‹ Etudes de lépidoptérologie comparée (volume 2)Chapitre 4 sur 21 · OBSERVATIONS BIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS BIOLOGIQUES

sur les Satyrus Jlbdelkader, "Nelvai et Lambessanus

Faites par Harold Powell, Pendant les années 1907, 1908, 1910, iQii, 1912 et 1913.

Ce beau papillon, qui n'a été rencontré jusqu'ici que dans le nord de l'Afrique, présente trois races bien tranchées, en Algérie. Sur les Hauts Plateaux de l'Oranie, où l'Espèce est assez abondante par places et très répandue, c'est la forme typique que l'on trouve; il est fort probable que le type existe également sur les steppes de la région de Djelfa, dans la province d'Alger; car ces steppes ne sont que le prolongement des Plateaux Oranais.

La province de Constantine offre deux races : le S. Abdelkader- Nelvai, Seitz, dans le sud-ouest de l'Aurès et le S. Abdelkader- Lambessanus, Stgr., dans le nord du même massif montagneux. Lambessanus se trouve aussi sur les montagnes du Bellezma, à l'ouest de l'Aurès, et, vers l'est, jusqu'à la frontière Tunisienne. Le type AbdeLkader, Pierret, n'existe pas dans la province de Constantine, à ma connaissance. Je ne crois pas que l'Espèce ait été rencontrée dans le nord de la province.

Forme typique : Abdeikader, Pierret.

Très répandue sur les vastes plaines d'Alfa du centre et du sud Oranais; on trouve aussi Abdeikader sur les montagnes et collines recouvertes d'Alfa, à la limite sud des Hauts Plateaux

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(Djebel Amour et Monts de Géryville) ; plus rarement, on le rencontre sur les montagnes boisées limitant les plaines au nord (montagnes entre Sebdou et Tlemcen) où le papillon vole principalement sur les pentes plus ou moins recouvertes de « Diss >> {Ainpelodes7nos ienax, Vahl). Dans la région du littoral, le papillon paraît peu abondant; il a été signalé par H. Lucas dans les environs d'Oran; je suppose qu'il y habite des localités semblables à celles au nord de Sebdou, où on le trouve dans le

(( DiSS )).

Abdelkader type vole aux mois d'août et de septembre, dans la province d'Oran; j'ai remarqué que l'éclosion commence un peu plus tôt, dans le Djebel Amour (région d'Aflou) que dans les environs de Géryville, et de Sebdou; il semblerait que, plus sa localité est élevée, plus l'Espèce est précoce; M. Meade-Waldo signale Abdelkader sur le Tizi Gourza, dans l'Atlas Marocain, en juillet 1901 ; il l'a trouvé abondant sur cette montagne, le II juillet, mais, en raison de la nature difficile du terrain, il n'a pu capturer que deux Q usées ; le Tizi Gourza est une montagne de 12.000 pieds (3.600 mètres environ) d'altitude; puisque l'Espèce y est déjà commune, et que l'on rencontre des Q passées avant la fin de la première quinzaine de juillet, il est à peu près certain que l'éclosion commence en juin, dans cette localité.

Ce n'est peut-être pas autant une question d'altitude qu'une question de température qui a de l'influence sur l'éclosion de 5. Abdelkader; dans les parties les moins élevées et les plus chaudes de sa distribution, la chrysalide estive; formée vers la fln du mois de mai ou au commencement de juin, elle ne donne son papillon qu'environ trois mois plus tard, à une époque où les nuits commencent à être un peu plus fraîches; c'est le cas à Sebdou, dans les plaines d'environ i.ioo mètres d'altitude, et à Géryville, qui. quoiqu'un peu plus élevé, est plus au sud et plus près du Sahara. A Aflou, les nuits sont moins chaudes qu'à Géryville; on y est à 1.400 mètres, et les terres de la région sont, en bonne partie, au-dessus de cette altitude; la différence de température n'est pas très grande; mais elle existe néanmoins; aussi

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nous y avons vu Abdelkader à la fin du mois de juillet (*); il n'y était déjà pas rare dans la première semaine d'août, époque à laquelle l'éclosion n'avait pas encore commencé à Sebdou en 1907, et commençait à peine à Géryville en 1910 (un cf isolé a été pris, le 6 août, à Bou Khed près Géryville, mais nous n'y avons pas revu l'Espèce avant le 27 août). La question de l'époque d'éclosion des races de 5. Abdelkader et de l'effet probable de la température sur la chrysalide, me paraît très intéressante; j'y reviendrai plus tard.

C'est à Sebdou, le 21 août 1907, que j'ai vu et capturé 5. Abdelkader pour la première fois; il y avait déjà quinze jours que je m'attendais à voir voler l'Espèce, et je commençais à perdre l'espoir de la trouver. Il est dit {Etudes d'Entomologie, & livraison, p. 55) que le Satyrus Abdelkader est très commun à Sebdou où on le voit voler abondamment, vers le 15 août, dans l'Alfa. J'avais exploré deux fois — le 14 et le 17 août — la limite de la grande steppe d'Alfa qui commence à plusieurs kilomètres du village, au delà de la chaîne de petites collines barrant l'horizon au sud, mais je n'y avais pas vu trace du papillon; cependant, c'est bien ici que le 5. Abdelkader volait un peu plus tard; il y était surtout commun vers la fin du mois et en septembre. Le premier exemplaire capturé volait dans une localité tout autre; voici ce que j'ai noté au sujet de sa capture, le jour même, 21 août :

« J'ai enfin pris le Satyrus Abdelkader^ une seule Q, pas très fraîche, à l'endroit nommé Ras-el-Oued, un peu plus haut que l'Aïn Sidi-Aissa, qui alimente le village en eau. Je n'avais encore jamais vu cette Espèce, mais en apercevant un gros papillon noir, semblable, au vol, à S. Cordula, je savais à quoi j'avais affaire. La localité est très humide; il y a des sources et des

(*) Un exemplaire a même été vu par Charles David, le 23 juin 191 1, près d'Aflou, mais il n'a pu le prendre. Abdelkader est une Espèce qui ne ressemble à aucun autre papillon Algérien; Charles David connaissait déjà très bien Abdelkader, l'ayant chassé l'année précédente à Géryville, et je suis persuadé qu'il ne s'est pas trompé.

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suintements marécageux traversés par l'oued qui prend naissance, en été, à une centaine de mètres plus haut. Le papillon, qui était posé sur des fleurs de menthe, s'est envolé; je l'ai pris un peu plus loin, sur les terrains secs couverts d'une broussaille de chênes-verts et lentisques qui entourent la dépression marécageuse. J'ai continué à explorer le cours desséché de l'oued en remontant pendant trois kilomètres, et en faisant des crochets dans la campagne à droite et à gauche; mais je n'ai pas rencontré un seul autre Abdelkader ».

Cet exemplaire était loin de sa localité d'origine; j'ai remarqué ensuite à Sebdou et ailleurs que, après avoir pondu la plus grande partie de ses œufs, la Q voyage souvent et va se perdre quelquefois à des kilomètres de son lieu d'éclosion; le mâle aussi à des tendances à errer au loin vers la fin de sa vie; j'ai vu, plusieurs fois, des exemplaires usés dans les rues de Géryville et d'Aflou; les formes Nelvai et Lambessanus ont cette même habitude.

On m'a dit, à Sebdou, que Abdelkader avait été trouvé près des grottes d'iVbd-el-Kader, non loin de la source de la Tafna.

J'y suis allé le 23 août, mais le papillon n'y était pas; ce n'est d'ailleurs pas une localité probable pour l'Espèce. Le 25 août, j'ai trouvé son vrai habitat dans la plaine d'Alfa, à une dizaine de kilomètres au sud de Sebdou. <( Ayant entendu dire par des Arabes et des Européens venant d'El Aricha, qu'un gros papillon noir volait dans l'Alfa, je me suis mis en route, ce matin, pour El Aouedje. A 6 heures, le temps était couvert et frais; une odeur délicieuse montait de la terre humectée par l'averse de la veille; après trois mois et demi de sécheresse absolue, on apprécie énormément des conditions pareilles. A Zebch, oii j'ai pris un café chez les Arabes, à côté du puits, j'ai remarqué qu'il y avait plu davantage qu'à Sebdou ; le '< Chabat » (ravin) avait même coulé et il restait des flaques d'eau par places. Partout du gibier en masse; entre Sebdou et Zebch, j'ai vu 11 compagnies de perdreaux; ces oiseaux se laissent approcher à 50 mètres avant de se mettre à courir. Sur la haute plaine, il y avait des quantités

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d'alouettes et de gangas, quelques outardes et une foule d'autres oiseaux. La chasse s'ouvre aujourd'hui, mais je n'ai pas vu un seul chasseur.

Vers 9 heures, le ciel se découvrit et le reste de la journée fut beau et chaud, avec fort vent du sud, tournant au sud-ouest dans l'après-midi. Toute trace de pluie disparut bientôt et la poussière recommença à tourbilloner.

A Zebch, dans l'Alfa, il n'y avait que des S. Fidïa et des 5. Sylvie ola tous usés par le vol et difficiles à prendre. Au sommet de la côte Gaspard, à 3 kilomètres environ au-delà des puits de Zebch, on arrive sur la grande plaine qui s'étend à perte de \ue, coupée seulement pai la clîaîne aride et dentelée qui la traverse de Bedeau à Berguent. Sur cette plaine, pendant les heures les plus chaudes de la journée, on voit monter vers le ciel de hautes colonnes de poussière qui s'acheminent lentement suivant la direction du vent.

Tout à coup, à droite du chemin, je vois voler, au-dessus de l'Alfa, un gros papillon noir, pareil à un énorme Erebia Duponcheli. Il n'y a pas d'erreur, c'est Abdelkader. Encore quelques pas et un autre se lève, suivi d'un troisième; tous se laissent emporter au loin par le vent. Mais je ne les lâche pas, et bientôt j'ai la satisfaction de voir un des papillons se poser derrière une touffe. Je l'approche avec précaution, mais arrivé à 10 mètres de la touffe, il se lève de nouveau et vole loin encore, sans jamais monter haut. Cette fois, je le suis de près en courant de toutes mes forces, et j'arrive enfin assez près pour donner le coup de filet; il l'évite en plongeant vers la terre, et s'échappe, de la même façon, d'un second coup; mais il est effrayé, et, au lieu de s'en aller loin, il se pose presqu'immédiatement, les ailes supérieures abaissées entre les inférieures, incliné à un angle de 45° et recevant le soleil sur un côté. Je l'approche maintenant plus facilement, et, d'un coup de filet bas je le prends au moment 011 il s'envolait encore. Le fort vent est bien gênant, emportant les papillons rapidement au loin et entravant le coup de filet.

Je trouve que le meilleur moyen est de suivre Abdelkader en

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courant, de l'atteindre et de l'effrayer, si je le manque du premier coup. Si on ne l'effraye pas, il contniue à voler, en planant un peu de temps en temps, au-dessus de l'Alfa pendant de longues distances. C'est le Satyrus qui ressemble le plus à une Erebia, à part la taille; sa façon de voler et de se poser me fait penser à E. Glacialis var. Duponcheli et à E. Scipio; les Q volent peu et sont plus faciles à prendre, en ce moment du moins ; plus tard, lorsqu'elles se seront débarrassées d'une partie de leurs œufs, elles seront peut-être plus dégourdies (j'ai constaté, plus tard, l'exactitude de cette supposition). A partir de midi, les papillons ne volaient presque plus ; ce n'est qu'en les dérangeant que j'en prenais; il est vrai que le vent avait augmenté de force et les gênait sans doute. Abdelkader ne se pose jamais à l'abri des buissons de chêne- vert qui se trouvent sur cette partie de la plaine; il s'abrite à côté des touffes d'Alfa, posé sur le sol ; la nuit, et quand le temps est mauvais, je crois qu'il se cache dans les touffes. Fidia et Sylvicola préfèrent, au contraire, l'ombre des buissons de chênes-verts.

Les chênes-verts n'avancent pas loin dans la plaine. Ayant trouvé ce que je cherchais à la côte Gaspard, je n'ai pas poussé plus loin aujourd'hui. La poursuite de ces Satyrus devient fatigante à la longue et excite la soif; moi-même et l'Arabe Bohas, qui m'aidait à la chasse, nous sommes venus vite à bout de-notre provision d'eau, et nous aurions été obligés de descendre plus tôt à Zebch s'il n'était passé un groupe de Marocains qui nous ont cédé quelques litres d'une eau saumâtre et très sale. Nous avons quitté la localité à 4 h. 1/2 et sommes arrivés à Sebdou à la tombée de la nuit. La récolte de S. Abdelkader se chiffre, aujourd'hui, par 43 exemplaires dont dix en très mauvais état. Ce papillon doit voler depuis quelques jours déjà; cependant, lorsque je suis venu sur le bord de la plaine, un peu plus à l'ouest, le 17 août, je ne l'ai pas rencontré.

On trouve encore beaucoup de sujets cf en excellent état et les Q commencent seulement à paraître; j'en ai pris quatre, dont deux tellement déchiquetées, quoique fraîches, que je les ai

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gardées pour la ponte. Quand il est frais, ce papillon est bien fragile; ses ailes se déchirent, se cassent et se rayent d'égratignures dans très peu de temps ; en donnant le coup de fi.let on ne peut souvent pas éviter de l'abîmer; mais beaucoup de sujets frais portent des blessures et déchirures, aux ailes, qui ne sont pas occasionnées par le coup de filet ; il est probable que leurs blessures sont souvent le résultat de l'attaque des petits lézards qui abondent dans la plaine. »

Quelques jours plus tard, je suis allé à El-Aouedje, un caravansérail sur la route d'El-Aricha; à l'est de ce point s'étend un grand lac desséché; mais à l'ouest, au sud et au nord, la plaine est variée de dépressions à bords escarpés et de monticules; l'Alfa abonde sur les hauteurs et sur la plaine élevée, tandis que dans les bas-fonds pousse le <( Chih » {Arteinisia Herba-Alba). S. Abdelkader et S. Fidia-Albovenosa sont comm.uns à El-Aouedje, dans l'Alfa. J'ai trouvé que, dans les localités où Abdelkader est abondant, le meilleur moment pour lui faire la chasse est entre sept et huit heures du matin; il n'est pas encore bien éveillé à cette heure, et ne s'envole pas loin; en marchant entre les touffes d'Alfa, on le fait se lever; on note la touffe derrière laquelle il se pose de nouveau et, en approchant doucement, de façon à être caché par la touffe, on réussit très souvent à le couvrir avec le filet au moment où il va s'envoler; plus tard dans la journée, le papillon devient beaucoup plus méfiant et il entreprend des vols très prolongés.

Le 20 septembre, j'ai capturé deux exemplaires sur la montagne de Merchich, au nord de Sebdou, et j'en ai vu d'autres; c'est une localité bien différente de celles de la plaine; la montagne est boisée de gros chênes verts; il y a un sous-bois de Diss et d'autres Graminées, y compris un peu d'Alfa; au printemps, les clairières de la forêt (*) sont bien vertes, bien gazonnées.

(*) Comme la plupart des forêts Algériennes, celle-ci est assez clairsemée; les parties en pente, exposées au sud, sont plus sèches et on y rencontre le palmier nain et certaines plantes des coteaux méditerranéens.

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Cette région ressemble aux localités de l'Aurès où vole, en mai, la race Lambessanus ; mais ici, c'est le vrai Abdelkader et on ne le rencontre pas au printemps; il n'y est d'ailleurs pas commun. Je l'ai pris aussi sur le Djebel Debdou, à l'ouest de Sebdou et sur les montagnes boisées entre le Col des Azaïls et Mizab.

Le 21-22 septembre, j'ai traversé la grande plaine d'Alfa jusqu'à El Aricha; l'Espèce se montrait un peu partout sans être abondante; elle n'était plus fraîche; je n'ai pu prendre que six exemplaires en état passable, pendant mon séjour de deux jours dans la région d'El Aricha. Abdelkader n'est pas rare dans la grande plaine au nord et à l'ouest de Géryville; on peut le rencontrer partout où pousse l'Alfa. Le 6 août 1910, un seul exemplaire çS, très frais, a été pris par un voyageur venant de Bou Ktoub; moi-même, avec Charles David, j'ai traversé la plaine, le 8 août, pour une distance de 100 kilomètres, sans voir un seul exemplaire; le 13 août, nous sommes retournés dans la plaine et, pendant trois jours, nous l'avons explorée, en suivant surtout les petites crêtes et les monticules recouverts d'Alfa; pas un seul Adbelkader n'a été aperçu; le spécimen, pris le 6 août, est éclos à une époque anormale pour la région ; il était en avance de 20 jours, environ, car l'éclosion générale n'a commencé que vers le 25 août. Le 27 août, j'ai fait une nouvelle excursion dans la plaine et j'ai noté ce qui suit : « Fort vent du sud-ouest; temps chaud ; tendance orageuse l'après-midi avec quelques nuages. Je suis parti, le matin, à bicyclette, à la recherche de Satynis Abdelkader à Bou-Khed; j'ai suivi la piste de Mecheria, qui s'embranche sur la route de Bou-Ktoub, peu après la sortie des gorges de l'oued El-Beiod ; j'ai pris le premier individu dans la plaine; c'était un cf frais mais très frotté déjà; je me suis rapproché ensuite des collines qui forment les derniers contreforts du Djebel El-Beiod, du côté de la plaine et qui s'étendent du nord-est au sud-ouest; l'Alfa y était abondant et les deux Satyrus Abdelkader et Fidia-Albovenosa s'y trouvaient, le premier étant rare; tous les Abdelkader paraissaient frais, mais ils étaient le plus souvent égratignés, sinon déchirés; ce n'est

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pas toujours le coup de filet qui en est cause; j'en ai pris un, posé, en le couvrant du fîlet ; il ne s'est pas débattu ; mais, malgré cela, ses ailes portaient des égratignures. Je ne pense pas que Abdelkader soit plus difficile à prendre que bidia; tous deux sont d'une grande méfiance, ne se laissant pas facilement approcher; Abdelkader, une fois dérangé, vole très loin, lorsque le soleil est haut, et il n'est pas facile de déterminer, au juste, derrière quelle touffe d'Alfa, il se finit par se poser; Fidia ne s'en va pas aussi loin; mais il est encore plus méfiant q^' Abdelkader ; les deux Espèces évitent bien le coup de filet. Aujourd'hui, le grand vent du sud-ouest augmentait les difficultés de la chasse; je n'ai pris que huit Fidia, dont une Q, et six Abdelkader cf ; la Q de ce dernier ne paraît pas être éclose encore. Vers I heure, un incendie s'est déclaré dans l'Alfa, sur le versant opposé d'une colline où je chassais; poussées par le vent, les flammes ont avancé avec une rapidité effrayante ; je me suis réfugié dans un ravin où j'ai amené ma bic3^clette que j'avais laissée au pied de la colline; au bout d'une heure, au moins 50 hectares étaient brûlés et les flammes s'étendaient de tous les côtés; je suis parti à 3 heures; à ce moment le feu ayant traversé le ravin, commençait à attaquer la colline d'en face et faisait rage. L'Alfa brûle comme de la celluloïdc.

Ces incendies dans l'Alfa ne sont pas rares; ils sont généralement allumés par les Arabes, dans le but de se préparer des pâturages pour leurs troupeaux de moutons et de chèvres; après les pluies d'automne, l'Alfa repousse et les jeunes feuilles fournissent une bonne nourriture pour ces animaux. Beaucoup de S. A^bdelkader et de 5. Fidia, à l'état de chrysalide, ont dû périr, cet après-midi, dans l'incendie; j'ai remarqué, en les élevant en captivité, que les chenilles à' Abdelkader ne descendent pas invariablement en terre pour accomplir la nymphose; il arrive, mais rarement, -que la chrysalide est formée dans l'épaisseur d'une touffe de Graminée, près de terre; les touffes d'Alfa étant bien plus épaisses et plus denses que celles des Graminées dont je nourrissais mes chenilles, il est très probable que, dans la libre

nature, la chrysalide se trouve souverit dans cette situation, exposée à être rôtie en cas d'incendie; même si elle était en terre, près d'une touffe enflammée, je ne crois pas que la profondeur serait suffisante pour la mettre à l'abri de la chaleur produite. Fidia se chrysalide à une très faible profondeur. »

J'ai déjà parlé (voir page 192 du présent ouvrage), d'une chasse aux 5. Abdelkader et Fidia faite, le 29 août, sur les pentes inférieures du Djebel-Ksel, côté nord-ouest, en dessous de I1 limite des arbres; nous avons pris, ce jcur-là, une vingtaine d'exemplaires àJ Abdelkader frais et assez frais; les Q étaient encore rares. Le même jour, en remontant à l'Aïn-el-Khcheb, j'ai capturé deux Q qui se désaltéraient sur la terre mouillée, près de la source; elles n'étaient pas fraîches, et leurs corps étaient presque vides d'œufs; elles venaient évidemment de l'Alfa, près du pied de la montagne.

Le 31 août, j'ai pris une demi-douzaine de S. Abdelkader sur les petites collines sèches autour de l'Aïn-Merirès, toujours dans l'Alfa; pendant le mois de septembre, nous avons souvent rencontré l'Espèce dans cette localité, qui se trouve au sud-ouest de Géryville.

Entre le 24 et le 27 septembre, nous avons vu et pris un bon nombre de 5. Abdelkader dans la grande plaine au nord; à ces dates on trouvait encore des individus fraîchement éclos ; mais la majorité était usée par le vol ; jai noté, le 26 septembre, que « ce papillon plane un peu partout à présent, mais il est toujours des plus difficiles à prendre et bien peu d'exemplaires sont frais ». Aflou, où nous avons passé plus de six mois, en 191 1, se trouve à environ iio kilomètres à vol d'oiseau à l'est-nordest de Géryville, et à une trentaine de kilomètres de la limite des départements d'Oran et d'Alger; le village, qui est de création française, est situé sur les dernières pentes sud d'une chaîne de collines faisant partie du Djebel-Amour; les points culminants de cette chaîne sont : le Djebel-Guern-Arif (1.721 mètres), à 27 kilomètres à l'ouest-sud-ouest d 'Aflou et le Djebel-Sidi-Okba

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(1.707 mètres), à 8 kilomètres à l'ouest; au nord et au nord-est, les collines de la chaîne sont moins élevées; derrière cette chaîne, au nord, se trouvent des plateaux peu étendus, puis d'autres collines, peu élevées, et, finalement, la grande plaine. Au sud de la chaîne, se trouve la plaine ondulée d'Aflou, beaucoup plus longue que large; son altitude moyenne est d'environ 1.400 mètres et sa pente va du sud-ouest au nord-est ; à sa limite méridionale commencé une région montagneuse fort tourmentée et ravinée, dont les eaux s'écoulent vers le Sahara; la plus haute colline, de ce côté, est le Djebel-Zlag, qui, avec une altitude de 1.595 mètres au-dessus du niveau de la mer, paraît bien insignifiante, vue d'Aflou; les indigènes appellent cette région (( El Gada » ; elle est séparée de la chaîne de montagnes en bordure du désert par la vallée de l'Oued-Fareg. Le grès est très abondant dans le Djebel-Amour; autour d'Aflou on rencontre, surtout vers l'ouest, des surfaces recouvertes d'énormes dalles; les gorges et les falaises, dans le Gada, sont remarquables et souvent grandioses; sur certaines falaises, entre Enfouss et El-Kheicha, on remarque, taillés dans le grès, des dessins grossiers, représentant principalement des animaux ; on attribue ces dessins aux hommes des temps préhistoriques.

Le calcaire apparaît sur les crêtes de beaucoup de collines. La végétation arborescente du Djebei-Amour n'est pas riche; dans les forêts sèches de la chaîne au nord d'Aflou, on ne trouve guère que le chêne vert et les deux genévriers, Jiimpencs oxy~ cedrus et /. phœnicca; le /. phœnïcea devient énorme dans la région, et il est très commun ; certaines collines en sont presque exclusivement boisées, mais les arbres sont, alors, très espacés. La plaine d'Aflou est sans arbres, sauf pour quelques genévriers de Phénicie à l'ouest; cependant, le long de la petite rivière et autour des prairies et jardins au bas du village, poussent de superbes saules et peupliers. Les principales essences, dans le Gada, sont les deux genévriers et le Pin d'Alep; le chêne-vert y est rare. La végétation basse est très variée; certaines plantes prédominent; ainsi, il y a, dans la plupart des localités, une

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abondance de Gouf't {Artemisia campeslris) et d'Hélianthèmes; le Thapsïa garganica, le Salvia lanlgera, V Onobrychis argentca et VEuphorbia Inteola étaient très communs; abondantes aussi étaient les deux Graminées, l'Alfa (Stipa tenacissima) et le Senagh {Lygeum spartuni) ; l'Alfa ne se rencontrait pas partout, cependant; dans la plaine d'Aflou, il n'y en avait pas; mais des collines entières au nord-nord-est en étaient recouvertes, ainsi que les collines limitant la plaine au sud; il y en avait aussi beaucoup dans la grande plaine au nord, vers Guelta-Sidi-Saad ; les planches photographiques n°' K^', K^™ et K^-^ {Etudes de Lépïdopthologie comparée, Vol. VI ) donnent une idée de l'abondance de cette Graminée. dans certaines parties du Djebel- Amour, et de son aspect.

Le Satynis Abdelkader éclôt dans les régions de l'Alfa; il est assez commun, à Aflou, pendant les mois d'août et de septembre; l'éclosion commence plus tôt ici qu'à Sebdou et qu'à Géryville; ainsi que je l'ai dit précédemment^ le premier exemplaire a été aperçu par Charles David, le 23 juin, mais cette date est tout à fait anormale; ce n'est que vers la un du mois de juillet que l'Espèce a été revue; dans les premiers jours d'août, plusieurs spécimens ont été observés et pris, sur les coteaux au nord-ouest, et, ensuite, dans les environs de l'Aïn Boukrouf, au sud de la plaine d'Aflou, où le papillon n'a pas tardé à devenir assez abondant.

L'observation suivante est datée du 23 août 191 1 :

'( Le sirocco, qui soufflait depuis trois jours el trois nuits, ayant cédé place à une bonne brise du nord-ouest, le thermomètre a baissé jusqu'à 16" pendant la nuit; la matinée a été fraîche et l'air clair; de temps en temps, le soleil était voilé par de passages lents de cirrus; vers 11 heures, un changement brusque est survenu; le sirocco s'est remis à souffler fortem.ent du sud, avec hausse rapide de la température, qui a atteint 34° à l'ombre au courant de l'après-midi; le vent du nord-ouest, fort, a repris le

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dessus vers 5 heures et a continué à souffler dans la nuit, avec ciel couvert et quelques gouttes de pluie dans la soirée.

A 7 heures du matin, je suis sorti dans la direction de Sidi- Boulefa, kouba située sur une colline au sud du Djebel-Sidi- Okba; près du premier réservoir, j'ai pris un Sut y rus Sylvicola O*; je n'ai rien vu ensuite avant d'arriver aux grands rochers de grès, à la limite de la zone des genévriers, où un second Sylvïcola s'est laissé prendre; plusieurs C hrysophanus Phlœas et Pieris Daplïdice volaient en cet endroit, ces deux Espèces se rencontrent, il est vrai, un peu partout. Près des rochers, poussent des buissons de Daphne, qui fleurissaient encore ; il y avait aussi un Héiianthème à feuilles hnes, très vertes, et fleurs jaunes; mais il y a bien peu de verdure en ce moment, à part le <( Gouf't », le Buplevrum spinosum et VOnobrychis argent ea; le B. spinosuni, curieuse Orabellifère ligneuse, en touffes serrées et arrondies, est en pleine floraison et marque le paysage de taches jaunes et vertes, surtout dans le voisinage des rochers; le « Gouf't » est d'un vert intense; les champs de cette plante sont nombreux, en dehors des collines. Peu après avoir dépassé les rochers, on commence à voir des touffes d'Alfa; cette plante ne pousse pas tiès serrée sur les collines de Sidi-Boulefa, maigrement boisées de genévriers et de chênes-verts; je n'ai pas tardé à rencontrer Satyrus Abdelkader, qui n'est, cependant, pas abondant de ce côté; les cf voltigeaient et planaient au-dessus des touffes, comme d'habitude, ne s'arrêtant pas souvent; ils sont très éveillés, évitant avec facilité le coup de fllet; quand on les poursuit, ils maintiennent, entre le chasseur et eux-mêmes, une distance d'environ 10 mètres, sans paraître se presser ni chercher à augmenter cette distance, à moins qu'on ne les effraie sérieusement; dans ce cas, ils se laissent emporter, par le vent, à de grandes distances ; cependant, s'il s'agit d'un papillon récemment éclos, celui-ci ne s'en va pas loin; il se pose assez brusquement derrière une touffe et on a quelque chance de le prendre en l'approchant sans se laisser voir.

Les Q sont rares, du moins on ne les fait pas souvent se lever;

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elles volent moins que les çS, surtout lorsqu'elles sont fraîches. J'ai observé, aujourd'hui, une tentative d'accouplement qui n'a pas réussi, probablement parce que la Q n'était pas vierge; elle avait déjà pondu la plus grande partie de ses œufs. Le cf planait quand je l'aperçus; il a plongé subitement derrière une touffe d'Alfa; je me suis approché avec précaution et je l'ai trouvé tête à tête (littéralement) avec une Q ; celle-ci repoussait le (S en lui donnant des coups de tête auxquels il répondait par un mouvement semblable; tous deux tenaient leurs ailes presque fermées, les antérieures très avancées au-dessus de la tête, et chaque coup de tête était accompagné d'un léger battement des ailes ; la Q faisait constamment face au cf, ne lui permettant pas de passer derrière elle; ils tournaient ainsi, le cf cherchant toujours à passer derrière; nu bout de trois minutes, la Q s'est envolée, suivie par le cf qui l'a rabattue à terre à peu de distance, et le même manège a recommencé; voyant, à la longue, que la Q finirait par s'échapper, je les ai pris au fi.let. Si la Q avait été vierge, l'accouplement aurait eu lieu immédiatement. »

Nous avons rencontré Abdelkader autour du Djebel-Oum- Gedoitr, le 27 août, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest d'Atlou; l'Espèce volait aussi dans la grande plaine au nord; par places sur toutes les collines limitant la plaine d'Aflou, au sud; près d'El-Kheicha, dans le Gada et enfin partout où poussait l'Alfa.

A la fin du mois d'août, les éclosions avaient presque cessé, et les sujets frais étaient devenus rares. Je n'ai pas rencontré Abdelkader dans les environs d'Aflou, après le 15 septembre.

Au contraire de ce que j'ai remarqué chez les autres Espèces du genre Satyrus dont j'ai eu occasion d'observer les mœurs, la ponte, chez Abdelkader, commence aussitôt après l'accouplement, et celui-ci a lieu, le plus souvent, d'après ce que j'ai pu constater, le matin même de l'éclosion de la Q ; elle semble être gênée par les gros œufs qui lui donnent un abdomen si volumineux, et elle

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 23 I

se débarrasse de la plus grande partie dans les premiers jours de son existence à l'état d'imago; les Q gardées vivantes pondaient même, assez souvent, dans les petites boîtes qui servaient à les rapporter à la maison, chose que j'ai observée quelquefois chez les Erebia, mais jamais chez les Satyriis.

Certaines Espèces du genre Satyriis, dont la vie à l'état parfait est relativement courte — Cordula, Actœa et Powelli, par exemple, - — ne tardent pas, nécessairement, à commencer la ponte, mais je n'ai pas remarqué, chez elles, une velléité de pondre immédiatement après la fécondation.

La Q d' Abdelkader ne pond pas tous ses œufs, cependant, dans les premiers jours qui suivent l'éclosion; dès que son corps a été suffisamment allégé, elle entreprend des vols prolongés et semble ménager les œufs qui lui restent; j'ai obtenu des œufs, à Sebdou et à Géryville, à la un de septembre, de vieilles Q qui avaient probablement un mois d'existence; le nombre d'œufs déposés par ces Q usées n'était pas grand, mais les œufs étaient, pour la plupart, fertiles.

En captivité, l'œuf est souvent placé sur les feuilles ou les tiges de la Grammée que l'on fournit à la Q ; plus souvent encore, elle pond sur la mousseline de la cloche qui l'emprisonne. Il me semble évident que l'Alfa constitue la nourriture ordinaire de la chenille; elle mange très volontiers cette Graminée quand on la lui offre, et l'association du papillon avec l'Alfa paraît confirmer cette hypothèse; cependant, on n'a aucune difficulté à élever la chenille sur plusieurs autres Graminées coriaces; j'ai trouvé que, pour la question de nourriture, elle est moins difficile à contenter dans son jeune âge que plus tard.

L'œuf n'est souvent pas très solidement fixé à l'objet sur lequel la Q l'a posé; il diffère sensiblement des œufs de tous les autres Satyrus que je connais, se rapprochant plutôt de ceux des Erebia; il est très distinct de l'œuf de S. Cordida et de celui de 5. Actœa.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

Description de l'œuf fraîchement pondu (Sebdou, 26-27 aoûi 190;) :

(( Couleur : blanc jaunâtre pâle.

Dimensions : hauteur, 0.00175 à 0.00185 ; diamètre horizontal maximum, 0.00 16.

L'œuf de S. Abdelkader est le plus grand de tous les œufs de Satyrides que je connais.

Forme : ovale, base aplatie au point de contact avec le support. Les cotes verticales sont nombreuses, émoussées, peu élevées; elles diminuent en hauteur et en nombre et convergent, vers le sommet; on en compte environ 38 à l'équateur; il y en a parfois un peu moins; quelques côtes s'arrêtent près de 1' (c épaule » de l'œuf, mais la fusion de deux côtes contiguës est rare; diminuant progressivement de hauteur et de largeur à partir de r (( épaule », les côtes deviennent un peu dentelées sur le sommet ; elles disparaissent au bord de la surface micropylaire, qui est très finement rugueuse à cause du réseau de cellules microscopiques qui la recouvre; la surface micropylaire est, le plus souvent, presque plate, mais il arrive quelquefois qu'elle se trouve surélevée, formant ainsi un petit mamelon avec une dépression centrale évasée; les espaces au fond des vallons, entre les côtes, sont étroits; leur surface est plus brillante que celle des côtes; les vallons sont traversés par les petites côtes horizontales, très nombreuses; celles-ci sont particulièrement bien marquées sur la pente des côtes verticales; elles se dessinent moins bien sur l'arête.

La coquille est semi-transparente, relativement mince, et l'œuf n'a pas l'apparence solide des œufs de la plupart des Espèces du genre Salyrus, telles que S. Briseis, S. Prietiri, S. Sylvicola, S. Cordida. La couleur de l'œuf se fonce légèrement, mais il n'y a pas un grand changement pendant les deux ou trois premiers jours; au bout de quatre jours, l'œuf acquiert une teinte brun rosé pâle; des taches et ensuite des lignes irrégulières, d'une couleur brune, apparaissent par transparence, ainsi que cela a lieu chez les œufs d'Erebia; mais, dans le cas des Erebia, ces

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 233

lignes et taches sont plus carnées, moins brunes, que chez Abdelkader; il y a une tendance à la formation de lignes en zigzag donnant à l'œuf à.' Abdelkader l'apparence d'être orné de dessins arabesques; il est probable que de pareilles taches et lignes se développent sous la coquille des œufs des Satyrus mentionnés ci-dessus, mais, dans leur cas, l'épaisseur et l'opacité de la coquille les rendent invisibles.

Je compte, dans un des œufs, huit lignes, en zigzag ou bien ondulées, contournant l'œuf, les unes l'encerclant complètement, les autres interrompues; cet œuf est exempt de taches; un autre œuf est plutôt tacheté que marqué de lignes. La période des taches me paraît être une des premières phases de l'évolution de l'embryon ; les taches se résolvent ensuite, peu à peu, en lignes très irrégulières; finalement, ces lignes se rectifient et forment les rayures de la jeune chenille.

Un jour avant l'éclosion, la couleur de l'œuf tourne au gris pâle et les lignes deviennent moins visibles. L'éclosion a lieu au bout d'une dizaine de jours, quand la ponte a été effectuée en août ou au commencement de septembre; elle est souvent retardée par une température plus fraîche, chez les œufs pondus plus tard.

Normalement, la jeune chenille entame la coquille dans le voisinage de 1' <( épaule » et mange en suivant une ligne irrégulière autour de l'œuf, sans, cependant, compléter le cercle; le sommet reste donc attaché par une sorte de charnière; souvent, après l'émergence, la chenille dévore partiellement la coquille, laissant la base, mais cette habitude est loin d'être constante; la coquille vide est blanchâtre, diaphane; elle présente des reflets irisés.

Je fais suivre les notes que j'ai prises, en 1907-1908, concernant l'éducation des chenilles Ôl^ Abdelkader obtenues d'éclosion à Sebdou et élevées à Hyères ;

« Les premières éclosions de chenilles se sont produites entre le 5 et le 10 septembre; elles provenaient d'œufs pondus le 26 et le 27 août.

234 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

La jeune chenille est incapable de vivre longtemps sans nourriture; elle diffère, en ceci, de certaines Espèces Satyrides de ma connaissance qui, avant de commencer à se nounir, peuvent attendre même plusieurs semaines; cette faculté leur est acquise, probablement, dans le but de faciliter la conservation de l'Espèce; elle permet aux chenilles, le cas échéant, d'attendre la nouvelle poussée des Graminées desséchées pendant l'été, celle-ci ayant lieu après les premières bonnes pluies, qui peuvent être plus ou moins retardées. Une pareille prévision de la Nature n'aurait pas de raison d'être pour Abdelkader, qui vit normalement, selon toute vraisemblance, sur l'Alfa, Graminée ne se desséchant pas en été.

Au début, je gardais les petites chenilles dans des boîtes en fer-blanc, leur donnant de l'Alfa coupé et d'autres Graminées coriaces; mais, plusieurs chenilles étant mortes par suite du dessèchement trop rapide de leur nourriture, je les ai transférées sur des touffes empotées d'une Espèce a leuilles rudes et glabres qui poussait le long des séguias ; elles ont accepté cette Graminée sans hésitation et ont prospéré ensuite, mangeant pendant la journée. La première mue a été passée, par toutes les chenilles, entre le commencement de la dernière semaine de septembre et la fin de la première semaine d'octobre. Malgré une température dmrne fraîche et des nuits même froides, les chenilles ont continué à montrer de l'activité et à se développer, pendant la première quinzaine d'octobre, se nourrissant le jour, surtout le matin ; leurs mouvements sont lents, comme ceux de toutes les Satyrides. J'ai quitté Sebdou le 21 octobre pour rentrer à Hyères le 29; les chenilles ont fait le voyage dans des boîtes en ferblanc; je n'ai pu renouveler leur provision de nourriture qu'une seule fois en route; c'était à Alger, où je leur ai donné les feuilles d'une Graminée d'assez grande taille, à feuilles pendantes; elles ont mangé cette plante, mais sans paraître la trouver tout à fait à leur goût. Six chenilles ont succombé pendant le voyage. En arrivant, j'ai placé les chenilles vivantes sur une Graminée en pot; elles ont repris immédiatement leur santé et ont continué

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 235

à grandir assez rapidement, en novembre. Examinant la touffe, le 10 novembre, j'ai trouvé que presque toutes les chenilles avaient atteint le troisième stade ; à cette époque, leur activité était plutôt nocturne que diurne; je les voyais monter sur les feuilles de la touffe pour manger, le soir ; mais quelquefois, si le temps était couvert et humide, je trouvais une ou deux chenilles haut sur les feuilles, en train de manger, le matin; l'habitude nocturne n'est donc pas définitivement établie dans le troisième stade. Le 20 novembre, j'ai noté avoir observé deux fois, depuis le 16 novembre, une chenille dans son troisième stade en train de se nourrir vers midi, mais j'ai remarqué que le cas était exceptionnel, l'activité nocturne étant la règle générale; les chenilles faisaient alors de bons progrès, et la première touffe de Gramiriée se trouvait presque entièrement dévorée. Le 4 décembre, je notais qu'il y avait au moins une chenille n'ayant pas passé la seconde mue et se trouvant encore dans le deuxième stade; par contre, la chenille la plus avancée avait atteint le quatrième stade, ayant mué pour la troisième fois, le 30 novembre; pendant le mois de novembre un temps doux et un peu humide a prédominé, favorisant l'activité et la croissance des chenilles. Je les ai placées, le i" décembre, sur une nouvelle touffe d'herbe; deux jours plus tard, j'ai vu une chenille (3* stade) en train de manger au milieu de la journée; mais l'activité diurne devenait alors de plus en plus rare; j'avais souvent occasion de voir les chenilles en train de manger, le soir; le pot contenant la touffe sur laquelle elles vivaient restait toujours dehors, à l'air libre; si, par hasard, je l'apportais dans la maison, le soir, pour examiner les chenilles à la lumière^ celles-ci cessaient de manger et redescendaient les feuilles. La nouvelle touffe de Graminée donnée aux chenilles n'était pas de la même Espèce que la touffe précédente; aussi, elle ne leur réussit pas; au bout de quelques jours, j'ai remarqué que les chenilles se promenaient, la nuit, sur la cloche de mousseline, ne mangeaient que peu et ne grandissaient plus; j'ai donc changé leur nourriture, donnant à la moitié des chenilles une Graminée

236 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

coriace à larges feuilles glabres avec apex aigu, Espèce qui croît communément dans les bas-fonds humides des vallées du massif des Maures, tandis que je plaçais l'autre moitié sur des plantes de Brachypodiuni ramosum.

Le 28 décembre, j'ai noté que la majorité des chenilles ne se portait pas bien; quelques-unes, seulement, continuaient à manger; les autres dépérissaient lentement, se tenant immobiles vers la base des tiges et des feuilles; le Brachy podium ramosum leur plaisait encore moins que l'autre Graminée; peu de chenilles ont voulu s'en nourrir; cependant, cette plante est acceptée avec empressement par presque toutes les autres chenilles de Satyrus que j'ai élevées. Me rendant compte que les chenilles d'Abdelkader préféraient la Graminée à larges feuilles, je les ai toutes réunies sur une touffe de cette plante.

Pendant le mois de décembre 1907, le temps, à Hyères, est resté généralement doux et humide ; il y a eu quelques nuits sereines et froides; le mois de janvier 1908 fut très beau, les journées tièdes et ensoleillées, les nuits fraîches ou froides avec quelques gelées blanches ; au commencement de février, un violent mistral a maintenu une température très froide avec grande sécheresse, pendant plusieurs jours. Sur les Hauts Plateaux Oranais, la température moyenne en hiver est plus basse qu'à Hyères et les écarts sont plus grands; l'air y est plus sec. En janvier, presque toutes les chenilles d^ Abdel kader se sont desséchées; je les trouvais mortes au pied de la touffe. Il me semble probable que cette mortalité était due à la fois à la nourriture et au climat, la faute étant attribuable principalement à la nourriture; mais toutes les chenilles ne sont pas mortes, cependant; un petit nombre a très bien résisté; le 7 février, j'ai trouvé, dans la touffe, une chenille à la fin du quatrième stade, attendant la quatrième mue; elle se tenait sur une feuille, près du sol, la tête en bas ; deux ou trois chenilles, moins avancées, étaient cachées dans la touffe; j'ai examiné de nouveau la touffe, le 16 février; la première chenille était alors dans le cinquième (dernier) stade; elle n'avait pas encore mangé depuis

la mue, et, craignant qu'elle succomberait, comme tant d'autres, si je ne changeais pas sa nourriture, je l'ai placée sur une plante de Fesluca, d'une Espèce qui convenait parfaitement aux chenilles de S. Hansiï et de 5. Sylvïcola; au bout de quelques jours, voyant que la chenille d' Abdelkader refusait absolument de manger le Fesiuca, je l'ai remise sur la Graminée à larges feuilles; la chenille s'est très bien portée ensuite, montant régulièrement, le soir, pour manger, pendant tout le mois de mars ; au commencement d'avril, elle était bien avancée dans le dernier stade et paraissait très saine; une seconde chenille se trouvait, à cette époque, dans le quatrième stade; elle aussi, ne mangeait que la nuit, se tenant enfoncée dans la touffe pendant le jour, la tête en bas. Je n'ai pas retrouvé trace des deux ou trois autres chenilles qui vivaient encore au commencement du mois de février. J'ai quitté Hyères, dans les premiers jours de mai 1908, pour me rendre en Algérie; avant mon départ, j'ai soufflé la première chenille, qui était complètement développée et n'aurait pas tardé à se chrysalider; la seconde chenille était alors dans le dernier stade; je l'ai emportée en Algérie, mais, les conditions étant défavorables, elle est morte vers le 15 mai. »

En 1910 et 191 1, j'ai pu continuer l'étude des premiers états de Satyrus Abdelkader type; cette fois, c'est à Géry ville que j'ai obtenu les œufs. Des g capturées les 17, 18 et 19 septembre ont pondu en captivité; la plupart des œufs avaient déjà acquis la teinte brun rosé pâle et les lignes de la jeune chenille se montraient par transparence; l'éclosion a eu lieu une dizaine de jours après la ponte, mais les chenilles ayant refusé de manger une Graminée coriace que je leur ai fournie, toutes sont mortes.

A la fin septembre, plusieurs autres Q captives ont pondu, les œufs étant déposés principalement sur la mousseline et sur les montants en bois de la cage, quelques-uns seulement sur les tiges d'Alfa. Les éclosions ont commencé le 12 octobre et ont continué à se produire jusqu'au 23 de ce mois.

En arrivant à Hyères, le 20 octobre, j'ai placé toutes les che-

miles déjà écloses sur une grande touffe d'une Graminée voisine des Festuca; elles se sont montrées satisfaites de cette nourriture et, vers la fin d'octobre et en novembre, je les apercevais souvent, pendant la journée, en train de manger; les repas durent environ vingt minutes ; la chenille commence à la pointe d'une des feuilles filiformes et réduit la feuille à deux tiers ou à la moitié de sa longueur originale; elle se retourne ensuite, descend le long de la feuille et se met au repos près de la base, la tête en bas.

Je relève les notes suivantes, faites pendant l'hiver 1910-1911 et au printemps 191 1 :

« 8 novembre 1910. — Les chenilles avancent assez rapidement; toutes s'approchent de la fin du premier stade et plusieurs attendent déjà la première mue, se tenant au repos, le prothorax gonflé par la nouvelle tête qui se forme sous la peau.

14 novembre 1910. — ■ Cinq chenilles, dans le deuxième stade, mangeaient aujourd'hui en plein soleil; ces chenilles ont passé la première mue tout récemment.

21 novembre 1910. — Plusieurs chenilles font de rapides progrès, dans le deuxième stade; l'activité nocturne commence à se développer; j'aperçois ce soir, à 7 h. 30, deux chenilles, bien avancées dans le deuxième stade, haut sur les feuilles qu'elles sont en train de manger; les autres se tiennent au repos, près de la base des tiges, mais, à en juger par l'apparence de certaines feuilles, je suis persuadé que plusieurs chenilles ont mangé ce soir. Quelques chenilles sont encore dans le premier stade, mais elles ne tarderont pas à muer.

i^'' décembre 1910. — Depuis une quinzaine de jours, je n'avais pas remarqué d'activité diurne chez les chenilles d'Abdelkader, et j'étais disposé à croire que l'habitude nocturne était définitivement établie; cependant, aujourd'hui, journée ensoleillée faisant suite à près d'une semaine de pluie et de temps maussade, j'aperçois huit chenilles mangeant en plein soleil; toutes sont

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dans le deuxième stade et certaines d'entre elles ne tarderont pas à arriver à la fin de ce stade; elles progressent bien plus rapidement que les chenilles de Satyrus Prienri, élevées dans les mêmes conditions et à côté des Abdelkader.

2 décembre 191 o. — Ce soir, toutes les chenilles se promènent sur la touffe et sur la mousseline qui la recouvre; j'en vois plusieurs en train de manger.

17 décembre 1910. - — Deux des chenilles sont maintenant dans le troisième stade; l'une a passé la deuxième mue aujourd'hui, l'autre a accompli cette mue, il y a deux jours, à part ces deux exceptions, toutes les chenilles sont encore dans le deuxième stade, plusieurs étant bien avancées, l.e temps a été assez doux (+ 10° à + 15°) et très pluvieux, depuis trois semaines.

14 février içji. — Entre la mi-décembre et le 11 février, aucune pluie n'est tombée à Hyères; le temps a été généralement très beau et il n'y a eu que peu de vent, à l'exception d'un très fort vent d'est à la fin de janvier; la température diurne s'est maintenue élevée, au soleil, mais n'a pas souvent dépassé 12° à l'ombre; les nuits ont été froides et les gelées fréquentes; il y a eu, une nuit, un minimum de — 7" (enregistré à l'Ecole d'Agriculture). Pluie froide avec vents du nord-est et nord, les il, 12 et 13 février; aujourd'hui le temps est beau et doux. Pendant ce temps, les chenilles d' Abdelkader n'ont fait que de lents progrès; vers le 15 janvier, en examinant la touffe, je n'ai pu voir que deux chenilles, toutes deux dans le troisième stade et peu avancées.

17 février 191 1. — Je vois, ce soir, haut sur les feuilles et en train de manger, quatre chenilles bien avancées dans le troisième stade; la touffe paraît avoir été beaucoup broutée dernièrement, mais je crois qu'un bon nombre de chenilles a péri peu après le dernier changement de touffe; la cause de ces pertes serait la famine qu'éprouvèrent les chenilles sur la dernière touffe après l'avoir presque complètement dévorée.

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17 avril 191 1. -— Les chenilles qui survirent sont maintenant dans le dernier (cinquième) stade, mais elles n'ont pas encore atteint leur développement complet; il y a dix jours, j'ai soufflé deux cPienilles du cinquième et une du quatrième stades; il en reste une demi-douzaine. Le commencement de ce mois a été marqué par une série de journées très froides, et la température est même maintenant un peu au-dessous de la normale.

J'ai emporté avec moi les chenilles d' Abdelkader, en me rendant en Algérie au commencement du mois de mai; elles se sont chrysalidées à la fin de ce mois, à Aflou; une seule s'est métamorphosée au centre d'une touffe de Graminée, la chrysalide étant placée dans la position verticale; les autres ont pénétré en terre et se sont chrj'salidées dans des cellules à une faible profondeur. Les six chrysalides ont donné leurs papillons entre le 20 et le 25 aoiÀt 191 1. L'éclosion du papillon a lieu le matin, dans les premières heures qui suivent le lever du soleil (ceci paraît être la règle chez les Satyrus) ; le papillon cf commence à s'agiter environ une heure après l'émergence, s'il est exposé au soleil ou à un jour assez fort; il est même enclin à entreprendre des petits vols avant que ses ailes ne soient complètement sèches ; la Q est un peu moins remuante, mais elle, aussi, s'agite si la lumière est forte; c'est à cette période de leur existence imaginale que beaucoup de S. Abdelkader reçoivent des égratignures et des déchirures aux ailes encore molles, probablement en se débattant dans les touffes d'Alfa; ils sont également plus exposés aux attaques de la part des lézards qu'après le raffermissement des ailes. Il convient de placer les sujets obtenus d'éclosion, dans une obscurité complète, peu après l'émergence, et de les tuer vers la fin de la journée; les ailes seront, alors, parfaitement sèches et les papillons n'auront pas volé. Le beau noir du papillon cf, fraîchement éclos, perd assez rapidement son intensité, devenant plus ou moins brunâtre après deux ou trois jours d'existence; cette modification de la couleur est à remarquer aussi, à un moindre degré, chez les individus tués frais et conservés en collection.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 24 1

Description de la chenille dans ses stades successifs :

Premier stade. — Aussitôt après l'éclosion, la chenille a une longueur de 0.005 à 0.0055; la largeur de la tête est de 0.0013; celle-ci est de couleur paille pâle, plus pâle que le corps; sa surface est luisante, ponctuée de ces petites dépressions que l'on remarque toujours sur les épicrania des chenilles du genre Satyrus et Erebia; sa forme est arrondie et le sillon central n'est pas profond ; l'emplacement de chaque point sétifère est marqué par une petite tache brun noir très distincte ; les soies sont courtes, épaissies, incolores ; il n'y en a qu'une dizaine sur chaque moitié de la tête; les ocelles sont d'un brun noir.

Le corps est de couleur paille pâle très légèrement grisâtre; la teinte est un peu plus chaude sur les segments thoraciques. Les lignes du dorsum sont très distinctes ; elles ont une couleur chocolat clair; on remarque : la ligne médiane, la deuxième sousmédiane, la suprastigmatale (large ligne, plus faible sur les segments thoraciques que sur les abdominaux et toujours un peu plus foncée vers sa marge supérieure) et la stigmatale, plus pâle et moins large que la suprastigmatale.

La ligne limitrophe de la surface dorsale est plus pâle que la couleur fondamentale; quant à la première ligne sous-médiane, elle n'est pas encore apparente; la surface ventrale, les pattes thoraciques et les pattes membraneuses sont d'une couleur paille pâle.

Les tubercules primaires apparaissent sous forme de petits points noirs ; sur les segments abdominaux, tubercule I est placé sur le premier bourrelet et se trouve peu éloigné de la ligne médiane; tubercule II est près du bord postérieur du segment, sur la marge inférieure de la seconde ligne sous-médiane; la fourche anale est bien développée; ses deux dents sont formées chacune de trois verrues coniques (tubercules modifiés), la principale dirigée horizontalement en arrière et portant, sur ses côtés, les deux autres, plus petites, placées obliquement, l'une du côté extérieur, l'autre du côté intérieur de la dent; un poil incolore

242 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

termine chaque verrue; les tubercules situés ailleurs sur le corps portent chacun une soie très courte; les stigmates sont indiqués par de petits points noirs.

Une teinte verte apparaît après la première ingestion de nourriture et s'accentue progressivement, sans jamais devenir intense; la teinte verte ne se communique pas à la tête ni au segment anal ; les lignes foncées deviennent moins apparentes quand la couleur verte se développe ; la couleur chocolat primitive des rayures est remplacée par un vert foncé, dans le cas de la ligne médiane et de la suprastigmatale; les lignes stigmatale et deuxième sous-médiane verdissent aussi, mais d'une façon moins prononcée; la ligne pâle en limite du dorsum reste blanc jaunâtre et se montre plus distinctement. Vers la fin du stade, lorsque la chenille a cessé de manger et qu'elle s'est mise au repos dans l'attente de la mue, la teinte verte se modifie graduellement, pâlissant et cédant place au jaune paille légèrement verdâtre; les deux premiers segments thoraciques et les trois derniers segments du corps pâlissent plus spécialement et perdent toute trace de vert; les lignes s'affaiblissent beaucoup. La longueur totale de la chenille, à la fin du premier stade, varie, selon les individus, de 0.009 a 0.0097.

L'intensité de la coloration verte de la jeune chenille dépend de la nourriture qu'elle absorbe; ainsi, certains individus, nourris avec de vieilles feuilles d'Alfa ne renfermant que peu de chlorophylle, ont pris une teinte gris verdâtre, tandis que d'autres, élevées sur une Graminée bien verte, ont développé une couleur verte beaucoup plus franche.

Dans son premier stade, la chenille de S. Abddkader est la plus grande de toutes celles des Satyrus que je connais ; ses dimensions sont en rapport avec celles de l'œuf, par conséquent.

Deuxième stade. — Immédiatement après la mue, la tête et le segment anal présentent une apparence semi-transparente et sont d'une couleur vert pâle; le corps est paille pâle et les lignes longitudinales sont bien distinctes; en séchant et en se raffer-

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 243

missant, la tête reprend de l'opacité et sa couleur tourne au paille un peu grisâtre; il en est de même pour le segment anal; sur la tête apparaissent maintenant les rayures brunes caractéristiques cies Satyrus; elles ne sont que très faiblement dessinées dans ce stade, même chez les sujets les plus fortement marqués. La forme de la tête n'a pas subi de modifications sensibles; elle reste arrondie, le sillon de suture des épicrânes à peine déprimé; sa surface est recouverte de petites dépressions comme auparavant; ce caractère est commun à tous les stades chez les Satyrides ; les soies, bien plus nombreuses que dans le premier stade, restent extrêmemicnt courtes, sauf autour de la bouche, où elles sont plus longues qu'ailleurs; elles sont incolores.

La largeur de la tête dans le deuxième stade varie de 0.0015 à 0.00185; ces chiffres indiquent un écart considérable dans la grosseur de la tête, selon les individus; j'ai constaté que les chenilles originaires de Sebdou possédaient, dans ce stade, une tête un peu plus grosse, en général, que celles de Géryville.

Peu de temps après avoir recommencé à manger, la chenille reprend une légère teinte verte, surtout sur la surface ventrale, mais cette coloration est moins prononcée que dans le stade précédent; la couleur fondamentale du corps est un gris jaunâtre teinte faiblement par le vert; les lignes foncées deviennent de moins en moins accusées à mesure que la chenille progresse dans le stade; elles sont brunâtres, et cette couleur est distincte comme fine limite marginale de chaque ligne, mais la partie médiane est affaiblie et plus ou moins envahie par la couleur fondamentale; la ligne suprastigmatale est celle la plus fortement marquée; la ligne en bordure de la surface dorsale reste un peu plus claire que le fond; les pattes sont d'un gris jaunâtre très pâle, ainsi que la surface ventrale, mais celle-ci est légèrement teinte de verdâtre. Plusieurs exemplaires n'ont presque pas trace de coloration verte sur le corps. Les points sétifères sont plus nombreux que dans le premier stade; les soies sont extrêmement courtes. Les pointes de la fourche anale sont moins allongées que chez les Espèces du groupe Faiina. Vers la fin du stade, la

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couleur de la chenille pâlit et perd toute teinte verte et les lignes du corps et de la tête s'affaiblissent beaucoup, celles de la tête disparaissant dans bien des cas, pendant la période d'attente qui précède la deuxième mue. La longueur totale à la fin du cieuxième stade est de 0.015.

Troisième stade. — Pendant quelques heures après la deuxième mue, la tête est blanchâtre, semi-transparente, sans rayures; les lignes du corps sont assez fortement marquées, surtout la médiane et la suprastigmatale; elles sont d'un gris foncé. Peu à peu, en séchant, la tête et le segment anal se foncent et prennent de l'opacité; les rayures de la tête réapparaissent, alors, et, au bout de 24 heures, deviennent assez foncées.

Les lignes de la surface dorsale du corps sont toujours plus vivement marquées au début d'un stade; elles diminuent progressivement d'intensité pendant le développement de la chenille; la principale raison de cet affaiblissement doit être l'extension graduelle de la peau, qui accompagne la croissance de la chenille dans chaque stade; cette extension de la peau a lieu, naturellement, chez toutes les chenilles, avec un certain affaiblissement des dessins, qui est surtout sensible si ces dessins sont formés en grande partie par de petits traits et atomes plus ou moins étroitement agglomérés, comme cela est le cas pour les lignes ornant les chenilles des Satyrides ; plus la peau est tendue, plus les atomes composant les dessins se trouvent espacés et les dessins affaiblis en conséquence; mais l'extension de la peau n'est pas l'unique facteur de l'affaiblissement des lignes, car, vers la fin d'un stade, la couleur des petits traits et même des atomes pâlit.

J'ai fait la desciiption suivante d'une chenille vers le milieu du stade :

La largeur de la tête varie, selon les individus, de 0.0024 à 0.0028 (chez les chenilles originaires de Géryville, je trouve une largeur moyenne de 0.0025). La couleur de la tête est un nankin grisâtre pâle, un peu plus pâle que la couleur générale du corps;

les rax'ures de la tête — au nombre de six, comme chez toutes les Espèces du Genre, - — sont d'un gris brun; quoique faiblement marquées, elles sont distinctes; leur intensité varie, d'ailleurs, jusqu'à un certain degré, selon les individus; ces rayures ont une largeur moyenne, par comparaison avec celles des autres Satyrits.

La forme de la tête et son apparence, l'intensité des rayures et la grosseur mises à part, ne diffèrent pas sensiblement de ce qu'elles étaient dans le stade précédent; les soies sont nombreuses et toujours très courtes, un peu plus longues autour de la bouche; le léger sillon entre les épicrânes est un peu plus clair que la couleur générale et cette teinte plus {jâle s'étend sur le bord des épicrânes contigu au clypeus.

La couleur générale du corps est nankin grisâtre pâle; la peau est relativement mince et la substance souscutanée peu opaque; néanmoins, il n'y a aucune teinte verte. Le corps est recouvert de soies extrêmement courtes, imperceptibles à l'œil nu; sur la base des pattes membraneuses et sur la fourche anale, les soies surmontent de très petites verrues coniques, noires; elles sont un peu plus longues sur la fourche qu'ailleurs; les segments abdominaux possèdent six bourrelets transversaux chacun, dont le premier est le plus large; vues d'au-dessus, les deux dents de la fourche ont une forme grossièrement conique ; leurs bords inté- 1 leurs sont parallèles et très rapprochés l'un de l'autre, pour la plus grande partie de la longueur, mais divergents vers l'extrémité.

La ligne médiane est d'un gris clair; elle est plus foncée et plus étroite sur les segments thoraciques que sur les abdominaux; il y a un léger renflement de cette ligne sur le premier bourrelet des segments abdominaux ; son bord extérieur est formé par une étroite ligne brune en dessous de laquelle vient un espace de la couleur pâle fondamentale; ensuite on remarque une large rayure de couleur un peu plus foncée, dont la marge supérieure et la marge inférieure forment respectivement la première et la

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seconde lignes sousmédianes ; ces deux lignes sont brunes ; la première est plus étroite que la seconde ; cette rayure sousmédiane se retrouve chez toutes les chenilles du genre, mais son aire médiane est, dans certains cas, si pâle qu'elle ne se distinguerait pas de la surface environnante si ce n'était pour les marges foncées ; quelquefois (surtout chez les jeunes chenilles) la bordure supérieure, autrement dit (( première ligne sousmédianc », lui manque; chez Abdelkader, l'aire centrale de la rayure sous-médiane est recouverte d'un semis assez dense de petites lignes ondulées et d'atomes bruns, visibles à la loupe, et ceci rend la rayure apparente dans son ensemble; en dessous de la rayure sous-médiane se trouve un filet de la couleur fondamentale, puis vient une assez large ligne de couleur brun rouge terne, suivie d'un second filet de couleur plus claire que le fond ; la ligne suivante est la suprastigmatale, ligne fortement marquée dans toutes les Espèces du Genre, mais, à cause de la pâleur des autres lignes, elle est particulièrement remarquable chez Abdelkader, dans les 2*, 3" et 4'' stades ; elle est large, grise, avec marge supérieure noirâtre, la marge inférieure étant plus mince et un peu moins foncée que la supérieure; la suprastigmatale est plus étroite sur les segments thoraciques que vers le milieu du corps, et elle diminue progressivement de largeur, à partir du cinquième segment abdominal, pour se prolonger, fine, sur le bord de la fourche; sa couleur grise est à peu près uniforme d'un bout à l'autre; le filet foncé formant la marge supérieure de cette ligne est plus épais sur les segments abdominaux que sur les thoraciques.

La ligne stigmatale est séparée de la suprastigmatale par un mince filet couleur du fond; elle est d'un brun rougeâtre clair avec bordures d'une teinte un peu plus foncée; les stigmates apparaissent, sous la loupe, comme de petits points noirs entourés d'un anneau clair; après la stigmatale, vient la ligne en bordure de la surface dorsale (fiange Une) ; elle est très claire, décidément plus pâle que le fond, et possède une nuance légèrement jaunâtre. La surface ventrale, les pattes thoraciques et les membraneuses

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 247

sont de couleur gris très pâle à nuance chaude; U )■ a trace d'une ombre foncée, en dessous de la limite dorsale.

La longueur de la chenille à la fin du troisième stade est de 0.017 à o.oig.

Ojiatrihne stade. — Sauf pour la grosseur, la tête ne diffère pas beaucoup de ce qu'elle était dans le stade précédent; les rayures foncées sont, cependant, mieux marquées, tout en restant faibles par rapport à celles de la tête de la plupart des Satynis. La plus grande largeur de la tête est de 0.0031. Il n'y a pas grand changement, non plus, dans la coloration et le dessin du corps; la ligne médiane est un peu plus fortement marquée, ainsi que la seconde sous-médiane; la bordure supérieure, noire, de la suprastigmatale, est nettement plus large sur les segments abdom.inaux 5, 6, 7 et 8; le stigmate du segment protharacique et celui du huitième segment abdominal ont une couleur brun rougeâtre; ceux des autres segments abdominaux sont plus foncés et plus petits. L'ne fine pubescence de soies très courtes, visibles sous la loupe, recouvre le corps. La longueur totale de la chenille à la fin du quatrième stade est d'environ 0.025.

Cinquième (dernier) stade. — La largeur de la tête, dans ce stade, varie de 0.0035 à 0.0040 environ, suivant les individus; la tête est arrondie, légèrement aplatie sur la face; les mâchoires sont fortes, brunes; la surface des épicrânes est finement rugueuse, pointillée de petites dépressions; le sillon de suture, plus clair que le fond, est à peme déprimé; le clypeus est assez large et sa surface est plus uniforme que celle des lobes; ses bords latéraux sont marqués d'un trait brun d'intensité variable; ces deux traits ne se rencontrent pas à l'apex du triangle; un point brun foncé se trouve à la base de chacun des traits, près de la base du triangle formé par le clypeus ; un second point brun est placé vers le sommet du triangle, également sur chaque trait; les ocelles, au nombre de six, sont d'un brun noirâtre; cinq des ocelles forment un arc; le sixième est en dessous de l'arc.

248 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

La tête est recouverte de soies très courtes, drues; sa couleur est nankin grisâtre très pâle; le fond des petites dépressions est souvent noirci, surtout dans l'aire des rayures; les rayures sont plus prononcées que dans les deux stades précédents; elles sont relativement larges, mais d'un gris noirâtre peu foncé en comparaison avec celles qui ornent la tête chez la majorité des chenilles du genre. Vers la fin du stade, la couleur de la tête devient plus foncée grisâtre, et les rayures apparaissent beaucoup moins nettement. Une pilosité très courte, invisible à l'œil nu, recouvre le corps; les poils sont raides, d'un brun ambré; cela ne se voit qu'avec l'aide d'une très forte loupe; comme chez les autres chenilles Satyrides, cette pilosité se révèle au toucher, les chenilles ne produisant pas une sensation froide aux doigts comme dans le cas des Noctuides et autres larves glabres. On ne distingue pas les tubercules primaires, perdus au milieu des nombreux tubercules pilifères secondaires. Les pattes thoraciques sont d'un blanc-grisâtre, mais les parties chitinisées sont légèrement rembrunies; les pattes membraneuses ont la même couleur que les thoraciques ; leurs crochets terminaux sont brun-rougeâtre clair. Les dents de la fourche anale ne sont ni si longues ni si aiguës à l'extrémité que chez S. Cordula, S. Actaea et les Espèces du groupe de Fanna; elles sont divergentes vers l'extrémité, mais soudées ensemble sur environ quatre cinquièmes de leur longueur totale; le sillon marquant la ligne de jonction est assez profond ; les soies hérissant la fourche sont plus longues et les petites verrues qui les portent sont mieux développées que celles du corps.

La couleur fondamentale du corps est un beige jaunâtre très pâle, couleur commune à beaucoup d'Espèces du même Genre, dans le même stade; les lignes sombres sont formées d'atomes et filets presque microscopiques, disposées en semis plus ou moins dense, selon les régions, sur un fond grisâtre peu foncé et, dans le cas des lignes les moins importantes, sur la couleur fondamentale même; la couleur de ce semis varie du noir (bord supérieur de la ligne suprastigmatale) au brun rougeâtre. La ligne médiane

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 249

est beaucoup plus luncée que clans le stade précédent; sa couleur est brun gris sombre, ou noirâtre, un peu plus intense sur les deux premiers segments thoraciques et aussi sur les segments abdominaux 7, 8 et 9; elle commence, finit, sur le prothorax, s'élargit progressivement jusqu'au cinquième segment de l'abdomen et commence à s'amincn- après le sixième, pour terminer en pointe à la base de la fourche; entre le premier et le huitième segm.ents abdominaux, la variation dans la largeur de la ligne médiane n'est pas très sensible; les bords de cette ligne sont légèrement plus foncées que la partie médiane; l'étroit espace de couleur fondamentale, qui sépare la ligne médiodorsale de la rayure sous-rnédiane, est exempt d'atomes bruns; la rayure sousmédiane, est toujours très faiblement marquée; quelques atomes bruns l'indiquent sur les segments thoraciques, mais, sur ceux de l'abdomen, le semis brun rougeâtrc de son aire médiane est si pâle que l'on a bien de la peine à distinguer la rayure; son bord supérieur ( = première ligne sous-médiane) n'est visible que sur le thorax, même chez les individus les mieux marqués, mais sa marge inférieure ( = seconde ligne sous-médiane) est distinctement visible, en brun grisâtre, sur la partie antérieure du corps ; elle pâlit progressivement sur les segments abdominaux et se trouve, dans bien des cas, presque effacée à partir du quatrième ou du cinquième segment ; entre la seconde ligne sous-médiane et la suprastigmatale, on remarque une surface de couleur fondamentale, dont la partie centrale est occupée par une ligne à peine visible, composée d'atomes et filets ondulés, bruns; la large ligne suprastigmatale fplus étroite sur le thorax que sur l'abdomen) est gris pâle ; son bord supérieur est noir et très net, fortement marqué sur les segments abdominaux, surtout sur le 5^ le 6^ le 7® et le 8^ on le corps de la ligne est plus sombre qu'ailleurs, par suite d'un saupoudremen<" plus dense et plus foncé d'atomes noirâtres; le bord inférieur de cette ligne est très fin, noirâtre; la suprastigmatale, amincie, est prolongée sur le côté de la fourche anale; la ligne stigmatale est faible sur le thorax et presque effacée sur les segments abdominaux; les stigmates ont une

250 LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

couleur brun rouge, le grand stigmate prothoracique étant plus clair que les autres; la forme des stigmates est ovale-allongée; un rebord surélevé, chitineux entoure le cratère central ; la limite dorsale, ou corniche, est plus claire que la ligne stigmatale; la surface ventrale et les pattes — sauf les parties chitinisées - — sont de couleur plus pâle que le dorsum et sont exemptes de lignes et dessins.

Quand la chenille est au repos, la fourche anale est souvent infléchie de façon à ce que son extrémité touche la tige sur laquelle se tient la chenille.

La croissance, dans ce stade, est accompagnée d'un pâlissement progressif des lignes et rayures ; la ligne médiodorsale brune grisâtre reste, cependant, toujours fortement marquée, étant, de beaucoup, la ligne la plus foncée du corps, si on fait exception de la bordure supérieure de la suprastigmatale, qui reste noirâtre et très nette.

A la fin du stade, à l'époque oii la chenille cesse définitivement de manger et erre sur le sol avant de s'enterrer, l'aspect de la tête et du corps se mcdiùe un peu; la tête grisonne et ses layures deviennent indistinctes; une diminution dans le volume du corps coïncide avec une opacité atténuée et les bourrelets transversaux se dessinent mieux, par suite d'un rembrunissement — plus ou moins accentué selon les individus — n'intéressant pas les rides et incisions, mais seulement les bourrelets ; les segments antérieurs et surtout ceux du thorax, sont plus spécialement rembrunis pendant cette phase, mais à un degré moindre, me semble-t-il, que chez la forme Lambessanus; la peau paraît s'épaissir, en même temps.

En résumé, la chenille de S. Abdelkader est la moins fortement marquée de toutes celles du Genre Satyrus que j'ai élevées; il faut, néanmoins, reconnaître que la ligne médiodorsale est aussi foncée et nette, dans le dernier stade, que chez beaucoup d'Espèces; elle ne montre aucune tendance à se diviser en sections plus foncées et sections plus claires, tendance qui

lb:pidoptérologie comparée 251

caractérise plusieurs. Satyrus, tels que Herniione^ Neomyns, Prieiiri et Phaedra.

Les différences qui séparent les chenilles des diverses Espèces du Genre sont rarement très frappantes, quoique, le plus souvent, parfaitement appréciables ; les mêmes lignes se retrouvent chez toutes, plus ou moins modifiées quant à la couleur et l'intensité; les rayures de la tête peuvent être plus ou moins intensifiées et nettes et elles peuvent varier un peu en largeur; certaines petites différences se constatent, aussi, dans la forme de la chenille (tantôt plus trapue, tantôt plus élancée) et dans celle de la fourche anale.

La chenille de S. Ahdelkader diffère notablement de celles de 5. Act(va et de 5. Cordula qui sont les phis fortement marquées de celles que je connais.

Chrysalide. — Elle ressemble beaucoup à celles des Satyrus en général, par la forme et la couleur; je n'ai pas remarqué de différence entre la chrysalide du type et celle de la forme Lambessanus, dont on lira la description plus loin.

Forme Nelvai.

Cette belle race de S. Abdelkader, tout en habitant une région souvent visitée, a échappé pendant longtemps aux recherches des Entomologistes explorateurs de l'Algérie.

Cela s'explique par le fait que les Entomologistes, assez nombreux, qui ont exploré les montagnes des environs d'El- Kantara, habitées par Nelvai, s'y rendaient toujours en hiver, au printemps ou au commencement de l'été; naturellement, ils n'y ont pas rencontré le papillon, qui ne vole qu'à partir du 15 août jusqu'en octobre. C'est à M. Adrien Nelva, pharmacien de Batna, que revient l'honneur de la découverte du papillon qui porte son nom. M. Nelva captura les premiers exemplaires au cours d'un voyage qu'il fit, en août 1906 ou 1907, d'El-Kantara à Menaa.

252 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Etant à El-Kantara, vers la ftn du mois d'août 1912, moimême et Stefano Chierotti, nous fîmes la connaissance de Nclva?, sur les montagnes au nord-ouest d'El-Kantara.

En 191 3, j'ai fait deux excursions, dans le sud de l'Aurès, dont l'objet principal était la détermination des limites nord et sud de la zone habitée par cette race à.' A.bdelkader ; je voulais, également, mieux me fixer sur la question de ses mœurs et affinités. D'abord, je suis allé à El-Kantara, où j'ai retrouvé Nelvai sur le Djebel Metlili ; l'éclosion du papillon avait à peine commencé, le 22 août. Ensuite, accompagné de M. Nelva, j'ai fait, à pied, la route de Lambèse à Maafa par le Col de Doufana; de Maafa, nous avons traversé les montagnes jusqu'à Menaa, et de là, nous sommes revenus à Lambèse, par les chaînes du Mahmel et du Malou et la forêt de Sgag A mon retour de ce voyage, j'ai envoyé Chierotti au Djebel Metlili; il y est resté du 20 au 23 septembre; presque tous les exemplaires de Nelvai étaient passés à cette époque; le papillon continue à voler jusqu'en octobre, cependant, puisque Chierotti a capturé, le 20 octobre 191 2, un exemplaire, entre El-Kantara et Maafa, et il a vu un autre, le même jour.

Les observations faites pendant ces voyages respectifs, ont démontré les faits suivants :

L'époque d'éclosion est la même pour Nelvai que pour Abdelkader de Sebdou et de Géryville.

Comme Abdelkader, Nelvai éclôt dans l'Alfa. On le rencontre, le plus souvent, entre 1.200 et 1.400 mètres d'altitude, dans la zone subdésertique.

Ses habitudes et mœurs sont analogues à celles de la forme typique.

Nelvai et Lainbessanits n'habitent pas les mêmes parties de l'Aurès; Nelvai n'étant connu que d'une région du sud-ouest de ce massif.

Cette région est limitée, à l'ouest, par la chaîne du Djebel- Metlili; à l'est et au sud-est, par la chaîne de montagnes séparant

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 253

la vallée de l'Oued-Abdi du territoire des Beni-Ferah ; au nord, par rOued-Smaïl. Au sud, Nelvai se trouve sur les montagnes des Beni-Ferah, mais ne descend pas dans la zone désertique. - — En longueur (est-ouest), cette région a environ 40 kilomètres; elle est large d'environ 20 kilomètres sous le méridien de Tahanent, mais beaucoup plus étroite à El-Kantara; au nordouest de cette localité, le papillon est restreint à la chaîne du ÎVietlili. Je ne pense pas que, vers l'ouest. Nelvai dépasse le Djebel-Metlili, puisque les derniers contreforts de cette chaîne disparaissent dans la vaste plaine, désertique et peu élevée, du Hodna; mais, à l'est, il se pourrait bien qu'on le retrouve audelà de la vallée de l'Oued-Abdi, sur les versants sud-est du Djebel-Azreg de l'Ahmar-Khadclou ; peut-être le retrouvera-t-on, également, dans le Djebel-Chechar, au sud-est de l'Aurès? Aucun entomologiste n'y a chassé encore; du moins à ma connaissance.

Nous ne l'avons pas vu, en septembre 191 2, aux environs de Tighanimine (Oued-el-Abiod), ni, en octobre de la même année, sur les montagnes entre Menaa et M'chounech; ces régions ne me paraissaient même pas propices; l'Alfa y faisant presque défaut; mais il y a de grandes étendues encore inexplorées de ce côté, je suis convaincu que Nelvai n'habite ni le nord de l'Aurès, ni les grandes montagnes du centre. Nous chassions presque journellement, pendant l'été, sur les montagnes aux environs de Lambèse, où vole la race Lambessanns au printemps, mais nous n'y avons jamais vu Nelvai, pas plus qu'au cours de nos explorations des chaînes centrales,

.Sauf sur le Metlili, Nelvai nous a paru rare; à Tahanent, à Maafa et au Djebel-Bouss, nous n'avons rencontré que des exemplaires isolés, qui s'étaient probablement un peu éloignés de leur lieu de naissance; au Djebel-Bouss, cependant, le terrain et la flore étaient semblables à ceux du Djebel-Metlili. M. Nelva a capturé les premiers exemplaires connus, dans la région montagneuse au sud de Maafa; il ne se souvient pas, malheureusement, de l'endroit exact.

254 LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

Le Djebel-Motlili forme une grande barrière au nord et au nord-ouest d'El-Kantara (voir les planches photographiques 59 et 60 du Vol. VII des Etudes de Lépidoptérologie Comparée) ; c'est une chaîne de montagnes presque aride, dont la végétation arborescente, très maigre, est composée d'Arars {Juniperus phœnicea), de quelques Pistachiers et de rares chênes verts sur les hauteurs; elle domine, d'environ i.OOO mètres, les vastes plaines désertiques de Barika et du Hodna, situées au nordouest et à l'ouest, et celles d'El-Kantara et d'El-Outaïa, au sud Elle est séparée du massif de l'Aurès par l'Oued-el-Haï et son affluent l'Oued- Tilatou, mais, au fait, le Metlili n'est que le prolongement d'une des chaînes de l'Aurès. Le versant sud, sur lequel nous avons trouvé S. Nelvai, est en pente très raide; la chaleur et la sécheresse y sont très grandes, en été.

Le compte rendu suivant de l'ascension faite, le 22 aoiit 1913, donnera une idée de la localité et de sa flore.

« A EI-Kantara, où nous sommes arrivés à 8 heures du soir (le 21 août), le thermomètre, sous les mûriers de l'Hôtel Bertrand, accusait encore 4-31°; mais, dans les chambres à coucher, sur la terrasse, il y avait cinq ou six degrés de plus. J'ai dîné dans la cour éclairée par les becs à acétylène autour desquels j'avais capturé, l'an dernier, vers la fin du mois d'août, une Q de Lymantria non encore déterminé et quelques Noctuides. Cette nuit, je n'ai rien vu autour des lumières, à part quelques sauterelles. Il a été convenu avec le guide Arabe de l'hôtel, un nommé Agra, qu'il me procurerait un mulet pour 4 heures du miatin, afin de porter les vivres, l'eau et l'appareil photographique et de servir de monture en cas de fatigue. J'ai mal dormi à cause de la chaleur intense de la chambre, et à 4 heures j'étais debout, attendant le mulet. A cinq heures, comme ni Agra ni le mulet n'avaient paru, je me suis mis, avec Amar Sari, à la recherche d'un autre mulet. Nous avons eu beaucoup de difficulté à en trouver un, les Arabes souffrant tous de l'inertie du Ramadan;

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 255

enfin, à sept heures, nous avons pu nous mettre en route par un temps très chaud et beau.

Nous avons suivi le ravin sec qui débouche près de la gare. 11 y avait bien moins de Lampides Theophraslus autour des jujubiers sauvages que l'année précédente; quelques jours plus tard, les fourreaux ai' Amie ta Quadrangularis étaient nombreux, sur les genêts, les Passerines et surtout sur les jujubiers; les chenilles contenues étaient en général pleinement développées.

Le petit Arabe qui nous accompagnait, s'étant trompé de route, nous a amenés, ensuite, dans un ravin à gauche, séparé du Metlili par un chaînon de collines sèches et arides, qu'il a fallu traverser pour atteindre l'entrée de la gorge étroite dans laquelle s'engage le sentier du Poste Optique. Le sentier tourne à gauche, au bout de quelques mètres et grimpe, en lacets, sur une pente très raide, resserrée entre deux strates de roches calcaires, celle de gauche formant falaise surplombante. Sur cette falaise, poussent les touffes vertes du Capparis spinosa, presque toutes inaccessibles. J'ai pris, ici, un seul exemplaire très petit, très frais, de Calicharis Noima. Entre les blocs et les pierres éboulées de la pente, poussent quelques rares Térébinthes, des Scrophulaires (maintenant sans feuilles), de l'Alfa, un peu de Chih et le Devcrra scoparia. En montant, nous avons dérangé un Salyrus Fidia-Alvovenosa, le premier de la journée, qui était posé sur une pierre. En haut de cette raide montée, on arrive sur l'épaulement d'un petit contrefort de la montagne; il y a une courte descente, puis la montée en lacets recommence. Les Arars apparaissent sur l'épaulement, et de là jusqu'au sommet, on les rencontre en buissons ou petits arbres, très espacés.

A peine avions-nous entamé la seconde partie de la montée que, de derrière une touffe d'Alfa, s'est envolé le premier S. Nelvai, de la journée ; c'était un cf tout frais, d'un noir intense, avec les apices des ailes antérieures d'un blanc éclatant; il se trouvait entre moi et Amar et se dirigeait vers ce dernier ; mais, bien avant de l'atteindre, il dévia à gauche et se laissa aller à la descente; le flanc de la montagne étant en très forte pente.

2^6 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

rocaill'-nix et pierreux et parsemé de touffes d'Alfa, la poursuite du papillon n'était pas chose facile; il gagnait beaucoup sur nous, mais il n'allait pas en ligne droite; tantôt il montait, tantôt il descendait, sans paraître disposé à s'arrêter; son vol était bien celui de S. Abdelkadey typique; il planait, les ailes non pas étendues horizontalement, mais relevées d'un quart environ; de temps en temps il les battait légèrement; il ne s'élevait guère audessus de I m. 50 du sol. A un moment donné, il a passé audessous de moi, à. une distance de 2 m. 50 soutenu par la brise qui montait; j'ai pu, alors, admirer sa belle apparence, mais je n'ai pu l'atteindre de mon coup de filet, étant au bord d'une barre de rochers; j'ai sauté en bas, mais il était déjà loin. Nous avons continué à le poursuivre jusqu'au bord de la gorge aux parois presque à pic, dans laquelle il a disparu, à notre grand regret. Essoufflés, car la course avait été longue et mouvementée, nous avons repris la montée ; 500 mètres plus loin, un second cf a été aperçu, planant comme le premier ; au bout de cinq minutes de poursuite rapide, nous l'avons vu se poser sur le sol; Amar a pu même s'approcher à deux mètres de la touffe d'Alfa derrière laquelle le papillon s'était arrêté; mais, méfiant comme tous les individus de son Espèce, il s'est envolé de nouveau et a finalement disparu, en remontant la pente. De belles touffes de Dcverra scoparïa poussaient ici entre les roches et au bord du sentier et les petits buissons serrés de Genisia capïtellata commençaient à se montrer entre les touffes d'Alfa, mais VErmacca puiigens et le Genista Balansœ, si abondants sur les montagnes moins arides du nord de l'Aurès, faisaient complètement défaut. Fidia- Albovanosti n'était pas rare, mais, contrairement à ce que Chierotti et moi nous avions remarqué l'an dernier, le 28 août, presque tous les individu? étaient usés par le vol.

Le sentier, tout en continuant à monter, longe maintenant le côté ouest d'un large amphithéâtre dont le fond est le ravin, ou plutôt la gorge, qui descend vers le sud-sud-est Le côté opposé de ce cirque est terminé par un pic de la chaîne, un peu moins élevé que le sommet couronné par le Poste Optique. Les pentes du

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cirque sont très raides ; l'Alfa y est très abondant et les Arars y croissent en assez grand nombre. C'est sans doute la meilleure localité pour Nclvai, mais il faudrait y revenir huit jours plus tard; aujourd'hui le papillon était rare et les quelques sujets que nous avons vus étaient d'éclosion toute récente.

Ayant noté, de loin, le point oii venait de se poser un Nclvaï cf, Amar a pu l'approcher d'assez près pour le prendre au filet au moment oii il s'envolait; de mon côté, j'ai poursuivi, pendant longtemps, deux individus différents, sans pouvoir les prendre; ils s'arrêtaient bien, de temps à autre, par terre, entre les touffes; mais toujours d'une méfiance extrême, ils s'en allaient avant d'être atteints ; ce n'est que par hasard qu'on peut capturer Nelvai au vol, d'abord à cause des difficultés qu'on éprouve à l'approcher, ensuite parce qu'il évite très habilement le coup de filet.

A environ 400 mètres du sommet, nous avons trouvé un petit plateau recouvert d'Armoises (A. herba-albà), d'Alfa et de Genista capiteUata; quelques petits chênes verts croissaient aux alentours et entre ce point et le sommet. On pourrait installer un camp, à cet endroit, dans le cas où on viendrait chasser pendant quelques jours sur la montagne, mais il faudrait apporter sa provision d'eau d'Ei-Kantara, aucune source ne se trouvant sur le Metlili. 5. Fidïa-Albovcnosa n'était pas rare autour du petit plateau ; nous n'avons pas vu Nelvai au-dessus de ce point.

En descendant, Amar a eu la chance de prendre un second exemplaire cf, sur les pentes du cirque. Aucune Q n'a été aperçue ce jour. Arrivés au pied de la montagne, nous avons été surpris par un court mais violent orage accompagné d'un ouragan de vent, qui, précédant l'averse, soulevait d'énormes nuages de poussière sur la plaine aride et dans la vallée d'El-Kantara. Après la forte chaleur et la sécheresse de la journée, la pluie nous a procuré une bien agréable sensation de délassement. )>

En retournant à Lambèse, je me suis arrêté à Batna pour voir M. Nelva. Il a été convenu entre nous que nous ferions ensemble et le plus tôt possible, un voyage à travers les montagnes où se

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trouve la forme Lanibessaniis au mois de mai, et, qu'ensuite nous descendrions vers le sud à la recherche de nouvelles localités pour Nelvai. Notre départ de Lambèse a été retardé par le fait que le pharmacien qui devait remplacer M. Nelva, pendant son absence, s'est fait attendre quelques jours; enfin, nous nous sommes mis en route, le 7 septembre. La première nuit a é'é passée au Col de Doufana, et une chasse à la lumière que nous y avons faite, a bien réussi. Le lendemain, 8 septembre, nous avons commencé notre chasse au Col, localité oii vole 5. Lambessanus, en mai; ensuite nous avons suivi la vallée de l'Oucd- Doufana jusqu'au moulin de Hafia. Cette vallée est la meilleure localité que je connaisse, dans le nord-ouest de l'Aurès, pour Lanibessanus ; au printemps, le papillon n'est pas du tout rare sur les flancs des collines boisées, en dessous de la jonction de rOued-Doufana avec le ravin d'Oustiii, volant au-dessus des touffes de Diss. Aujourd'hui, la seule Espèce du genre Satyrus, que nous avons rencontré était Fidia-Albovenosa; nous le faisions souvent s'élever de l'ombre des touffes et des rochers, où il aime à s'abriter pendant la forte chaleur du jour. De LaJiibessanus, nous n'avons vu trace. Notre repas de midi a été fait à Aïn-Hafia, source entourée de lauriers-roses, au bord du ruisseau. Pendant l'après-midi, notre descente de l'oued a éLé poursuivie à travers un pays boisé de chênes verts. Les lauriersroses, les Retams (Rétama sphaerocar pa) et le Fraxiiins d'unorpha abondaient dans la vallée. La rivière prend maintenant le nom de Oued-Fedhala; elle passe, près de Bou-Youssef, dans de curieuses gorges aux parois peu élevées, portant des traces de travaux Romains ; on y voit des trous carrés en alignements, creusés dans le roc et destinés, sans doute, à recevoir les supports d'un aqueduc. Nous avons établi notre campement pour la nuit, à un point 011 la vallée s'élargit entre deux gorges. Les collines, aux alentours, étaient sèches et pierreuses, mais assez bien boisées de chênes verts, genévriers, cistes et romarins. Le 9 septembre, nous avons eu à lutter contre un fort vent du sudouest, en descendant la vallée. Après la dernière gorge, les col-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 259

lines deviennent plus arides, plus basses et la vallée s'élargit. L'Alfa, le thym, le Globîdaria Alypinu et l'Arar couvrent les hauteurs, mais la végétation n'est pas dense. Dans la vallée, on voit des champs d'Euphorbe, de Retam et de Gouf't (Arlemisia campestris). Je n'aurais pas été surpris de rencontrer Nelvai par ici; mais le papillon ne s'est pas montré aujourd'hui. Nous avons campé, pour la nuit, dans un champ d'orge moissonné, près du confluent de l'Oued-Smaïl et de l'Oued-Fedhala, au pied du Djebel-Akhal; un vent épouvantable nous a empêché de dresser la tente. Dans la matinée du 10 septembre, pendant que les Arabes préparaient les charges peur les mulets, M. Nelva et moi, nous avons exploré les pentes inférieures du Djebel-Akhal. Le terrain est calcaire, très pierreux et fossilifère. La végétation, peu abondante, est composée principalement d'Arars, romarins, thyms, etc., mais, plus haut sur la montagne, croissent des pins d'Aîep. Nous n'y avons pas vu d'Alfa.

Notre petite caravane s'étant remise en route, nous avons chassé, tout en avançant dans la direction sud-ouest, sur les collines à droite de la vallée, jusqu'au petit dechra de Tahanent (sur la carte de l'armée au 200.000^ le nom de Tahanent est donné à un dechra plus important, entouré de jardins, et situé à un peu moins de deux kilomètres plus haut dans la vallée; cependant les indigènes nous ont assuré que ce dechra s'appelle Tarkaïrk et que le vrai Tahanent est le petit dechra qui se trouve au premier tournant de la vallée, en aval de Tarkaïrk). Enfin, sur une petite colline aride et sans Alfa, nous avons vu, ce matin, le premier Nelvai et aussi les premiers Calicharis Noiina de notre voyage. Nous n'avons pu capturer le Isl elvai, mais il n'y a aucun doute que l'exemplaire aperçu était un vrai Nelvai; M. Nelva et moi-même nous l'avons vu d'assez près pour en être sûrs. Je crois qu'il venait d'assez loin; car malgré une exploration sérieuse de la colline et des collines voisines, aucun autre exemplaire n'a été vu près de Tahanent. L'altitude à ce point est d'environ i.ooo mètres. Au dessous du dechra, la vallée de rOued-Fedhala s'élargit encore; autour de quelques buissons de

200 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

jujubier sauvagje voltigeait bon nombre de L/iiipflcs Théophrase us, toujours difficiles à prendre à cause de leur habitude de ne pas s'écarter de cette plante épineuse, à laquelle le filet reste accroché. Après un court arrêt pour le repas, dans les jardins d'Oued-Soltane, nous avons traversé le lit de la Fedhala, complètement à sec, pour grimper dans la chaîne de montagnes élevées qui nous séparait de Maafa. Les premières collines étaient pierreuses ; ensuite, nous traversions des collines marneuses, fortement ravinées, sur lesquelles l'Alfa poussait en grande abondance. J'avais l'espoir d'y voir voler Nelvai, mais cet espoir ne s'est pas réalisé, malgré nos recherches dans toutes les directions. Continuant à monter, nous n'avons pas tardé à rentrer dans la zone boisée; d'abord, les Arars et Tagas (Juniperus oxycednis) apparaissent, puis les chênes verts; mais la forêt est très maigre et le terrain rocailleux et raviné; l'Alfa devient plus rare. J'ai remarqué ici, beaucoup de Lygemn spartum, Graminée qui n'est pas commune dans l'Aurès, du moins dans le nord et le centre. Il faisait très chaud et le sirocco soufflait avec force, accompagné de sa brume habituelle. Arrivés au sommet du col, nous avions le Djebel-Groum à notre droite et le Djebel-Djebroant, plus élevé et plus déchiqueté, à gauche. Le sentier traverse ensuite une série d'ondulations recouvertes de buissons de chênes verts et de genévriers ; puis la descente vers Maafa commence et on rentre clans une région de terrain rouge et salpêtre, fortement ravinée; sur les rochers, poussent les Câpriers au feuillage vert intense, contrastant fortement avec la couleur rouge des roches. Vers quatre heures, après avoir traversé un petit plateau, nous arrivions en vue des deux villages des Beni-Maafa, Meradsa et Felalela, séparés par un ravin profond, rempli d'arbres fruitiers, noyers, abricotiers, figuiers, jujubiers, etc. Meradsa, sur une pente accidentée, à l'entrée des superbes gorges de Maafa, est en partie entouré de haies et champs de Cactus et de murs en pierre sèche. Nous avons traversé ce dechra important, aux ruelles tortueuses et souvent voiltées, et sommes allés établir notre camp, avec la permission (modestement

rétribuée) du propriétaire, dans le dernier jardin à l'est, en i)leine crorge. Ce jardin contenait une belle source d'eau fraîche et une autre forte source jaillissait quelques mètres plus haut, dans la gor&î;e. Le site était grandiose; d'énormes falaises calcaires nous dominaient à pic, au nord et au sud, et la voûte de verdure formée par les arbres non taillés du jardin et les vignes grimpantes, cachait le ciel à nos yeux.

Nous avons passé deux nuits dans la gorge, faisant des chasses à la lumière très fructueuses, les falaises nous abritant de la lune, presque pleine.

Remontant la gorge, dans la matinée du 1 1 septembre, nous avons vu deux cT de Satyrus Nelvai; M. Nelva a réussi à en prendre un; l'autre s'est échappé. Ces deux exemplaires venaient certainement de loin, probablement des montagnes au sud de la faille; ils n'étaient pas frais. T^'Alfa ne pousse pas dans le ravin; je ne l'ai même pas vu sur les hauteurs avoisinantes. Le soir, nous avons tenu conseil pour décider dans quelle direction nous nous dirigerions le lendemain. Fallait-il suivre la direction ouest et nous rendre à El-Kantara, ou bien traverser la région montagneuse qui nous séparait de Menaa, au sud-est? Nous savions qu'à El-Kantara nous trouverions Nelvai, mais un des principaux objets du voyage était la découverte de nouvelles localités pour ce papillon. Les indigènes auxquels nous demandions des renseignements sur la végétation, etc., nous ont informés que l'Alfa était abondant sur le Djebel-Bouss, du côté de Menaa ; ceci nous décida, en fin de compte, de tenter la fortune de ce côté.

Dans la matinée du 12, notre caravane s'est mise en route de bonne heure; les deux premiers kilomètres se font dans la gorge; ensuite commence l'escalade de la paroi sud. Pour nous autres, à pied, la montée était rude, mais, pour les mulets chargés, le sentier était vraiment dangereux ; tantôt on grimpait sur des rochers que seules les chèvres auraient trouves commodes, tantôt on suivait des corniches étroites, surplombantes. Enfin, à force d'encourager et d'aider les bctes, nous avons atteint le sommet de la falaise

26j lépidoptérologie comparée

De ce point, la montée continue, beaucoup plus douce, à travers les collines maigrement boisées de genévriers auxquels, plus haut, s'ajoutent les chênes verts. Dans l'après-midi, nous traversions le plateau élevé immédiatement au nord-ouest de la chaîne du Djebel-Bouss. Nous n'avions encore rencontré que de rares touffes d'Alfa et pas un seul Nelvai ne s'était montré. Sur le versant nord du Djebel Bouss, on doit pouvoir faire de bonnes chasses, au printemps, mais, au mois de septembre, il n'y vole guère que Lycaena Beilargus-Punctifera, Pararge Megaera et Pie ris Daplidice, le jour.

A la dernière montée, avant d'arriver au col, j'ai pris deux Q Q d^ Euprepia Caligans-Poivelli. Au col, à près de 1.700 mètres d'altitude, soufflait un vent violent. On a une superbe vue du village de Menaa sur son mamelon entouré de verdure, dans la vallée aride, 800 mètres plus bas et de la masse imposante du Djebel-Azreg, du côté opposé de la vallée. Le versant sud-est du Djebel-Bouss ressemble beaucoup, à tous les points de vue, au Metlili et c'est ici que j'espérais retrouver Nelvai; cependant, nous n'avons pas vu le papillon en descendant les pentes raides et pierreuses parsemées de touffes d'Alfa. Il est vrai que l'heure était tardive et que le vent soufflait fort.

J'aurais voulu camper sur la montagne, mais l'eau et la nourriture pour les mulets .manquaient et il a fallu descendre à Menaa. La descente est longue; quand nous arrivâmes aux premiers jardins, le soleil était déjà couché. Le Cheik Maamar, que je connaissais depuis longtemps et les deux gardes-forestiers, nous ont accueillis d'une façon très hospitalière. Notre camp a été installé dans un des jardins du Cheik.

Le lendemain, 13 septembre, nous sommes remontés sur les pentes du Djebel-Bouss ; il faisait très chaud ; mais le sirocco était moins violent que la veille. J'ai été fort déçu par l'absence presque complète de papillons. De toute la journée, à part un seul exemplaire cf de Satynis Nelvai que j'ai capturé, nous n'avons vu que quelques Lycœna BeUar gns-Punctifera et de vieux Epinephele Etidora-Mauritanica.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 263

Nelva? vit sur le Djebel-Bouss; cela est prouvé par l'individu que j'ai pris sur la montagne; mais il y est rare; cependant, la localité est pareille à celle du Metlili, où le papillon est commun ; les pentes, semi-désertiques, ont presque la même orientation; l'altitude est la même, ainsi que la végétation. Il est possible que Nelvai soit plus abondant dans d'autres localités du versant sud-est de la chaîne du Djebel-Bouss. C'est dans les montagnes du territoire des Beni-Ferah, entre El-Kantara et Menaa, que M. Nelva captura les six premiers exemplaires connus, en 1906 ou en 1907; malheureusement, il ne se souvient pas de la localité exacte, ainsi cjue je l'ai déjà dit.

Quittant Menaa, le 14 septembre, nous avons remonté la vallée de rOued-Abdi jusqu'à Chir; après avoir traversé les chaînes du Mahmel et du Malou, la forêt de Sgag et les plateaux élevés du Stoh, nous sommes rentrés à Lambèse, le 16. Aucun Nelvai n'a été rencontré sur cet itinéraire.

Entre le 20 et le 23 septembre, Chierotti et Amar Sari ont chassé sur le Metlili. Ils y ont trouvé Nelvai en assez bon nombre; mais presque tous les sujets étaient passés. Ils m'ont rapporté à Lambèse quelques Q vivantes. Une de ces Q avait pondu trois œufs dans la boîte où elle avait été renfermée. Placées sur une touffe de Graminée recouverte d'une cloche de mousseline, les Q ont déposé une trentaine d'œufs sur les feuilles, les chaumes desséchés et la m.ousseline; ce n'est pas un bien grand nombre, mais presque toutes les O avaient pondu la plupart de leurs œufs, avant d'être capturées.

Un œuf pondu le 23 septembre, a donné sa chenille le 14 octobre; d'autres chenilles, provenant d'œufs pondus le 24 et le 25 septembre, sont écloses quelques jours plus tard.

L'œuf ressemble beaucoup à ceux du tj^pe et de la race Lainbessanus, pour la forme, la structure et l'apparence. Il possède environ 38 cotes verticales, mais elles n'arrivent pas toutes, au sommet, les unes s 'arrêtant vers 1' « épaule », d'autres fusionnant; les rides transversales sont bien nettes; la coquille est mince, semi-transparente.

264 I.ÉPIDOPTÉROLOGIf: COMPARÉE

Au moment de la ponte, la couleur de l'œuf est crème; pen dant la période d'incubation, on constate des modifications semblables à celles que subissent les œufs d'Abdelkader et de Lanibessamis. Les dimensions de l'œuf de Nelvai sont : hauteur 0.0019 à 0.002 ; plus grand diamètre horizontal 0.0016 à 0.0017.

La comparaison d'un petit nombre d'exemplaires d'œufs des trois races me démontre que les côtes verticales et les rides transversales sont très légèrement plus fortes chez Nelvai que chez Abdelkader et Lmiibcssanns. L'œuf de Nelvai est un peu plus gros que ceux des deux autres races, mais la différence n'est que peu apparente; sa forme est ovale, très voisine de celles des deux autres, mais un peu plus atténuée vers 1' (( épaule » que chez Lambessanus et Abdelkader ^ ce qui fait que l'œuf de Nelvai a une légère tendance à être pyriforme. Pour la grosseur de l'œut, Abdelkader tient le milieu entre Nelvai et Lambessanus; pour la forme, c'est Lambessanus qui occupe la place intermédiaire; quant à l'accentuation des côtes et rides, Abdelkader et Lambessanus me paraissent s'équivaloir. Les différences entre les œufs des trois races ne sont, en somme, que très légères et ne me semblent pas bien stables.

L'évolution de la chenille de Nelvai s'effectue dans le même intervalle de temps et à peu près dans les mêmes conditions que celle de la chenille d'Abdelkader. La chenille doit vivre, normalement, sur l'Alfa; en captivité, elle accepte diverses Graminées coriaces. L'éducation des chenilles écloses en octobre 191 3, a commencé à Lambèse. Je les élevais sur une touffe de Graminée d'une Espèce à feuilles glabres et relativement tendres, qui croît dans les forêts de l'Aurès septentrional. L'activité est franchement diurne, pendant le premier stade. Quelques chenilles ont mué pour la première fois, vers le 10 novembre.

A mon retour à H}'ères, le 15 novembre, les chenilles ont été installées sur une touffe de la (jraminée coriace de l'Espèce qui m'avait déjà servi à nourrir Abdelkader et Lambessanus; je les laissais exposées à l'air libre, dans mon jardin. En décembre, je les voyais souvent en train de manger, dans la journée, mais je

LÉPIDi^PTÉROT.OGIE COAIPARÉE 265

n'ai pas remarqué d'activité nocturne. Le mois de janvier IQ14 a été marqué par un froid exceptionnel; il a gelé fortement presque chaque nuit. Pendant au moins trois semaines, les chenilles de Nelvai n'ont montré aucune activité, restant cachées dans la touffe. La vague de froid s'est étendue à l'Algérie; une forte couche de neige recouvrait tout l'Aurès et y a persisté longtemps; sur le Metlili, les chenilles de Nelvai n'ont guère pu recommencer à se nourrir avant le 20 janvier. Février a été pluvieux, à Hyères; à cause, probablement, de l'humidité prolongée, plusieurs Nelvai sont mortes d'une maladie lente, caractérisée par le développement d'escarres ou taches noires sur diverses parties du corps. J'ai déjà remarqué cette maladie chez les chenilles du genre Syrichthns, élevées en tube, mais je ne l'avais pas encore observée en dehors de ce genre, et chez les chenilles élevées à l'air libre.

Le 27 février 19 14, belle journée après une semaine de pluie, presque toutes les chenilles survivantes se trouvaient haut sur les feuilles et en train de manger, à quatre heures de l'après-midi; une chenille était encore dans le premier stade, trois dans le deuxième stade et une dans le troisième stade. L'habitude nocturne n'a donc pas entièrement remplacé l'habitude diurne; dans le troisième stade. On remarquera que le progrès fait par les chenilles varie considérablement suivant les individus; ceci est également le cas pour Abdelkader et Lambessaniis. A partir de la troisième mue, l'habitude nocturne paraît être définitivement établie.

Pendant le mois de mars, la mortalité a été élevée; les chenilles succombaient à la maladie mentionnée ci-dessus, ou se desséchaient sans raison apparente. Le nombre de chenilles ai' Abdelkader, de Lambessauïts et de Nelvai mortes pendant l'hiver et le printemps, à Llyères, a, chaque fois, été grand; le climat y est probablement trop humide et les Graminées avec lesquelles je nourrissais les chenilles, ne paraissent pas très bien leur convenir, après les deux premiers stades; cependant, malgré les conditions adverses, j'ai réussi presque toujours, à élever

266 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

complètement un ou plusieurs individus. A la fin de mars 191 4, il ne me restait rjue deux chenilles de l^elvai; l'une a atteint le quatrième stade, le 31 mars, mais elle est morte quinze jours plus tard; l'autre, un peu moins avancée, a mué pour la troisième fois au cc>mmencement du mois d'avril et pour la quatrième fois un mois plus tard. Elle s'est très bien portée pendant la plus grande partie du dernier stade, se nourrissant d'une Graminée à feuilles dures, à Rennes ; mais, dans les derniers jours de mai, avant d'atteindre la fin du stade, elle est devenue malade; je l'ai donc soufflée.

Premier stade. — Largeur de la tête 0.C013 ; longueur totale de la chenille à la fin du stade 0.008 1.

Elle ressemble beaucoup à la jeune chenille d'Abdelkader. Au moment de l'éclosion la couleur du corps est paille pâle; la tête est un peu plus pâle que le corps ; les petites taches brunes sur lesquelles sont placées les soies de la tête sont pareilles à celles qu'on remarque chez Abdelkader et Lambessamts^ ainsi que les soies elles-mêmes. Les li.s^nes longitudinales sont assez nettes, d'un brun clair.

La teinte verte, qui se développe peu à peu, n'est pas aussi prononcée que chez Lanibessaniis; elle me paraît correspondre à la couleur verte de la jeune chenille à.' Abdelkader ; la tête et le dernier segment ne v^erdissent pas. Il n'y a pas trace de rayures sur les épicranes. La fourche anale est courte et les tubercules et soies sont disposés comme dans les chenilles des deux autres races. La couleur verte disparaît à l'approche de la mue.

Deuxième stade. — Largeur de la tête 0.0016 à 0.00175; longueur totale de la chenille à la fin du stade 0.014.

La couleur fondamentale qui, au début du stade, est paille pâle, redevient verdâtre par suite de l'absorption de chlorophylle contenue dans la nourriture; la teinte verte n'est pas vive; c'est un vert un peu grisâtre; elle disparaît pendant la période de repos qui précède la mue.

Les lignes ordinaires sont assez nettes quoique faiblement

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 267

marquées. Les rayures de la tête existent déjà dans ce stade, mais elles sont à peine perceptibles.

Troisième stade. — Largeur de la tête 0.0025 à 0.00265 ; longueur totale de la chenille à la fin du stade 0.020.

La forme de la tête est la même que chez Abdelkader et Larnbessanus; sa couleur est un jaune liège pâle, un peu plus terne que celle du corps; les rayures sont très faiblement marquées; les yeux et les pièces de la bouche sont bruns.

La couleur fondamentale du corps est un liège jaunâtre pâle; les lignes me paraissent un peu plus faiblement marquées que chez Abdelkader, dans le même stade; la médiodorsale est grise; la première sous-médiane est à peine indiquée; la seconde sous-médiane, fine, peu apparente, d'un brun gris pâle, est placée à moitié distance entre les lignes médiodorsale et suprastigmatale, sur une large rayure de couleur fondamentale, parsemée de petites lignes et atomes (visibles à la loupe) d'un brun rougeâtre; la suprastigmatale est large, d'un gris lilas clair; elle est plus foncée et plus large sur les segments abdominaux que sur ceux du thorax; son bord supérieur est marqué d'un filet brun foncé, qui devient plus épais et plus foncé sur les segments abdominaux, notamment du cinquième au huitième inclusivement ; le filet brun du bord inférieur est très mince; la surface stigmatale est semblable à celle de la rayure sous-médiane; la bordure du dorsum (iia7ige) est un peu plus claire que la couleur fondamentale; immédiatement en dessous de la bordure, se trouve une ombre brune; le reste de la surface ventrale est de couleur liège blanchâtre, ainsi que les pattes.

Les stigmates sont ronds et petits, à l'exception de ceux du prothorax et du huitième segment abdominal respectivement, qui présentent une forme ovale et sont à peu près deux fois plus grands que les autres ; tous les stigmates ont le centre brun noirâtre encerclé d'un anneau surélevé beaucoup plus pâle.

Les pointes de la fourche anale sont courtes.

Je n'ai remarqué aucune teinte verte dans le troisième stade.

268 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Ouiitr'ûme stade. — Largeur de la tête 0.003. Longueur totale de la chenille à la fin du stade 0.025 à 0.027.

A part la taille plus grande, il n'y a pas de différence bien sensible, la robe de la chenille restant à peu près telle qu'elle était dans le stade précédent. Les rayures de la tête se distinguent mieux, mais elles sont toujours faiblement marquées. La teinte générale du dorsum est un peu plus chaude que chez Abdelkader et Lanibessanus.

Cïnquic77ie (dernier) stade. — Largeur de la tête 0.0042.

L'unique exemplaire que j'ai pu examiner, dans ce stade, ressemblait tellement à certains exemplaires de la forme typique et de la forme Lambessaniis qu'il m'eût été difficile de le reconnaître au milieu d'un groupement de chenilles de ces deux races.

I-es dimensions de sa tête dépassaient légèrement le maximum constaté chez Abdelkader et les ra\'ures qui l'ornaient étaient moins fortement marquées que chez les deux autres formes, mais ces caractères pouvaient être simplement individuels. La ligne médiodorsale me paraissait plus uniforme quant à la largeur; étant moins élargie sur les segments abdominaux, que dans le cas A^ Abdelkader et de Lambessanns. Enfin, les pointes de la fourche anale se trouvaient être un peu plus courtes que chez A bdelkader, qui lui-même, les a légèrement plus courtes que Lambessanus.

Forme Lanibessanus, Stgr.

La plus sombre des trois races connues de 5. Abdelkader habite le nord du massif de l'Aurès, les montagnes de Bellezma, à l'ouest et au sud-ouest de Batna et s'étend, à l'est, au moins jusqu'aux environs de Tebessa. Toutes ces localités se trouvent dans la province de Constantine, dans la zone du partage des eaux du bassin Saharien et des Hauts-Plateaux.

Je crois que si on explorait les montagnes de Bou-Taleb et la chaîne au nord de la plaine du Hodna, on y retrouverait Lam-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 269

bessaniis; actuellement, la faune de cette région, en ce qui concerne la I épidoptérologie, paraît être à peu près inconnue.

Les mœurs de l'imago ne diffèrent pas beaucoup de celles du type et de la race Nelvai. Le cf vole sur les pentes des collines et montagnes recouvertes de Diss et le plus souvent boisées de chênes verts et genévriers; il se pose par terre entre les touffes et ne se laisse pas facilement approcher. La Q ne vole que peu, avant de s'être débarrassée de la première partie de ses œufs ; ensuite elle entreprend des vols prolongés et, dans bien des cas, s'éloigne beaucoup du lieu d'éclosion. Le (S aussi, est enclin à voyager, lorsque sa première fraîcheur est passée. Lauibessaniis, vole à une époque de l'année à laquelle les fleurs sont abondantes et variées; il montre une préférence très marquée pour les grandes fleurs jaunes de la Centaurea Balansœ, Boiss. Reut., plante acaule qui croît assez communément sur les sentiers forestiers et dans les champs et prairies incultes de l'Aurès ; on ne le voit que très rarement posé sur les fleurs autres que celle-ci.

Je n'ai jamais rencontré Lambessanus en grande abondance; il n'est, cependant, pas rare sur les coteaux de la vallée de l'Oued- Doufana, à 10-12 kilomètres au sud-ouest de Lambèse et au Djebel-Tuggurt (Pic des Cèdres), au sud-ouest de Batna.

On le trouve également, mais plus rarement, à Titouguelt et sur le Djebel-Ichali, sur les collines autour de Medina, près du Djebel-Chelia et à Khenchela. Les exemplaires passés, que j'ai vus et quelquefois pris à Lambèse même, venaient, sans doute, de loin.

A Khenchela, en 1908, nous avons rencontré un premier exemplaire, le 23 mai, haut sur le Djebel-Ras-Serdoun (*); le 25 mai, un cf très frais a été pris dans les environs de la Fontaine- Chaude; deux Q furent capturées, le 2 juin, à l'est du village de Khenchela, dans une prairie verte, un peu marécageuse; elles descendaient, évidemment, d'une colline recouverte de Diss, qui

(*) Nous sommes arrivés à Khenchela le 20 mai 1908; sans doute Lambessanus y volait déjà depuis quelque temps.

2/0 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

se trouvait à proximité et sur laquelle nous avons pris un cf, le même jour.

Quelques Q prises ensuite, sur cette colline et au Djebel- Djahfa, ont été conservées vivantes pour la ponte.

Il est généralement supposé que Lainbessanus a deux générations dans l'année, l'une au printemps, l'autre à l'époque d'éclosion d^Abdelkader de la Province d'Oran.

Mon opinion ferme, formée à la suite de l'élevage de la chenille, trois fois répété et de mes recherches dans l'Aurès pendant les étés de 191 2 et 1913, est que le papillon n'a qu'une seule et unique génération par an. Les recherches de M. Nelva de Batna, en ce qui concerne une éclosion d'été, confirment le résultat des miennes: lui, non plus, n'ayant jamais vu voler Lambessaims en été.

Chierotti et moi-même, nous parcourions, presque journellement, en 191 2 et en 191 3, pendant les mois de juillet, août, septembre et octobre, des localités où le papillon vole en mai et juin, sans jamais rencontrer un seul exemplaire.

Les chenilles élevées d'œufs pondus en juin, ont invariablement hiverné, et ne se sont chrysalidées que vers la fin de l'hiver ou au commencement du printemps.

L'éclosion précoce est un des caractères les plus remarquables de la race Lanibessamts; elle commence dans les premiers jours de mai et se prolonge pendant un mois environ, mais le nombre de sujets très frais que l'on rencontre, après le 15 mai, n'est pas grand.

T-es localités où j'ai trouvé Lambessaniis sont situées à des altitudes variant entre i 150 et 1.800 mètres; ses meilleures localités se trouvent entre 1.400 et 1.700 mètres. Voici ce que j'ai noté en 1908- 1909 à propos de l'élevage de la chenille :

(( Trois Ç) de Lambessanns emprisonnées sur une touffe d'Alfa, à Khenchela, ont pondu des œufs dans les matinées du 12, du 13 et du 14 juin; les chenilles n'étaient pas encore écloses, le 24 juin; j'étais alors malade et fus obligé d'aller à Constantine; à

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE 271

mon retour à Khenchela, le 30 juin, tous les œufs étaient vides et les jeunes chenilles avaient commencé à manger ; quelques-unes ont même atteint le second stade, le 2 juillet. Pendant la troisième semaine de juillet, j'ai quitté Khenchela pour rentrer à Hyères, emportant avec moi, dans une boite métallique, les chenilles, toutes dans le second stade. J'ai été obligé de garder les chenilles dans la boîte métallique, jusqu'à la fin du mois d'août et de les nourrir avec des feuilles coupées de Graminée. Etant alors à Vcrnet-les-Bains, j'ai pu placer les cinq qui survivaient, sur une touffe de Graminée coriace, plantée dans un pot. Elles étaient, alors, toutes dans le troisième stade.

Les chenilles se trouvaient très bien sous ces nouvelles conditions, exposées à l'air libre et ayant une nourriture fraîche et abondante; je les remarquais souvent en train de manger, le soir. A la fin d'octobre, cependant, époque à laquelle il a fallu retourner à Hyères, il ne me restait plus que deux chenilles, les trois autres étant mortes d'une maladie contractée, probablement, pendant la période passée en captivité dans la boîte métallique et favorisée par le temps très humide de septembre et octobre. Les deux chenilles survivantes se trouvaient, alors, dans le quatrième stade; une d'elles étant près de la fin de ce stade.

Arrivé à Hyères, je les ai placées de nouveau sur une plante de la même Espèce, rapportée du Vernet; la chenille la plus avancée n'a pas tardé a attenidre le cinquième (dernier) stade, mais l'autre n'a passé la quatrième mue qu'en décembre. Pendant l'hiver, leur progrès fut lent et elles ne montrèrent que peu d'activité; quand le temps était froid je ne les voyais pas monter sur les feuilles, mais elles profitaient des périodes plus douces pour manger, le soir. J'ai constaté, le 16 mars 1909, qu'une des chenilles avait creusé dans la terre au pied de la touffe, quelques jours auparavant; elle s'était construite une cellule dans laquelle elle se préparait à la métamorphose.

Le couvercle de la cellule, composé de parcelles de terre liées avec de la soie très fine, était au niveau du sol; il possédait des (]ualités élastiques ; c'est-à-dire que le couvercle reprenait sa

2/2 LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

position normale après avoir été légèrement déprimé avec le doigt. Le couvercle se confondait si bien avec la surface environnante, qu'on n'eût jamais soupçonné la présence de la cellule à l'endroit où elle se trouvait.

A cette époque (i6 mars), la seconde chenille n'était pas loin d'avoir atteint son complet développement. En examinant la touffe, le 7 avril, j'ai trouvé qu'elle venait de se chrysalider au milieu de la touffe, entre les bases des feuilles et chaumes; la chrysalide se trouvait dans une position presque verticale, et s'était complètement débarrassée de la peau larvaire. Dans ce cas, la chenille n'avait pas creusé dans la terre, mais elle avait réuni autour d'elle quelques débris de feuilles, etc., en les liant ensemble avec une soie fine, peu résistante, de façon à ébaucher un cocon des plus rud inventaires.

Quant à la première chenille, en ouvrant la cellule par elle formée, j'ai trouvé, le 20 mars, qu'elle n'avait pas réussi sa métamorphose; la peau larvaire ne s'était retirée qu'à moitié, elle enveloppait encore l'abdomen, sauf sur une partie du dorsum; les ptérothèques n'étaient pas en place et il semblait évident que la chrysalide ne pourrait vivre longtemps.

La cellule, de dimensions amples, par rapport à la chrysalide, avait été creusée dans de la terre plutôt dure et compacte; ses côtés étaient assez lisses, comme si la chenille les avait battus; la soie qui rentrait dans ia composition du couvercle était des plus fines et très peu résistante.

J'avais observé, pendant une journée chaude, à la fin de mars, la seconde chenille errant sur le sol ; elle présentait une apparence fanée, et sur sa tête considérablement assombrie, on ne distinguait plus les rayures. Elle cherchait évidemment un endroit pour se chrysalider, et si elle s'est finalement décidée à se placer dans la touffe, c'est peut-être parce que la terre était alors trop dure pour être travaillée. Le cas doit se produire quelquefois, dans la libre nature. L'éclosion du papillon, un cf qui ne s'est, malheureusement, pas bien développé, a eu lieu le 14 mai, dans la matinée.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 273

Les œufs pondus par une Q de Lambessanus, le 29 et le 30 mai 191 2, ont donné leurs chenilles entre le 12 et le 16 juin. Laissées dehors, sur une touffe de Graminée, celles-ci ont progressé régulièrement, sinon très rapidement, pendant l'été; le 20 juillet, elles se trouvaient, toutes, dans le troisième stade; une première chenille a atteint le quatrième stade, le 2 août et toutes étaient dans ce stade, le 15 septembre. A partir de la fin du troisième stade, le développement s'est ralenti, et le quatrième stade a duré bien plus longtemps que les trois stades précédents respectivement. Au commencement d'octobre, toutes les feuilles de la touffe étant mangées, j'ai installé les chenilles sur une nouvelle plante, d'une Espèce qui me paraissait très voisine de la première; je ne les ai revues qu'à mon retour d'une tournée dans l'Aurès, le 19 octobre. J'ai constaté, alors, à mon grand regret, que toutes les chenilles, sauf deux, étaient mortes; la nouvelle Graminée que je leur avais donnée ne leur convenait point, et elles ne l'avaient pas touchée. Les deux chenilles survivantes ont vite repris sur une autre plante; la première a atteint le cinquième (dernier) stade à la fin d'octobre; la seconde n'y est arrivée que le i^'" décembre, après une longue période de préparation. A partir du 6 décembre, elles ont vécu sur une Graminée à feuilles coriaces, dans mon jardin, à Hyères. Presque chaque soir, je les voyais monter sur la touffe et manger, très lentement, les feuilles les plus jeunes et vertes; il fallait une température très basse pour les contraindre à rester immobiles, la nuit. A la fin du mois de février 191 3, les deux chenilles étaient à terme; la première a disparu en terre à cette époque et la deuxième s'est enterrée une quinzaine de jours plus tard. Le climat d'Hyères, moins rigoureux que celui de Lambèse, a dû activer un peu, la croissance des chenilles, pendant l'hiver; j'estime que, normalement, la chrysalidation a lieu vers la fin de mars. Avant de repartir pour l'Algérie, j'ai déterré les chrysalides; l'une était morte et desséchée, l'autre parfaitement saine; en ouvrant sa cellule j'ai remarqué que cette chrysalide était recouverte de

2/4 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

gouttelettes d'eau provenant de la condensation de l'humidité du sol. L'éclosion du papillon a eu lieu le 20 mai.

En 191 3, j'ai obtenu, pour la troisième fois, des œufs de Lambessanus. Une première Q, capturée au Col de Doufana, a pondu sur les chaumes et les feuilles et sur la moussehne qui enveloppait une touffe de Graminée, pendant les journées du 10, du 1 1 et du 12 juin et une seconde Q a déposé des œufs, les 13, 14 et 15 juin. Elles n'étaient pas en état très frais et il est certain qu'elles avaient déjà pondu une bonne partie de leurs œufs avant d'être capturées; ceci explique, sans doute, le fait que plusieurs des œufs, pondus ensuite, sont morts avant la formation de la chenille.

Les chenilles ont prospéré, pendant l'été, sur une Graminée de montagne, dont j'ai renouvelé la provision plusieurs fois, ayant eu soin d'empoter un certain nombre de touffes avant l'arrivée de la sécheresse. La provision se trouvant épuisée, au mois de septembre et les plantes étant desséchées sur les montagnes, j'ai donné aux chenilles une Espèce à feuilles assez raides, qui poussait le long des seguias (canaux d'irrigation); elles se sont contentées de cette plante, mais elles ont refusé absolument de manger des feuilles d'orge, que je leur ai offertes.

Le développement n'a pas progressé avec la même rapidité chez tous les individus; le 31 août j'ai noté qu'une des chenilles venait d'atteindre, depuis peu, le dernier stade; à cette époque, la majorité était dans le quatrième stade, que quelques' chenilles n'avaient pas encore atteint.

Elles ont continué à grandir lentement pendant l'automne et, à mon retour à Hyères, vers le 20 novembre, onze chenilles sur un total de dix-huit, se trouvaient plus ou moins avancées dans le dernier stade; les sept autres étaient encore dans le quatrième stade.

A la fin de décembre il ne me restait plus que onze chenilles; j'en avais soufflé ciuatre et trois sont mortes. Plusieurs chenilles ont succombé en janvier; ce mois a été exceptionnellement froid en 1914, mais je n'attribue pas leur mort au froid; elles

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 275

mouraient, après une longue période de jeun, en se desséchant graduellement. En examinant la touffe, le 20 février 1914, je n'ai pu trouver que trois chenilles vivantes, dont deux clans le cinquième stade et une à la fin du quatrième stade ; elles paraissaient très saines, alors, et quelques jours plus tard, les deux chenilles plus avancées se sont mises à errer comme elles ont l'habitude de le faire avant de s'enterrer; voyant qu'elles ne se décidaient pas à creuser leurs cellules, j'ai désagrégé les masses de terre durcie de la surface, mais, malgré cela, elles ont fini par se dessécher dans la touffe. La dernière chenille a atteint son complet développement à la fin du mois de mars; elle n'a pas réussi à se chrysalider.

Il est probable que le progrès fait, pendant l'été par les chenilles élevées en captivité sur des plantes bien arrosées, est plus rapide que dans la libre Nature ; en dépit de cette condition favorable au développement accéléré, aucune chenille n'est jamais arrivée à terme avant l'hiver.

L'œuf de Lambessanus ressemble à ceux d'Abdelkader et de Nelvai; en décrivant l'œuf de Nelvai, j'ai énuméré les légères différences constatées entre les œufs des trois races. Chez quelques individus de Lavibessanus et d' Abdelkader, l'aire micropylaire est surélevée, en forme de petit mamelon avec dépression centrale, sur les pentes duquel viennent mourir les extrémités des côtes. Les individus qui présentent ce caractère ne sont pas nombreux. Je ne l'ai pas encore observé chez Nelvai, mais le nombre d'œufs de cette dernière race, que j'ai eu occasion d'examiner, est trop limité pour que je puisse affirmer cju'il ne se présente jamais.

Dans le premier stade, la chenille de Lambessanus ne diffère pas sensiblement de celle d'Abdelkader; sa tête est grande, arrondie, de couleur paille pâle; son corps, d'abord de couleur paille pâle, rayé de lignes brun chocolat clair, ne tarde pas à prendre la teinte verte.

Le corps m'a paru d'un vert plus intense, dans le deuxième

276 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

stade, que chez les deux autres races; les rayures de la tête, qui se révèlent dans ce stade, sont encore plus faiblement indiquées chez Lambessanus que chez Abdelkader et Nclva'i; on ne les distingue même pas dans certains individus.

Dans le troisième stade, la teinte verte du corps persiste encore; elle est moins intense que dans les stades précédents, mais sa présence, dans ce stade, établit un point de différence (que j'estime peu important d'ailleurs) entre Lanibessaniis et les races A bdelkader et Nelvai.

La larg-eur de la tête varie, dans le troisième stade, de 0.002 1 à 0.0023 et la longueur totale de la chenille, à la fin du stade, est de 0.018.

Qîialrième stade. - — Largeur de la tête 0.003 ; longueur totale de la chenille à la fin du stade 0.026.

Il n'y a pas de différence appréciable entre la chenille et celle d' Abdelkader, si ce n'est que les rayures de la tête et les lignes du corps sont, en général, un peu plus faiblement marquées, chez Lambessaîius. 11 n'y a plus aucune teinte verte.

Cinquième stade. — Largeur de la tête 0.004 ^ 0.0045.

J'ai cherché, sans grand succès, à découvrir quelques caractères stables, permettant de distinguer Lambessanus à.' Abdelkader dans le dernier stade; la couleur fondamentale est la même chez les deux formes; la disposition et la couleur des lignes du corps sont identiques, mais la ligne médiodorsale est légèrement plus large chez tous les exemplaires de Lambessanus examinés et s'amincit un peu moins vers son point terminal postérieur, que clans le cas à' Abdelkader. Les stigmates, d'un brun rouge chez Abdelkader, sont d'un brun noirâtre chez Lambessanus ; ils ont une couleur intermédiaire dans le seul exemplaire de Nelvai examiné. Les pointes de la fourche sont très légèrement plus longues chez Lambessanus.

Dans la plupart des sujets comparés, la tête se trouvait un peu plus aplatie sur le front chez Abdelkader que chez Lambessanus, mais ce caractère n'est pas stable, puisque la différence

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

n'existe pas chez tous les exemplaires. Enfin, à l'époque où la chenille, ayant atteint son complet développement, va faire ses préparatifs pour la métamorphose, la tête et les premiers segments grisonnent et se foncent davantage chez Lambessanits.

Chrysalide. — La ressemblance qui existe entre les chrysalides des Espèces du Genre Satyrus est même plus grande que celle que l'on remarque chez les chenilles.

La chrysalide de 5. Abdelkader ne diffère guère, pour la forme et la coloration, de celles de ses congénères. Elle me paraît seulement un peu plus élancée que la plupart des chrysalides du Genre.

Voici une description de la chrysalide de la race Lanibessanus: Surface unie, sans aspérités ni angles aigus ; le profil dorsal montre le thorax proéminent et arrondi, suivi d'un rétrécissement ou (( taille » bien accentué, auquel succède la courbe régulière des segments abdominaux; les yeux sont grands et assez saillants et les ptérothèques amples; les gaines des pattes et de la spiritrompe sont unies, soudées ensemble et ne présentent pas de saillie; l'extrémité des maxillae (spiritrompe) dépasse légèrement les apices des ptérothèques, en s'élargissant un peu; la gaine de l'antenne est marquée régulièrement de petites dépressions transversales; son extrémité n'atteint pas l'apex de la ptérothèque, dont elle se trouve éloignée de deux millimètres. Les segments abdominaux sont rigides et la chrysalide ne paraît pas capable de faire le moindre mouvement. Les stigmates abdominaux ont la forme d'un grain de café vu du côté du sillon; ils se trouvent placés chacun sur un petit mamelon entouré d'une très faible dépression; leur couleur est d'un brun très foncé; le stigmate prothoracique se présente sous forme d'une excroissance allongée, d'un brun très foncé; le crémaster, ou pointe anale, est court, large et émoussé, assez fortement ridé; il est d'un brun noirâtre; vu du côté ventral, il ressemble, pour la forme, à la lèvre supérieure de la bouche d'un poisson.

La couleur de la chrysalide est acajou rougeâtre clair, plus

278 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

foncée sur le dorsum, plus pâle et un peu jaunâtre du côté ventral; les yeux sont plus foncés que les autres parties de la chrysalide. Au microscope, avec un agrandissement de 25 diamètres, on constate que la surface, qui paraissait parfaitement unie, à l'œil nu, est légèrement ridée et recouverte de fines granulations; des rides longitudinales se remarquent sur la partie ventrale des segments abdominaux. Sur les segments abdominaux 4, 5 et 6, se voient les cicatrices laissées par les pattes membraneuses de la chenille.

A mesure que la maturation de l'imago avance, les yeux se foncent davantage et les ptérothèques deviennent plus opaques; environ deux jours avant l'éciosion, la chrysalide noircit complètement.

L'enveloppe chitineuse est très mince et l'éciosion du papillon l'endommage sérieusement.

Je donne, ci-dessous, les dimensions principales d'une des chrysalides examinées :

Longueur totale 0.017; du sommet de la tête aux apices des ptérothèques 0.014; des apices des ptérothèques à l'extrémité du crémaster 0.004; profondeur maximum du thorax 0.007; profondeur à la (( taille » o.ocôi ; profondeur au deuxième segment abdominal 0.0085 ; profondeur au troisième segment abdominal 0.008 ; largeur à la hauteur des yeux 0.004 ; largeur à la hauteur des épaules 0.0065 ; largeur maximum à travers les ptérothèques 0.008.

Considérations générales sur les races de S. ABDELKADER et les causes possibles de sa variation régionale.

Il est curieux de constater que, dans le même massif montagneux de l'Est Algérien, se trouvent les deux races d'Abdelkader les plus différentes l'une de l'autre. Il est vrai que l'une de ces races, celle qui s'éloigne du type par un noircissement plus complet des ailes, n'habite, à ma connaissance, que les parties

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 279

nord de ce massif de l'Aurès et les régions semblables immédiatement à l'ouest et à l'est, tandis que l'autre race, Nelvai, si remarquable par le blanchissement de l'aire apicale de l'aile antérieure, se trouve cantonnée dans les montagnes, plus arides et plus chaudes, du sud-ouest. Je n'ai jamais rencontré, dans l'Aurès, une forme intermédiaire entre ces deux races extrêmes, et leur croisement est impossible pour deux raisons; d'abord, parce que les époques de leur éclosion sont très éloignées l'une de l'autre, Lainbessanus paraissant depuis les premiers jours de mai jusqu'en juin, Nelvai en août et septembre; ensuite, parce qu'elles ne se trouvent pas dans les mêmes localités ; ce dernier fait interdit l'hypothèse d'après laquelle Nelvai représenterait la seconde génération de Lambessanns ; les résultats de mes observations et les élevages faits tendent à prouver, d'ailleurs, que LambessannSy Nelvai et Abdelkader n'ont qu'une seule génération dans l'année.

En admettant que Lambessanus et Nelvai soient réellement deux formes à.^ Abdelkader et non pas deux Espèces distinctes — et je n'ai pas connaissance d'un caractère suffisamment tranché pour justifier leur séparation spécifique (*) — on se demande comment il se fait que l'Espèce se trouve représentée par deux races si différentes dans le même groupe de montagnes.

La variation pourrait bien être due à une différence de climat; la région habitée par Lambessanus est plus élevée, plus froide et moins sèche que celle habitée par Nelvai et il est admissible que ces conditions peuvent expliquer l'aspect plus sombre et le plus grand développement des taches bleu lilas chez Lambessanus. On pourrait supposer que ces mêmes conditions retarderaient, plutôt qu'elles n'avanceraient, l'éclosion de Lambessanus; ce n'est pas le cas, cependant. D'après ce que j'ai pu constater chez Abdelkader type, qui vit sous un climat moins humide et

(*) L'étude des caractères morphologiques de Lambessanus, (^'Abdelkader et de Nelvai, qu'a bien voulu entreprendre M. Le Cerf, nous fournira certainement d'intéressants renseignements sur ce point.

2S0 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

moins froid que celui du nord de l'Aurès, la maturation de l'imago semblerait être retardée par la chaleur et peut-être aussi par la sécheresse; on a vu que l'état de chrysalide, chez le type, dure près de trois mois (Géryville. Sebdou) ; formée vers la fin du mois de mai, la chrysalide estive pendant les plus grandes chaleurs et ne donne son papillon que dans la dernière quinzaine d'août ou au commencement de septembre (l'éclosion commence une quinzaine de jours plus tôt à Aflou, où le climat est déjà un peu moins chaud et sec qu'à Géryville et à Sebdou). S. Abdelkader n'est, du reste, pas la seule Espèce du genre qui subit l'influence de la chaleur; 5. Powellï et S. Hansii estivent aussi, à l'état de chrysalide, dans à peu près les mêmes conditions. Sur les plateaux du Sud oranais, les très fortes chaleurs commencent justement vers l'époque de la chrysalidation d'Abdelkader et ceci est également le cas pour Nelvai, dans le sud de l'Aurès. Dans les montagnes du nord de l'Aurès, habitées par Lambessanus, les grandes chaleurs et la sécheresse se font sentir un peu plus tard ; la chrysalide de cette race, étant formée beaucoup plus tôt que celles d'Abdelkader et de Nelvai, n'est, donc, nullement exposée à l'influence de l'été, avant le commencement de la maturation de l'imago et, par conséquent, l'évolution n'est pas retardée par ce facteur, le papillon émergeant au bout d'un mois et demi environ.

Il serait intéressant de mettre cette théorie à l'épreuve, et d'essayer de retarder l'éclosion de.s chrysalides de Latnbessanus, en les soumettant, dès leur formation, à une chaleur et à une sécheresse comparables à celles de l'été El-Kantarien; inversement, il faudrait tenter de hâter l'éclosion des chrysalides de Nelvai et d' Abdelkader type par moyen d'une température modérée et d'une atmosphère humide. Pour obtenir un résultat concluant, il serait peut-être nécessaire de traiter de cette façon plusieurs générations consécutives, puisqu'on aurait à combattre une tendance héréditaire, dans chacune des races.

Il y a encore une explication possible de la plus courte durée de l'état de chrysalide chez Lambessanus que chez Abdelkader

LÉPIDOPTÊROLOGIE COMPARÉE 28 I

et Nelvai; elle m'a été suggérée par la lecture d'une notice écrite par le Dr. Paul Denso, et parue dans le Bulletin de la Société Lépidoptérologique de Genève^ en juin 1908 et intitulée (( De la fertilité des Sphirigides Européens dans la deuxième génération ». On sait que, normalement, l'éclosion d'un papillon n'a lieu qu'après la maturation des cellules sexuelles; je reproduis le passage suivant de la notice du D'' Denso : (( Nous savons que les cellules sexuelles ne sont pas soumises à l'histolyse. Elles ne sont pas altérées par la métamorphose ; au contraire, leur développement s'opère régulièrement à partir des premiers commencements de la vie larvaire jusqu'à l'achèvement de la maturation. Il serait très arbitraire de supposer que, dans certains cas, et à partir de la chrysaiiddtion, puisse apparaître un développement subitement accéléré (*) ».

(*) Les remarques du D"" Denso, citées ci-dessus, ont trait à la question des chrysalides à maturation lente et de celles à maturation rapide. On sait que, chez plusieurs Espèces ayant deux générations dans l'année, la seconde génération n'est que partielle, une fraction du nombre total des chrysalides issues de la première génération étant composée d'individus destinés à hiverner, l'autre fraction étant formée par les chrysalides possédant la tendance au développement rapide.

Il paraît impossible en tout cas chez un bon nombre de ces Espèces, d'accélérer la maturation des cellules sexuelles des chrysalides destinées à hiverner, par moyen d'une température élevée; mais les expériences de MM. Standfuss et Denso, faites avec les chrysalides de certains Sphingides, démontrent qu'on peut parfois accélérer la métamorphose de l'insecte, de sorte que le papillon éclose plus tôt; dans ces cas, les cellules sexuelles « ne sont pas encore mûres au moment de l'éclosion, ou bien elles sont gravement endommagées ; ou bien, enfin, elles sont détruites. »

Chez bon nombre de Lépidoptères, la chaleur retarde la maturation de l'imago (et peut-être, aussi, celle des cellules sexuelles ?) ; ainsi, j'ai remarqué qu'en prolongeant artificiellement la chaleur estivale pour les chrysalides des Noctuides et Géometrides qui doivent éclore en automne, on retarde l'éclosion, à condition que la maturation de l'imago n'ait déjà dépassé un certain point avant le commencement du traitement artificiel. Dans la libre Nature, on constate, également, que les Espèces à éclosion unique, automnale, paraissent plus tard dans les régions plus chaudes de leur répartition que dans les parties plus froides. Chez les Espèces à chrysalides invariablement hivernantes, si les chrysalides sont maintenues, pendant toute la saison froide, dans une température élevée, elles donnent le papillon plus tard que d'habitude, au printemps; souvent, même, le papillon n'éclôt qu'au bout de deux ou plusieurs années. Il semble que, chez les chrysalides non pourvues de la tendance au développement rapide, il y ait un point déterminé dans la maturation de l'imago, au delà duquel la chaleur peut, dans la plupart des cas, accélérer l'éclosion, mais en deçà duquel elle exerce une influence ralentissante.

282 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Or, la durée de l'état de larve- est d'environ huit mois et demi chez Abdelkader type et ehez Nelvai; elle est de neuf mois et demi chez Lambessaniis; par exemple, une chenille de S. Abdelkader, éclose le 15 septembre, se chrysalide normalement vers le 30 mai; une chenille de Lambessamis, éclose le 15 juin, se chrysalide vers le 30 mars. Donc, en admettant que les cellules sexuelles se développent avec la même vitesse chez les trois formes, elles se trouveraient, au moment de la chrysalidation, plus avancées d'un mois chez Lavibessanus que chez Abdelkader et Nelvai. L'état de chrysalide, pour ces deux dernières races, devrait durer, par conséquent, un mois de plus que pour Lambessanus et, en effet, c'est à peu près exactement ce qui se produit.

Cette hypothèse, tout en fournissant une raison plausible pour la plus longue durée de l'état de chrysalide, chez Abdelkader et Nelvai, ne nous éclaire pas sur les causes originelles de la différence dans l'époque d'éclosion. Je crois qu'il faut reconnaître l'importance du rôle qu'a pu jouer le climat. Il est permis de supposer que, jadis, lorsque le climat de l'Algérie était moins sec et plus régulier qu'aujourd'hui, l'éclosion de l'Espèce se produisait partout au printemps, ainsi que cela se passe actuellement pour Lanibessamis. Ensuite, dans les régions plus particulièrement affectées par les modifications progressives du climat, la maturation de l'imago aurait été, d'abord irrégulièrement, retardée par l'arrivée, de plus en plus brusque et précoce, des chaleurs et de Ja sécheresse. Pendant cette période, l'Espèce avait, probablement, deux époques d'éclosion (non pas deux générations), sur les Plateaux Oranais et dans le sud de l'Aurès, à savoir : une éclosion partielle vers la fin du printemps ou au début de l'été et une seconde éclosion — fournie par les chrysalides retardées — au courant de l'été; l'apparition d'un exemplaire de 5. Abdelkader, à Aflou, le 23 juin 191 1, est même un indice que cet état de choses a existé

Les chenilles procréées par les papillons de l'éclosion tardive se chrysalidant plus tard, au printemps, que celles issues de parents de l'éclosion normale — et avec les cellules sexuelles en

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 283

état moins avancé, probablement, que chez ces dernières, au moment de la métamorphose ■ — leurs chrysalides se seraient trouvées plus exposées à subir l'infiuence ralentissante de la chaleur, et l'éclosion tardive étant mieux adaptée aux nouvelles conditions climatériques, elle aurait, à la longue, entièrement remplacé l'éclosion printanière, dans ces régions.

Il est, je crois, généralement admis que le climat Algérien a subi un changement depuis les commencements historiques de la Barbarie. A l'époque de l'occupation Romaine, le pays était évidemment moins aride et moins sec qu'aujourd'hui. Mais, si on ne veut pas admettre qu'un changement dans le climat du pays ait déterminé la variation de l'époque d'éclosion de S. Abdelkader, nous pouvons, alors, supposer que l'Espèce, restreinte d'abord aux régions montagneuses les plus élevées, s'est peu à peu répandue sur les plateaux et dans les montagnes moins élevées, où elle aurait changé ses habitudes pour mieux s'adapter aux conditions nouvelles pour elle, ne conservant l'éclosion printanière que dans le nord de l'Aurès, région la plus élevée de l'Atlas Algérien. Quoi qu'il en soit, les modifications ont dû se produire de la même manière.

La race du Grand Atlas Marocain éclôt plus tard que Lambessamis, mais plus tôt que Nelvai et Abdel kader Oranais. Je ne la connais pas et ne puis dire si elle diffère des races Algériennes par d'autres caractères.

Nous avons, en France, deux Satyrus dont les relations sont assez semblables à celles qui existent entre Lambessanus et Abdelkader. Ces deux Satyrus : Cordida et Actœa, sont certainement très distincts à.'' Abdelkader ; mais sont-ils spécifiquement distincts l'un de l'autre? Les Entomologistes se trouvent divisés sur ce point et, en vérité, la question est difficile. On ne possède pas encore, je crois, une preuve concluante pour leur séparation spécifique. Leurs œufs, il est vrai, montrent des différences qui semblent dépasser les limites d'une simple variation, mais leurs chenilles, que j'ai élevées, côte à côte, ne présentent que de bien légères différences, à part celle de la taille; les papillons, eux-

2S4 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

mêmes, ne diffèrent pas beaucoup plus, l'un de l'autre, que J.ambessaniis ne diffère d' Abdel kader et surtout de Neivai.

L'opinion de M. Charles Oberthùr penche plutôt vers la réunion spécifique que vers la séparation en deux Espèces de Cordula et Actaea {Lépidoplérologie Comparée, vol. III, p. 280) et, en effet, il paraît assez raisonnable de considérer Actaea comme le représentant méridional et de faibles altitudes, d'une Espèce dont Cord.ida serait la race Alpine II existe même, ainsi que le fait connaître M. Charles Oberthiir, une forme de montagne qui est plus petite que Cordjila et qui semble faire le passage à Actaea. Cette forme (Actae'ma Obthr.) a été prise dans le Département des Hautes-Alpes et en Italie méridionale. Le 7 août 1901, j'ai capturé quelques exemplaires, appartenant sans doute à la forme A^ctaeina, sur une pente calcaire raide, au-dessus de Font Gaillarde (Basses-Alpes), à droite et à gauche de la route de Thorame-Haute à Annot; sur l'autre versant (est) de la montagne, se trouvait, à la même date, le vrai Cordîda, mais en état passé.

La forme Actaeina paraît être assez localisée; elle ne fait pas partout (( tampon » entre les deux races (ou Espèces) ; dans certaines localités des Basses- Alpes et des Alpes-Maritimes où Cordula et Actaea se trouvent à leurs limites respectives, on les rencontre tous deux ensemble, ou bien, à peu de distance l'un de l'autre; à Digne, ils volent sur le même terrain; à Puget-Théniers, Actaea se trouve sur les pentes chaudes de la rive gauche du Var, tandis cjue Cordida vit sur le côté opposé, plus humide et moins chaud ; mais, dans ces localités, l'époque d'éclosion n'est pas la même pour les deux races (?), Cordida commençant à éclore une qumzaine de jours plus tôt qu' Actaea. M. Wheeler (The Bittterfiies of Swiizerland, etc., p. 109) estime que le fait que Cordula éclôt plus tôt qn' Actaea, dans une localité où on prend les deux, est une preuve de leur distinction spécifique. Cet argument ne manque pas de poids.

En dehors de ces quelques localités au sud des Alpes, Cordula et Actaea n'existent pas ensemble; Actaea habite, seul, les col-

lines calcaires, arides et chaudes, du Midi, jusque dans le voisinage de la Méditerranée; Cordula se tient dans les vallées, moins arides, des Alpes, remontant jusqu'en Suisse. On notera le parallèle entre Cordula- Actaea et Larnhessanins-Abdelkadcr^ Cordula étant pour Actaea ce qu'est Lanibessanus pour Abdclkader, non seulement par la nature de son habitat, mais aussi par son éclosion plus précoce. Il est vrai que l'espace de temps qui sépare les époques d 'éclosion est moins considérable dans le cas de Cordida et Actaea que dans celui de Lambessanus et Abdelkader, cependant il est appréciable. Il y a lieu de supposer que des facteurs similaires ont agi dans les deux cas, pour l'établissement des différences dans l'époque d'éclosion.

M. Meade Waldo signale la présence de Satyrus Actaea dans le Grand Atlas Marocain. Il l'a trouvé commun à des altitudes entre 8.000 et 10.000 pieds, notamment sur le Tsauritz Entsagauz, le 6 juillet 1901, et sur le Tizi Gourza. Sur cette dernière montagne, M. Meade Waldo a pris, également, Satyrus Abdelkader, le II juillet 1901. A ces dates, S. Actaea était frais (<( was common and only just on the wing »).

Harold POWELL.

II me plaît toujours de lire et de relire les impressions et les souvenirs d'un amant passionné de la Montagne qui fut non seulement le plus convaincu des pyrénéistes, mais encore un délicieux écrivain.

Il s'agit du Comte Henry Russell. Hélas! il n'est plus; mais sa mémoire est restée sympathique à tous ceux qui l'ont connu; son nom sera toujours prononcé avec respect ; la fidèle reproduction de son image, coulée dans le bronze, et fixée sur un rocher auprès de Gavarnie, — pays qu'il aimait avec prédilection, — rappellera aux générations suivantes la fine noblesse de ses traits et la distinction de sa personne.

Un jour, me trouvant moi-même à Gavarnie et ouvrant un ouvrage publié par les cinq frères Cadier, intitulé : An pays des Isards, j'y trouvai une préface signée par le Comte Henry Russell. Les cinq frères Cadier sont jeunes, ils sont montagnards et ils jouissent de la plénitude de leurs forces auxquelles s'ajoute une audacieuse témérité. Le Comte Russell, au contraire, commençait à sentir le poids de la vieillesse; l'âge avait graduellement ralenti ses pas et rétréci ses ambitions alpestres.

Il ne craignait du reste pas de regarder en arrière et, comparant le présent au passé, il se rendait compte de la décadence à laquelle l'accumulation des années l'avait peu à peu réduit.

Cependant, dans un sourire qui, pour être un peu mélancolique, n'en restait pas moins empreint de l'exquise et bienveillante courtoisie dont s'était trouvée ennoblie toute sa carrière, le Comte Russell écrivait, à la date du 20 octobre 1903, les lignes que je transcris comme suit :

« Hélas! il n'en est pas ainsi des hommes dont la

jeunesse passe aussi vite que le premier sourire du jour sur une mer orageuse, 011 le soleil, à peine levé, disparaît dans les nuages et ne reparaît plus.

Mais, sans nous attarder inutilement près du tombeau fleuri de nos souvenirs, encourageons et admirons les jeunes et les vaillants qui, venus après nous, font souvent mieux que nous. N'en soyons pas jaloux; jouissons de leurs triomphes comme si

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

c'était les nôtres, et saluons-les comme nous saluons l'aurore d'une belle journée »

On me permettra de m 'approprier l'idée exprimée par le Comte Russell et de l'appliquer aux Entomologistes comptant encore parmi les jeunes, et notamment à ceux qui donnent si volontiers leur excellent concours aux Etudes de Lépido-ptérologie comparée.

Comme pour le Compte Russell, le rayon qui a illuminé ma vie s'atténue avec rapidité, et je me sens averti que l'heure n'est plus très éloignée oii sa lumière s'abîmera dans les flots sans rivages d'un Océan qui appelle tout à lui.

Toujours d'accord avec le Comte Russell, moi aussi, de mes vœux les plus cordiaux, je salue les jeunes et les vaillants qui, sachant profiter des progrès accomplis, grâce aux longs et laborieux efforts de leurs aînés, se trouvent désormais mieux armés que nous ne le fûmes jadis nous-mêmes, pour produire des travaux scientifiques plus définitifs et plus complets.

Ils ont acquis l'expérience de recherches et de méthodes tout à fait dignes de notre encouragement et de notre admiration.

C'est ainsi que je me trouve heureux de livrer aux Lecteurs des Etudes de Lcpidoptérologie comparée l'ouvrage dans lequel M. Ferdinand Le Cerf, préparateur d'entomologie au Muséum national d'Histoire naturelle à Paris, précise les divers éléments de comparaison morphologique des Satyr/ts- Abdclkader, Nrli'ni et Lambessanus.

M. Le Cerf a exécuté avec une netteté parfaite, à l'appui du texte qu'il a savamment écrit, les dessins comparatifs de divers organes caractéristiques des trois beaux Satyrus algériens précités.

Je le remercie d'avoir cédé avec tant de bonne grâce à la sollicitation de M. Harold Powell et à la mienne, en vue d'obtenir pour cet objet spécial sa précieuse collaboration.

Voici donc avec quelle compétence M. Le Cerf a traité la question. Désormais, c'est lui qui parle.

Ch. Oberthûr.

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