‹ Etudes de lépidoptérologie comparée (volume 3)Chapitre 2 sur 12 · I. — Thyella Zambesia, Felder et Rogenhofer · texte numérisé non relu

I. — Thyella Zambesia, Felder et Rogenhofer

Dans le Zweiter Band (Lepidoptera Heterocera) du bel ouvrage : Reise der Œsterreichischen Fregatte Novara um die Erde, publié à Vienne, en 1874, Rudolf Felder et Alois Rogenhofer ont donné, sous le n° 5 de la Tab. LXXXV, l'excellente figure d'une Saturnnde à fond des ailes gris verdâtre, orné d'un lavis rosé s'étendant le long du bord costal de l'aile inférieure, d’après un © venant de la région du Zambèse, en Afrique.

Une ©, avec le nom d'Aw/herea Zambesia, à été figurée plus tard, en 1885, dans Bertrege zur Schmetterlingskunde von P. Maassen und Aug. Wending, sous le n° 06. La chenille jaune ponctuée de noir et couverte d’épines noires, a été représentée sous le n° 97, la chrysalide, sous le n° 08 du même ouvrage. Selon les indications de la référence, l'Espèce venant de Zanzibar existait dans la collection Maassen et dans la collection dite : Univ. Mus. de Berlin.

Il me semble, d'après les documents que je possède, reconnaître trois formes distinctes de Zambesia. Chez l'une (fig. A), la ligne noire submarginale qui descend, aux ailes supérieures, depuis le bord costal jusqu'au bord inférieur, est sinueuse et formée d’une série de croissants, dont la partie creuse regarde le bord marginal des ailes.

C'est cette forme que \V. L. Distant a figurée avec le nom de Angelica Zambesina Walker, sous le n° 4 de la Tab. V de l'ouvrage intitulé : /#secta transvaaliensia, présentement en cours de publication, à Londres. La © représentée par Distant, paraît provenir du Missionnaire H. A. Junod,

Pr

comme le G' dont je donne la photographie, et avoir été également recueillie à Shilouvane, dans le Zoutpansbere.

Chez une seconde forme (fig. B), qui est de plus grande taille, cette ligne noire est beaucoup plus droite; de plus, l’espace gris verdâtre de la base des ailes supérieures est délimité extérieu-

rement par une ligne noire d’abord droite, puis formant un angle aigu et rentrant, tandis que dans

Fig. A THYELLA ZAMBESIA d, Feld.-Rog.,

la précédente Espèce (fig.

A), la ligne noire extrabasilaire en qi sinueux et d’une direction générale plus arrondie

Chez la troisième (fig. C), qui est pour la taille analogue

ginale est droite à peu près comme dans l’exemplaire de la fig

de Shilouvan:

iestion affecte un mouvement plus

à la fig. À, la ligne noire submar- > le]

B; mais la ligne qui limite exté-

Fig. B l'HYELLA ZAMBESIA-ZANGUEBARICA d, Ch.

Obthr., de Zanzibar.

ÉTUDES DE LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE (e]

rieurement l'espace basilaire gris verdâtre, est sinueuse comme dans la fig. À et le dessin diffère de la fig. B.

De la race représentée sous la fig. À, je possède 1 © et 1 © dont je suis redevable à M. le Pasteur Henri À. Junod, de Saint-Blaise, près Neuchâtel, en Suisse; de la fig. C, ma collection contient 1 d'et 5 Q rapportés, ainsi que l’exemplaire de la fig. A, par M. junod, de Shilouvane, Zoutpansberg, Nord-Transvaal, en 1006.

De la grande race reproduite par la fig. B, j'ai 1 Get 1 Q capturés à Zanzibar, par M. Achille Raffray, et 2 Œ'et 3 Q venant de Zanguebar (Nguru) et de Tabora (Ounyanyambé) où les ont

recueillis, il y a environ 25 ans, les Pères A. Le Roy et Hauttecœur.

Fig. C. — THYELLA ZAMBESIA-RECTILINEA ©, Ch. Obthr., de Shilouvane.

Rudolf Felder et Alois Rogenhofer représentent, dans la Novara, plutôt une race analogue à la fig. À, tandis que Maassen et Wending semblent donner une race plus conforme à celle que représentent les fig. B et C, si l’on s’en rapporte, pour l'identification, au caractère de la ligne noire submarginale, tantôt ondulée, tantôt droite.

En ce qui concerne la ligne noire extrabasilaire, le dessin que présente la fig. À peut être considéré comme concordant avec la figure publiée dans Woevara. Les fig. B et C démontrent, par le dessin de la ligne noire extrabasilaire qui est différent, la distinction qu'il y a lieu de faire entre les deux races; mais il convient d'observer que si, chez les G', la ligne noire extrabasilaire présente une forme distincte dans les deux races, chez certaines ©, la différence de ce caractère se trouve

un peu atténuée; en tout cas, la fig. 06 de l'ouvrage de Maassen et Wending, représentant une Q,

cadre à peu de chose près, avec la race de Shilouvane.

En résumé, il me paraît donc qu'il existe en Afrique orientale trois formes ou races de

Zambesia :

1° Zambesia, Felder et Rog. (Novara, Tab. LXXXV; ©, fig. 5), caractérisée par la sinuosité des lignes noires extrabasilaire et submarginale, aux ailes supérieures, en dessus. C’est la forme que

Je représente dans la fig A; les deux sexes sont semblables.

2° Rectilinea, Obthr. (, fig. C). La Q est, comme je l’expose ci-dessus, représentée par Maassen et Wending, sous le n° 06, avec le nom de Zambesia; cette race est caractérisée par le trait noir submarginal rectiligne aux ailes supérieures, en dessus. Dans les ©, le trait noir extrabasilaire, décrivant une sorte de demi-cercle, depuis le bord antérieur au bord inférieur des ailes supérieures, est un peu variable suivant les individus; quelquefois son dessin est moins brisé que chez le œ

(Ag. C), et assez conforme à la fig. 96 donnée par Maassen et Wending pour la Q.

3° Zanguebarica, Obthr. (O' fig. B); sensiblement plus grand que Zambesia et rectilinra; le trait noir extrabasilaire individuellement assez variable, mais présentant généralement, surtout chez les ©, la ligne droite et l'angle aigu rentrant, comme dans l’exemplaire reproduit sous la fig. B; le trait noir submarginal est rectiligne comme dans la fig. C.

En dessous, :l est remarquable de constater que les traits noirs si différents en dessus, tantôt rectilignes et tantôt ondulés, semblent être légèrement ondulés, et de la même façon, pour les trois races.

Je pense que Sonthonnax, dans le 3° fascicule de l'Essai de classification des Lépidopières producteurs de soie, publié à Lyon, en 1001, a représenté la forme Zambesia figurée par Felder et Rogenhofer ; le trait noir submarginal est ondulé, mais le trait noir extrabasilaire est plutôt comme dans Zanguebarica. Les figures publiées par Sonthonnax ont été malheureusement trop peu soignées et traitées sans la minutieuse observation de tous les détails qui pourtant devrait être la règle

invariablement suivie par tous les Auteurs.

Il. — Bunæa Senegalensis, Olivier.

Il s’agit d'une Saturniide très anciennement décrite et figurée, venant du Sénégal et que Je n'ai jamais vue en nature. Je crois intéressant de publier une reproduction de la description et de la figure, à cause de la rareté de l'ouvrage où l'Espèce se trouve mentionnée. Cet ouvrage est le tome premier d’un Choix de Mémoires sur divers Objets d'Histoire naturelle, par MM. Lamarck, Bruguière, Olivier, Hauy et Pelletier, formant les collections du Journal d'Histoire naturelle, à Paris, che (s2c) les Directeurs de l'Imprimerie du Cercle Social, rue du Théâtre-Français, n° 4, l’an 4° de la Liberté (1702).

Voici ce qu'on lit aux pages 344 et suivantes de ce livre

Observations générales sur les Chenilles fileuses et description d'une nouvelle espèce de Bombix.

Par G.-A. OLIVIER, D. M.

« Les Bombix, autrement nommés PAalènes fleuses, appartiennent à l'Ordre des Lépidoptères, et sont distingués, ainsi que les Papillons et tous les Insectes de cet Ordre, par quatre ailes membraneuses, recouvertes d’une poussière écailleuse qui se détache au moindre frottement. Liés de près aux Phalènes, les Bombix présentent, comme ces dernières, des antennes plus ou moins pectinées, une trompe très courte, souvent unperceptible, roulée en spirale, et placée entre deux antennules courtes, comprimées et velues.

Linné n'ayant établi que trois genres dans l'Ordre des Lépidoptères, a compris les Bombix dans celui de Phalène, et les a placés dans les deux premières divisions sous les noms de A#/act et de Bombyces. Cramer a suivi les divisions du Naturaliste suédois. M. Geoffrcy a séparé du genre Phalène, établi par Linné, les Teignes et les Ptérophores, et l’a divisé ensuite en deux grandes familles, dont la première répond au genre Bombix. De Geer, après avoir séparé les Ptérophores sous le nom de Phalènes-Tipules, a divisé le genre Phalène de l'illustre auteur du Système de la Nature, en plusieurs familles; c'est à peu près dans les deux premières que les Bombix sont renfermés. Enfin, l’auteur de l'ouvrage intitulé : Papillons d'Europe, désignant tous les Lépidoptères sous le nom générique de Papillon, les distingue en Papillons de jour et Papillons de nuit; 1l divise ensuite ceux-ci en sept classes, dont les Bombix forment la première sous le nom de #zleuses.

Il est assez généralement connu que la plupart des Insectes ont à passer par trois états bien différens et qu'on a cru devoir envisager comme autant de métamorphoses. Ce qui peut-être n'est pas aussi généralement connu, c'est que le premier état qu'on nomme imparfait, dans lequel l'animal, pour ainsi dire emmailloté, enveloppé des langes de l'enfance, n’est presque, aux yeux de tout le monde, qu’un objet de dédain ou même d'effroi, c'est que cet état, vulgairement désigné sous les noms de Larve, de CAenille, présente ordinairement l’Insecte dans l’époque de sa vie la plus intéressante pour nous, soit par rapport à sa manière de vivre, soit par rapport à son industrie. Dans l’état qu'on nomme parfait, l'insecte destiné à remplir une fonction plus importante pour la Nature que pour nous, s'empresse de s'acquitter du som de se reproduire; en effet, à peine est-il parvenu à son dernier développement, à peine a-t1l satisfait au besoin pressant de se reproduire, qu'il cesse de vivre. Nous allons donc jeter un coup d'œil rapide sur les Bombix, lorsqu'ils sont sous leur première forme.

Un corps allongé, cylindrique, composé de douze parties, qu'on nomme anneaux ou segmens; une tête écailleuse garnie de deux mandibules, seize pattes au plus, et jamais moins de huit, dont les six premières ou antérieures sont écailleuses et incapables de s’allonger ou de se raccourcir d'une manière sensible, quoiqu’elles puissent plus ou moins se recourber, et dont les autres, que l'Insecte peut allonger ou raccourcir, gonfler ou aplatir à son gré, et qui varient par leur nombre, relati-

vement aux différentes espèces, sont membraneuses; tels sont les caractères généraux et les plus

apparens, qui doivent faire distinguer au premier coup d'œil les larves des Lépidoptères, connues particulièrement sous le nom de Chenilles. En nous fixant maintenant aux Chenilles de Bombix, nous dirons aussi qu’elles ont en général le corps allongé, presque cylindrique, assez mol, lisse ou couvert de tubercules, de poils et composé de même de douze anneaux distincts. Leur tête est formée de deux plaques hémisphériques, d'une substance solide. Leur bouche est munie de deux mâchoires assez grosses et assez dures, figurées en forme de cueillers à bords tranchans, par le moyen desquelles elles rongent les feuilles des végétaux; quelques espèces ont leurs mâchoires encore plus solides, plus fortes et beaucoup plus tranchantes ; aussi sont-elles destinées à attaquer le bois même. Au-dessous de la bouche, on peut remarquer une petite ouverture qui a été nommée Æ7/ère et qui doit effectivement servir à mouler le fil de soie qui en sort. Les Chenilles de Bombix ont ordinairement seize pattes; quelques-unes cependant n’en ont que quatorze et un très petit nombre n'en a que douze; nous ferons remarquer que ces pattes membraneuses sont terminées, comme dans toutes les Chenilles, par un nombre considérable de petits crochets, disposés en couronne ou en demicouronne, propres à servir de crampons sur les arbres, les feuilles et autres corps où l'Insecte se trouve.

La faculté de filer ou de former de la soie, que l'on a reconnu depuis si longtemps aux Chenilles, a été spécialement accordée par la Nature à celles des Bombix; mais leurs produits en ce genre diffèrent beaucoup selon les espèces. Les unes, vivant en société, forment des tissus ou enveloppes de soie sous lesquels elles passent ensemble le premier tems de leur vie, à l'abri des intempéries de l'air et de la voracité des oiseaux. Quelques autres attachent un simple fil sur les corps où elles se trouvent, et, semblables à la plupart des araignées, elles évitent le péril qui les menace et se laissent tomber; suspendues à leur fil, elles ne remontent, par le moyen même de cet appui, que lorsqu'elles n’ont plus à craindre aucun danger. Parvenues à toute leur grosseur, ou à leur dernier accroissement, après avoir subi différentes mues ou changemens de peau, les Chenilles de Bombix cessent de manger, se vident de tous leurs excrémens et se filent une coque de soie, dans laquelle elles doivent passer par leur second état et se métamorphoser en Chrysalides, nom particulièrement affecté aux Nymphes des Lépidoptères. Les coques de ces Chemilles fileuses sont ordinairement ovales, elles sont plus ou moins dures et formées d'une soie plus ou moins fine et diversement colorée.

L'industrie des Chemilles qui se filent des coques de soie où elles se renferment pour subir leur transformation en sûreté, est connue assez généralement. À qui le ver à soie, qui est une Chenille de Bombix, ne l'a-t-il pas montré? Mais il y a bien des variétés dans la structure, dans la figure des coques de différentes Chenilles, dans la manière de les suspendre, de les attacher, de les travailler, qui méritent sans doute d’être aussi bien connues. Nous réservons à une autre occasion Îles connoissances générales et la plupart des détails vraiment curieux et instructifs que ce sujet intéressant a pu fournir aux observateurs.

Toutes les Chenilles de Bombix n'ont pas, comme le ver à soie, la faculté de se construire une coque entièrement soyeuse. La matière à soie est si peu abondante dans quelques espèces, qu'elles

ne parviendraient pas à se former une coque assez solide, si elles ne faisaient entrer, dans sa for-

mation, d’autres matières. Il en est qui tapissent l'intérieur de leurs coques, dont le tissu est assez lâche, d'une liqueur jaune, molle, semblable à de la bouillie, qu'elles font sortir de leur anus; la Chenille la saisit aussitôt avec ses mâchoires, la porte en différents endroits, après quoi elle l'étend et l’unit partout, en frottant avec sa tête; cette liqueur sèche bientôt et se présente en poussière très fine lorsqu'on ouvre la coque. Il est d'autres Chenilles fileuses qui, n'ayant pas aussi une assez grande provision de soie, et n'ayant pas encore la ressource de la matière jaune dont nous venons de faire mention, se servent des poils qui recouvrent leur corps; la Chenille commence d’abord à construire sa coque de pure soie, après quoi elle détache facilement peu à peu avec ses mâchoires, tous les poils; elle les applique sur la couche de soie et les y fixe solidement en filant par dessus. Il y a enfin des Chenilles fileuses fournies de très peu de soie, privées de la poudre Jaune, rases ou à peine velues, qui dès lors doivent se trouver dans la nécessité de reccurir à des matières étrangères, pour rendre leur coque aussi solide et aussi opaque que leur conservation semble l’exiger, quelques-unes rapprochent et lient ensemble plusieurs feuilles, d'autres emploient des liens d'herbes, des rognures ou de la sciure de bois; elles en font un amas suffisant avant de commencer leur travail: ensuite elles les lient ensemble avec de la soie et s'occupent à les faire entrer dans la construction de la coque.

On peut toujours établir pour règle générale que toutes les Chenilles de Bombix filent une coque plus où moins épaisse, plus où moins solide, formée d'une soie plus où moins belle, et dont le tissu est plus où moins serré. Le plus grand nombre construit cette coque sur les arbres, les arbrisseaux ou les plantes qui les ont nourries; d’autres les construisent dans Îes broussalles, contre un mur ou le tronc d'un arbre, sous une pierre; la plupart des espèces qui doivent passer l'hiver dans l'état de Chrysalide, s’enfoncent dans la terre et après s'être donné un espace assez grand, en pressant de toutes parts la terre qui les environne, elles y construisent leur coque. Il est aussi un grand nombre de ces Chenilles fileuses qui, parvenues un peu tard à leur croissance, n'ayant pu avant l'hiver passer à leur transformation, se construisent leur coque dans la terre, pour se mettre à l'abri des rigueurs de la saison, tandis que, pendant l'été, elles se contentent de filer leur cocon entre des rameaux d'arbres.

L'état de Chrysalide, qui succède à celui de Chenille, est un état de faiblesse, d'impuissance et presque d’immobilité, qui exigeait sans doute les précautions, les süretés les plus grandes de la part de cette dernière. Nous ne donnerons pas maintenant à ce second état l'attention qu'il peut encore mériter. Nous nous contenterons de dire, en finissant, que les Bombix, après avoir resté dans la coque qui les renferme et sous la forme de chrysalide, quinze, vingt ou trente Jours, après y avoir passé souvent l'hiver et même quelquefois un an ou deux, doivent se dépouiller de l'enveloppe de Nymphe, percer la coque et se montrer sous leur dernière forme, sous celle d'Insecte ailé et parfait.

L'étude de l'Histoire naturelle peut être envisagée sous deux aspects. On à pu, il est vrai, ne la considérer d'abord que comme une occupation purement agréable, plus où moins propre à exciter et satisfaire la curiosité, sur des objets plus ou moins dignes d'être connus. Cette première considération a sans doute déjà obtenu une latitude qui seule pourrait rendre cette étude très importante

et bien digne de justifier le goût de ceux qui s'y livrent. Mais il est une autre considération qu'on

ne peut plus lui refuser, qui doit lui réunir tous les suffrages et lui donner une importance bien plus grande aux yeux des économistes, c'est celle qui lie les relations de cette étude avec les progrès des arts les plus utiles. Quelle que soit cependant l'utilité que nous retirons de la seule espèce de Chenille fileuse dont nous avons su mettre à profit le produit, nos avantages à cet égard là sont encore bien bornés, puisqu'on pourrait peut-être aisément les étendre bien davantage. Il faut avouer qu'on a beaucoup trop négligé de faire des expériences relatives à la matière à soie, non seulement lorsqu'elle a été mise en œuvre par l’insecte, mais lorsqu'elle est encore dans les réservoirs qui la contiennent, sous la forme d'un fluide épais et visqueux. Réeumur, celui de tous les naturalistes qui s'est attaché avec le plus de génie et de succès, à prouver l'utilité de l’étude de l'Histoire naturelle, par rapport aux arts fondés sur l'agrément ou sur nos besoins, croit avec raison que la matière à soie de toutes les Chenilles fileuses pourrait être employée à faire des vernis. On a fait mention que dans les provinces d'Yucatan, à côté du Mexique, le vernis le plus ordinaire est fourni par certains vers qui viennent sur les arbres du pays et que les Indiens font bouillir dans un chaudron plein d’eau; une espèce de graisse qui surnage et que l’on retire est la matière même d’un vernis qui devient extrêmement dur en se figeant. Nous ne doutons pas que ces vers ne soient des Chenilles fileuses peu différentes de celles d'Europe, et il serait à désirer que l’on s'empressat de faire, soit avec le ver à soie, soit avec d'autres chenilles du même genre, des expériences convenables sur une substance qui, à beaucoup près, n’est pas encore bien connue, et qu'il serait bien intéressant de connaître. Combien d’autres richesses nous vaudraient la plupart des Chenilles fileuses, si nous entreprenions de mettre en œuvre toutes les coques de soie qu'elles savent se construire! Peut-être serait-il difficile, ou même impossible, de parvenir à trouver quelque espèce qui nous fournit une soie aussi belle que celle de la Chenille qui se nourrit du mürier. Mais, outre que le ver à soie ne peut être élevé que difficilement, ou même sans profit dans une grande partie de l'Europe, quelques espèces, même parmi les plus communes et les plus répandues, pourraient nous fournir une soie, sinon aussi belle, du moins aussi utile.

La Chenille du Bombix grand Paon se construit une coque très solide et dont le fil est aussi fort qu'un cheveu; on ne peut douter qu'il ne se dévidât avec facilité, si on le soumettait à des épreuves et la soie qu'on en retirerait pourrait être employée à des étoffes dont le mérite serait moins attaché à la finesse qu'à la solidité. On a pu déjà voir, dans le mémoire que J'ai donné sur l'utilité de l'étude des Insectes, qu'on pourrait peut-être élever sans peine dans nos climats méridionaux l'espèce de Chenille qui fournit aux Madécasses une soie très propre à être filée et dont ils forment différents tissus. Ce ne sont pas seulement les coques, mais les nids même de quelques chenilles, formés de pure soie, qui pourraient donner lieu à des essais utiles. La soie qui ne pourrait pas être filée pourrait être cardée et servirait utilement à différentes fabriques, telles que celles des bas, des draps, des feutres, des ouates, du papier, etc. Quelques épreuves, qu'on a déjà faites, sont très propres à encourager les amis des arts.

M. Geoffroy fils, officier au bataillon d'Afrique, m'a remis, à son retour du Sénégal, deux cocons qui méritent de fixer un moment notre attention. Ils sont attachés aux rameaux des arbres par une

substance soyeuse très forte, de huit à dix lignes de longueur, et qui ressemble au pédicule d’un

fruit. Le cocon est un peu plus gros que celui du ver à soie et 1l est formé de deux enveloppes; l'une extérieure, tres forte, mince, lisse, semblable à du parchemin; l’autre intérieure, semblable au cocon du ver à soie, mais plus forte, plus épaisse et aussi fine. La couleur de ces deux enveloppes est d’un gris blanchâtre tirant un peu sur le roux. La seconde enveloppe, que je n'ai soumise à aucune épreuve, me paraît très propre à être dévidée et filée comme celle du ver à soie; et elle aurait sur celle-ci l'avantage de fournir une bien plus grande quantité de soie. Si la Chenille qui produit ce cocon pouvait être élevée aussi facilement que celle du ver à soie, Je ne doute pas qu'il ne fût très avantageux de la transporter dans nos colonies américaines et surtout à Cayenne, avec l'arbre dont elle se nourrit : ce serait un moyen de plus de hâter la prospérité de cette dernière colomie. M. Geoffroy avait obtenu le Bombix pendant la traversée, mais les ailes étant mal développées il ne le soigna pas et le perdit. D’après la description qu'il m'en fit à son retour, Je soupçonne que c'est le même que celui dont je donne ici la description et la figure. Les voyageurs au Sénégal ou dans les contrées voisines pourront nous donner un Jour, à ce sujet, des détails plus certains et plus circonstanciés et nous faire connaître, non seulement l’Insecte parfait, mais encore l'arbre sur lequel il se nourrit. En attendant que nous ayons des notions plus certaines, je donnerai la description d'un Bombix que M. de Sade, lieutenant de vaisseau, m'a envoyé et qu'un de ses amis

avait pris au Sénégal avec plusieurs autres Insectes.

BOMBIX

B. Ailes étendues, cendrées, avec

une raie blanche; les antérieures

BOMBVX

B. Alis patentibus cinerers, striga

alba; anticis macula fenestrali, pos-

avec une tache vitrée, les postérieures fois ocello majori nigro. Tab. 17, avec une grande tache oculée, noire. NS 2

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