant les jardins même urbains et ne s'éloignant guère du lieu où il est né.

354 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Epinephele LycaonMauritanica, Obthi.

J'ai distingué la morphe algérienne de Lycaon par le nom de Maicrilanica, à la page 58, dans la VP livraison des Etudes cV Entomolo gie.

La g, en Algérie (PL CCLXXXVII, ûg. 2329), est d'un aspect très sombre. Aux ailes supérieures, les deux ocelles noirs sont simplement cerclés de jaune pâle et le fond des ailes est d'un brun assez foncé. Chez le çS (PI. CCLXXXVII, fig. 2328), les androconies tranchent vigoureusement par leur épaisseur et leur couleur noirâtre sur le fond brun soyeux des ailes. L'Espèce est commune à Géryville, en juillet; à Sebdou, en juin; à Lambèse, en juin; à Khenchela, en juin; à El-Kantara, en mai; à Magenta, en juin, et sans doute dans beaucoup d'autres localités algériennes. On constate des variations assez notables dans la taille; quant à la teinte du fond des ailes, elle est, chez les cf, plus ou moins grise ou blonde; mais les Q présentent une morphe très sensiblement égale ou uniforme, bien qu'il y ait des différences individuelles, comme on en remarque dans toutes les Espèces lorsqu'on a sous les yeux une longue série d'exemplaires. En Italie, au Monte Cairo, M. Orazio Querci a trouvé des Lycaon g analogues à celles d'Algérie {Mauntanica), en même temps que des g ayant le fond des ailes supérieures très largement envahi par la couleur jaune. Ce n'est plus un cercle jaune qui entoure les ocelles noirs; lesdits ocelles ressortent sur un lavis entièrement jaune. Je fais figurer un cf et une g de Géryville sous les n"' 2328 et 2329 de la Planche CCLXXXVII, ainsi que cela est déjà indiqué plus haut.

M, Powell m'a transmis les renseignements suivants :

({ Epinephele Lycaoïi-Maitrïtanica éclôt en juin; les éclosions continuant à se produire en juillet, dans les régions les plus élevées; le papillon vole, ensuite, pendant la plus grande partie de l'été et on rencontre encore quelques Q g usées et affaiblies, au commencement d'octobre.

I.ycaon-Maurïtanica aime beaucoup les fleurs de thym, de Teucriuui et de divers chardons; il m'est souvent arrivé de faire s'élever un véritable nuage de papillons de cette Espèce, occupés à butiner sur les fleurs du thym, dans quelc]ue clairière de la forêt. Au plus fort de l'été, après la disparition plus ou moins complète des fleurs, le papillon recherche, pendant la journée, l'ombre des buissons et arbres de chêne-vert ou de genévrier; en passant à côté de certains buissons, on en fait sortir des vols considérables de Lycaon, de Satynis Seniele-Algirica, de S. Sylvicola, de Catocala Nymphcea et de C. Nymphagoga; les Satyrides se reposent, le plus souvent, sur le sol, à l'ombre, tandis que les C al 0 cal a se tiennent sur les troncs et les branches. Lycaon est, alors, difficile à capturer; son vol est rapide et très irrégulier et il se réfugie de nouveau, le plus vite possible, dans les buissons touffus.

L'Espèce abonde sur les collines et montagnes boisées qui limitent les Hauts Plateaux au nord et au sud. Je l'ai trouvée aux environs de Sebdou et de Géryville, ainsi qu'à Aflou et dans le Djebel-Aurès ; on ne la rencontre que rarement dans la plaine d'Alfa. La ponte ne commence guère, je pense, avant la mi-juillet; elle se prolonge jusqu'en septembre. L'œuf est déposé sur les feuilles et les brindilles sèches de certaines Graminées, le plus souvent très près du sol.

L'œuf, dont la hauteur est d'environ 0.0007, est de forme ovoïdo-conique, à somm.et et à base tronqués, l'aire basale étant plus large que celle du sommet. Le sommet est marqué de deux cercles surélevés, l'un intérieur, bornant la rosette de cellules micropylaires, l'autre extérieur, près du bord du sommet; le diamètre du cercle intérieur est d'environ 3/20 de millimètre, celui du cercle extérieur d'environ 1/3 de millim.ètre. Ces deux cercles sont reliés entre eux par une série de côtes, assez larges, mais en très faible relief. La cuvette micropylairc, très évasée, est recouverte de cellules minuscules.

Les côtes verticales, au nombre de 18, sont très nettes, peu élevées et assez largement séparées entre elles par des plaines;

elles partent du bord de la base et atteignent le cercle extérieur du sommet. Les rides transversales sont peu prononcées et asser. mal définies. La coque de l'œuf est blanche, peu épaisse. Des œufs pondus en captivité, à Lambèse, entre le 15 et le 18 août 191 3, ont commencé à éclore le 29 août de la même année; la jeune chenille est munie de longs poils blanchâtres, légèrement recourbés ; elle dévore plus ou moins complètement la coque, après l'éclosion. Les quelques chenilles de Lycaon-Mauretanica que j'ai obtenues d'éclosion, ont bien commencé à se nourrir de la Graminée que je leur avais fournie, mais en examinant la touffe, en octobre, je n'ai pu en retrouver une seule; toutes avaient disparu ».

Epinephele Jurtina, Linné.

Le Docteur Verity, dans Revision of the linnean types of palœarctic Rhopalocera (p. 184), fixe la question restée jusque là litigieuse de savoir à quelle Morphe pouvait s'appliquer le nom Jurtina. Voici les termes employés par le Docteur Verity : « Epinephele Jurtina (1758). The spécimen bearing the Linnean label is a fine female of the North African race, usually known under the name of Jonunata, Alph. As this name stands in Syst. Nat. before Janira, Staudmger has donc well to point out that, according to the accepted rules, it has the right of prionty, but, now we know that the type is of African origin, \ve must furthermore add that this race should be considered as nimotypical and Alpheraky's name sunk in synonymy; it must also be noted that Linnaeus gives Africa as well as Europe as habitat of jurtina, showing he knew of females frcm both localities ».

D'après Verity, Janira est un petit mâle de la même Espèce, mais de la race européenne, de sorte que le nom de Jurtina convient pour désigner la morphe algérienne, tandis que le nom de Janira sera conservé pour la morphe de l'Europe centrale.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 35/

£pinephele Janiroïdes, Herrich-Schaeffer.

Le cf a été figuré par. Herrich-Schaeffer dans Systematische Bearbeitnng der Schmetterlinge von Enropa, sous les n°^ 533 et 534 de la Tab. 1 1 1 {Papilionides Eîtrop.) ; puis par moi-même, sous les n"^ 5 <7 et 5 (^ de la PI. i, dans la première livraison des Eludes d^ Entomologie.

XJ'Epinephele Janiroïdes a été trouvé jusqu'ici le long du littoral algérien et tunisien à l'est d'Alger; ma collection contient des exemplaires de Collo; Bône (juin 1884); Djurjura (juillet 1884); Yakouren (juillet et août 1907); Aïn-Draham, en Kroumirie. M. Holl a pris Janiroïdes à Baïnen (mai à juillet) et à la Glacière de Blida (juillet).

J'ai donné une notice sur Janiroïdes, aux pages 387 et 388 du Volume III des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Dans la ligne b de la PI. 46 de l'ouvrage : Les Macrolépidoptères du Globe, le Docteur A. Seitz a publié la figure d'une forme nouvelle cf : abbreviata, chez laquelle la bande fauve des ailes supérieures, en dessus, n'atteint pas l'ocelle subapical qui se trouve ainsi placé en dehors et au-dessus de cette bande fauve. Tous les passages existent entre la forme qui est considérée comme normale et celle que le Docteur Seitz a distmgué par le nom de abbreviata.

Pour la taille, Janiroïdes est assez analogue à son congénère Telmessia qui est bien certainement une Espèce distincte et non une variété de Jurlina. Dans les deux Espèces : Janiroïdes et Telmessia, chez la Q les ailes sont sensiblement plus grandes que chez le cf.

L'ocelle noir situé à l'apex des ailes supérieures de Janiroïdes est quelquefois double, pupille d'un ou de deux petits points blancs. Dans les cf, les taches fauves sont de couleur plus ou moins claire ou orangée, plus ou moins développées ou rétrécies. C'est dans la forme abbreviata que se classent les exemplaires dont les taches fauves sont le plus réduites. Les Q présentent

35S LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

généralement la surface des ailes, en dessus, très largement teintée de fauve; mais certaines Q sont très rembrunies dans l'espace basilaire. En dessous, quelques Q montrent, le long du bord marginal des ailes inférieures, une série de taches ocellées jaunes plus ou moins pupillées de noir; d'autres Q sont absolument dépourvues de ces petits ocelles jaunes et il y a entre les deux formes extrêmes tous les passages.

J'ai fait figurer une Q Janiroïdes remarquable par sa taille relativement grande, sous le n° 2330 de la PI. CCLXXXVII.

Epinephele Pasiphaë, Esper.

J'ai traité de l'histoire de Pasiphaé aux pages 393-395 du Volume III des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Aux environs de Nemours et de Sebdou, en Oranie, on rencontre le plus ordinairement la morphe appelée Philippina par Austaut ; cette morphe est caractérisée par le rétrécissement de la bandelette blanche, transverse, sur le milieu des ailes inférieures en dessous. L'expression extrême de Philippina a été décrite par le même Entomologiste Austaut, sous le nom de Tessalensts, d'après des exemplaires provenant de la montagne de Tessala.

Je fais figurer sur la PI. CCLXXXVIII un cf Tessalensis (fig. n° 2333), un cf et une Q Philippina (fig. n"' 2334 et 2336), tous co-types de la description de M. Austaut et que m'a offerts jadis l'auteur lui-même.

J'ai dit plus haut que la race de Sebdou était généralement réf érable à Philippina. Ayant sous les yeux une série d'environ 70 exemplaires de Sebdou, je constate qu'en dessous, suivant l'observation faite par Austaut, les ailes postérieures sont ordinairement plus obscures, parce que la bande blanche ordinaire se trouve rétrécie; mais, en dessus, on remarque à Sebdou, comme dans d'autres localités algériennes, d'intéressantes variations résultant de ce que l'espace basilaire est plus ou moins envahi par la couleur brune. Certains exemplaires algériens cf paraissent

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 359

avoir le dessus des ailes aussi clair que les d' ordinaires de y Epïnephele Ida auxquels ils ressemblent beaucoup. Certaines Q sont en dessus très largement lavées de fauve et quelques-unes sont très ocellées, même aux ailes supérieures. Je fais figurer un cf de Magenta et une Q du Djurjura qui représentent assez exactement le genre de variation, que je signale ci-dessus

(PI. ccLxxxviii; cr fig. 2335; 9 fig. 233;).

Comme il pourrait arriver qu'un autre que moi, pour peu qu'il appartienne à l'école fruhstorférienne, s'empresserait de donner des noms à ces variétés, je préfère procéder moi-même à cette dénomination; je désigne donc la race O* de Magenta, avec le vocable de Taurina, pour rappeler le taureau blanc auquel Pasiphaë, fille du Soleil et de Crête, suggestionnée par Vénus, voua un amour si désordonné. Le d* de la variété Taurina a les ailes supérieures, en dessus, beaucoup moins obscurcies non seulement que Thilippina, mais que les races française et espagnole de Pasiphaë. On peut rencontrer des Variétés Taurina dans diverses localités algériennes. Quant à la Q viultiocellata, elle est rare; en effet, en Algérie, il est extraordinaire qu'on voie des points noirs dans l'espace fauve, au-dessous de l'ocelle subapical. Au contraire dans le Var, aux environs d'Hyères et dans les Bouches-du-Rhône, il semble que la majorité des Epinephele Pasiphaë montre une tache noire supplémentaire située mférieurement à l'ocelle subapical. Dans les Pyrénées- Orientales, aussi bien qu'à Vittoria et à Carthagène, cette tache noire surnuméraire se laisse très rarement remarquer.

Epinephele Ida, Esper.

Le nom Ida désigne une nymphe fille de Melisseus, roi de Crète; une fille de Corybas, épouse de Lycaste et mère de Minos; une fille de Dardanus, roi des Scythes; enfin, la montagne au pied de laquelle avait été bâtie la ville de Troie. C'est donc une dénomination mythologique dont la signification est très diverse.

300 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

UEpinephele Ida est une Espèce répandue dans plusieurs localités algériennes. La petite forme d'El-Kantara, dont je fais mention à la page 392 du Volume III des Etudes de Lépidoptérologie comparée, sans la distinguer par aucun nom, est sans doute celle que le Docteur Seitz a appelée lapidipeta. Elle est, en effet, très petite; du moins le cf. Les androconies sont larges, mais le dessous, chez les nombreux exemplaires que je possède, est moins foncé que ne le représente la figure publiée par Seitz, dans la ligne d de la PL 46 de l'ouvrage : Les Macrolépidoptères du Globe. La description de lapidipeta ne fait pas état du mélanisme des ailes inférieures en dessous; elle indique seulement que le dessous est plus uniforme. D'après Seitz, la morphe Cecilia, Vallantin, du versant nord de l'Atlas oriental, a également le dessous des ailes plus uniforme, particulièrement chez le cf; mais le Docteur Seitz indique que cette morphe mérite à peine un nom.

A la page 392 précitée du Volume III des Etudes de Lépidoptérologie comparée, j'ai indiqué les localités algériennes d'où j'ai reçu VEpiîiephele Ida-^ je les insère de nouveau comme suit : Djurjura (juillet 1884); Lambèse (juin 1885); Tanger (juin 1880); Bône (juin 1884); El-Kantara (mai 1908); Alger (mai 1908); Terny, près Sebdou (i*"" juillet 1907); Nemours.

Cœnonyrapha Arcanioïdes, Pierret.

Je prie le Lecteur de vouloir bien se reporter aux pages 19-23 du Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Je ne trouve rien à ajouter à la notice que j'ai déjà publiée dans l'ouvrage précité, si ce n'est que dans l'énoncé des localités, il faut supprimer Sebdou et mettre à la place Misserghin. Je rappelle cependant que j'ai distingué la seconde génération estivale sous le nom de Holli. Le Docteur Adalbert Seitz appelle Major la morphe printanière que je considère comme type. Dans la description originale {Annal. Soc. ent. France, 1837, p. 306

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 36 1

^t 307), Alexandre Pierret ne parle pas de l'époque où le Satyrus Arcanioïdes fut capturé. Il dit seulement que ce fut à Oran, dans la Barbarie. Mais, d'après la figure publiée sous le n° 5 de la PI. 12, dans les Annales précitées, la taille du papillon et le disque de ses ailes supérieures largement fauve et non rembruni, comme chez Holli, indiquerait que la forme typique d' Arcanioïdes est plutôt celle de printemps que celle du mois d'août. Voilà pourquoi je considère la forme dite Major par Seitz comme étant la race type. Dès lors le nom Major ne semble pas devoir être appliqué.

Je fais figurer un cf Holli œstivalis, pris à Maison-Carrée le 31 août 1908, et un (S biocellata, pris à Rovigo le 20 mai 1907, sous les rf^ 2331 et 2332 de la PI. CCLXXXVII.

Cœnonympha Dorus^Austauti, Obthr.

Je ne connais d'autres exemplaires algériens du C œiionympha Dorus que ceux provenant de Nemours et dont je suis redevable à M. Austaut.

J'ai fait représenter le cT Austauti, de Nemours, sous le n" 386 de la PI. XLVIII, au Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Dans la description initiale de la variété Austauti qui se trouve imprimée aux pages 59 et 60 de la VP livraison des Etudes d'' Entomologie (mars 188 1), j'appelle l'attention sur les traits fauves intranervuraux qui sont placés, chez le cf, au-dessous de la tache orbiculaire noire apicale des ailes supérieures, en dessus. Je fais remarquer qu'en dessous, sur les ailes inférieures, la ligne blanche extracellulaire est plus vive ; enfin, en ce qui concerne la Q, non seulement les dessins sont aussi vivement accusés que dans le cf, mais les ailes sont assez obscurcies.

A la page 35 du volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée^ j'ajoute quelques observations, comme suit :

(( Sur les ailes inférieures, en dessous, l'espace blanc est plus étroit et intérieurement il est limité par une ligne plus droite;

362 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

les points ucellés, sans être en série rectiligne, chevauchent moins que dans les Doriis du Midi de la France ».

Le caractère rectiligne de l'éclaircie blanche sur le dessous des ailes inférieures est très remarquable.

Une très intéressante race française du C œnonympha Dorus est celle de l'Aveyron que j'ai appelée : micro phthalma et dont un cT est figuré sous le n" 388 de la PI. XLVIII précitée. La variété micro phthalma semble très constante; j'en ai vu un nombre considérable d'exemplaires qui constituent une très remarquable spécialité.

Je prie d'ailleurs le Lecteur de vouloir bien se reporter, pour l'histoire du Cœnonympha Dorus, à la notice qui se trouve imprimée aux pages 31-38 du Vol. IV des Eludes de Lépidopt. comparée.

Cœnonympha Fettigii, Obthr.

Le cf est figuré sous les n°' \ a di b de la PI. I, dans la I'''' livraison des Etudes cV Entomologie (1876). Je n'ai rien à ajouter aux renseignements contenus dans le Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée (p. 38-44) ; les deux sexes de la forme Eettigii type, de Sebdou, sont figurés sous les n"' 398 et 399 de la PI. XLVIII du Vol. IV, et les deux sexes de la morphe HoUi, provenant de la Glacière de Blida, se trouvent eux-mêmes représentés sous les n°' 396 et 397 de la même PI. XLVIII. Depuis la publication du Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée (avril 1910), je n'ai ajouté à ma collection aucun exemplaire du C œnonympha Fettigii; M. Powell n'ayant rencontré l'Espèce ni dans le Djebel-Amour, au sud de la province d'Oran, ni dans le Djebel-Aurès, en la province de Constantine.

Cœnonympha Vaucheri, Blachier.

Les deux sexes de cette Espèce marocaine ont été figurés sous les n"" I et 2 de la PI. XIX dans les Trans. ent. Soc. London,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 363

1905, d'après des exemplaires que M. E. G. B. Meade-Waldo indique comme provenant de Tsauritz Entsagauz (6 juillet) et de Tizi Gourzâ (11 juillet 1901). Comme le dit Elwes, (( Cœnonympha Vaucheri is a very distinct species which can be mistaken for no other )>. Je ne trouve aucune addition à apporter à la notice concernant Cœnonympha Vaucheri et insérée aux pages 45 et 46 du Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Cœnonympha Pamphilus, Linné.

Au printemps, on trouve en Algérie la forme Pamphilus, légèrement modifiée par rapport à la forme de l'Europe centrale, et en été, la forme Lyllus, Esper, produisant l'Ab. Thyrsides dont j'ai fait figurer un exemplaire pris à Khenchela, sous le n° 393 de la PI. XLVIII, dans le Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Depuis que j'ai publié dans le Volume IV de l'ouvrage précité, aux pages 46-49, une notice assez détaillée sur Cœnonympha Pamphilus, j'ai reçu de ce petit Satyride si commun partout où il habite, une abondante série récoltée aux environs de Lambèse, durant les années 191 2 et 191 3, tant par l'Arabe Sari-Lakdarben-Laouès, depuis le mois de février, que par Chierotti, sous la direction de Harold Powell, en juin, juillet et août. Jusqu'en juin, c'est la forme Pamphilus qui paraît sans mélange de la morphe Lyllus; cependant en Algérie, même en février, le Cœnonympha Pamphilus a le fond des ailes inférieures, en dessous, un peu plus teinté de jaunâtre que dans le centre de l'Europe; à partir de juin, on observe un mélange de Pamphilus et de Lyllus, avec des échantillons curieusement transitionnels. Certains cf, notamment, ont le dessus des ailes plus jaune et moins rougeâtre.

En juillet et août, Lyllus prédomine, et ce sont surtout les Q qui sont accentuées dans le sens Lyllus. Les cf, en dessus, ne sont pas toujours très différents, en été, de la forme printanière

364 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

de leur Espèce; cependant, en dessous, le fond des ailes inférieures est beaucoup plus ocracé.

On remarque des variations d'ocellation très intéressantes. Le cf, surtout, peut ne présenter d'ocelle subapical que sur la surface inférieure des ailes supérieures; en dessus, ce n'est que par transparence du dessous, qu'on perçoit la présence de l'ocelle noir sur l'autre face; quelquefois, sur le dessous des ailes supérieures, on constate la présence de deux, trois, quatre et même cinq taches ocellées, noires, cerclées de fauve pâle; le gros ocelle subapical ordinaire est généralement seul pupille de blanc, en dessous; car, lorsqu'il paraît en dessus, il semble que l'ocelle subapical des ailes supérieures est toujours aveugle. Le dessous des ailes inférieures présente souvent une rangée submarginale de six petits ocelles noirs, cerclés et très finement pupilles de blanc. Le gros ocelle noir subapical, aux ailes supérieures, en dessous, peut être accompagné, en haut ou en bas, d'un ocelle plus petit et qui lui est contigu. Il convient de remarquer que les ocelles supplémentaires ne sont pas toujours complets; ils paraissent souvent indiqués par une simple éclaircie arrondie. L'ocellation semble assez symétrique sur les deux côtés des ailes, chez chaque individu.

Il est très rare de trouver en Algérie la variété qui est marquée d'une série de points noirs submarginaux, intranervuraux, aux ailes inférieures, en dessus. Cette variété, que Tutt a appelée ocellaia, semble abondante à Akbès. Je n'ai vu aucun exemplaire algérien de la var. bipupilla/a, laquelle est distinctly doublepupilled, en dessus.

On peut capturer en été, dans les diverses localités de l'Algérie, de superbes échantillons de l'Ab. Thyrsides. L'Espèce, malgré sa vulgarité, offre donc, à cause de sa variation saisonnière et des circonstances si diverses de son ocellation, un réel intérêt; aussi, les Chasseurs Entomologistes auraient tort de négliger la récolte du C œnonynipha Pamphilus, ainsi que cela arrive toujours trop souvent. En effet, c'est une erreur de croire que l'intérêt

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 365

scientifique d'un papillon se mesure à la valeur vénale qui lui est attribuée par les trafiquants de l'Entomologie.

Libythea Celtis, Esper.

A été trouvée par M. Holl, à la Glacière de Blida, en juin et juillet.

Zephyrus Ouercus=Iberica, Stgr.

Très abondante dans diverses localités des trois provinces d'Algérie, en juillet et août. J'ai signalé les localités algériennes d'où je possède Zephyrus Querciis-Iberka, à la page 60 du Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Thecla Ësculi, Huebner.

Ainsi que je l'ai exposé à la page 75 du Vol. IV des Eludes de Lépidoptérologie cojnparée, les Thecla Esculi et Ilicis constituent deux unités spécifiques absolument distinctes. Ilicis ne se trouve pas en Algérie et j'ai eu tort d'écrire {loc. cit., p. 75) que u M. Holl signale la Thecla Uicis-Cerri, Hùbner, du Camp des Chênes, en juin, et de Blida-Glacière, en juillet (province d'Alger) ».

Cette observation se rapporte à Esculi-Poiuelii, non à Ilicis- Cerri, à qui je répète que je l'ai attribuée à tort.

Dans le Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée, j'ai traité longuement de la question qui intéresse la Thecla Esculi. J'ai fait figurer sous le n° 405 de la PI. XLIX le cf de la Thecla Escidi-Mauretanica, Stgr., de Sebdou, et sous les n"' 403 et 404 de la même PI. XLIX, le cf et la Q de Thecla Esculi-Mauretanica-Poîuelli, de Khenchela.

Staudinger et Rebel, dans leur Catclog 1901, définissent Mauretanica comme suit : « Minor, subtus obscurior, fere unicolor ».

366 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Il y a aussi la forme llicoïdes, Gerhard; elle est unicolore en dessus, d'une teinte noirâtre foncée, d'assez grande taille, avec les taches rouges bien apparentes; elle se rencontre à Yakouren.

Maure.tanica et Powcllï se trouvent toutes les deux également à Scbdou et à Khenchela. C'est un papillon très abondant sur les chênes verts.

Callophrys Avis, Chapman.

I.a question relative à Callophrys Avis et Riibi a été exposée aux pages 85 à 95 du Volume IV des Eludes de Lépidoptérologie comparée.

La Callophrys Avis, dont la découverte est due à la remarquable sagacité de M. le Docteur T. A. Chapman, de Reigate, a été observée en Barbarie, dans les localités suivantes : Tanger, Khenchela (Povvell), Alger (Holl), Tunisie (Faroult). La Callophrys Avis est bien plus localisée que Rubi. J'ai fait figurer Avis de Aïn-Draham, en Kroumirie, sous le n° 420 de la PI. L.

Callophrys Rubi, L

mne.

On trouve en Algérie une luurphe de Thecla Rubi assez analogue à celle de France et d'Angleterre et une autre race que Staudinger {Calalog, 1901) a appelée Fervida. J'en ai publié la figure sous le n" 421 de la PI. L, dans le Volume IV des Etudes de Lépïdopthologie comparée. Staudinger définit Fervida comme suit : « Supra multo dilutior, fere brunnea )>.

Il y a des exemplaires dont le dessus des ailes est d'un brun rougeâtre assez clair, ce qui ne se remarque pas chez les échantillons de l'Europe centrale. En Algérie, la Thecla Rubi est assez répandue. Ma collection contient des spécimens capturés en Tunisie, à Lambèse, Méchéria, Sebdou, Cap Aokas, Khenchela, Alger, Géryville, Glacière de Blida. Le papillon éclôt au premier printemps; on le voit voltiger de mars à juin, suivant les localités et les altitudes.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 367

Thestor Ballus, Fabr.

La forme type du cf est unicolore. Aux pages 97 et 98 du Vol. IV des Etudes de Lépïdoptérologïe comparée, j'ai donné, par analogie à l'Espèce voisine Thestor Mauritaniens qui présente la même variété, le même nom nndulatus, Gerhard, aux cf Ballus ayant le bord marginal des ailes inférieures, en dessus, orné de quelques petites taches rouge orange.

M. Dupont a décrit une Q de Thestor Ballus prise à Mascara, par le Docteur Gros, chez laquelle la couleur rouge du dessus des ailes est remplacée par de l'or pâle. G'est la var. Crosi, Dupont.

M. Holl a appelé Oberthiiri une Q albinisante présentant une exagération de la variété Crosi, en ce sens qu'une teinte crème remplace la couleur normale rouge orange du dessus des ailes. Le même Entomologiste a désigné une Q mélanisante sous le nom de Weheri; les ailes inférieures de W eberi sont entièrement envahies par la teinte brun foncé. Les Ab. Oberthiiri et W eberi ont été prises aux environs d'Alger. Je ne les connais pas plus en nature que je ne connais l'Ab. Crosi.

L'Arabe Sari-Lakhdar-ben-Laouès a fait, de février à mars 191 3, une abondante récolte de Thestor Ballus à Lambèsc. Le; dessous des ailes donne quelques jolies variétés, notamm.ent pour la couleur verte des ailes inférieures. Gertains individus tendent au bleuâtre; d'autres sont d'un vert franc. La ponctuation noire, aux ailes supérieures, varie pour le nombre et la position des macules noires si finement soulignées de blanc.

En Algérie, Ballus habite à Alger, Maison-Garrée, Méchéria, Lambèse, Gollo, Tlemcen, Kouba, Mascara et sans doute en bien d'autres lieux; on l'a aussi trouvée en Tunisie.

Thestor Mauritanicus, Lucas.

En outre des localités algériennes où il est à ma connaissance que Thestor Mauritanicus a été rencontré et que j'énumère à la

368 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

page g6 du Vol. IV des Etudes de Lépïdoptérologïe comparécy je dois citer les environs de Lambèse. L'Arabe Sarî-Lakhdarben-Laouès y a fait, en février et mars 1913, une ample récolte de la jolie Lycaenide qui paraît spéciale à la côte barbaresque.

J'ai précédemment distingué iloc. cit., p. 96 et 97) les variétés suivantes de Thestor Mauritanicus :

Ab. cf, SabidosiLS ; le dessus des ailes plus ou moins complètement d'un ocre jaune clair;

Var. cf, Boisduvali; le dessus des ailes supérieures orné d'une tache orange, comme chez la Q, mais moins large et moins vivement colorée;

Var. cf, Undulatus, Gerhard ; le Ijord marginal des ailes inférieures, près l'angle anal, est marqué de deux ou trois taches, quelquefois assez grosses, d'un rouge orangé

Il y a d'autres variétés que m'ont révélées les chasses de Sari- Lakhdar-ben-Laouès. Je nomme l'Ab. cf trisiis; en dessous, les ailes supérieures sont presque entièrement dépourvues de l'éclaircie orangée. Par ailleurs, on constate une grande diversité chez les cf, comme chez les Q, pour la ponctuation noire des ailes supérieures, en dessous; généralement, on observe ime ligne arquée, maculaire, submarginale, prenant naissance au bord costal et se dirigeant vers l'angle interne. Les quatre ou cinq premières taches de la série maculaire sont d'un noir vif et assez grosses; les autres, qui sont le prolongement de la série, sont plus ou moins réduites ou même quelquefois nulles.

Dans l'espace médian, près de la côte, il y a un amas de taches noires; tantôt presque compact, formé de quatre taches, tantôt présentant cinq ou six taches divisées en deux groupes plus ou moins contigus, d'autres fois encore présentant une seule bande maculaire, composée de cinq taches qui descendent du bord costal vers le bord interne; enûn, vers la base, on constate un nombre très variable de taches ou traits noirs.

De plus, il convient d'observer que le fond des ailes varie

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 369

pour la couleur et que la maculature et les linéaments noirs des ailes inférieures sont aussi très variables.

Dans ces conditions, il ne me semble pas qu'il y ait lieu de distinguer, par des noms, les variations dont les caractères manquent de fixité et sont simplement individuelles. Les figures qui sont publiées dans le présent ouvrage, sous les 11°^ 23S8, 2389, 2390, 2391, 2392, 2393 et 2394 de la PI. CCXCII, seront le meilleur enseignement de la variabilité du dessous des ailes chez le Thestor Mauritaniens.

Cigaritis Siphax, Lucas.

J'ai déjà traité amplement la question des Cigaritis algériens aux pages 401-404 du Volume III des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Je distinguais alors quatre Espèces et une Variété :

Siphax y Lucas;

Allardi, Obthr. ;

Zohra, Donzel;

Massinissa, Lucas ;

et la variété fugurtha, Obthr.

Mamtenant je considère Zohra, comme le cf, et Massinissa, comme la Q d'une même Espèce.

La première Espèce Siphax ne semble donner lieu à aucune contestation. Elle a été figurée par Lucas dans VExploration scientifique de l'Algérie {Lépid., PI. I, fig. 8 et 8 a). J'ai moimême publié dans la XX*" livraison des Etudes d'Entomologie, sous les n°^ 83 et 84 de la PI. 5, la figure de deux variétés prises à Bône et que j'ai appelées pallida et pauciniacîdata.

Staudinger a nommé Erythrea une forme qu'il a ainsi définie : alis posticis subtus obscure violaceis. Il me semble que ce sont surtout les exemplaires du littoral oriental de l'Algérie et de la Tunisie qui présentent cette variation Erythrea.

370 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

J'ai reçu Siphax des localités suivantes : Bône, Collo, Aïn- Draham en Kroumirie, Khenchela (mai et juin 1908), Djurjura (juillet 1884), Aflou (mai iQii). L'Espèce est assez variable. Tantôt le dessous des ailes, notamment chez le cf, est obscur et d'un brun terne, avec une faible éclaircie fauve sur le disque des supérieures; tantôt, au contraire, le dessus des ailes offre sur le milieu des supérieures, et plus ou moins largement sur les inférieures, une coloration d'un fauve rougeâtre assez vif. En dessous, le fond des ailes inférieures varie du brun ocracé jaunâtre assez clair au brun vineux foncé; les taches argentées ressortent généralement bien sur le fond des ailes; les taches en question sont entourées d'un cercle brun plus ou moins obscur, par rapport à la teinte du fond des ailes. Quoique ces diverses variations ne représentent qu'une modalité dans la tonalité de la coloration, l'aspect des papillons est cependant quelquefois assez différent chez Siphax. Ainsi les exemplaires d'Aflou qui donnent d'ailleurs deux races, l'une claire, l'autre foncée, sont généralement, surtout par le dessous des ailes inférieures, bien distincts de la var. Erythrea. On constate du reste tous les passages entre les formes extrêmes. Sur les Planches CCXCII et CCXCIII, on peut voir sous les n°^ 2397 à 2402, les figures de diverses morphes du Cigaritis Siphax, cf et Q.

Cîgaritis Allardi, Obthr.

Sebdou, en mai. Je possède trois cf et six g du Cigaritis Allardi; l'Espèce paraît rare; elle est figurée sous les n°^ 8 et 9 de la PI. III, dans la IX^ livraison des Etudes d'Entomologie, avec le nom erroné de Zohra, Donzel.

La Cigaritis Allardi est une Espèce très tranchée et bien distincte, notamment par la direction rectiligne des trois séries de macules brunes pupillées d'argent qui se détachent sur un fond blanc pur et prennent naissance au bord costal des ailes inférieures, en dessous. J'ai donné une description détaillée de

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 37 1

la Cigaritis Allardï sur les pages 401-403 du Vol. III des Eludes de Lépïdopiérologïe comparée. Allardi et Siphax ne suscitent point de doute quant à leur séparation spécifique, relativement aux autres Espèces algériennes de Cigaritis. Les figures 8 et 9 sur la PI. III, dans la IX'' livraison des Etudes d'Entomologie, sont fort exactes. Cependant je crois devoir faire figurer dans le présent ouvrage, à nouveau, une paire de Cigaritis Allardi, afin que toutes les Espèces algériennes de Cigaritis se trouvent repiésentées en même temps et dans le même ouvrage. De cette façon les distinctions spécifiques se trouveront facilitées. Les figures 2395 et 2396 de la PI. CCXCII sont consacrées à la représentation du Cigaritis Allardi cf et Q.

Cigaritis Zohra, Donzel

Qu'est-ce exactement que Zohra, Donzel, et Massinissa, Lucas ?

La réponse, d'après mon opinion actuelle, c'est que Zohra est le cf et cjue Massinissa est la Ç d'une seule et même unité spécifique.

En effet, si l'on se reporte aux figures 5 et 6 de la PL 8 de la 2® série, tome V, des Annales de la Société ent ontologique de France, 1S47, on a l'impression que le papillon représenté par Donzel et décrit à la page 528 des Annales précitées, comme étant une Q, est plutôt un cf, contrairement au dire de Donzel.

D'ailleurs, Staudmger et Rebel (Catalog, 1901, n° 525, p. 76) réunissent Zohra et Massinissa, les considérant comme appartenant à une même Espèce. C'est que, sans aucun doute, les auteurs précités auront, ainsi que je le fais maintenant moimême, envisagé Zohra et Massinissa comme étant les deux sexes du même Cigaritis ?

Quant à Massinissa, il a été représenté par Lucas, sous les n"^ 2 (î et 2 1^ de la PI. 2, clans le Volume VIII (2'' série) des Annales de la Société cntomologiqiie de France, 1850, d'après un échantillon capturé par le général Jean Levaillant, sur les plateaux du Djebel-Amour,

372 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Lorsque j'écrivis la notice qui est consacrée à Cigarïtïs Massinissa et qui se trouve imprimée aux pages 403 et 404 du Volume m des Etudes de Lépidoptérologic comparée (1906), je ne connaissais les papillons du Djebel-Amour que d'après la maigre récolte rapidement faite dans la région de Géryville, en mai 1886, par le lieutenant Lahaye. M. Harold Powell n'avait point encore exploré cette partie du Sud-Oranais à laquelle il consacra deux saisons (Géryville, 1910, et Aflou, 191 1).

M. Powell trouva en juin, dans les environs de ces deux localités, le véritable Cigarïtis Z ohra-M assinissa. Je lui suis redevable d'une grande quantité d'exemplaires en excellent état de conservation; notamment certaines Q cadrent parfaitement avec la figure que Lucas a publiée de Massinissa, en 1850. Nous sommes donc présentement exactement fixés sur ce qu'est Massinissa, puisque des échantillons dont l'identification ne peut faire aucun doute, ont été retrouvés dans le Djebel-Amour. Chez Zo/îra, comme chez Massinissa, le fond des ailes inférieures, en dessous, est blanc. Donzel se contente de dire que le Cigaritis Zohra a la Barbarie pour patrie. Mais dans ses Observations sur les Lépidoptères des Genres Papiiio, Anthockaris, Cigaritis et Cerocala du Nord de l'Afrique (Ann. Soc. ent. France, 1850), H. Lucas fait connaître, à la page 25, qu'il a appris par le général Levaillant que Zohra avait été trouvée dans les vallées du Djebel-Amour.

Dès lors nous savons que Zohra et Massinissa ont été initialement récoltés dans la même contrée.

Rien que j'aie déjà fait représenter sous le nom de Massinissa (mais avec un point de doute) un çj (n" 128) et une Q (n" 132) d'un Cigaritis pris à Géryville, en mai 1886 {Etudes de Lépid. comparée. Vol. III, PI. XXV), je crois, comme je le dis plus haut, à propos de Cigaritis Allardi, utile de représenter ensemble toutes les Espèces algériennes actuellement connues du Genre Cigaritis, aftn d'en faciliter l'étude et d'en fixer exactement la différenciation spécifique. C'est ainsi que je fais aussi figurer de

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 373

nouveau le Cigaritis Jugiir/ha, Obrhr., variété de Zohra-Massinissa, caractérisée par la couleur brun clair, et non blanche, du fond de ses ailes inférieures, en dessous.

La première figuration du Cigarilis Jugurtha se trouve publiée dans les n"' 6 et 7 de la PL III, dans la IX*" livraison des Eludes d'Entomologie. La variété ] iiguriha a été capturée à Sebdou, à Saïda et à Kralfallali. Elle est assez constante, bien qu'il y ait des individus dont la teinte brune, sur le fond des ailes inférieures, en dessous, paraît plus ou moins accentuée.

La Cigarilis Z ohra-M assinissa et la variété Jugurtha varient beaucoup, principalement pour la dilatation des dessins des ailes inférieures, en dessous. Chez quelques spécimens, les taches brunes confluent et recouvrent presque entièrement le fond du dessous des ailes inférieures. La figuration du Cigaritis Zohra et de la variété jugurtha se trouve sur la Planche CCXCIII, depuis le n" 2403 au n° 2413.

Polyommatus Chryseis, Bergstraesser.

A la page 129 du Vol. IV des Etudes de Léfidoptérologie comparée, je fais connaître que M. Neuschild a trouvé une race petite et obscure de Chryseis à Tlemcen, en Oranie. D'après ce que m'a écrit M. Neuschild, deux cf furent capturés par lui. Il voulut bien m'offrir l'un de ces deux exemplaires dont je n'aurais pas soupçonné l'existence en Algérie. Le cf que je possède ainsi, grâce à l'obligeance de M. Neuschild, est de très petite taille et comme décoloré, quoique très bien conservé et nullement usé par le vol. J'ignore si tous les exemplaires algériens de Chryseis sont comme celui de Tlemcen. Les points discoïdaux noirs sont bien marqués; la bordure, qui est d'un brun violet, paraît large; la teinte or rouge semble éteinte. Le dessous est coloré comme chez les Chryseis d'Auvergne et de Picardie; les points noirs sont petits mais vifs.

374 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Polyommatus Thersamon, var. Omfhale, Klug.

Signalé par M. E. G. B. Meade-Waldo (Transact. entomolog. Society of London, 1905, p. 378) comme capturé au Maroc. Voici les termes mêmes de la notice de M. Meade-Waldo : (( I only took one worn spécimen on the outskirts of Marocco City on June I2th. This species has not, as far we know, been previously taken in Africa ».

Polyommatus Alciphron, var. Gordius, Sulz.

Maroc. M. Meade-Waldo {loc. cit. sufra) rapporte la capture de Polyoïmnatiis Gordius dans les termes suivants : « I only saw it in the Atlas, \yhere it did not seem common; it was probably going over, as I only took two spécimens that were fresh. Tizi Gourza, July iith. Tsauritz Entsagauz, July 6 th 1901 )>.

M. Blachier a décrit et figuré, avec le nom de heracleana, la forme marocaine du Folyonimatus Alciphron-G ordius (Bulletin Soc. lépid. Genève, Vol. II, fasc. 4, août 1913, p. 255, PI. 20, Cf fig. I, g fig. 2).

Polyommatus Phœbus, Blachier.

Maroc. Décrit aux pages 216 et 217 des Annales Soc. ent. France, 1908, et figuré, en dessus seulement, sous le n° 6 de la PI. 4 des mêmes Annales.

Polyommatus Plilaeas, Linné.

Toute la Barbarie, sur la côte aussi bien que dans la région saharienne. M. Blachier figure le dessous des ailes d'une aberration marocaine albinisante, sous le n" 7 de la PL 4, dans les Annales Soc. ent. France, 1908; cette aberration est décrite avec le nom à'Oberthiiri, aux pages 217 et 218 des Annales, igo8.

L 'histoire du Polyoïninutns Phlœas est traitée assez longuement aux pages 98-105 du Volume IV des Etudes de Léfidopt. comparée.

I,a var. Eleus, Fabr., se trouve plus ou moins fréquemment en Algérie, ainsi que la variété cœrideopiinctata, Stgr.

La caudature des ailes mlérieures, en Algérie comme ailleurs, est moins accentuée chez Phirsas-ventalis que chez Vhlœasœstivalis et il semble que c'est surtout Phlœas-œstïvalis qui donne la morphe obscure El eus. Le Polyoïnmatus Phlceas, en Algérie, vole presque toute l'année.

A Yakouren, en juillet et août 1907, M. Dayrem a capturé des exemplaires de très grande taille avec les taches noires des ailes supérieures très grosses. M. Powell a trouvé à Sebdou, en juillet 1907, une Q qui est presque ciiprinus et, au même lieu, en mai 1907, un cf extrêmement pâle avec le fond des ailes grisâtre et la teinte or feu très claire.

Lycaena Bœtica, Linné.

Habite toute l'Algérie. M. Powell a obtenu de nombreux exemplaires à Géryville, oi^i ils sont éclos en mai et en septembre 1910, et à Aflou, où les principales éclosions se sont produites en juillet et août 191 1. Les chenilles vivaient dans les gousses du baguenaudier.

J'ai publié dans la Part. II du Volume V des Etudes de Lépid. comparée, aux pages 85-96, les observations faites par M. Harold Powell, au cours de son exploration des environs d'Aflou (Sud-Oranais), en 191 1, sur la symbiose des fourmis et des chenilles de trois Espèces de Lyccena. Il s'agit des Lycœna Bellargus, Bœtica et Jolas. Ne pouvant répéter ce qui a déjà été imprimé précédemment, je prie le Lecteur de vouloir bien se reporter aux pages précitées.

Sur la PI. photographique H a (Lépidopt. d'Algérie), dans la Part. II du Volume V des Etudes de Lépidopt. comparée, se trouve très bien représentée, mais agrandie, une Lycœna Bœtica Q

fraîchement éclose, posée à l'extrémité d'une branche de Juniperus Phœnicea.

La Lycœna Bœtica a été observée à Biskra, en janvier, février, mars et mai; à Lambèse en juin; dans le Djurjura, en juillet; à Bône, en juin; à Sebdou, en juin et juillet; à Sebdou, en mai et en septembre. J'ai cité plus haut les localités de Géryville et Aflou.

Les générations de la Lycœna Bœtica doivent, dans certaines localités, surtout du sud, se succéder presque sans interruption.

J'ai reçu de Bône la forme de Q que j'ai appelée albovittata, et qui présente une bande maculaire blanche submarginale aux ailes inférieures en dessus. Il semble que ce soit la seule forme Q dans certaines localités du sud, notamment au Sénégal.

Il est juste de rappeler que ce fut Guenée qui signala, le premier, — mais sans pouvoir en expliquer l'usage, — l'organe spécial au moyen duquel la chenille du Lycœna Bœtica sécrète la liqueur agréable aux fourmis. La notice écrite par Guenée a paru dans les Annales Soc. ent. France, 1867, pages 665-668, pi. 13, fig. 9, 10 et II.

Lycaena Telicanus, Huebner.

De même que sa congénère Bœtica, la Lycœna Telicanus se trouve répandue dans toute l'Afrique, les Indes-Orientales et le Sud de l'Europe; mais Telicanns s'avance vers le nord beaucoup moins loin que Bœtica. Elle est toujours fragile et délicate; aussi est-il rare de prendre au filet des exemplaires bien purs. Le cf, en dessus, a le fond des ailes d'un bleu violet assez sombre. Dans les régions tropicales : Sierra-Leone, Kamerun, Zanguebar, Natal, Lrichinopoly, Sikkim, Sénégal, lac Tanganika, île Bourbon, Madagascar, la Lycœna Telicanus présente un aspect plus clair qu'en Europe méridionale et en Barbarie. C'est ainsi que, dans les régions les plus chaudes, le dessous des ailes de Telicanns a le fond blanc, au lieu d'être blond ou brun doré, ainsi que cela se remarque généralement en Espagne, en

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 377

Italie, en Corse, en Provence. Dans toutes les contrées habitées par la Lycœna Telïcanus, en dessus, la base des ailes de la Q est sablée d'écaillés bleues; mais, tandis que le fond des ailes, en dessus, reste brun, chez la Q, au nord du Sahara, il est blanc dans la zone tropicale. Partout, les ailes inférieures, en dessous, sont ornées, près de l'angle anal, de deux taches noires ocellées cerclées de vert brillant et d'orangé.

Lycaena Theophrastus, Fabr.

Je prie le Lecteur de se reporter à la notice concernant Lycœna Theophrastus, publiée aux pages 157-160 du Volume IV des Etudes de Léfidoptérologie comparée.

Je n'aurais presque rien à ajouter aux renseignements que j'ai déjà fournis.

Une figuration de l'Espèce se trouve donnée sous les n°^ 409, 410, 411, 412, 413 et 414 de la PI. XLIX, dans Et. Lépid. comparée, Vol. IV.

Le n° 409 représente une Q aberrante, ayant, en dessus, les ailes brunes du côté gauche et bleues du côté droit; j'ai donné à cette Aberration asymétrique le nom de micœndescens.

Le n° 410 donne la figure de l'Ab. Radiât a.

La Lycœna Theophrastus affectionne le jujubier; non seulement elle habite en Barbarie, à Biskra, Scbdou, Djurjura (juillet), Bou-Saada, Aïn Sefra, Laghouat ; mais aussi on la trouve dans l'Inde, au Sénégal, en Abyssinie, à Kimberley, à Sierra-Leone et dans le sud-est de l'Europe où elle donne la forme Balkanika. Dans les régions tropicales, conformément à ce que l'on observe pour la Lycœna Telicanus, la Q Theophrastus tend à avoir le fond des ailes blanchissant en dessus.

Lycaena Martini, G. Allard.

Une jolie Lycœna abondante dans l'Est algérien, pendant les mois de mai et de juin. Elle est commune à Lambèse, Batna,

3/8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Khenchela. M. Holl l'a trouvée à Rovigo et au Camp des Chênes. J'ai traité avec détails de la Lycœna Martini^ aux pages 220 et 221 du Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Je fais' de nouveau figurer sous les n°^ 2356 et 2357 de la PI. CCLXXXIX, un cf et une g de la Lycœna Martini. La g (fig"- 2357) est très foncée en dessus et presque dépourvue d'atomes bleues, tandis qu'une seconde Q, représentée sous le n" 2358 de la PI. CCXC, se trouve assez largement lavée de bleu sur le dessus des ailes supérieures. Je possède des exemplaires dont les points noirs sur le dessous des ailes inférieures sont très réduits. On n'a pas encore trouvé la Lycœna Martini en Europe.

Lycaena AUardi, Obthr.

N'a encore été trouvée que dans l'Ouest algérien, à la différence de sa congénère Martini qui habite plutôt la partie orientale de l'Algérie. M. Harold Powell a pris un cf à Géryville en mai 1910 et un cf à Aflou en juin 191 1. C'est à Sebdou que la Lycœna AUardi a été rencontrée en plus grand nombre d'exemplaires. Elle y vole en mai. Gaston x^llard avait pris le premier cf à Daya. De même que j'ai de nouveau décrit la Lycœna Martini dans le Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée, ainsi j'ai essayé de tracer l'histoire de la Lycœna AUardi aux pages 225 et 226 du même ouvrage. Je prie le Lecteur de vouloir bien s'y référer. Il est possible que les deux Lycœna Martini et AUardi soient les deux formes orientale et occidentale d'une même Espèce ; cependant la connaissance comparative des premiers états est nécessaire pour trancher cette question.

Je fais représenter un cf de la Lycœna AUardi sous le n" 2353 de la PI. CCLXXXIX et deux q sous les n"' 2354 et 2355 de la même Planche. La Q (fig. 2354) est bien plus obscure en dessus et en dessous que l'autre Q. Pas plus que la Lycœna Martini, la Lycœna AUardi n'a été jusqu'ici rencontrée en Europe.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 379

Lycaena Dorylas, var. Atlantic a, Elwes.

Magnifique morphe marocaine de Dorylas, découverte à Tsauritz Entsagauz et à Imentalla où, d'après M. Meade-Waldo, elle était extrêmement abondante sur le sommet d'une colline, en juillet 1901.

La figure du cT et de la Q est publiée sous les n"' 5 et 6 de la PI. XIX, dans les Trans. eut. Soc. London 1905. La Q est très largement bordée de taches rouge-orange. En dessous, les points noirs des ailes supérieures sont très gros.

Lycasna Icarus, von Rottemburg.

C'est en Europe la plus répandue des Lycœna\ on la trouve aussi dans toute l'Algérie; j'ai fait connaître une Ab. Q Rufina, de Bône [Etud. d'Entojuol., XIX' liv., PI. 6, fig. 52) et une morphe Q sîiprà-Cœndea, de Lambèse {Etiid. d'EntojnoL, XX" liv., PI. 4, fig. 46). La Var. Celina, Austaut, n'a pas encore été figurée. Cette variété est caractérisée par sa taille très réduite et la ponctuation noire qui borde les ailes inférieures du çS.

Je possède des exemplaires de Aïn-Draham (Tunisie), Cap- Aokas (avril 1909), où presque toutes les g sont caerulescentes; voici le relevé des autres localités de Barbarie d'où j'ai reçu la Lyccena Icarus -.

Lambèse (avril 1884, juin 1885);

Sidi-beLAbbès (printemps 1879);

Bône, Djurjura (juillet 1884);

Géry ville (mai 1886);

Magenta (juin 1886);

Sebdou ;

Daya;

Biskra (mai 1885) ;

Aflou (août 191 0;

Hammam-Rhira (mai 1899).

Je suis porté à croire que la Lycœna Icatus se rencontre dans toute l'Algérie, depuis le littoral méditerranéen jusqu'au commencement du Désert. Je n'ai pas encore vu un seul exemplaire algérien de Lycœna Ther sites.

Lycaena Agestis, W. V.

Aux pages 244 à 254 du Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée, j'ai essayé de faire connaître les races géographiques de la Lycœna Agestîs; j'aime à disserter sur les Espèces dites communes, généralement trop méprisées par certains amateurs d'Entomologie. A cause de leur large diffusion sur la terre et du grand nombre d'exemplaires au moyen desquels leur Espèce prolifique anime si agréablement nos champs et nos bois, ce sont pourtant ces vulgarités qui nous donnent parfois la clef de bien des problèmes. Elles méritent donc mieux que notre dédain. D'ailleurs, pouvons-nous dire que nous les connaissons, parce qu'elles sont très abondamment répandues dans les montagnes et les plaines, au midi comme au nord? Combien nous reste-t-il encore à apprendre en ce qui concerne leur biologie! Tout ce que j'ai écrit précédemment à l'égard d' Agestis est demeuré, me semble-t-il, lettre morte. Pourquoi.^ Parce qu'aucune figuration n'est encore intervenue. Lorsque j'eus le plaisir de recevoir à Rennes la visite de l'excellent Rév. George Wheeler, il me demanda à voir mes boîtes d' Agestis, parce qu'il étudiait précisément cette Lycœna, en vue de continuer, me dit-il, l'œuvre de feu le regretté Tutt. Je me rendis compte que M. Wheeler, n'ayant pas vu de figures à l'appui de mes observations, avait besoin de voir les papillons eux-mêmes sur lesquels j'avais appuyé le texte écrit par moi; sans cela, il ne pouvait comprendre les différences de morphe dont j'avais cru reconnaître l'existence et dont j'avais tâché d'indiquer les caractères.

Il y avait, en effet, faute de figures, une grave lacune dans mon travail. La figuration s'est fait attendre, mais mon digne ami

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 38 I

Jules Culot, avec son talent si apprécié, a magistralement comblé la lacune en question dans le présent ouvrage.

Aussi bien, je publie des Etudes auxquelles j'ai donné la qualification de Lépidopiérologie comparée. Donc, tout en parlant ici plus spécialement de la Faune de la Barbarie, je dois, pour mettre exactement en valeur les Lépidoptères de cette Faune particulière, si besoin est, publier, à côté de la figure des papillons barbaresques, et comparativement, la représentation des mêmes Espèces observées dans d'autres pays.

Il en sera ainsi dans le présent Volume, pour la Lycœna Agestis. Cependant, je prie le Lecteur de se reporter au Volume IV des Eludes de Lépidopiérologie comparée.

C'est l'exposé de mes observations relativement à la variation géographique de la Lycœna Agestis, tel que je l'ai présenté en avril 1910, que j'ai l'intention de rendre intelligible, grâce à de nombreuses figures dont je reconnais de plus en plus l'impérieuse nécessité.

La Lycœna Agestis habite l'Ecosse, l'Angleterre, la France, l'Espagne, l'Italie, l'Algérie, l'Allemagne, la Russie, l'Asie jusqu'au Sikkim ; donc, elle vole depuis le nord des îles britanniques jusqu'au commencement du Sahara et depuis la Bretagne armoricaine jusqu'à des limites encore inconnues vers les profondeurs de la région asiatique.

Je fais donc figurer les morphes suivantes :

r Artaxerces cf et Q, Fabr., Ab. quadripunctata, Tutt. Edinburgh (cf, ex coll Bellier; Q, ex coll. de Graslin, par Doubleday). (PI. CCXC, fig. 2364 et 2365.)

2" Salrnacis cf (*), Stephens, Nord de l'Angleterre (ex coll. de Graslin, qui l'avait reçu de Doubleday). (PI. CCXC, fig. 236Ô.)

(*) Salrnacis était le nom d'iine fontaine de Carie, près d'Halicarnasse, la<juelle .ivait la réputation, de reoflre mous et efféminés ceux qui s'y baignaient. Salrnacis désigne aussi l'Hermaphrodite, fils de Mercure et de Vénus, élevé par les Naïades dans les antres du Mont Ida.

382 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

3" Ages/is cf. Angleterre (ex coll. Sheppard). (PI. CCXC, fig. 236;.)

4° Agesljs cf, Ab. Impunctata, Oblhr., Folkestone (Austin, 1890). (PI. CCXC, fig. 2368.)

Je mentionne ainsi quatre formes ou variétés britanniques de la Lycœna Ages/is.

En Ecosse, c'est-à-dire au nord du Royaume-Uni, les taches blanches du dessous des ailes sont privées de leur pupillation centrale noire. Sur le dessus des ailes, un point blanc discoidal peut paraître non seulement aux supérieures, ce qui est normal pour la morphe écossaise Artaxerces, mais aussi aux inférieures, ce qui constitue l'Ab. Quadripunctata^ Tutt. (*), plus on descend vers le sud, plus les taches blanches du dessous cessent d'être aveugles; dans la variété Salmacis, une pupillation noire paraît faiblement au centre des ocelles blancs, sur le dessous des ailes ; cette pupillation devient encore plus accentuée au sud de l'Angleterre, près des falaises calcaires de Folkestone, où la morphe ressemble beaucoup à la forme qui est normale dans plusieurs régions de l'Europe continentale.

De plus, la bordure marginale de taches orangées, sur le dessus des ailes, assez pauvrement prononcée dans les morphes Arlaxerces et Salmacis du nord de l'Angleterre, parait plus vivement colorée et plus étendue au fur et à mesure qu'on descend vers le midi de la Grande-Bretagne.

Il convient encore d'observer que dans Salmacis on remarque aux ailes supérieures, en dessus, le point blanc ordinaire

(*) A la page 250 du Volume IV des Etudes de Lcfidofiérologie comfaréc, j'ai eu tort d'écrire à projxis iV Artaxerces, à la ligne 5, « L'Ab. qtiadri-piinctata, Tutt, a en outre deux points blancs sur le dis(|ue des; ailes inférieures ». Il eût fallu dire : « Le caractère de l'Ab. quadri-punctata ^ Tutt, est d'avoir, sur le dessus de chaque aile, un point blanc, dont un ])ar conséquent sur le disciue des ailes inférieures ». Je ])rie le Lecteur de vouloir bien prendre note de cette correction nécessaire. Huebner représente sous les n°s 951, 952, 953, 954, la Lycaena Artaxerces, forme normale, avec un seul point blanc. Ce point blanc se voit à l'aile supérieure, en dessus; il n'y en a point de trace à l'aile inférieure,

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 383

d'Af/axerces, presque entièrement comblé par un point central noir.

Je fais figurer sous le n" 2367 de la PI. CCXC un exemplaire Agesiis cf de la collection Sheppard, dépourvu de tout point discoïdal noir sur le dessus des ailes supérieures. C'est un cas assez rare de carence du point cellulaire ordinaire, qui ressort presque toujours plus foncé sur le fond brun noirâtre des ailes; j'ai désigné cette Aberration par le nom de Adonis, Huebner. En effet, Huebner figure sous les n"" 698, 699, avec le nom d'Adonis, une Lycœna Agestis cf, dépourvue de ce point noir sur le dessus des ailes supérieures, donc appartenant à cette variété aveugle. De plus, ce papillon, mais seulement pour ses ailes inférieures, en dessous, appartient à l'Ab. Imfunctata que je représente complète sous le n*" 236S. Le dessus des ailes du n" 699 de Huebner paraît normalement ponctué.

5° Allons, Huebner {partivi).

Il y a dans l'iconographie de Huebner, sous le nom d'Allo/is, un mélange de deux formes distinctes.

En effet, ce nom Allons ne peut également convenir à tous les papillons figurés par Huebner, l'un sous le n° 990 et ceux sous les n"" 988, 989, 991 et 992 avec le même nom : Alloiis. C'est au n" 990 que j'attribue le nom A-lloiis. Ma collection contient 3 cf Allons, Huebner in" 990), pris en mai 1903, à 45 kilomètres à l'est de Zlaoust, dans l'Oural méridional. En outre, mon ami Avinoff m'a donné un cf de Borokoro, semblable à ceux de l'Oural ; c'est cet exemplaire bien pareil à celui figuré par Huebner sous le n° 990 que je fais représenter ici, sous le n" 2369 de la PI. CCXC.

6" Agestis, Huebner.

Je désigne sous le nom d\'iges/is, aussi bien les papillons figurés par Huebner avec le nom d' Allons (n''' 988, 989, 991 et 992), que ceux figurés par ce même iconographe, avec le nom d' Agestis (xf^ 303, 304, 305, 306).

384 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Sous les if' 2370 et 2371 de la PI. CCXC, je fais donc représenter comme Agestis, un cf de Larche, semblable au n" 988 {Allons, partim, Huebner), et une Q de Ryffelalp, tout à fait analogue à Allait s n'" 991 et 992, très analogue aussi pour le dessus des ailes, au papillon figuré par Huebner, sous le n° 305, et avec le nom à.' Agestïs, qui est appliqué également aux n°^ 303, 304 et 306. Seulement la teinte du dessous des ailes est moins rousse dans V Agestis de Ryffelalp que dans la figure donnée par Huebner sous le n° 306.

7" Nevadcnsis, cf et Q, Obthr., Sierra-Nevada (ex coll. de Graslin). Les Lycœna Nevadensis provenant de l'exploration entreprise par de Graslin et Rambur, en 1835, sont encore très beaux, malgré qu'ils soient depuis près de 80 ans piqués dans une boîte. Ce sont les plus grands des Agestis que j'ai vus. Le cf, en dessus, à part la taille, ressemble à Allons, Huebner (988). La Q possède, en plus grand nombre que le cf, les taches marginales orangées tout autour des ailes, en dessus.

Quant au dessous des ailes, il est, surtout chez le cf, d'un jaune de crème un peu carné (PI. CCXCI, fig. 2372 et 2373).

8° Gallica cf et g, Obthr. Je fais représenter un cf et une Q pris à Cancale, en juillet 1909.

C'est un papillon assez abondant au printem.ps et en été, sur les pelouses, dans notre jardin où j'aime toujours à le revoir, soit voltigeant au soleil, soit posé sur les herbes ou bien sur les fleurs.

Je fais figurer également une g prise à Plouharnel au mois d'août de cette même année 1909, alors que j'avais le plaisir de voyager dans le Morbihan, en compagnie de mon ami et excellent collaborateur artistique J. Culot. Agestis-Gallïca se trouvait en grand nombre reposé sur les buissons formés par les genêts dans le bois de pins à la base de la presqu'île de Ouiberon (PI. CCXCI, fig. 2374, 2375, 2376).

Chez Gallica, la bordure rouge orangé des ailes, en dessus, est plus large et plus vivement rouge que chez Agestis, Le fond

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 385

des ailes de G allie a cf, en dessous, est généralement gris aux supérieures et très légèrement café au lait aux inférieures. Les g ont le dessous des ailes assez sensiblement plus roux que les cf. Les points noirs sont gros, vivement cerclés de blanc crème, en dessous.

Un cf Agestis pris à Digne, le 23 avril 191 2, par M'"'' Coulet, est un peu aberrant en dessous et a le fond des ailes remarquablement gris (PI. CCXCI, fig. 237;).

Par la réduction de sa maculature orangée sur le dessus des ailes, comparativement à Gallica, cette Lycccna de Digne semblerait pouvoir être rapportée à Agestis.

Je signale une Aberration pallidior, Obthr., d'Akbès (PI. CCXCI, fig. 2378), chez laquelle les taches ordinairement orangées du bord des ailes, en dessus, sont devenues jaune pâle.

Reste la morphe méridionale de Corse et d'Algérie.

9° Calida, Bel lier.

Déjà figurée par Bellier, en dessous seulement, sous le n° 6 de la PI. 14 des Annales de la Société entom. de France, 1862, et décrite aux pages 615 et 616 des mêmes Annales.

Le spécimen ayant servi de modèle à la figure donnée par Bellier existe encore dans ma collection. Je fais figurer sous les n°' 2379 et 23S0 de la PI. CCXCI, un cf et une Q ayant appartenu à Bellier; ce sont les cotypes de l'exemplaire initialement représenté.

La Q est remarquable par la largeur de la bordure marginale orangée de ses ailes, en dessus.

Le fond des ailes inférieures du cf, en dessous, est d'un roux doré.

Cette forme Calida si remarquable par l'élargissement de la bordure marginale orangée, en dessus, existe en Algérie, comme en Corse; mais le dessous des ailes n'est pas toujours roux en Algérie; il y est parfois gris. Dans ce cas, le nom qui paraît devoir être appliqué est ornata, Si.gr.

386 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Dans le présent ouvrage, sont figurés un cf ornala, de Géryvillc, où l'a pris le lieutenant Lahaye, en mai 1886; une Q ornata, de Lambèse, capturée en juin 1884, par Merkl; enûn une Q calida, de Lambèse, où Harold Povvell l'a récoltée en juin 191 2 (PI. CCXCl; fig. 2381, 2382, 2383).

'Mais il arrive que dans le sud de l'Espagne, en Sicile et en Algérie, — - de même que la Lycœna î car us a souvent la taille réduite aux dimensions de la forme Celina, — de même sa congénère Agestis devient liUipiitana. Il en est amsi d'un cf ornata de Sicile, pris par Bellier; d'un cf Calida, recueilli à Sebdou, en juillet 1907, et d'un cf ornata, trouvé à Biskra, en mai 1885, que je crois utile de faire représenter dans cet ouvrage (PI. CCXCI, fig. 2384 et 2385; PL CCXCII, fig. 2386).

J'ai, plusieurs fois, reçu des Agestis de Simla et du Sikkmi, c'est-à-dire des deux extrémités occidentale et orientale de la chaîne de l'Himalaya indien.

Je fais figurer un cf de Simla, qui est bien exactement un Agestis cf et ne semble pas différer des exemplaires de l'Europe centrale.

Les localités algériennes d'où j'ai reçu Agestis sont les suivantes :

Lambèse (avril et mai 1884); Djurjura (juillet 1884); Biskra (mai 1885) ; Géryville (mai 1886); Magenta (juin 1886); Daya;

Sebdou (juillet et août IQ07); Cap Aokas (juin 1909); Yakouren (juillet 1909).

Il convient d'observer que la différence entre les morphcs Calida et Ornata est bien légère; les deux noms ne trouvent la justification de leur application que dans les exemplaires extrêmes.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 38;

Lycœna Bellargus, Esper, var. Punctifera, Obthr.

En Algérie, on trouve exclusivement la morphe Punctifera, dont j'ai fait figurer uii cf (var. rubrouiaculatd), sous le n" 57 de la PL XIX, et trois Q de la morphe Cerouus, sous les n°^ 58, 59 et 60 de la même PI. XIX, dans le Volume III des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

La Lycœna Bellargus-Punctifcra est une des plus jolies Espèces dans tout l'ordre des Lépidoptères; elle a deux éclosions par an, en Algérie comme en France centrale; d'abord en mai-juin, puis en août-septembre. Les exemplaires de la seconde génération sont ordinairement plus petits que ceux du printemps. Le cf, en Algérie, est, en dessus, d'un bleu clair éclatant, quelquefois un peu verdâtre; la frange est blanche, entrecoupée de noir; les ailes inférieures, le long du bord terminal, sont ponctuées de noir, dans chaque espace intranervural; l'espace qui est le plus près du bord anal est biponctué; le bord des ailes supérieures est, le plus ordinairement, simplement bordé de noir; cependant, assez souvent, chaque espace intranervural, le long de la bordure noire des ailes antérieures, présente lui-même une ponctuation noire.

ILarrive aussi que les points noirs, le long du bord terminal des ailes inférieures, sont parfois surmontés d'une éclaircie rouge ponceau du plus agréable effet. J'ai désigné sous le nom de riibrojnaculata, cette variété charmante, imitant un peu chez les cf la décoration rouge plus spéciale à l'autre sexe.

La variété ntbromacidata est assez rare; ainsi que je le rappelle ci-dessus, j'en ai publié la figure dans le Vol. III du présent ouvrage.

Quant aux Q, elles présentent plusieurs formes, mais elles peuvent se rapporter à deux principales :

I" Le fond des ailes, en dessus, est brun; les supérieures sont marquées, à l'extrémité de la cellule, d'une tache noire, quelquefois entourée d'un mince cercle plus pâle; les ailes sont

388 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

toujours bordées de rouge orange; seulement, surtout aux supérieures, l'accentuation de cette bordure est très variable, à tel point que chez certains exemplaires elle est très peu apparente. Aux ailes inférieures, dans la série submarginale de taches orangées, chaque espace intranervural contient un petit ocelle noir qui accompagne extérieurement chaque tache orangée; comme chez les cf, l'espace le plus voisin de l'angle anal est biocellé.

La couleur ordinaire rouge orange peut êlre remplacée par une teinte jaunâtre, et il y a tous les passages entre le jaune et le rouge.

2° Le fond des ailes en dessus est orné, entre les nervures, d'un semis plus ou moins épais d'écaillés d'un bleu clair très brillant.

Mais il convient d'observer que ces écailles recouvrent rarement la totalité de la surface des ailes, ainsi que cela a lieu normalement chez Cœlcslis des Charentes et de la Vendée; presque toujours la côte des ailes antérieures, chez fiinctïfera Q, reste brune ; les nervures se distinguent alors nettement, divisant par un trait brun la couleur bleu brillant qui est répandue sur le fond des ailes. Toutes les transitions existent entre la forme brune de la Ç) fiinctifera et la forme bleue la plus prononcée, celle qui approche le plus près de C œlestis, au point de presque équivaloir à cette dernière variété; mais ce qui se présente très rarement, ainsi que je viens de le faire observer. On remarque que chez les Ç à fond bleu et référables à la variété Connus, Esper, le long du bord marginal des ailes antérieures, la série de taches ordinairement orangées chez la Q brune, devient quelquefois blanchâtre. Aux ailes inférieures, chez les Q Ceromis, les points noirs marginaux, intranervuraux, sont surmontés d'une tache qui est rouge ponceau vif, plutôt que rouge orangé; inférieurement, les ocelles noirs en question sont accompagnés d'un croissant blanchâtre ou blanc bleuâtre très fin. Chez les Q brunes, ce croissant existe aussi, mais pas dans tous les exemplaires.

Toutes les transitions existant entre les Q à fond brun et les Ç) Ceromis les plus rapprochées de Cœlestis, il est aisé de

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 389

s'imaginer les différences qui peuvent survenir dans la variation. Une foule de combinaisons se remarquent, tantôt avec les ailes supérieures brunes et les inférieures bleues, tantôt inversement, ce qui est plus rare. On doit noter que chez les Q bleues ou bleuissantes, le point cellulaire des ailes supérieures ressort au milieu d'un entourage quelquefois d'un bleu brillant, ce qui est très apparent malgré la finesse dudit entourage.

Le dessous des ailes est café au lait; mais chez la Q, — qu'ow me permette cette comparaison, qui a pour elle le mérite de bien exprimer la vérité, — le café domine par rapport au lait. Les points noirs, aux ailes supérieures, sont gros, vifs, cerclés de blanchâtre; aux ailes inférieures, les points noirs sont moins gros; il y a souvent une éclaircie blanche, au milieu de la série extracellulaire de points noirs, entre ces points noirs et la bordure submarginale d'ocelles noirs surmontés de rouge orange. Le trait discoïdal noir, situé à l'extrémité de la cellule aux ailes inférieures, est entouré de blanc, de façon que cet entourage blanc prend l'aspect d'un triangle dont le sommet est tourné vers le bord marginal.

Les Aberrations par confluence ou inversement par suppression des taches noires sur le dessous des ailes, sont fréquentes et les rayonnements de taches noires, pour être presque toujours asymétriques, n'en sont pas moins quelquefois très prononcées.

Ma collection contient plus de mille exemplaires de punctifera, ce qui permet de se fixer exactement sur les diverses manifestations de la variation chez cette Lycœna.

M. Powell a pris un grand nombre d'exemplaires à Sebdou, en mai, aoilt et septembre 1907; à Géryville, au printemps et en été 1910; à Aflou, en mai, septembre et octobre 1911 ; à Lambèse, en mai et août 1912 et en mai, juin et septembre 1913; M. le Docteur Godet avait capturé punctifera à Sebdou, en 1882; M. Faroult l'a abondamment récoltée à Batna, en septembre 19 10. C'est à M. Gaston Allard que revient le mérite d'avoir découvert le premier, en Algérie, la Lycœna Bellar gus-pitnctifera.

390 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

M. Powell a donné, clans les Etudes de Lépidoptérologie comparée, Vol. V, part. Il, les plus intéressants détails sur la symbiose des fourmis et des chenilles de la Lycœna Bellarguspiinctifera\ M. Janet a bien voulu déterminer les fourmis envoyées par M. Powell; il y a deux Espèces, la plus petite est : Monojnovmni Salomonïs, Linné; la plus grande est : Crematogaster Scutellaris, Ol. M. Powell avait réussi à photographier deux fois la fourmi à cheval sur le dos de la chenille.

Voici comment Linné, dans le Systema Nattirœ, décrit la Formica Salomonts : « Formica rubra, abdomine nigro subvilloso. Mus. Lud. Ul. 418 : Habitat in /Egypto, Arabia, Palaestina ».

Lycaena Cyiiarus, von Rottemburg.

Lambèse, en avril et mai 1884 et 191 3; Khenchela, en mai; Aflou, où se trouve l'Aberration Ç Blachicri, Millière i^punctata, Gouin), dont je crois utile de donner la figure 2342 sur la PI. CCLXXXVIII, afin d'en faciliter la comparaison avec la var. niediopunctata de Melanops; Titouguelt, dans le Djebel - Aurès, en juin 1913; Baiou, près Lambèse, en mai et juin 1913. La Lycœna Cyiiarus paraît toujours être une espèce assez rare, en ce sens que, dans les localités où on la rencontre, elle est très généralement représentée par un petit nombre d'exemplaires.

Lycîena Melanops, Boisduval, \ar. Algïnca, Heyne-Ruhl.

Le Lecteur m'excusera de le prier encore une fois de se reporter à la notice que j'ai écrite en 19 10 sur la Lycœna Melanops et qui est imprimée aux pages 314-320 du Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Je crois devoir faire figurer dans le présent ouvrage, sous le n° 2359 de la PI. CCXC, un cf de Sebdou, dont la ponctuation des ailes supérieures, en dessous, est remarquablement accentuée. D'ailleurs, on observe que les Melanops cf algériens présentent en général une ponctuation noire très déve-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 391

loppée, surtout sur les ailes supérieures. D'autre part, trois Q de Lambèse sont représentées dans le présent volume, comparativement à une Q de Digne : mediopiinctata, Obthr.

A Lambèse, les Q Melanops ont fréquemment la bordure noire des quatre ailes, en dessus, précédée d'une série intranervurale de taches blanchâtres, dont la forme est généralement triangulaire; on trouve, mais rarement, une variété analogue dans les Pyrénées-Orientales. Le dessous des ailes, chez les deux Q de cette morphe qui sont figurées sous les n°^ 2360 et 2361 de la PI. CCXC, est très copieusement ponctué; tandis que la troisième Q de Lambèse (fig. n" 2362) a les ailes inférieures dépourvues de ponctuation, en dessous, et les points noirs ordinaires des ailes supérieures sont exceptionnellement réduits. En dessus, cette Q n'offre aucune particularité. Quant à la Q mediopu7ictata, de Digne (&g. 2363), elle se distingue, en dessus, par une série de points noirs, intranervuraux, décrivant sur le milieu des ailes inférieures une courbe parallèle au bord terminal. Je possède plusieurs exemplaires dç cette variété : mediopunctata. En dessous, l'exemplaire figuré est bien ponctué de noir.

La Lycœna Melanops éclôt au printemps; je l'ai prise moimême à Lambèse en avril 1868; depuis ce temps déjà bien lointain, elle a été retrouvée plus ou moins abondamment, selon les années, à Lambèse et à Sebdou, en avril et mai. On trouve sans doute Melanops dans d'autres contrées algériennes; mais, en ce moment, ma collection ne contient d'autres exemplaires algériens de la Lyarna Melanops que ceux provenant des deux localités précitées.

Lycaena lolas, Freyer, var. Pcwelii, Obthr.

J'ai fait figurer sous le n" il 20 de la PL CXXVI du Vol. VI des Etudes de Lépidopt. comparée, un cf de la Lycœna lolas- Powelli, obtenu d'une chenille trouvée à Géryville par M. Powell. Dans le Bulletin Soc. entoni. France, 191 1, p. 268, j'ai caractérisé la race géographique algérienne Powelli, comme suit : « La

392 LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

variété algérienne Pozvelli se distingue de la forme européenne et asiatique de lolas par la réduction des points noirs situés en dessous des ailes supérieures et par la quasi-oblitération des mêmes points aux ailes inférieures. La ponctuation noire ordinaire est indiquée par une légère éclaircie blanchâtre, avec un point noir central tout petit, quelquefois même complètement absent. En dessus, la bordure noire des ailes supérieures, chez le cT, est large et nette dans la variété Powelli ».

Cette description ne concerne que le cf. Depuis que les lignes ci-dessus rapportées ont été imprimées, ma collection s'est augmentée d'un certain nombre d'exemplaires, la plupart nés à Rennes, de chrysalides envoyées de Géry ville et d'Aflou par M. Powell. La chrysalide peut rester longtemps avant de donner son papillon, car cette année même, 1914, un (S est éclcs au mois d'avril, d'une chrysalide d'Aflou datant de 191 1, et nous possédons encore en mai 19 14 une dernière chrysalide datant également de 191 1 paraissant très saine et pleine de vie.

La Ç) lolas-Powelii a le bleu des ailes, en dessus, plus développé aux dépens de la bordure noire que dans aucune race de l'Espèce, du moins d'après mes connaissances actuelles. Si nous comparons la Ç) Powelli à la Q de Folleterre (Valais), que j'appelle Witllschlegeli, en mémoire de l'excellent chasseur qui, jadis, capturait lolas aux environs de sa résidence : Martigny, nous remarquons que sur le dessous des ailes, surtout des inférieures, la ponctuation noire est beaucoup moins prononcée chez Powelli que chez Wullschlegeli. Quant au dessus des ailes, il est très obscur chez Wullschlegeli. Les Q de Digne et de Hongrie, très bien figurées par Huebner, sous les n"^ 881 et 882, sont semblables entre elles pour le dessous des ailes et, par ce caractère, intermédiaires entre Powelli, morphe où la couleur bleue est plus largement développée, et Wullschlegeli, morphe où inversement la teinte noirâtre paraît plus envahissante. Je fais figurer comparativement les deux Q lolas-Pozvelli et J olas-W ullschlegeli, sous les n"^ 2340 et 2341 de la PI. CCLXXXVIII.

Dans le Volume V (Part. I) des Etudes de Lépid. comparée.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 393

M. Powell a donné des renseignements intéressants sur la Symbiose de la chenille de Lycœna lolas et d'une fourmi.

Lycaena Abencerragus, Pierret.

J'ai déjà fait imprimer à la page 289 du Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée une notice concernant la Lycœna Abencerragus.

Il ne me semble pas raisonnable de rattacher Abencerragus à Bâton, comme variété de cette dernière Espèce de Lycœna. Si Bâton et ^abencerragus constituent une seule et même unité spécifique, les Zygœna Sarpedon et Favonia sont dans le même cas, ainsi que les Anlhocharïs Euphenoides et Belia (Eupheno, olim), ce qui ne peut pas être considéré comme la vérité.

Alors, pourquoi ne pas joindre plutôt Bavius et Bâton comme deux termes d'une même Espèce? Il y a, en effet, plus d'analogie entre Bâton et Bavius, — même Bavius-Fatma, — qu'entre Bâton et Abencerragus. En réalité, Abencerragus paraît être une Espèce algérienne spéciale, tout comme la Lyccena Allardi, et c'est ainsi qu'il faut, me semble-t-il, envisager la question. Je fais figurer trois exemplaires de la Lycœna Abencerragus, sous les n°^ 2344, 2345 et 2346 de la PI. CCLXXXIX.

Alexandre Pierret a décrit et figuré Abencerragus aux pages 21 et 22 et sous le n° 7 de la PI. I du Tome VI des Annales de la Société entomolo gigue de France, 1837. A coup sûr la Lycœna Abencerragus valait la peine d'être décrite et elle méritait bien que Pierret lui donnât un nom Mais Pierret s'imagina, à tort, qu'il devait s'accuser d'avoir enconmbré la nomenclature de noms inutiles. Aussi lit-on avec quelque surprise aux pages XLlî, XLIII et XLIV, dans les Annales Soc. France, 1839, une longue amende honorable dans laquelle je relève ce qui concerne la Lycœna Abencerragus, comme :-uit : c( ... Tel est encore un Polyommate d'Alger que j'ai décrit^ aussi avec défiance, sous le nom à.'' Abencerragus ; cet Argus n'est certainement qu'une variété

394 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

locale de nMvc II yliis, peu différente de F<,- i/o pics d'Hiibner. Bien que j'aie déclaré que je regardais comme très contestable la légitimité de ces deux espèces, je n'aurais pas dû les publier, même sous la forme du doute, puisque MM. Boisduval et Rambur, entomologistes d'un mérite bien supérieur au mien, et dont j'aurais dû écouter les avis, s'étaient prononcés d'une manière absolue contre l'opportunité de ces publications... »

Mais, ce n'est pas tout; après que le pauvre Pierret s'est humblement excusé d'avoir inventé le nom de Latenai pour VHadena Dentina; d' Abejzcerragits pour une Lycœna qui n'est pourtant semblable ni à Hylas (Eaton), ni à Fanoptes; de Boreli pour la Gortyna Liinata, et de Desillh pour YAgrotis Rifœ, voici que la Société achève la confession de Pierret par l'insertion de la conclusion que voici :

(c M. Pierret termine ses observations en invitant le secrétaire à vouloir bien insérer au Bulletin des Annales la rectification de ces erreurs, afin qu'elles puissent servir d'exemples à ces nombreux auteurs de descriptions isolées qui, sous le prétexte de rendre service à la science, ne font que l'embarrasser davantage en augmentant la confusion qui règne dans la synonymie ».

J'ai assez connu le Docteur Boisduval pour me figurer qu'il a bien dû rire, ce jour-là !

Lycaena Fatma, Obthr.

On a été longtemps sans posséder de la Lycœna Fatma d'autres exemplaires que ceux rapportés par Feu Otto Staudinger, du voyage qu'il avait entrepris en Algérie, au printemps de l'année 1887. Ce fut en 191 3 que M. Harold Powell retrouva la Lycœna Fatma dans le Djebel-Aurès. Cet habile chasseur et observateur excellent avait à cœur de redécouvrir la Lycœna Fatma et de se livrer à une étude très attentive concernant cette charmante Espèce si peu connue jusqu'ici. Je ne puis mieux faire que de laisser mon sagace collaborateur rapporter les notes qu'il

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 395

a prises avec continuité et qui ont trait non seulement à l'imago, mais aux premiers états de l'Espèce. On trouvera plus loin, en supplément, les renseignements que M. liarold Povveil a enregistrés sur la Lycœna Fatma.

Tout d'abord j'avais, d'accord avec l'opinion de Staudinger, réuni spécifiquement Fatma à Bav'uis, comme variété géographique de cette dernière Espèce qu'on trouve en Asie-Mineure et dans la Russie méridionale.

Maintenant que, grâce à M. Powell, ma collection contient plus de 200 exemplaires de Fatma, en comparant ces Fatma à 15 B avilis , je trouve les différences suivantes qui sont fort sensibles :

I" Cf : chez B avilis, en dessus, la couleur bleue du cT est faiblement accentuée; elle est d'un violet clair légèrement grisâtre et les taches rouges aux ailes inférieures sont au nombre de deux ou trois à partir de l'angle anal; elles manquent parfois; les quatre ailes sont assez généralement entourées d'une bordure brunâtre assez large.

tatma, au contraire, est d'un bleu brillant et vif, quelquefois un peu violacé, mais souvent d'une teinte qu'on pourrait appeler : céleste; la bordure des ailes inférieures est entièrement rouge avec un point noir ocellé, mtranervural, contigu au bord terminal situé entre la série de taches rouges et la frange, qui est longue, blanche et quelquefois assez fortement interrompue par des traits noirs, en prolongement des nervures ; la bordure des supérieures est noire, quelquefois large, souvent formée de taches noires intranervurales, allongées, plus foncées que le fond.

Le dessous des ailes est plus gris chez Fatma que chez Baviiis et les taches rouges sont d'une teinte orangée beaucoup plus vive; les points noirs des ailes inférieures sont plus petits chez Fatma que chez Bavius.

2° Q : Les Ç) Q de Bavius sont brunes, en dessus, avec un peu de bleu violet à la base des ailes ; les Q Q Fatma sont bleues comme les cf cf, dont elles ont exactement l'aspect.

396 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Les Ç Q F aima, pour l'apparence extérieure des ailes, ne semblent pas différer des cT <3. '

Je fais figurer une série d'exemplaires cf et Q sous les n"'* 234;, 2348, 2349, 2350, 2351 et 2352 de la PI. CCLXXXIX. Cette figuration permettra, je crois, de se rendre exactement compte des caractères extérieurs de la Lycœna Fatma.

Lycœna Lysimon, Huebner.

Je suis redevable à M. P. Chrétien, notre très distingué confrère de la Société entomologique de France et observateur si consciencieux des premiers états chez les Lépidoptères, d'une notice très intéressante sur la biologie de la Lycœna Lysimon. Je remercie infiniment M. P. Chrétien de sa très obligeante et savante collaboration, et je suis heureux de reproduire ici le texte tel qu'il a été écrit par M. P. Chrétien à l'intention du présent ouvrage :

(( Bien que se prenant dans le sud de l'Algérie et de la Tunisie, la Lycœna Lysimon n'est pas une espèce désertique proprement dite : elle abandonne ce vaste, mais aride domaine du désert saharien, ou tout au moins ses steppes, à son voisin, son congénère d'hier, le Lampides Bœticus, L., dont la chenille, dans les gousses et le calyce renflé vésiculeux des Acanthyllis {Kedacl, en arabe), trouve chez nous la nourriture et l'abri que lui offrent les gousses spacieuses de nos Colutea et de nos Lathyrns. Lysimon paraît se confiner dans les clairières et sur les bords des oasis, partout où i'eau nécessaire aux palmiers, distribuée par les Séguias et les mille petits canaux d'irrigation des jardins, entretient une végétation sans cesse renouvelée, toujours luxuriante.

Les conditions particulièrement favorables que cette Lycœna trouve dans un tel milieu, chaud et humide à la fois, semblent lui convenir à tous égards : elle s'y développe, elle y prospère, sans toutefois devenir très abondante. Les parasites sont là pour un coup, et ils sont nombreux en Mauritanie.

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 397

Combien de générations, par an, peut-il avoir dans ces oasis fortunées ? On ne saurait le dire au juste. J'ai pris le papillon en octobre, novembre et décembre, puis en mars, avril, mai et juin. Y a-t-il dans l'apparition du papillon une interruption estivale, comme il y en a une hivernale ? Je l'ignore. Je n'ai pas prolongé mon séjour en Afrique au delà du 19 juin. A cette époque, la chaleur enlève toute énergie et rend tout travail excessivement pénible. En juillet et août, c'est pire encore. Quant à septembre, on doit s'abstenir de passer ce mois dans les oasis, si l'on veut éviter l'horrible clou de Biskra, ou celui dé Gafsa, non moins répugnant. Le typhus, la variole, l' impaludisme et autres inconvénients sont suffisants à affronter, à Gafsa, par exemple.

Il importerait avant tout pour répondre à ma question concernant le nombre de générations de Lysimon, dans une même année, de connaître la durée de l'existence du papillon, tout au moins de la Q. C'est particulièrement difficile quand il s'agit d'une Lycœna. Presque immédiatement après leur éclosion, les femelles de Lycœna peuvent s'accoupler aux mâles, mais elles ne peuvent pondre que quelques jours après. Leurs œufs ne sont pas totalement formés dans leur corps, quand elles éclosent; elles ont besoin de se nourrir encore pour achever cette formation, et ce supplément de nourriture, leur spiritrompe le trouve dans le suc des fleurs, dans la terre humide et même dans d'immondes objets. Leur ponte ne s'opère pas non plus d'un seul coup. Tout au plus déposent-elles deux ou trois œufs par jour, sur les plantes nourricières. On conçoit donc qu'il n'est guère possible de fixer, même approximativement, les limites de leur existence.

On ne peut pas non plus, quand on cherche à connaître les premiers états d'une Lycœna, tenir compte du plus ou moins d'assiduité d'un papillon auprès d'une plante en fl.eurs et en tirer la conséquence que ces plantes ainsi visitées sont les nourricières de la chenille, parce que le papillon ne les fréquente sans doute que pour aspirer le suc bienfaisant de leurs corolles.

A cet égard, la L. Lysimon fait preuve d'un éclectisme très étendu. Je l'ai vue butiner sur des plantes très diverses, telles

398 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉF

que le Polygonuin eqiiisetïforme, Sibth, le Statice delicalnla, D. Gir., le Tribulus terres tris, L., etc., et voisiner avec des Medicago et des formes de Melilotus messanensis, L.

Au lieu de passer son temps à examiner tant de plantes, il est bien préférable de tâcher de surprendre une femelle, à l'heure convenable des pontes, et de suivre avec patience ses allées et venues. C'est ainsi qu'un jour de novembre, dans un jardin de l'oasis de Gafsa, j'ai pu en observer une qui s'arrêtait à plusieurs reprises sur de petits pieds de Medicago tribuloides et déposait son œuf à la surface inférieure d'une foliole.

Il ne restait plus qu'à capturer une g et à en obtenir un nombre d'œufs suffisant pour tenter l'éducation de la chenille.

Cependant, j'aurais aimé trouver cette chenille en liberté. Après bien des recherches infructueuses, le hasard vint à mon aide. Passant un jour à travers les sables qui bordent à l'est l'oasis de Gafsa et la séparent de l'oued Baïech et fréquentés par L y Simon, j'aperçois une vieille raquette de Cactus opuntia, L., gisant sur le sable; je la soulève machinalement et, à ma grande surprise, je vois, accrochée sous elle, une chenille de Lycœna, qui ne pouvait être que celle de Lystjnon. Aucune plante autour de cette raquette d^ 0 puiitia, si ce n'est le Tribulus ferrestris, qui, pour la deuxième fois de l'année, étalait sur le sable ses tiges grêles, avec ses feuilles pennées et ses croix de Malte. Je donne à cette chenille des folioles de Tribulus, elle en mange; mais, quelques jours plus tard, de cette précieuse bestiole, trois larves de parasite s'échappent et anéantissent mon espoir de la mener à bien. Deux autres chenilles rencontrées également à l'écart de leur plante nourricière, me donnent aussi des parasites. Le parasitisme avait, sans nul doute, comme pour beaucoup d'espèces de chenilles, modifié leur instinct.

Décidément, une éducation ab ovo s'imposait, pouvant seule faire espérer de bons résultats.

Le 15 octobre iQii, à Biskra, je capturai deux Q de L. Lysimon. Sous les feuilles d'un Melilotus, dont je leur avais donné une petite tige, elles me pondirent quelques œufs, le 16

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 39Q

et les jours suivants. Six jours après, le 22 octobre, les petites chenilles commencèrent à éclore. Leur éducation fut rapide. Le 29 novembre, en effet, j'avais la première chrysalide, et, le 24 décembre suivant, la première éclosion du papillon. Deux mois avaient suffi. Cette durée, selon toutes probabilités, doit encore être abrégée dans des mois plus chauds que novembre et décembre. Alors, L. Lysiinon pourrait donc avoir plusieurs générations successives au cours d'une même année.

Quelques détails maintenant sur ses premiers états :

Œuf. — Comme celui des autres Lycœna, l'œuf de L. Lysimon a la forme d'un petit disque, épais, légèrement concave à la face supérieure et arrondi sur les bords; son micropyle est un peu mamelonné; sa surface présente des facettes triangulaires dont les bords sont à peine saillants et épais; à la périphérie, ce sont plutôt des quadrilatères avec des mamelons assez forts aux angles. Sa couleur est verte, d'abord, puis devient blanche.

Chenille. — Au sortir de l'œuf, par la face supérieure ou micropylaire qu'elle ronge à moitié, la petite chenille de Lysimon paraît courte, très atténuée postérieurement, blanc verdâtre, avec de longs poils blancs; ceux des trois premiers segments dirigés en avant, les autres en arrière. Elle ne tarde pas à percer l'épiderme de la face inférieure d'une foliole de Melilofus, introduit peu à peu sa tête par cette ouverture, mange le parenchyme et fait de petites mines rondes, dans lesquelles, cependant, son corps ne pénètre pas. Cinq ou six jours après, elle subit sa première mue; sa tête, de brunâtre qu'elle était, est devenue noire. La chenille alors ne mine plus les feuilles, mais les ronge par places, sur la face inférieure principalement : le parenchyme enlevé, il se produit de petites taches blanches rectangulaires, allongées. Elle change souvent de place et descend le long des tiges; elle se cache dans les stipules, à la base du pétiole, et mange les petites pousses latérales, quand il y en a; c'est aussi là qu'elle subit ses mues. Cette façon de se cacher m'a empêché de compter le nombre des mues; elle explique aussi pourquoi je

400 LÉPIDCPTÉROLOGIE COMPARÉE

n'avais pu trouver la chenille sur sa plante, dans la nature : je ne savais pas la chercher.

Adulte, cette chenille onisciforme mesure 6 millimètres de long sur 2 millim. 5 de large; elle est carénée sur les côtés, crêtée sur le dos : la partie postérieure des segments est redressée et forme une petite crête transversale plus ou moins longue, ne dépassant pas, en général, la moitié de l'espace compris entre la dorsale et la carène stigmatale; sa couleur est d'un vert clair, avec la vasculaire indiquée en plus foncé, vert olivâtre, et une ligne stigmatale très fine, blanc jaunâtre; sa villosité est assez fournie, formée par des poils de longueur variable (1/6-1/2 millim.), d'un .blond clair, un peu rosâtre, entremêlés cependant de très rares poils noirs : quelques poils paraissent de deux couleurs, blonds à la base, bruns à l'extrémité; les plus longs poils se trouvent sur les crêtes dorsales, la carène stigmatale et les écussons ; chaque poil part d'un petit point, de telle sorte que le corps de la chenille paraît couvert d'un petit pointillé brun ou noir sur les deux ou trois premiers segments, blanc ou blond sur les autres; ses verruqueux sont indistincts; sa tête est noire, luisante; l'écusson du premier segment et le clapet, quoique larges, se distinguent peu du reste du corps : ils sont cependant plus chagrinés ou granulés et plus velus; ses pattes écailleuses sont vertes, à crochet blond, les membraneuses vertes, avec la couronne de petits crochets brun ferrugineux; ses stigmates sont très petits, peu distincts, jaunâtres.

La chenille descend à terre, se cache sous un objet quelconque : petite pierre ou feuille sèche, tisse un léger réseau de soie, se ceinture et se transforme peu après.

Chrysalide. — La dépouille de la chrysalide est gris jaunâtre; sa surface est finement chagrinée sur le thorax et les ptérothèques, dont les nervures se voient peu distinctement; elle présente une ligne dorsale brun marron foncé, continue sur le thorax, maculaire sur les segments abdominaux, un large trait au thorax sur les côtés et des taches sur les segments abdominaux brun foncé, en lignes sous-dorsales, et un point brun tout près des stigmates.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 4OI

qui sont en forme de petite boutonnière, jaunâtres et à peine saillants. Les enveloppes des ailes, des pattes, des antennes sont nues, mais le reste est couvert d'une villosité moins abondante et plus courte que celle de la chenille. Le mucron est large et terminé par une crête horizontale, arrondie et garnie d'une douzaine de poils très courts, recourbés en crochet à leur extrémité et roux. »

Lycaena Argiolus, Linné, var. Algitica, Obthr.

La variété Algirïca est caractérisée par l'obscurcissement du dessus des ailes chez la Q. ]\Ia collection contient des exemplaires trouvés dans les localités algériennes suivantes : Sebdou, chemin du col des Azaïls, le 20 juin 1907; Sebdou, en juin, juillet et août 1907; Yakouren, en juillet et août 1907; Djurjura, en juillet 1884; Alger, au printemps et en juillet et août 1910; Hammam-Rhira, en mai 1909; Tanger, en juin; Lambèse, en mai 1913.

Je fais figurer sous le n*' 2343 de la PL CCLXXXVIII une LyciEua Ar giolus-Al girïca Q prise aux environs d'Alger.

Lycaena Lorquini, Herrich-Schaeffer.

Probablement une forme de Min'una (Alsus), chez laquelle le cf a le dessus des ailes bleu avec une bordure brune au lieu d'être noire comme l'est Minima. La Q Lorquini ne semble pas différer extérieurement de Minima Q ; cependant, chez Lorquini g, on remarque quelques atomes bleus près de la base des ailes en dessus, et les points noirs du dessous des ailes sont généralement atténués.

Tandis que Minima est très abondante dans les localités qu'elle habite, Lorquini semble plus rare.

Ma collection contient des exemplaires pris à : Col de Taza (avril) ; Méchéria (mars 1886); Géryville (mai 1886); Sebdou (mai 1907); Aflou (juin 191 1); Titouguelt, dans le Djebel-Aurès (juin 191 3).

La Lycœna Lorqiùni a été découverte en Andalousie; elle a aussi été trouvée à Digne d'où j'en ai reçu un très beau cf.

Hesperia (Adopaea) Lineola, Ochs., var. Semïcolon, Stgr.

Aux environs de I.ambèse, V Hesperia Lincola-Scniicolon se distingue de la morphe de l'Europe centrale par les caractères sui\'ants : chez Seniicolon, la teinte fauve du dessus des ailes est plus claire; la bordure noire est moins large et paraît plus fine. Le dessous des ailes est aussi plus clair chez la variété Semicolon. De plus, le pomt et virgule, signe distinctif du sexe cf, sur le dessus des ailes supérieures, est plus nettement et vigoureusement marqué dans les exemplaires algériens. Leur taille est très variable. On prend des individus relativement très grands et d'autres de petite dim.ension.

J'ai déjà fait figurer le cf, mais en dessus seulement, sous le n" 3 de la PI. III, dans la première livraison des Etudes d'Entomologie. Je dois prévenir que dans l'ouvrage précité, le coloriage de VHesperia Lineola a été généralement rendu un peu trop rouge. Comme la Q Lineola-Scviicolon n'a jamais été représentée jusqu'ici, je crois devoir faire figurer la Q en question dans le présent ouvrage; j'y ajoute une nouvelle figuration de l'autre sexe (PI. CCXCV; cf, fig- 241 S; Q, fig. 2419).

En Algérie, VHesperia Lineola-Seniic olon éclôt en mai et juin. Je possède 140 exemplaires tous pris à Lambèse et dans le Djebel-Aurès. Si je compare aux échantillons algériens les 10 spécimens espagnols que contient ma collection et qui pro-

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 403

viennent les uns d'Andalousie, les autres de Castille (collection Va zquez), je constate que le nom Semicolon convient aussi bien aux papillons espagnols qu'à ceux de l'Afrique du Nord, car ils ont le même aspect.

Hesperia Thauraas, Hufn.

Paraît rare en Algérie. Ma collection contient trois cf pris dans le Djurjura, en juillet 1884, par Mcrkl, et un çj pris à Lambèse par Harold Powell, en juillet 191 2.

Ces quatre exemplaires sont moins obscurs et d'un fauve doré plus clair en dessus que les échantillons de l'Europe centrale; la rnorphe algérienne ressemble à la race de Syrie et d'Espagne.

La collection Vazquez renfermait un petit nombre d'exemplaires castillans de V Hesperia Thaumas; ils me servent de terme de comparaison.

Je possède une documentation algérienne insuffisante pour pouvoir utilement disserter ici à propos de VHesperia Thaumas; j'ai d'ailleurs assez longuement traité de l'histoire générale de VHesperia Thaumas aux pages 356-358 du Vol. IV des Etudes de Lé pido piér olo gie comparée.

Hesperia Hamza, Obthr.

Voisine àWclcon, mais spécifiquement bien distincte. Paraît être spéciale à la côte barbaresque. Ma collection contient des exemplaires provenant de Tanger, Sebdou, Méchéria, Aflou, Géryville, Oran, Alger, Lambèse.

Suivant les localités, elle éclôt un peu plus tôt ou plus tard, mais il semble que dans chaque contrée, l'Espèce paraît une seule fois par an, depuis la fin de mars, à Méchéria, jusqu'à juillet aux environs d'Aflou et de Géryville.

J'ai décrit Hamza aux pages 28 et 29 de la 1" livraison des Etudes d'Entomologie et j'ai fait représenter les deux sexes

404 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

SOUS les n"^ 2 a, 2 b et 2 c de la PL III de ce même ouvrage. Il a été de nouveau fait mention de VHespcria Haniza à la page 358 du Volume I\ des Etudes de Lépidoplérologie comparée. J'ai sous les yeux environ 140 exemplaires de VHespcria Hamza. De la considération de ces documents, il résulte que l'Espèce paraît assez fixe, peu variable; les exemplaires ne diffèrent guère entre eux par la taille qui reste sensiblement uniforme, mais plutôt par la teinte ocracée plus ou moins claire ou obscure du fond des ailes, en dessus. Le plus généralement, les deux sexes ont le dessus des ailes d'une couleur d'ocre un peu dorée, plus claire chez les Q, plus obscures chez les cf-

Le cf a pour signe distinctif une virgule noire, nette, plus épaisse que dans Thaumas, se détachant près du bord interne des ailes, sur une partie qui est un peu plus brune et moins claire que n'est habituellement l'espace cellulaire et costal. La plupart des nervures ressortent très fines et noires, sur le fond ocracé des ailes; la frange est brune; le bord des ailes est très finement liséré de noir; le bord costal des inférieures est lavé de noirâtre. En dessous, chez les deux sexes, le fond des quatre ailes est ocre jaune; les inférieures étant cependant plus claires que les supérieures. En effet, le disque des inférieures semble quelquefois légèrement blanchâtre, tandis que le bord costal et le bord anal restent franchement jaunes. Le bord interne des ailes supérieures est lavé de noirâtre et ce lavis est plus étendu vers la base des ailes. Tout le dessous du corps est blanchâtre. Les antennes ont la pointe de la massue rousse; elles sont noirâtres en dessus et plus claires en dessous.

YJ' Hesperia Haniza ne peut pas être confondue avec Acteon qui présente, disposée en arc de cercle, au delà de la cellule, aux ailes supérieures, une petite série de taches contiguës produisant un effet bien plus clair sur le fond des ailes.

Je public une figuration complémentaire de Haniza, sous les n''^ 2426 à 2429 de la PI. CCXCV.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 405

Hesperia Acteon, von Rottemburg.

Assez commune dans plusieurs localités d'Algérie.

Je prie le Lecteur de se reporter aux pages 358 et 359 du Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée pour les indications comparatives générales sur l'Espèce.

En Algérie, les taches plus claires qui se détachent sur le fond brun mordoré des ailes supérieures, au delà de la cellule, et forment comme un petit arc de cercle, sont généralement très nettes dans les deux sexes; mais elles sont bien plus accentuées chez les ç où elles se prolongent aux ailes inférieures, en formant quelquefois une éclaircie blanchâtre, assez large. La virgule noire, chez le cf, est nette, peu épaisse, un peu curviligne, depuis la base des ailes supérieures où elle semble prendre son origine.

En Barbarie, Acteon a été observée à Sebdou (juin 1907), à Nemours (juin 1877), à Tanger, à Oran, à Bône, à Alger, à Géryville (mai 1910), à Lambèse (juin 1885, 1912, 1913).

L'Espèce ne varie pas beaucoup pour la taille; la variation est surtout apparente pour la couleur plus ou moins foncée du fond des ailes, le développement non seulement de la série de taches plus claires au delà de la cellule, mais encore d'une éclaircie plus ou moins prononcée dans l'espace cellulaire.

Pour comparaison avec Hamsa, je fais figurer 2 o" Actœon, sous les n°^ 2420 et 2421 de la PL CCXCV, et 2 Q Actœon, sous les n°^ 2422 et 2425 de la même PLinche.

Augiades Benuncas, Obthr.

J'ai fait connaître sous les n°' 1843 et 1849 de la PI. CXCI, dans le Volume VII des Etudes de Lépidoptérologie comparée, V Augiades algérien Benuncas, Espèce voisine de Comma, distincte par la nervulation blanche et comme en relief de ses ailes inférieures en dessous et, à cause de ce caractère, voisine de

406 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

l'Espèce américaine IJncas, figurée, pour servir de terme de comparaison, sous les n°' 1844 et 1850 de la même PI. CXCI.

Je prie le Lecteur de vouloir bien se reporter à l'explication des Planches du Volume VII (page 673) et au Bulletin de la Société entomologique de France, 1912, pages 349-351, où j'ai décrit la nouvelle Augiades.

Je crois devoir faire figurer, à titre d'élément utile de comparaison, VAiigiades Pallida, Stgr. {Catal. 1901, n" 670 C) du Taurus, d'après deux cT pris à Berut-Dagh, par Delagrange, en juillet 1890. Je les rattache comme variété à Benuncas, non à Connna (Fig. n°^ 4434 et 4435 de la PI. CCXCVI).

YJ Augiades Benuncas vole en juillet, dans le Djebel-Aurès où elle est abondante.

D'après le Docteur-Professeur J. Reverdm, de Genève, V Augiades Benuncas se rencontre en Sicile, comme dans les montagnes de la province de Constantine. Je sais qu'il y a une certaine analogie entre la faune lépidoptérologique de Sicile et celle d'Algérie, mais je n'ai pas encore vu d'exemplaires siciliens de Benuncas et, dès lors, je ne puis que citer l'opinion du savant Entomologiste genevois, telle que lui-même a bien voulu m'en faire part.

Pamphila Borbonica, Boisduval, var. Holli, Obthr.

Décrite aux pages 363-365 du Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée, j'ai publié la figure sous les xf^ 552 et 553 de la PI. LX dans le Vol. V, Part. I, du même ouvrage, d'après un cT et une Q pris à Hussein-Dey. Il paraît que la Pamphila Holli a été aussi trouvée à Gibraltar.

Pamphila Lefebvrii, Rambur.

J'ai disserté sur la séparation spécifique de P. Lefebvrii, comparativement à P. Nostrodamus, aux pages 365-368 du Volume IV

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE 407

des Etudes de Lépidopiérologie comparée. La figure du cf et de la ç, en dessus et en dessous, a paru sous les n°^ 619 et 619 b, 620 et 620 b de la PI. LXIV, dans la Part. I du Volume V du même ouvrage.

Je possède des échantillons algériens de Pamphila Lefebvrii capturés à Collo et à Hussein-Dey, en juin, septembre et octobre

Pamphila Nostrodamus, Fabricius et Herrich-Schaeffer.

L'Espèce est iigurée sous les n"' 617 et 617 b, 618 et 618 b de la PI. LXIV dans le Volume V, Part. I, des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Ma colleclion contient des exemplaires algériens de Pamphila Nostrodamus provenant de :

Magraoua, près El-Outaya, juillet et août 1910;

El-Outaya, avril et mai 1910;

Biskra, mai 1884 et mai 1908;

Région de Géryville, juillet 1910;

Sebdou, 28 août 1880;

Hussein-Dey et Maison-Carrée, août et septembre.

Carcharodus Lavaterae, Esper, var. Rufescens, Obthr.

Un cf , de Sebdou, se trouve figuré sous le n° 603 et une Q , de Lambèse, sous le n° 604 de la PI. LXIV, dans la Part. I du Vol. V des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Le fond des ailes, en dessus, est généralement d'une nuance jaune plus rousse dans la morphe algérienne que dans les formes européennes de Lavaterœ. De plus, le dessous des ailes inférieures en Algérie est quelquefois décoré de dessins rougeâtres assez prononcés. Je fais figurer une Ç de Sebdou prise par H. Povv^ell, en juin 1907, comme étant l'expression la plus caractéristique que je connaisse, de Carcharodus Lavaterœ, var. rufescens, Obthr. Ma collection

408 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

contient environ i8o exemplaires de C. Lavaloœ, parmi lesquels 13 seulement sont de provenance algérienne. Ceux-ci ont été pris à Sebdou, en juin 1884 et 1907; à Méchéria, dès la fin de mars 1886; aux environs de Lambèse, en juin 1884 et en juin et juillet 1913.

Je dois ajouter que dans le groupe des Car char odiLS où l'examen des Genitalia nous a révélé l'existence d'espèces distinctes et jusqu'ici insoupçonnées, on peut considérer comme possible que la forme Riifescens de Lavaterce soit reconnue pour être une unité spécifique spéciale. Cette forme Riifescens est figurée sous le 11° 4433 de la PI. CCXCVI et cette figuration en assure désormais l'exacte connaissance.

Carcharodiis Staiideri, Rcverdin.

Le Docteur-Professeur J. Reverdin, dans le fasc. 4 du Volume II du Bulletin de la Société lépicloptérologique de Genève^ daté de août 1913, a cru devoir distinguer spécifiquement les exemplaires algériens du Carcharodiis, qui était jadis appelé Bœticus, et les séparer du véritable Bœticus^ Rambur, lequel resterait confiné à l'Espagne, au midi de la France et au Valais. La notice écrite par le Docteur Reverdin a pour titre : Deux Espèces méconnues du genre Carcharodiis. Les deux Espèces nouvellement décrites par lui ont reçu les noms de Stauderi et O rient alïs. Un d* et une Q Stauderi sont figurés sous les n°^ 5 et 12 de la PI. 21, dans le Bulletin Soc. Lépid. de Genève; une paire Bcv.ticus, du Valais, est représentée sous les n"^ 6 et 13 et un cf d'Andalousie sous le n" 7 de la même PI. 21. Quant à O rient alis, un cf du Péloponèse est figuré sous le xf 14. La notice relative aux Carcharodiis Stauderi et Orient alis, est imprimée sur les pages 225 à 237, dans le Bulletin précité.

Dès lors, conformément aux conclusions de la notice écrite par le Docteur Reverdin, je désigne ici, sous le nom de Stauderi, les Carcharodiis Bœticwî d'Algérie et je me borne à énumérer

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE 409

les localités et dates de capture des exemplaires de ma collection, comme suit :

El-Kantara, mai 1875, avril 1884, juin 1885, juin 1910, 22 août 191 3 ;

Lambèse, mai, juin, juillet 1913;

Sebdou, juin 1907;

Batna, octobre 1910;

Magenta, juin 1886;

El-Outaya, juin, juillet et août 1910;

Khenchela. mai 1908;

Aïn-Draham, 1909.

Cela fait en tout 53 exemplaires algériens que j'ai sous les yeux. Il y a des spécimens qui ont le dessous des ailes postérieures quadrillé et net, pour me servir des expressions du Docteur Reverdin ; d'autres ont le dessus foncé et nuancé de violet; beaucoup ont le fond des ailes grisâtre, nuancé de brun clair.

C'est le petit nombre seulement qui paraît blond nuancé de brun clair, selon la formule par laquelle le Docteur Reverdin distingue les ailes de Stmideri.

Le Bœticiis du Valais me paraît présenter un aspect un p2u différent de celui des Bcciicjis de Provence et d'Espagne. Peutêtre devrait-il recevoir un nom? Quant aux Carchayodits de Sicile, de Syrie et du Taurus, ils sont probablement spécifiquement distincts de leurs congénères espagnols et algériens. Mais je ne dispose pas actuel leiPicnt d'une documentation suffisante pour pouvoir me faire une opinion ferme à l'endroit de ces Car char odtis siciliens et orientaux.

En résumé, étant plein de confiance dans l'exactitude de l'examen comparatif des Genitalia effectué par le Docteur Reverdin, cette considération me détermine à attribuer le nom spécifique de Stauderi, Reverdin, au Carcharodus algérien que j'avais jusqu'ici rapporté à Bœticiis, Rambur.

410 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Mon ami Reverdm ayant exprimé le désir d'insérer dans le Bulletin de la Société lépidoptérclogique de Genève les notes que M. Harold Powell a prises au cours de son exploration de l'Algérie, sur les premiers états du Car char odiis Staiideri, j'ai très volontiers consenti à ce que la publication des notes en question fût faite dans le Bidletin de Genève, me trouvant ainsi heureux de donner cette satisfaction à l'éminent anatomiste et entomologiste genevois qui continue si savamment la voie dont feu le D"" Rambur fut l'initiateur. On trouvera donc dans le prochain Fascicule du Bulletin de la Société lépidoptérologique de Genève, la description de l'œuf, de la chenille à ses divers stades, et de la chrysalide de Carcharodus Stauderi, d'après Harold Powell.

Carcharodus Alceae, Esper, var. Australis, Zeller.

Les Alceœ algériens appartiennent généralement à la race Ajistralis, Zeller, dont le dessus des ailes est d'un brun plus roux.

L'Espèce paraît très commune en Algérie; je l'ai reçue des localités suivantes :

Batna, septembre et octobre 1910;

Lambèse, mai, juin 1912, avril et septembre 1913;

Biskra, mai 1885, mars 1910;

Djebel-Aurès, avril 191 3;

Aflou, mai, juin, juillet, aoiit, octobre 191 1 ;

Géryville, juin, septembre 1910;

El-Outaya, avril 1910;

Sebdou, mai, juin, octobre 1907;

Khenchela, juin, juillet 1908;

Hussein-Dey, 16 octobre 1910;

Alger;

Magenta, 15 juin 1886;

Aïn-Draham, 1909;

Tanger.

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 4II

Syrichthus Proto, Esper.

Figurée en couleurs sous les 11°^ 1266 (Sebdou, août 1907) et 1268 (Yakouren, août 1907) de la PI. CXL du Vol. VI des Etud. Lépidoptér. comparée.

Des représentations photographiques de Proto, obtenus d'éclosion à Lambèse, ont paru sur les PL XXVI et XXVII du Vol. VII des Etudes précitées.

Syrichthus Mohammed, Obthr.

Le papillon a été figuré une première fois sous les n"^ 23 a et 23 b de la PI. V dans la XIP livraison des Etudes d'Entomologie.

Il a été représenté de nouveau sous les n°^ 1261, 1262, 1263, 1264, 1265 de la PI. CXL du Volume VI des Etudes de Lépidoptérologie comparée, d'après des exemplaires obtenus d'éclosions à Aflou, en 191 1.

La chenille adulte est reproduite en couleurs sous le n° 1171 et la chrysalide sous les n°^ 1 172, 1 173 et 1 174 de la PL CXXXIII du Vol. VI de l'ouvrage précité.

Une reproduction photographique de l'insecte parfait et de la chrysalide est publiée dans le même Volume VI (PL H /' et J x). I-e papillon Q se voit représenté également par la photographie, en dessus et en dessous, sur la PL ^ b du Volume V, Partie II, des Etudes de Lépidoptérologïe comparée.

Je considère le Syrichthus Mohammed, non point comme une variété de Proto, ainsi que l'indique le Catalog, par Staudinger et Rebel, édit. mai 1901, mais comme une Espèce à part.

De même que la Lycœna Abencerragus est certainement une Espèce spéciale et ne semble pas pouvoir être raisonnablement envisagée comme une variété géographique de Bâton, — malgré

412 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

l'amende honorable publiquement présentée à la Société entomologique de France, en 1839, par Alexandre Picrret, • — ainsi le Syrichthiis Mohammed est, quoi c]u'on en ait dit, une Espèce tout à fait distincte, du moins conformément au sens et à la valeur présentement attribués à l'idée d'Espèce.

C'était autrefois, chez les auteurs de quelques catalogues, une manie de rabaisser au rang de simple variété, certaines unités spécifiques, pourtant les moins contestables. Surtout, quand les faiseurs de ces ouvrages ne possédaient pas dans leur collection les Espèces en question, il semble que nier la plus éclatante des vérités, était, pour ces collectionneurs plus passionnés que raisonnables, une consolation de la privation dont ils gémissaient cependant dans le secret de leur cœur.

Lorsqu'à la fin de janvier 1871, feu Otto Staudinger publia le Catalog der Lepidoftcren des europaeischen Faunengebietes, il ne possédait pas le Satynts Abdelkader dont Pierret et Lucas avaient pourtant publié des figures si instructives. Alors, on peut lire à la page 29 du Catalog en question, à l'article 361, après la citation du nom Abdelkader et des auteurs qui en avaient donné la figuration, la mention <( Seqit. var. ? ». Or, le nom suivant est Actœa; comme s'il est admissible (\\x' Abdelkader puisse être jamais considéré comme une variété de cet Actœa!

La routine de certains amateurs et leur aveugle dévotion envers le Catalogue d'après lequel ils rangent leur collection, perpétuent souvent bien longtemps les plus grossières erreurs. J'ai fait depuis 1910, justice de la désignation absurde d'Argyrogrtojnon pour la Lycœria Argus; j'ai démontré qu'à la page 78 de leur Catalog, édition mai 1901, Staudinger et Rebel avaient bouleversé à tort la nomenclature, avec cette aggravation singulière que le nom Argyro gnomon, normalement appliqué par Bergstraesscr au-dessus et au-dessous des ailes d'un même papillon, n'est employé par Staudinger et Rebel, — en vue d'affubler du nom Argyro gnomon la Lycœna Argus, — que pour un seul des côtés, le dessous (fig. 2 de la Tab. 46), tandis

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 413

que le dessus (fig. i de la même Tab. 46) et qui n'est que l'autre face du même papillon, sert, 15 lignes plus loin, de synonyme à Callarga, Stgr., nom nouveau, mais tout à fait superflu. En effet, dans le Catalog 1901, Callarga prend simplement la place de Calliopîs, Boisduval, malgré que Calliopis ait sur Callarga une priorité d'environ deux tiers de siècle; de plus, le même nom Calliopis, dans le Catalog précité, est traité à l'instar àJ Aï gyro gnomon, c'est-à-dire que l'un des côtés du même papillon Calliopis désigne une forme à' Argyro gnomon, tandis que l'autre face en désigne une autre. Ces blâmables fantaisies de Staudinger et Rebel, je les ai dénoncées aux pages 174 et suivantes du Vol. IV des Eludes de Lépidoptérologie comparée. Il n'en est pas moins vrai que le nom Argyrognomon n'a pas encore été rayé de la nomenclature, d'où li aurait dû être depuis longtemps exclu. En effet, je vois constamment revenir, pour désigner la Lycœna Argus, cette dénomination Argyrognomon empruntée au-dessous des ailes seulement; ce qui prouve la soumission moutonnière de beaucoup d'Entomologistes aux plus invraisemblables témérités des auteurs à qui ils ont donné leur confiance; par conséquent on constate l'absence de tout contrôle des propositions synonymiques qui sont présentées à leur acceptation.

Le dessus des ailes d'un papillon ne recevant pas dans la nomenclature la même dénomination que le dessous des ailes du même échantillon, c'est un fait qui n'est pas banal, surtout quand, deux fois, c'est-à-dire à deux objets différents dans le même article, cette nouvelle méthode est appliquée.

Il ne sera vraisemblablement rien changé à l'état des choses, tant qu'un nouveau Catalogue n'aura pas paru; mais lorsqu'une nouvelle publication du vade-mecum des collectionneurs aura vu le jour, il est probable (jue si Argyrognomon se trouve, comme c'est justice, déchu de son importance actuelle, personne ne protestera contre ce retour au bon sens. L'acceptation de ce qui est imprimé paraît tellement passée dans les mœurs, que proba-

414 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPAEÉE

blement aucun Entomologiste ne chercliera mcnie à savoir pourquoi le nom favori de la veille a trouvé un remplaçant !

Je définis cette sittiation avec une connaissance de la cause d'autant plus certaine que moi-même, me conformant à l'exemple quasi-universel et dont je subissais l'influence, j'avoue avoir longtemps compté parmi les montons dont je parle ci-dessus. Toutefois, le Temps est un grand maitre; il permet d'acquérir l'expérience et de poursuivre des études dont la continuité vaut à ceux qui aspirent à la possession de la vérité, l'avantage de se rapprocher toujours un peu mieux de leur idéal.

Je dois ajouter, pour compléter les observations ci-dessus exposées, que Kirby, à la page 358 de .4 synonymie Catalogue of diurnal Lepidoptera, London, 1871, eut, le premier, l'idée d'exhumer le nom Argyrogncmon afin de désigner Argus; Kirby applif|ue le nom à.' Argus à JEgon.

Alais l'auteur anglais désigne par une même dénomination, le dessus et le dessous des ailes de chaque papillon.

11 ne donne pas deux noms diftérents au même corps et aux mêmes ailes; l'un des noms pour désigner le dessus et l'autre pour l'envers.

Je n'ai pas jusqu'ici rencontré d'autres exemples que ceux cités plus haut, d'une bi-appellation attribuée à un même Lépidoptère, c'est-à-dire une appellation différente pour chaque face des ailes du même spécimen. Serait-il indiscret de demander si beaucoup d'Entomologistes, parmi ceux qui feuillettent, tous les jours, le Catalog par Staudinger et Rebel, se sont rendu compte que ces deux savants auteurs avaient deux fois, à quelques lignes de distance, donné deux noms différents au dessus et au dessous des ailes de deux papillons distincts?

Syrichthus Ahmed, Obthr.

Figuré d'après deux cf pris à Lambèse, sous les n"^ 1259 et 1260 de la PI. CXL, dans le Vol. VI des Etudes de Lépidopté-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 415

rologie comparée. Je possède seulement trois cf. Je les ai décrits à la page 108 de l'ouvrage précité. Malgré ses actives recherches, M. Powell n'est pas parvenu à retrouver l'Espèce dont la capture remonte à juin 1884 (un (j) et juin 1885 (deux cf)- Pendant deux années, M. Harold Powell a exploré les environs de Lambèse, depuis mai à novembre 191 2 et 191 3. Ce n'est qu'en 191 3 que la Lycœna Fatma et le Syrichthus Niiiuida furent de nouveau rencontrés par cet habile et zélé chasseur. En 191 2, il n'avait pas encore réussi à découvrir la localité où Fatma et Numida peuvent être capturés en certaine abondance. Sans doute le Syrichthus Ahmed sera le prix d'une future exploration. Je crois que c'est une Espèce bien distincte qui doit être classée près de Mohajnmed et de Proto.

Syrichthus Leuzeas, Obthr.

Représenté d'abord, d'après un cf, de Mascara, sous le n° 10 de la PL III, dans la VP livraison des Etudes cV Entomologie. Un peu plus tard, les deux sexes ont été figurés sous les n°^ 1275 et 1276 de la PL CXLI du Volume VI des Etudes de Lépidoptérologie comparée, d'après des exemplaires pris à Sebdou.

Ma collection ne contient encore que les six exemplaires dont il est fait mention à la page 380 du V^olume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée. L'Espèce paraît être bien rare en Algérie; à moins que la localité où elle peut se trouver en plus grande quantité, n'ait pas encore été découverte.

Le Syrichthus Leuzeœ est une Espèce très tranchée et qui ne peut être confondue avec aucune autre Espèce jusqu'ici connue.

Syrichthus Staudingeri, Speyer

Figuré sous le n" 1245 de la PL CXXXIX des Etudes de Lépidoptérologie comparée, d'après un seul cf pris à Sebdou, en octobre 1907.

4l6 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Syrichthus Numida, Obthr.

Figurée sous les n'"* 484, 485 et 486 de la PI. LV, dans le Volume IV des Eiiicl es de Lépïdoptérologie comparée et mentionnée aux pages 404, 405 et 406 du même Volume IV et 86 et 89 du Volume VI, d'après 13 exemplaires capturés aux environs de Lambèse ep juin 1884 et 1885.

M. Harold Powell recherchait assidûment le Syrichthus Nutnida aux environs de Lambèse; en 1912, le 3 septembre, il réussit à prendre à Tiferazinc un seul exemplaire cf de petite taille et assez aberrant (Ab. Scabellata, Reverdin) ; mais ce ne fut que l'année suivante 191 3 que M. Powell parvint à découvrir la localité dans laquelle il put recueillir une centaine de beaux échantillons.

On lira plus tard, avec intérêt, les noies prises par M. Powell, au moment même où il réalisait la capture du Syrichthus Numida.

Est-ce une Espèce distincte? Est-ce une variété à.' Alveus} J'ai sous les yeux plusieurs colonnes de papillons alignés et l'impression que j'éprouve comparativement à ALveiLS, c'est que Numida doii être une unité spécifique parfaitement distincte.

L'aspect de Numida est robuste. C'est un papillon vigoureux, de taille relativement assez grande, au corps épais, aux ailes de forte contexture. Ce qui frappe tout d'abord les yeux, c'est la largeur des taches blanches sur le dessus des ailes, mais surtout des supérieures; un semis d'atomes d'un blanc jaunâtre est répandu sur la surface des ailes et paraît surtout abondant et serré au voisinage de la base. C'est vers l'apex que le fond des ailes reste d'un brun noirâtre plus uni. La frange blanche est nettement entrecoupée de noir. Les deux taches blanches qui entourent presque le gros point noir à l'extrémité de la cellule des ailes supérieures sont courbes. A cause de leur ressemblance avec le signe que l'on appelle : parenthèses, pour encadrer un membre de phrase que l'on veut séparer du reste du discours, je

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 417

propose qu'on désigne ainsi désormais les taches blanches en question. Ce terme : p:irentheses a pour but d'abréger, au moyen d'une brève désignation conventionnelle, les descriptions comparatives des Espèces de Syrïchthiis. En effet, beaucoup de S y rie h thi'.s appartenant à des unités spécifiques différentes, possèdent ces parenthèses dont la forme, sans doute un peu variable selon les individus, mais présentant généralement dans son ensemble une certaine fixité, peut être considérée comme un caractère intéressant en vue de la séparation des Espèces.

Je n'ignore pas qu'on a déjà appelé Signe de Delahaye, du nom de son premier observateur, le caractèie pour lequel je crois préférable de proposer une désignation nouvelle; l'avantage est que cette désignation nouvelle consiste en un mot unique.

C'est ainsi que chez presque tous les exemplaires de Numida rangés devant moi, la parenthèse inférieure est courbe comme la lettre C ; tandis que chez O nopordi je constate que la partie inférieure de cette même parenthèse affecte le plus souvent la forme d'un rectangle allongé. Dans Alveus, la forme des parenthèses semble plus variable que dans Onopordi. Cependant, la parenthèse inférieure est moins courbe que chez Numida.

Le dessous des ailes de Nîimida est pâle. Aux ailes supérieures, les taches blanches qui, dans Onopordi, ressortent sur un fond d'un noir profond semblent chez Numida moins saillantes parce que le fond des ailes est grisâtre, tout sablé, surtout vers la base, d'un épais semis d'atomes blancs.

Les inférieures de Nmnida sont d'un jaune d'ocre pâle qui ne tranche pas fortement avec les parties blanches des ailes.

Sur le côté extérieur de la tache jaune médiane, immédiatement au-dessus de la tache blanche que M. Reverdin appelle : enclume, c'est-à-dire dans le rang central qui traverse les ailes inférieures en dessous, Alveus présente une ligne de limitation de cette tache jaune généralement droite, tandis que chez Numida on remarque une sinuosité relativement assez profonde qui pénètre dans la tache jaune en question ; c'est une des deux pointes de V enclume!

Le dessous du corps de Numida est blanchâtre.

4l8 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Une Q d'Andalousie, ayant appartenu au Docteur Boisduval et portant une étiquette que j'ai lieu de croire écrite par Rambur, me semble ne pas différer de Numida — (dont elle égale l'aspect robuste et dépasse même la taille ordinaire), — autrement que par l'absence de la pénétration blanche dans la tache jaunâtre du dessous des ailes inférieures; Boisduval lui avait donné le nom d' Alveus, sans doute d'après Rambur. Il est donc possible que Numida habite aussi en Andalousie ?

J'ai fait figurer de nouveau 2 cf Nîunida sous les 11°" 2423 et 2424 de la PI. CCXCV et 2 O Niiviida, sous les vf 2430 et 2431 de la même Planche.

Syrichthus Onopordi, Rambur.

J'ai fait figurer dans le Vol. IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée le Syrichthus Onopordi, d'Algérie, sous les xf^ 524 (cf, L.ambèse, avril 1884); 525 (q, Sebdou, octobre 1907); 526 (cf, Sebdou, mai 1907); 527 (g, Sebdou, août 1907). Je crois o^' Onopordi est une Espèce tout à fait distincte. Lorsque j'écrivis le Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée qui parut en avril 1910, je n'avais pas encore acquis une opinicni très arrêtée quant à la séparation spécifique de certains Synchthus. D'ailleurs, à cette époque, la question, jusque-là insuffisamment étudiée, était mal connue de tous les Entomologistes. Depuis 1910, nous avons réuni beaucoup de matériaux; nous disposons d'une documentation relativement très importante, et sans pouvoir encore nous flatter d'avoir atteint le but, c'est-à-dire de connaître, l'exacte vérité en ce qui concerne la spécification des Syrichthus, nous nous trouvons cependant assez avertis pour être à même d'émettre dans certains cas des affirmations que nous ne craignons pas trop de voir contredites par des observations ultérieures.

En ce qui concerne le Syrichthus Onopordi, je crois, conformément à l'opinion déjà exprimée plus haut, qu'on peut

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 419

aujourd'hui considérer son Espèce comme parfaitement distincte des autres Espèces congénères.

Le Syrichthiis Onopordï est très répandu en Algérie; ma collection contient un grand nombre d'échantillons provenant des localités suivantes ;

Lambèse, avril 1884, juin 1885 et 1913, juillet 1912 et 1913, septembre et octobre 191 2; Batna, octobre 19 10; Saïda, mai 1910; Khenchela, mai 1908;

Sebdou, mai, juin, juillet, août, octobre 1907; Yakouren, juillet, aoiit 1907; Hussein-Dey, août et octobre 1908 ; Magenta, juin 1886.

En dessous, le Syrichthiis Ono-pordi varie pour la couleur des taches sur les ailes inférieures, depuis le gris noirâtre (forme Conyzœ, Guenée), jusqu'au jaune d'ocre un peu roux et presque rougeâtre. La morphe gris noirâtre paraît surtout au printemps et l'autre vole plutôt en été et en automne.

La taille dC Onopordï est très variable. Il y a des Onopordï de petite taille; c'est le plus grand nombre; d'autres sont aussi grands et ont l'aspect aussi robuste que les Numida.

Le fond des ailes supérieures, en dessous, chez Onopordï, est noir, et cette particularité paraît compter comme l'un des signes spécifiques distmctifs d' Onopordï.

Syrichthus Ali, Obthr.

Représenté pour la première fois sous le n" 3 de la PI. II, dans la VL livraison des Etudes d'Entomologie.

Figuré de nouveau sous les n'" 1321, 1322, 1323 de la PI. CXLIII des Etudes de Lépïdoplérologie comparée, d'après des exemplaires oranais.

420 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

La variété à taches jaunes Therapnoides, Obthr., a été représentée d'abord sous le n" 448 de la PI. LIV, dans le Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée, puis sous les n"' 1324 et 1325 de la PI. CXLTII du même ouvrage (Vol. VI).

Le Syrïchthus Ali paraît habiter presque toute l'Algérie; il éclôt au printemps et en été et vole, suivant les localités, de mars à juin et de juillet à septembre.

Page 1