IV. — Observations sur le Syrichthus Mohammed, Obthr
faites à Aflou, par Haroin Poweir, de mai à septembre 1911.
Syrichthus Mohammed, Obthr.
Le 30 mai 1911, sur les coteaux à 3-4 kilomètres à l’ouest d'Aflou, avant d'arriver aux marabouts de Sidi-Boulefa, nous avons trouvé une plante de la famille des Labiées, poussant par petites plaques, et sur laquelle vivaient des chenilles d'un Syrichthus, en nombre considérable.
La chenille de ce Syrichthus, lorsqu'elle est jeune encore, réunit par de forts fils de soie les bords d'une des feuilles allongées de la Labiée et se nourrit du parenchyme de l'extrémité de la feuille. Il y a toujours une petite ouverture à cette extrémité; mais le reste est clos. Quand la chenille a atteint le dernier stade, elle quitte cette habitation pour en former une autre plus ample, composée généralement de deux ou trois feuilles réunies ensemble; elle s'établit alors plus haut sur la plante. La petite ouverture de l'extrémité se remarque encore dans la nouvelle /ente, et la chenille en sort pour manger le bout des feuilles de son habitation et celles qui l’avoisinent. Elle ne mange ni beaucoup, n1 souvent.
Nous avons pris plus de 60 chenilles entre 10 heures du matin et 4 heures du soir, et dans tous les cas, les chenilles étaient au repos dans l'intérieur de leurs /entes. On peut en déduire que normalement elles ne mangent pas entre ces heures-là de la Journée.
Presque toutes étaient dans leur dernier stade et beaucoup paraissaient avoir atteint tout leur développement. Nous n'avons pas trouvé une seule chrysalide, mais sur certaines plantes J'ai trouvé des /entes vides de chenilles adultes; celles-ci avaient certainement quitté les plantes. Ces deux faits paraissent indiquer que la chenille va se chrysalider ailleurs. Les /entes des chenilles adultes sont assez voyantes. Sur certaines belles touffes isolées,
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE Tu
nous en avons trouvé jusqu'à huit, mais là où les touffes sont nombreuses et moins développées, les /entes sont beaucoup plus espacées. Certaines /aques n’en ont point du tout.
Dès le commencement de juin, plusieurs chenilles en cage ont quitté leurs feuilles et sont allées se placer sur la mousseline, après avoir marché assez longtemps. Elles faisaient gondoler, par des fils de soie couvrant ainsi les creux dans lesquels elles se tenaient, la mousseline, qui était tendue cependant. Elles sont devenues très pâles, d'un jaune blanchâtre; presque toute trace de gris sur le dorsum ayant disparu. Le 4 juin, une d'elles a commencé à faire un cocon dans un coin de la cage. Elle travaillait lentement. Pendant trois Jours Je l’ai aperçue par transparence, occupée à compléter son cocon. Le 8 juin, l'œuvre semblait être terminée. La chenille reste alors immobile dans son cocon de soie blanche, qui est de la densité de celui d'Orgyia Splendida Q.
Une seconde chenille a commencé son cocon, le 6 juin, et d’autres ont bientôt suivi. Nous avons retrouvé cette Espèce dans diverses localités, au nord et au nord-ouest d’Aflou, notamment dans les champs incultes avoisinant la route de Tiaret, à 2 kilomètres 1/2 du village. Sa plante nourricière aime bien le voisinage des champs d'orge et pénètre souvent dans ces champs. Nous ne l'avons vue nulle part aussi abondante que sur les coteaux, vers les marabouts de Sidi-Boulefa.
La chenille diminue considérablement de volume avant de commencer son cocon. Adulte, elle a de 18 à 20 millimètres de longueur; elle est assez grosse, avec les segments très distincts. Comme forme, elle ressemble beaucoup à celle de Carcharodus Alceæ. Toutefois, son cou n'est pas aussi mince que dans cette Espèce. La tête est sans points saillants; le sillon central est assez prononcé; la tête est noire; la surface en est granuleuse, avec de nombreux courts poils de couleur brun doré, sauf quelques-uns qui sont plus longs et de couleur blanche.
Le prothorax est jaune, avec une plaque dorsale de couleur orange brunâtre, ou brun rougeâtre, allongée, avec éclaircie jaunâtre au centre. Les segments suivants sont d’un gris bleuâtre
112 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
tendre sur le dorsum; ils sont d'une intensité et d’une étendue très variables. La couleur fondamentale est jaune assez pâle, et elle se montre aux incisions, et sur les parties latérales, jusqu'aux petits plis marqués en noir, au-dessus des stigmates. Le rebord latéral est jaune, ainsi que les bases et les pattes membraneuses.
La surface centrale du ventre est d'un grisâtre mélangé de Jaune sur les segments du thorax et les deux premiers de l’abdomen; sur les autres, elle est jaune. Les pattes écailleuses sont d'un Jaune orangé; le dernier article est brun. Les sous-divisions des segments sont bien marquées. Il y en a 4 bien distinctes sur les segments abdominaux, jusqu’au 8° inclus. Les 3° et 4°, sous divisions, sont télescopiques et de couleur jaune. Quand la chemille arrive à la taille adulte, ces sous-divisions se montrent mieux, les segments étant gonflés, et ceci explique en partie l'augmentation du jaune dans la chenille à cette époque. Mas, à part cela, le gris devient plus pâle et finit par disparaître entièrement avant que la chenille ne se mette en cocon. Au commencement du dernier stade, le gris est plus étendu et s'étend même jusqu’au rebord latéral. Dans le stade précédent, la chemille est presque toute grise, et d’un gris plus foncé.
La ligne du centre dorsal est noire. Elle commence à l'arrière du prothorax et se continue fine sur les deux autres segments thoraciques. Sur les segments abdominaux, elle est plus large, mais interrompue, formant une série de taches triangulaires à sommets très allongés. C’est sur la 1" sous-division de chaque segment que la tache est plus large, plus noire; elle est continuée en diminuant de largeur sur les 2° et 3° sous-divisions et manque sur la 4°. La série se termine sur le 0° segment abdominal. Il y a une deuxième ligne noire, formée par une série de taches, intéressant généralement la 1" sous-division des segments seulement. Cette 2° ligne de taches est mince et souvent très faible. Une troisième ligne noire en série de taches bien développées se trouve au-dessus des stigmates. Sur chaque segment abdominal, cette ligne renferme deux taches principales : une sur la partie antérieure de la 1° subdivision, l’autre sur la partie postérieure de
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 113
la seconde subdivision; les deux taches sont réunies par un trait noir de peu d'intensité.
Cette dernière ligne limite la partie grise du dorsum, chez ja plupart des chenilles adultes.
Pendant le mois de juin, les chenilles ont continué de faire des cocons. Le plus souvent, elles s’enferment dans les feuilles pour accomplir cette métamorphose; mais dans la nature, elles ne doivent pas s'en servir souvent; car on ne trouve point dans les feuilles, à l’état libre, les chenilles qui ont cessé de manger.
Je remarque cependant qu'aucune chenille ne s’est chrysalidée (24 juin). Elles paraissent estiver. On les voit par transparence, dans les cocons, placés contre la mousseline de la cage. Elles ont diminué considérablement de volume, et surtout de longueur. Elles sont décolorées, d'un blanc un peu grisâtre. J'ai encore trouvé quelques chenilles actives, le 16 juin, en campagne. A cette époque, la plante nourricière commençait à fleurir — (la fleur est d'un mauve rosé) — et les feuilles étaient devenues assez coriaces. En ouvrant la cage à 6 heures du soir, le 26 juin, J'ai eu le temps tout juste d'apercevoir un magnifique Syrichthus Proto ou plutôt Mohammed éclos. Il a pris le vol immédiatement et a disparu au delà du mur de la cour. Je ne m'y attendais pas, d'autant plus que toutes les feuilles que j'ai ouvertes et tous les cocons fixés sur les parois de la cage ne contiennent que des chenilles et aucune chrysalide. C’est inexplicable!
Le 30 juin, Charles David a pris dans un ravin, à 2 kilomètres au nord-est d'Aflou, un Syrichthus qui me semble être P7010. Il en a pris quelques-uns, les jours suivants, et j'en ai vu aussi, mais l’Espèce est très rare. Sur la pente d’une colline, à l'Oued- Medsous, j'en ai suivi un, pendant plusieurs minutes, le 12 juillet; mais Je lai manqué et il a disparu.
Pendant tout le mois de juillet, les chenilles sont restées sans changement dans leurs cocons, du moins dans ceux qui sont sur la mousseline de la cage. Elles se retournent de temps à autre. Ainsi la tête qui se trouve, un jour, à un bout du cocon, peut être, le lendemain, à l’autre bout. Elles sont un peu plus rabougries.
114 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
Le 3 août, pendant l’après-midi, j'ai aperçu dans la cage une belle Q de S. Hohammed fraîchement éclose. Cette fois, il n’y a pas eu d'accident, et après l'avoir laissée, le temps nécessaire pour bien sécher ses ailes, je l’ai placée dans le flacon à cyanure.
Le 4 août, J'ai examiné toutes les feuilles roulées et cousues, contenant des chenilles de Syrichthus, pour me rendre compte de leur état. J'ai trouvé en tout 55 chenilles et 2 chrysalides, dont une vide. C’est sans doute de cette chrysalide vide qu'est sorti le papillon d'hier.
Le 14 août, dans la matinée, est éclose une autre belle Ode Mohammed.
Le 15 août, J'ai trouvé 3 nouvelles chrysalides dans la cage. Les chenilles se mettent donc à se chrysalider d'une façon plus sérieuse.
Le 19 août, est éclos le premier Œ. Il est largement lavé de blanc jJaunâtre.
Dans la matinée du 20 août, est éclose une autre @
Le 21 août, j'ai trouvé dans la cage, à 11 heures du matin, une © de Syrichthus Proto !
À O heures du matin, ce papillon n'était pas éclos.
Voici l'explication de ce fait :
Le Syrichthus Proto est une espèce assez voisine de Wohammed dans ses habitudes et dans sa chenille, quoique très distinct à l'état de papillon.
Enroulées dans les feuilles de la plante qui nourrit Mohammed, se trouvaient évidemment quelques chenilles de P7ro10. Il n'y en avait que peu. J'ai imaginé que ces chenilles de Proto représentaient une forme plus uniformément grise de Mohammed. I] y en avait de jeunes, très grises (4° stade), ce qui m'a fait dire que la chenille de Mohammed, dans son avant-dernière livrée, était à peu près d’un gris uniforme. Il est possible que les quelques chenilles dans l’avant-dernier stade que je possédais, soient toutes des Proto. Néanmoins il est très vrai que la chenille de Mohammed montre d'autant moins de jaunâtre qu'elle est plus jeune. J'ai remarqué une chenille adulte presque uniformément grise, que Je
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE mie
supposais être une Aberration de Mohammed. C'était d'un Proto qu'il s'agissait sans doute.
Proto mange donc cette plante Labiée aussi bien que le Harrubium et elle estive.
Il y a eu deux éclosions de Mohammed, le 22 août. J'ai pu photographier une ©, peu de temps après sa naissance. Elle est éclose un peu avant 10 heures du matin, et Je l'ai trouvée sur un brin sec de graminée. À ce moment, ses petites ailes n'avaient pas commencé leur développement. Elles étaient ouvertes. Je me suis préparé ‘aussitôt à la photographier; mais quand tout était prêt et la © bien au point, ses ailes étaient déjà presque développées. Elles étaient fermées alors, et pendaient. 15 minutes après, elle les a ouvertes en grand; mais en conservant aux supérieures une pente assez forte. Les antennes faisaient à peu près angle droit par rapport à l'axe du corps. Dans cette position, elle inclinait toujours la surface supérieure de ses ailes vers la lumière, et pivotait pour ainsi dire sur ses pattes, pour maintenir cette orientation, si on tournait légèrement la tige qui la supportait.
Elle n'aurait pas tardé à prendre le vol, si Je ne l’avais mise dans un endroit obscur. Là, elle a fermé ses ailes; le papillon aime à se reposer au soleil, les ailes grandement ouvertes, les côtés des supérieures en angle droit, par rapport à l'axe du corps, les antennes écartées et légèrement relevées; mais sa position normale, après un vol, montre le papillon avec les ailes ouvertes aux trois quarts ou aux deux tiers; les supérieures sont bien relevées, ainsi que les antennes. Au repos complet, par temps sombre et la nuit, les ailes sont fermées.
Il y a eu de nombreuses éclosions, fin août et au commencement de septembre; généralement de 1 à 4 par jour, toujours dans la matinée, entre 7 heures et Oo heures. Ces derniers temps, il n'est guère éclos que des mâles. Je n’ai plus obtenu d’éclosion un seul Syrichthus Proto.
CHRYSALIDE. — Elle ne diffère pas bien appréciablement pour la forme de celles des autres Syrichthus de ma connaissance. Les
116 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
yeux sont grands, assez proéminents et largement séparés. Les maxillae sont larges et proéminentes à leur base, et le fourreau de la trompe s’allonge, libre du corps, bien au delà des ptérothèques, arrivant au-dessus de la partie antérieure du 8° segment abdominal, légèrement courbé vers l'abdomen, qu'il touche presque ou même tout à fait. L'apex falqué des ptérothèques dépasse très peu le 4° segment abdominal. La partie qui couvre les franges est large et va en s’élargissant jusqu’à l'apex. La massue de l'antenne est bien indiquée. Le thorax est fort, bombé, mais pas très saillant.
Le stigmate prothoracique est noir, saillant, au-dessus de l'épaule. L’abdomen, à partir du 4° segment, est courbé ventralement. Le cremaster est long, légèrement courbé en « bec de Curculionide » et garni de petits crochets à l'extrémité, par lesquels la chrysalide est attachée aux soies garnissant le cocon. Les stigmates abdominaux sont ovales et d’un brun clair.
Le dessus de la tête, le thorax, les segments abdominaux et les yeux sont garnis de poils très courts, peu nombreux, d'un brun doré. Ils sont plus denses et plus longs sur le dessus de la tête et sur les derniers segments abdominaux qu'ailleurs. Les gaines des membres en sont dépourvus.
La couleur de la chrysalide est d’un carné die un peu Jaune sur les côtés. Les parties thoraciques sont un peu plus foncées, ainsi que les yeux, la tête et le cremaster.
La chrysalide, plus pâle au début et plus uniforme comme couleur, subit pendant son existence courte (15 à 20 Jours) une modification presque continuelle dans sa coloration, avec tendance régulière à se foncer. Quelques jours avant l'éclosion, la tête, le thorax, les yeux et les membres prennent une teinte de prune noire, tandis que l’abdomen ne se modifie pas encore. Ce n'est qu'un jour avant l’éclosion que l'abdomen se fonce beaucoup; mais 1l ne devient Jamais aussi noir que les parties dépendant du thorax.
Comme les autres chrysalides de Syrichthus, celle de Mohammed est recouverte d'une fine pulvérulence blanche (b/oom), qui s'enlève et disparaît facilement.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 117
Les papillons éclosent donc, au nombre de 2 ou 3, chaque matin, et il y aura une assez belle série d'exemplaires. Trois se sont abîmés pendant le trajet d'Aflou à El-Kheicha, étant éclos dans les boîtes que nous avions emportées en route avec nous. Ces exemplaires pourront être utilisés pour l'analyse anatomique. Il sera en effet très intéressant de comparer l’armature génitale de Mohammed et de Proto, non pas que cet examen me paraisse nécessaire pour prouver la distinction spécifique de ces deux Syrichthus, mais pour fournir un supplément d'information toujours désirable. Il me semble impossible, en effet, de confondre Mohammed et Proto, si l'on a une série de papillons de chaque Espèce sous les yeux. Cependant, puisque Staudinger et Rebel, dans leur Catalog 1001, indiquent à tort Mohammed comme variété de P7ro10, 1l est utile de réunir tous les arguments en vue de corriger l'erreur éditée et propagée par le Catalog en question.
Il est curieux que je ne voie pas voler Mohammed à la campagne dans les localités où nous avons trouvé les chenilles. Pourtant nous n'avons pas pu récolter toutes les chenilles et nous en avons certainement laissé.
Harold POWELL.
V.— Observations faites sur les mœurs des Syrichthus Carlinæ, Cirsii, Alveus-Bellieri et Armoricanus,
par Marcez Renrous.
« Il y a déjà plusieurs années que j'ai essayé de connaître la ponte des Syrichthus ; mais, pour le groupe d’Alveus, je n'étais pas arrivé à un résultat satisfaisant, la connaissance des différentes formes m'ayant manqué alors.
Grâce aux Ævudes de Lépidoptérologie comparée, je suis arrivé à distinguer des formes que je ne connaissais pas et à avoir une
idée plus nette de celles dont l'existence m'était imparfaitement connue.
où
118 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
Cette année, Je n'ai pu réaliser des observations que sur quatre formes : Alveus, Huebner; Carline, Rambur; Cirsii, Rambur, et Armoricanus, Oberthür. Ces observations, encore très incomplètes, mont pourtant permis de constater des différences très appréciables entre certains de ces œufs, et pourront, je l'espère, contribuer à éclaircir la question d’'A/veus et des formes voisines.
À Zermatt, du milieu de juillet au milieu d'août 1011, Alveus, Hbn. (Alveus-Bellieri, Obthr.) et Carline, Rbr., n'étaient pas rares, depuis les bords de la Viège jusque sur les montagnes qui ferment la vallée, mais seulement à une altitude maximum de 1,900 mètres. Plus haut, jusqu'à 2,300 mètres, je n'ai trouvé que l’'Alveus-Ryffelensis, Obthr.
Carline, Rbr., semblait être apparue un peu plus tard qu'Alveus, Hbn.; cependant, les deux formes volaient dans les mêmes parages, mélangées, l’une à l’autre. En les observant, J'ai été surpris de constater que la © de chacune des formes recherchait des plantes différentes pour y déposer ses œufs.
Les 23, 20, 30 juillet, 3 et 9 août 1011, J'ai vu pondre 10 Alveus, ce qui ma permis de recueillir 15 œufs. Tous ces œufs, sans exception, étaient déposés sur des ÆZelianthemum vulgare, généralement sous les feuilles. Jamais je n'ai remarqué une seule Alveus © semblant vouloir pondre sur d’autres plantes.
Les quatre © de Carline que J'ai observées les 28, 30 Juillet, 3 et 9 août, m'ont procuré 7 œufs, tous pondus sur des Potentilla verna ; aucune des Q Carlinæ que J'a1 vues n'ont fait attention
aux elianthemum.
Les œufs de Carlinæe et d'Alveus sont de forme plus ou moins hémisphérique; 1ls sont ornés d’une vingtaine de côtes allant du pôle de l’œuf à la base; la surface est encore rayée de stries parallèles à la base, en sorte que l'œuf est divisé en une série de rectangles, dont les contours se trouvent en saillie. Les côtes sont
plus marquées dans l'œuf de Carline que dans celui d’Alveus.
Au moment de la ponte, et encore quelques heures après, les deux œufs sont vert pâle; celui de Carline a cependant une teinte
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 119
un peu plus jaune. Après un ou deux Jours, l'œuf de Carline devient d’un orangé vif, tandis que celui d’Alveus reste vert,
J'ai obtenu l'éclosion des chenilles d'Alveus après 12 ou 14 jours; à l'issue de ce même espace de temps, l’œuf de Carlinæ a perdu sa couleur orangé, pour ne conserver qu’une légère teinte jaune vers sa base. La chenille semble formée dans l'œuf. Actuellement encore, les œufs sont dans le même état, ils n'éclosent pas et ne se flétrissent pas non plus. Peut-être les chenilles ne doivent sortir de l'œuf qu'au printemps ?
J'avais espéré trouver Conyzæe, Guenée, aux environs de Zermatt, afin d’en observer la ponte, mais je n’en ai pas remarqué un seul exemplaire en 1911.
Pour obtenir des renseignements sur C2752, Rambur, je suis allé au pied du Jura, près de Gex (département de l'Ain). Là, dans les pentes brûlées par le soleil, les Czrs2i ne sont ordinairement pas rares. Le 19 août 1011, il y en avait déjà un certain nombre, surtout des Œ. Les Q n'étaient cependant pas introuvables. J'ai réussi à en observer trois qui, chacune, ont pondu un œuf. Ces Q ont cherché des Potentilla verna, sur lesquelles elles se sont posées. Contrairement à mon attente, ce n’est pas sur la Potentilla qu'elles ont déposé leur œuf, mais bien sur des herbes sèches, qui se trouvaient sous les Potentilla, où dans leur voisinage immédiat. J'ignore si c'est là la façon ordinaire de pondre des Czrsu. Je ne pense pas que les Graminées, sur lesquelles ces © ont pondu, puissent servir de nourriture aux chenilles. [l me semble plus probable que la plante nourricière est la Potentilla.
L'œuf de Cirsii est semblable à celui de Carline ; il a la même forme, la même couleur, les mêmes côtes accentuées. Peut-être sa taille est-elle très légèrement inférieure; mais pour pouvoir attribuer une valeur à ce caractère peu marqué, il faudrait pouvoir disposer d'un grand nombre d'œufs de chaque forme et constater la constance de la taille pour chacune des formes.
Un des œufs est devenu orangé après 24 heures; les deux autres ont acquis cette coloration après deux jours. Douze Jours plus tard, cette coloration a disparu, comme cela avait été le cas
120 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
pour Carline. La chenille semble formée dans l'œuf, mais jusqu'ici Je n'en ai pas obtenu l'éclosion.
Il est possible que l'œuf hiverne, ce qui expliquerait que les Q ne se donnent pas la peine de pondre sur la Potentilla, les feuilles de cette plante se desséchant pendant l'hiver.
En ce qui concerne Ayrmoricanus, je dois reconnaître que le hasard m'a bien servi. Le 29 août, j'étais dans mon jardin, observant, par habitude, le vol des papillons. Je remarquai bientôt un Syrichthus qui me parut être une Q. Par précaution, j'ai été chercher mon filet pour la capturer après avoir observé la ponte d'un ou plusieurs œufs. À mon retour, la © volait toujours au milieu de la pelouse; elle rasait la terre et se posait fréquemment sur les feuilles de Pozentilla reptans, mais je n’ai pas remarqué quelle y ait pondu. Enfin elle arriva sur un fraisier (Fragaria vesca) et pondit un œuf sous une feuille. À ce moment, J'ai capturé la Q et recueilli l'œuf. Peu après, une autre © apparut au même endroit; elle pondit deux œufs sous des feuilles de Potentilla reptans. De nouveau, J'ai pris la Q et les œufs.
L'œuf d'Armoricanus ressemble à celui d'Alveus; il a les mêmes côtes atténuées et la même couleur verte. Cette couleur persiste également jusqu'au moment de l’éclosion de la chenille. Il y a cependant une grande différence de taille entre ces deux œufs, celui d’'Alveus a presque un millimètre de diamètre, celui d'Ar/”moricanus à à peine un peu plus d'un demi-millimètre. Je pense que cette différence de taille est trop grande pour pouvoir être attribuée à une variation individuelle; d'autre part, les 3 œufs d’Aymoricanus étaient tous également petits, et les 15 œufs d’'Alveus avaient tous la même taille.
Les chenilles d’Armoricanus sont sorties des œufs, après 10 Jours. Elles ont aussitôt tissé quelques fils, à l'abri desquels elles ont commencé à ronger les membranes des feuilles de Potentilla reptans.
En résumé, les œufs de C?rs% ne présentent pas de différence
notable.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE I21
L'œuf d'Alveus est très différent, par sa couleur surtout, de ceux des deux formes précédentes.
L'œuf d'Armoricanus se rapproche de celui d’Alveus, mais s’en distingue par sa taille plus petite.
Si réellement les œufs de Carline et de Cirsz hivernent, il y aurait là une nouvelle circonstance biologique qui les séparerait de ceux d’Alveus et d’Armoricanus. »
Genève, le 22 septembre 1911.
Marcel REHFOUS.
Une nouvelle Arctiide ” dévastatrice de l'orge
Cymbalophora Haroldi, Obthr.
La nouvelle Espèce d’Arcriide découverte par l’habile chasseur Harold Powell, dont la collaboration si dévouée et si intelligente m'est infiniment précieuse, sera figurée dans le Vol. VI des Ærudes de Lépidoptérologie comparée. J'ai donné à l’Arciide découverte aux environs d'Aflou par Harold Powell, le nom de : C ymbalophora Haroldi. Déjà, sous le n° 657 de la PI. LXXI du volume V, javais représenté la Cymbalophora Powelli, découverte par Harold Powell à Géryville (Voir Vol. V, Lépid. compar., p. 152). Je donne ci-dessous un extrait des lettres écrites par M. Harold Powell, les 11 et 13 septembre, et traitant de l’histoire de la nouvelle Cymbalophora :
« Je donnerai bientôt des renseignements sur la nouvelle Cymbalophora que j'ai découverte et dont la chenille dévastait les champs d'orge, lorsque nous sommes arrivés à Aflou, en mai 1911. C’est une Espèce très curieuse et peut-être n'est-elle pas même une véritable Cymbalophora ? Je crois que la chrysalide de la nouvelle Arctiide a trois segments mobiles, ce qui n'est pas le cas, me semble-t-il, pour les véritables Cybalophora ; mais ce fait reste à vérifier: je sais seulement que les chrysalides de Trichosoma sont rigides. La Q de la nouvelle Espèce, que Jj'ex-
124 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
pédierai dans le prochain envoi, a de très petites ailes et elle ne peut pas voler. Ces ailes ne remplissent qu’un tiers environ des ptérothèques, lorsque le papillon se développe dans la chrysalide; elles s’allongent un peu après l’éclosion. La © est munie d'un organe musical plus petit que celui du . La Q aussi, lorsqu'on la touche, donne un petit cri, mais plus faible que celui du ©! Ce cri est produit par le frottement de la cuisse et de la dernière patte contre le tambour dont l'aspect est micacé. Après l’éclosion, la Q reste dans le cocon, tandis que le G' en sort pour développer ses ailes. Il me reste à apprendre si l’accouplement a lieu dans le cocon, ou bien si la © en sort, après cet acte accompli. Je sais que l’éclosion se fait le matin, entre 8 et 11 heures, et le papillon devient actif dès les premières heures de l'après-midi. Il ne bouge pas la nuit; son cri ressemble au tic tac d’une montre, mais il est plus rapide.
Le papillon G' est remarquable; ce n’est pas la Powell: de Géryville, mais une Espèce plus petite, lui ressemblant assez comme dessin. Les ailes antérieures sont très allongées; les postérieures, très petites, sont rosées. Les antennes sont très courtes, droites. Le thorax est couvert d’un duvet blanchâtre; l'organe musical est très développé et le papillon crie, lorsqu'on le touche.
J'ai fait des dessins de la chenille et de ia chrysalide; J'ai photographié le O' vivant; mais les photographies ne sont pas encore révélées. »
Harold POWELL.
ERRATA & CORRIGENDA
Aux VoLumes III, IV ET V (PARTIE Î)
des Études de Lépidoptérologie comparée.
Bien que j'aie pris soin de rectifier à la main, dans presque tous les exemplaires des Ætudes de Lépidoptérologie comparée que j'ai livrés au Public, les fautes diverses d'impression reconnues dans les Volumes III, IV et V (Part. I) de l'ouvrage en question, je crois devoir faire imprimer ici le relevé général des corrections qu’il convient de faire subir au texte.
Volume III.
Page 131, 10° ligne; lire : La Pieris Rape, au lieu de : La Pieris Naÿi.
Page 164, 9° ligne; lire : PL. XLII, au lieu de : PI. XIII.
Page 177, note, 5° ligne; Zire : Bred, au lieu de : Bread.
Page 177, note, 6° ligne; Zire : at Butts Lawn, au lieu de: aht Butts Lawn.
Page 212, 7° ligne; après : Je n’ai pu jusqu'ici vérifier le fait, ajouter ces mots : mais je reste très sceptique, ainsi que je l’expose ci-dessus.
Page 214, 16° ligne; Zire : Polyommatus, au lieu de : Polyammatus.
Page 328, 8° ligne; Ze : Erebia Euryale, au lieu de : Erebia Enryale.
Page 4006, après le N° 45, ajouter : 46. SATYRUS HANSII, larve, Sebdou (Algérie).
Page 407, 8 ligne ; ire : PUNCTIFERA, au lieu de : PUNCTIGERA.
Page 410, 14° ligne ; après : 110, ajouter : 120.
Page 412, 1° et 2° lignes; Les numéros des figures 148 et 149 sont intervertis,; la fig. 148 représente : EUBOLIA BIPUNCTARIA-MARITIMA et /a fig. 149 représente : EUBOLIA PERIBOLATA.
128 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
Volume IV.
Page 18, lignes 6 et 9 en remontant;
Page 307, ligne 2 en remontant;
Page 308, ligne 7;
Page 639, lignes 4 et 6; lire : de la Bèche-Nicholl, au Lieu de : de la Bâtie Nicholl.
Page 20, ligne 17; dire : Misserghin près d'Oran, au lieu de : Sebdou.
Page 75, lignes 0, 10 et 11; d’après le renseignement donné par Harold Powell, l'observation de M. Holl ne concerne pas 7'hecla Ilicis-Cerri,
mais Æsculi-Powelli.
Page 121, ligne 0, Zre : Sikkim, au lieu de : Sikkin. Page 128, ligne 1; re : nos vulgaires, au lieu de : nous vulgaires.
Page 133, lignes 3 et 4; lire : Argentorati (Argent.), au lieu de : Argen-
tinensis.
Page 151, ligne 12 en remontant; lire : O', au lieu de: Q. Page 170, ligne 2; lire : dessus, au lieu de : dessous. Page 246, ligne 13, et page 481, ligne 13; ire : Reid, au lieu de : Ried. Page 250, lignes 5 et 6; Zire à la place de la phrase imprimée : L’Ab. quadripunctata, Tutt, a, sur le dessus des ailes, deux points blancs,
dont un sur le disque des ailes inférieures.
Page 364, lignes 9 et 10 en remontant; Zire : la troisième, au lieu de: celle du milieu.
Page 408, à la fin de la dernière ligne; lire : O', au lieu de : ©. Page 431, dernière ligne; lire : en 1787, au lieu de : en 1877.
Page 435, 0° ligne en remontant; lire : Die Zygaenen, au lieu de : Die Zygaener.
Page 494, lignes 16 et 17; supprimer Les mots : et moins large.
Page 522, ligne 19; après Les mots : et bien spécifiquement différents, mettre un point et virgule.
Page 620, ligne 109; Zire : V'Ab. Tricolor, au lieu de : V'Ab. Weileri.
Page 632, dernière ligne; lire : Tricolor, au lieu de: Weileri.
Page 640, ligne 15; lire : Moricandia, au lieu de : Câprier; et ligne 16; supprimer les mots : (Capparis droserifolia).
Page 668, ligne 9, N° 264; lire : O', au lieu de: ©.
Page 669, ligne 3, N° 285; supprimer Les mots: Œ et.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 120
Page 670, ligne 3, N° 300; lire: Speyeri, au lieu de: Peyeri.
Page 690, avant-dernière ligne ; lire : De Joannis, au lieu de : O. Joannis.
Page 691, ligne 10; ZYGAENA ACHILLEÆ; lire : page 662, au lieu de: page 654.
Page 601, ligne 11; ZYGAENA TRANSALPINA ; lire : page 662, au lieu de : page 654.
Page 601, ligne 12; ZYGAENA TRIFOLIH; lire : page 663, au lieu de : page 655.
Volume )V:1Part.y 1:
Banc ro, hene ts: re; sousile NON dela Taf. IV, IV Theil..…… Page 42, ligne 6; lire : au 15 mai 1011, au lieu de : au 10 mai 1911. Page 50, ligne 2; lire : 420, au lieu de : 430. Page 69, ligne 12 en remontant; /ire : Belle et robuste Espèce de Sicile.
Paseuoz, ligne 16; Zreclles N°30) et 5 (Q), au lieu de : les N° 3 (') et 4 (Q).
Page 132, ligne 11 en remontant, lire : états, au lieu de : éclats. Page 132, ligne 3 en remontant, lire : 1773, au lieu de : 1873.
Page 181; j'ai omis de donner le nom de l’Aberration figurée par Barrett sous la fig. 4 à de la PI. 60. M. Charles Blachier, de Genève, m'a fait connaître que cette Aberration avait reçu les noms de G#leti, André et Confluens, Schultz.
Page 190; je fais figurer dans le Vol. VI des Etudes de Lépidoptérologie comparée, non dans le Vol. V, la Q Auebneri du Cap Ferra.
Page 301. Il y a une faute dans l'agencement de la composition typographique concernant les N°% 4, 5 et 6 : Manastabal, Hiempsal et Adherbal. 11 convient de rapprocher ces noms de leurs numéros, comme pour Powelli, Unicolor, etc., et ne pas maintenir un vide au-dessous de : 3 Ÿts. An Sp. propr.? Je considère en effet Wanastabal, Hiempsal ct Adherbal, comme des espèces distinctes, sans qu’il y ait pour cela aucun doute.
Page 337, ligne 1; lire : TRICHOSOMA, au lieu de : TRICHOSONA.
En outre des corrections précitées, j'ai publié à la page 347 du Vol. V, Part. I, une première série de 5 corrections à faire au dit Vol. V, Part. I. Cet errata n'est pas répété ici. Prière au Lecteur de s'y reporter.
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