FOUT
at ; DES Æ 18e:
Sen p s NS 30 Reel Es L PANNES ARRET Sr (5 « STAR SR Se
ter RE AC RE TT TR PUS Re ERA SRE ee De ee Ke J RARES ne à à
+ he RON re à ANSE PRE EN a SA ar nn MÉLR ER
Reproduction d’une lithographie exécutée à Strasbourg par F. ]J. Oberthür.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 19
reproduites et rééditées. Je suis redevable de leur communication à la parfaite obligeance de l'honorable M. Voirin, constructeur de machines à imprimer, à Paris, présentement Président de la Chambre syndicale des Constructeurs de machines d'imprimerie detbrance:
Son père et le mien ont longtemps entretenu les plus amicales relations.
M. Georges Lequatre, Directeur du journal Z’mprimerie, Professeur à l'Ecole Estienne, a bien voulu, sur la demande de M. Jules Voirin, lui remettre, pour m'être communiquée, une collection de brochures anciennes, relatives à l’histoire de la Lithographie. Je remercie tout particulièrement M. Lequatre et M. Voirin de m'avoir mis à même d'écrire une notice reproduisant d’une façon assez complète, me semble-t1l, les diverses phases de la vie tourmentée d’'Aloys Senefelder, inventeur de la Lithographie.
Afin d'être aussi véridique que possible, j'ai contrôlé les uns par les autres, les mémoires sur la Lithographie publiés en France, dans le commencement du XIX® siècle; j'ai puisé les renseignements généraux à plusieurs sources; mais surtout J'ai mis à contribution une excellente Voice sur la Lithographie, sa découverte, ses progrès, écrite par Jules Desportes et insérée dans le 3° Volume du «& Lithographe, Journal rédigé par des Lithographes, à Paris, 60, rue d'Enfer »; j'ai en vain cherché la date du n° 32 de ce Journal. Je pense qu’il a dû paraître dans les dernières années du règne du Roi Louis-Philippe.
Les pages dont je suis redevable aux notes manuscrites laissées par mon grand-père et par mon père, et que J'ai introduites, comme je viens de l’exposer, dans l’Historique qui va suivre, sont tout à fait inédites.
Quant au reste, c’est, je le répète, une compilation de documents divers que j'ai cependant soumis à une critique comparative et à un examen très attentif.
Aloys Senefelder (ou Aloyse Sennfelder) naquit à Prague Bohême) en 1771. Son père, qui était artiste dramatique au théâtre 77 pére, q Q
20 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
de Munich, lui fit faire ses études au Collège de cette ville. Ses succès furent rapides. On le destinait au barreau; mais ses rapports journaliers avec le Théâtre le déterminèrent à embrasser une carrière où 1l recueillit plus de déceptions que d'avantages.
Cependant 1l écrivit sous le titre : Les Connaïisseurs en Demotselles, une pièce qui fut Jouée à Munich et y obtint quelque SUCCESS)
En 1701, Aloys perdit son père et resta le seul soutien de sa mère et de neuf enfants dont il était l’aîné; 1l se fit alors comédien.
On dit qu'il fut chanteur des chœurs du théâtre de Munich; puis perdu et ignoré au milieu d’une petite troupe d'acteurs
(*) Lorsque j'écrivais ces lignes, en juin 1912, je n'avais pas encore pris
connaissance d’un livre intitulé : AZois Senefelder und sein Werk, zur hundertjaehrigen Feier der Erfindung der Lithographie verfasst von Georg Scamoni, Saint-Pétersbourg, 1806. Je n’en suis entré en possession que plus récemment, en octobre 1912, grâce à l’obligeance de MM. Friedlaender und Sohn, les célèbres libraires de Berlin.
On voit, dans cet ouvrage, les plus intéressantes reproductions de lithographies anciennes, notamment le dessin exécuté sur pierre lithographique par le général français Lejeune « ein Adjutant des Marschalls Berthier » et représentant un Cosaque à cheval, dont je fais mention plus loin. Georg Scamoni énumère comme suit les titres des pièces de théâtre dont Aloys Senefelder passe pour avoir été l’auteur
Die Macdchenkenner, 1792;
Der Bruder aus Amertka, 1792;
Die Gothen in Orient, 1702;
Das Buergerglueck, 1793;
Die Tischlerjamilie, suite du Puergerglueck ; Mathilde von Altenstein ou die Paerenhoehle ; Wilhelm von Lautern ou der Schatz im Birkenbusch; Irrthuin und Reue ou der Familientraum ;
Werner von Schwarzbach ;
Siegfried ou die schnelle Wendung.
Voici la traduction en français des titres de ces pièces de théâtre, dont Senefelder fut l’auteur
Les connaisseurs en demoiselles;
Le frère d'Amérique ;
Les Goths en Orient ;
Le bonheur des bourgeois;
La famille du menuisier, suite du bonheur des bourgeois; Mathilde d'Altenstein ou la caverne des ours;
Guillaume de Lautern ou Le trésor dans un buisson de bouleau; Ærreur et repentir, ou Le rêve de la famille.
Werxer de Schwarzbach;
Siegjried ou la rapide volte-face.
PORTRAÏÎT. D’ALONS SENEFELDER, Inventeur de la Lithographie,
à Prague le 6 novembre 1771, décédé à Munich le 26 février 1834.
Photographié d’après la reproduction publiée par Georg Scamoni.
C'est une épreuve de ce méme portrait en lithographie qui a servi de modèle au médaillon en peinture sur verre exécuté en 1869 pour la grande verrière du fond de l'atelier principal de l’Imprimerie Oberthür, à Rennes, où on peut encore la voir aujourd'hui,
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 2]
nomades, Aloys Senefelder se dégoüta de la scène et s'adonna à la poésie; mais ne pouvant trouver d'imprimeur pour ses vers, 1l chercha, pour les publier, un mode d'impression nouveau, plus en
rapport avec ses chétives ressources.
Son premier système, qui ne donna pas de bons résultats, consista à frapper dans une pâte molle, avec des caractères d’imprimerie, de façon à former le relief en creux des mots. Il coulait dans ces sortes de matrices de la cire à cacheter. Aloys Senefelder ne se doutait guère qu'il inventait ainsi le principe de la stéréotype
typographique.
Il songea à la gravure sur cuivre à l’aide de l’eau forte et s'exerça à écrire à rebours, sur une planche couverte de vernis; mais il lui était difficile de donner aux caractères la régularité nécessaire à une page d'impression; d’alleurs 1l a toujours paru assez malhabiie dans l’art calligraphique. Malheureusement, après chaque essai, il fallait, pour pouvoir en commencer un autre, effacer le premier travail, ce qui avait l'inconvénient d'user assez promptement les cuivres. Senefelder se servit d’une pierre pour effacer ces essais; mais la première pierre employée était mauvaise et c'est sur les bords de l’Isar, où il avait remarqué des pierres calcaires supposées plus idoines, qu'il alla chercher de quoi effacer son cuivre. L'Isar est une rivière qui naît dans les Alpes du Tyrol, au Nord-Est d’Inspruck, entre en Bavière, passe à Munich, Landshut, Landau et se jette dans le Danube, près de Deggendorf.
En possession de ces pierres, Aloys conçut l'idée d'écrire à rebours sur ces pierres elles-mêmes, afin de ménager son cuivre et d'acquérir ainsi de l'expérience. Il se mit alors à polir les pierres, ce qui fut relativement aisé; puis il grava sur les pierres, au moyen de l’eau forte, comme sur les cuivres, et se rendit compte que les
pierres pouvaient résister à une pression.
Aloys fit bien des tentatives plus ou moins infructueuses, sans se décourager jamais; enfin, au moment où il venait de dégrossir sa planche de pierre pour y passer ensuite le mastic et continuer
ses essais d'écriture au rebours, sa mère le pria d'écrire rapidement
29 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
ce qu'on appelle, dans les ménages, « le mémoire de blanchis- SOUS Ce)
En vain on cherche un morceau de papier blanc. La provision avait été épuisée par les épreuves; de plus, l'encre ordinaire se trouvait desséchée. Senefelder prit alors le parti d'écrire le mémoire de blanchisseuse sur la pierre fraîchement dégrossie, en se servant pour cela d’une encre qu'il avait composée avec une mélange de cire, de savon et de noir de fumée, 1l avait bien l'intention de recopier le mémoire, lorsqu'on se serait pourvu du papier nécessaire. Entre temps, Senefelder voulut voir ce que deviendraient les lettres écrites avec l'encre composée de cire, savon et noir de fumée, au cas où il enduirait la planche d'eau forte, afin d'essayer ensuite s'il serait possible de les noircir de nouveau, comme on noircit les caractères d'imprimerie, en vue d'obtenir une épreuve. À ce moment, Senefelder était préoccupé de donner un relief à toutes les parties de la pierre recouvertes par son encre, comparativement aux autres parties soumises à l’action du mordant.
Au bout de quelques minutes, Senefelder remarqua que, par l'effet de l’eau forte, les lettres avaient acquis un relief assez appréciable. Il s'agissait alors d'encrer la pierre, ce qui fut fait avec un vernis d'huile de lin très épais et de noir de fumée; la pierre fut lavée à l’eau de savon, encrée de nouveau avec un tampon qui se trouva approprié, et l'épreuve réussit assez bien; on était alors en 1706 et le principe de la Lithographie était à peu près découvert ! Aussi, quand on demandait plus tard à Senefelder comment il
(*) À propos du mémoire de blanchisseuse, 1 me revient à l’esprit une anecdote que m'a quelquefois racontée mon père. En l’année 1828, à Strasbourg, Senefelder étant associé à mon prand-père, tous deux faisaient ensemble des essais d'impression chimique dans un atelier qui était en même temps, comme cela était fréquent en ce temps-là, le local où se passait une partie de la vie domestique. Senefelder avait encré une pierre; il voulait la laver; il cherchait en vain un linge, un morceau d'’étoffe; il n’en avait pas sous la main. Mais, tout à côté, se trouvait déposée la corbeille contenant la lingerie fraîchement lavée et repassée, que la blanchisseuse venait de rapporter à la maison. Aloys n'hésite pas; il prend la première pièce à sa portée : c'était un bonnet; et il essuie sa pierre. Ce fut une stupeur chez tout le monde et surtout chez la mère de famille dont le linge personnel n’était point destiné à pareille chimie!
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 23
avait réalisé sa merveilleuse découverte, 1l répondait simplement : en écrivant le mémoire de ma blanchisseuse.
Mais la détresse de Senefelder était extrême. Il ne possédait presque plus rien, ni argent, ni mobilier. Cependant il fit part de son invention à M. Gleissner, Musicien de la Cour, qui, espérant trouver un procédé économique pour imprimer la musique, consentit à aider Senefelder de sa bourse et fonda avec lui une association pour l'impression chimique (ckemaischer Druck).
La première impression fut celle de douze chansons, œuvre de Gleissner, tirées à 120 exemplaires. La recette fut de 100 florins; l'Electeur de Bavière y ajouta un don de 100 autres florins. Ce fut alors le bonheur; mais de courte durée. Senefelder ne suffisant pas aux commandes se fit aider par deux ouvriers qui produisirent un mauvais travail et gâtèrent le papier. L’outillage était d'ailleurs très défectueux. Il fallait inventer quelque chose de meilleur.
Senefelder eut alors à se défendre contre un Professeur à l’Académie militaire, nommé Schmit, qui prétendit avoir, le premier, inventé la gravure sur pierre. Senefelder sortit victorieux de cette contestation.
On a dit aussi que Senefelder devait l’idée initiale de sa découverte à un Botaniste qui reproduisait ainsi des figures de plantes; mais cela n’est pas avéré. Néanmoins Aloys trouva le concours dévoué de M. Steiner, Directeur du dépôt de livres destinés aux écoles bavaroises. Senefelder avait des commandes; malheureusement 1l était resté trop peu habile dans l’art d'écrire et de dessiner pour pouvoir convenablement profiter des bonnes dispositions de ses clients et protecteurs. Senefelder jugea donc à propos de s'adjoindre de jeunes artistes dont les prétentions ne tardèrent pas à devenir excessives, et au point que la séparation intervint, le pauvre inventeur avait rencontré des ingrats qui allèrent exploiter à leur profit l’art nouveau de la Lithographie; sans doute ce furent ces coopérateurs indélicats qui contribuèrent à faire connaître et à répandre le nouvel art au dehors Non découragé, Senefelder inventa l’autographie, c'est-à-dire l’art d'écrire non pas au rebours,
mais à l'endroit, sur un papier au moyen d'une encre grasse, et
24 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
de décalquer sur une pierre l'écriture ou le dessin tracé sur le papier.
C'était alors en 1799; un éditeur de musique d'Offenbach, nommé André, offrit à Senefelder de monter un atelier de lithographie à Offenbach, ce qui se réalisa en effet, quelques mois plus tard, et ce fut d'Offenbach que se fit la première diffusion de l’art nouveau de la Lithographie, dans les autres contrées de l’Europe.
Les résultats de l’entreprise d’'Offenbach paraissaient si satisfaisants que M. André conçut l’idée d’une vaste entreprise dont le but était de créer simultanément de grands établissements d’impression chimique à Paris, à Londres, à Berlin et à Vienne. La direction de l'atelier de Vienne était proposée à Senefelder et c'était aux frères de M. André que serait confiée l'Administration des Etablissements de Londres, de Paris et de Berlin. Senefelder accepta de faire partie de la Société que M. André voulait fonder; d'ailleurs l'inventeur entrevoyait la plus brillante réussite; en 1800, il fut obligé de se rendre à Londres où l’appelait l’un des frères André. Il n’y resta pas longtemps et vint à Paris où un autre frère André avait ouvert un atelier dans la rue Saint-Sébastien, n° 24. Le 1r février 1802, Senefelder et André obtinrent un brevet français pour une « nouvelle méthode de graver et d'imprimer ».
Cependant l'affaire ne réussit point; bientôt 1l ne fut plus question à Paris de l'impression chimique et André retourna à Offenbach retrouver son frère, promoteur de l’entreprise à qui elle avait coûté, en pure perte, beaucoup de peine et beaucoup d’argent.
À Paris, MM. Duplat, graveur sur bois, et le Comte de Lasteyrie achetèrent le matériel laissé par André, notamment les pierres; mais c'était beaucoup plus tard que le nouvel art devait fleurir dans la capitale de la France. M. Duplat fit une nouvelle application des principes hthographiques; 1l parvint à creuser la pierre, comme une planche que l’on prépare à l’eau forte, et fit ensuite de cette pierre une matrice sur laquelle 1l coula et frappa une masse de métal fondu qui retint l'empreinte en creux; mais il était trop
difficile d'obtenir ainsi de bonnes épreuves.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 25
Au commencement du XIX° siècle, l'éditeur de musique Pleyel appela à Paris M. Niedermayer, de Strasbourg, ami de Georg Senefelder, et qui avait déjà, sans succès d’ailleurs, ouvert à Ratisbonne un atelier lithographique. L'affaire ne réussit pas mieux à Paris qu'à Ratisbonne et M. Niedermayer se dirigea sur Vienne, avec l'espoir d'obtenir un privilège du Gouvernement autrichien pour l'exploitation du nouvel art; mais ce fut Senefelder qui obtint pour lui-même, à Vienne, ce privilège, comme c'était Justice; 1l s'associa alors avec M. Hartz pour l'exploitation en grand de l'impression de ia musique. Cette entreprise échoua, comme toutes les précédentes. C'était vers 1803.
Senefelder céda à MM. Steiner et Krasnitzki, de Vienne, le privilège pour 10 ans que l'Empereur d'Autriche lui avait octroyé. Ces MM. Steiner et Krasnitzki, soutenus par le Conseiller de régence Startl de Luchsenstein, ont continué longtemps à Vienne leur entreprise de lithographie.
On rapporte que Sencfelder essaya alors d'appliquer son impression chimique dans une fabrique de torles peintes de Pottendorf ; 1l ne réussit encore à rien.
Aloys revint enfin à Munich; il y trouva dans le baron d’Aretin très versé dans les lettres et les arts, un associé à qui s’adjoignit M. Gleissner dont Senefelder avait déja reçu tant de services.
Le nouvel établissement reproduisit des dessins d'Albert Dürer publia un album sous le titre de : Œuvres lithographiques de Strixner et Pilot y, et édita de la musique. L'association dura trois ans. D'ailleurs les résultats financiers étaient très peu satisfaisants Le matériel fut alors vendu, partie à M. Manlich, partie à M. Zeller. Le baron d’Arétin continua à s'intéresser à l’impression chimique dans la ville de Munich. M. Mitterer, directeur et professeur de l'Ecole gratuite de dessin de Munich, fut, dit-on, l’inventeur du procédé au crayon sur pierre; MM. d’Arétin et Manhch firent copier les dessins des grands maîtres qui se trouvent dans les collections très riches du Roi de Bavière, tandis que, dans un autre atelier de Munich, on se servait de l’invention de Senefelder
pour graver les cartes du cadastre de la Bavière On croit que ce
20 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
fut M. Manlich, Directeur de la Galerie de tableaux de Munich, qui réussit à trouver le procédé d’impression à teintes plates pour rehausser les dessins.
À Stuttgart, on fit, en 1801, quelques essais de lithographie; mais ce fut plus tard que le nouvel art se développa en Wurtemberg. On attribue au graveur Charles Strohofer les essais les plus heureux, dans le royaume de Wurtemberg, et notamment les meilleurs procédés de graver sur la pierre en creux avec la pointe. On cite le baron Cotta (que certains auteurs appellent le libraire Cotta), comme s'étant plus pratiquement intéressé, vers 1807, aux progrès de l’'Imprimerie lithographique à Stuttgart. On doit même au baron (ou hbraire?) Cotta le premier traité qui fut publié sur la Laithographie, en 1810.
Au commencement du XIX° siècle, le nouvel art avait donc été essayé en Angleterre où 1l fut appelé : Polyautographie; à Paris, a Vienne et dans diverses localités de l'Allemagne; mais le pauvre Aloys, en brisant son association avec le baron d’Arétin, était, pour la dixième fois, réduit à chercher des moyens d’existence. Le Gouvernement bavarois lui vint en aide et le nomma Inspecteur de la Lithographie, avec un emploi au bureau du Cadastre et 1500 florins de traitement annuel pour cette sinécure.
Cependant Senefelder ne voyait pas sans regret son invention réaliser, grâce à plusieurs habiles praticiens, des progrès auxquels il restait lui-même étranger. C’est ainsi que le Professeur de dessin Mitterer conçut l’idée de la presse à moulinet (Galgen-Presse) et réussit remarquablement l'exécution des dessins au crayon.
Finalement, des autorisations ayant été accordées à plusieurs personnes par le Gouvernement bavaroiïs, d'ouvrir des ateliers hthographiques à Munich, on compta bientôt 7 établissements en activité dans cette capitale.
M. Dallarmé, de Munich, introduisit le nouvel art en Italie, notamment à Milan, à Rome et à Venise; mais 1l semble que la Lithographie fut lente à prendre racine sur le sol italien.
En 1805, 1806 et dans les années suivantes, les armées fran-
çaises, qui comptaient dans leurs rangs des savants et des artistes,
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 27
stationnaient en Bavière, dont le Roi était l’allié de l'Empereur Napoléon. De plus, il y avait d'incessants passages de courriers et de troupes, traversant la Bavière, pour aller d'Autriche à Paris. C’est ainsi que celui qui fut plus tard le général Lejeune, grand peintre de batailles et aide-de-camp du maréchal Berthier, ainsi que le colonel Lomet, se trouvant en Bavière, furent vivement impressionnés par le nouvel art lthographique. Lejeune lithographia à Munich, en 1806, un cosaque à cheval, dont Je donne ici une reproduction d’après Scamoni, et, en 1808, le colonel Lomet, très épris de l’invention de Senefelder, rapporta à Paris, avec des notions précises sur l’art lithographique, des pierres, des crayons, des encres, enfin des épreuves des travaux exécutés par lui-même et par des artistes allemands.
Dans l'ouvrage publié à Saint-Pétersbourg, en 1806, par Georg Scamoni, sous le titre de: A/ois Senefelder und sein Werk; zur hundertjaehrigen Feier der Erfindung der Lithographie, et dont je fais mention ci-dessus, se trouvent rapportées (Chap. IT; p. 41; note), les circonstances de l’exécution sur pierre du dessin : Le Cosaque à cheval. Je les reproduis comme suit : ... « Zwei Jahre vordem, als Senefelder noch mit der Einrichtung der neuen Kunstanstalt beschaeftigt war, erschien bei dessen Bruedern, ganz unverhofft, der franzoesische General Lejeune (em Adjutant des Marschalls Berthier) um deren Offin zu besichtigen. Derselbe schrieb ueber diesen Besuch in seinen Memoiren wie folgt : « Es
war nach der Schlacht von Austerlitz (1806) (*), als ich mit der
(*) La bataille d'Austerlitz fut iivrée le 2 décembre 180$; la paix fut signée à Presbourg, le 26 décembre 1805. Napoléon quitta l'Autriche à la fin de décembre 180$, chargeant le maréchal Berthier de veiller à la rentrée de l’armée victorieuse sur le territoire de la France. Napoléon arriva à Munich au commencement de janvier 1806; il y fut reçu avec des transports de joie et s'y arrêta quelques jours pour le mariage d'Eugène de Beauharnais avec la princesse Augusta de Bavière; puis l'Empereur continua sa route par Stuttgart, où il demeura un jour, par Carlsruhe et Strasbourg. Napoléon arrivait à Paris, le 26 janvier au soir. Entre temps (janvier 1806) il avait laissé Berthier à Munich avec mission de présider aux échanges de territoires entre les princes allemands et de surveiller tous les détails du retour de l’armée française. Le majorgénéral Berthier se trouvait encore à Munich, en février 1806, et ce fut en avril 1806, que « le plus appliqué, le plus exact, le plus éclairé peut-être des
28 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
Nachricht unseres grossen Sieges Muenchen passirte und dem Koenig Maxinilian Joseph meine Aufwartung machte. Dieser zeigte mir seine Gemaeldegalerie und sagte, da er mein Verstaendniss fuer Kunstwerke bemerkte : Ich will sie nicht abreisen lassen, ohne Ihnen Gelegenheit zu bieten, eine neue wahrhaft bewunderungswuerdige Erfindung Îuer Zeichner Kkennen zu lernen », wonach er seinen Adjutanten, Herrn von Pogei, beauftragte mich zu den Gebrüdern Senefelder zu führen. Diese zeigten mir ihre Werkstätten und machten mich mit den Vorgängen der neuen erfindung bekannt, welche mir so aussergewühnlich erschien, dass ich nicht umhin konnte meine Ungläubigkeit zu bezeugen.
Als sie sodann von Herrn von Poggi erfuhren, dass ich selbst zu zeichnen verstände, ersuchten sie mich dringlhchst emige Kreidestife zu nehmen und auf einen der vorhandenen Steine eme Scizze zu entwerfen.
Obgleich schon Alles für meine sofortige Abreise nach Paris
vorbereitet war, kam ich jener Bitte dennoch gern entgegen, liess
lieutenants de Napoléon » (THIERS, Consu'at gd Empire, vol. VI, p. 493) fut créé Prince souverain de Neuchâtel. Le Maréchal Berthier avait attaché à son état-major le futur Général-Baron Louis-François Lejeune; mais cet officier qui cultivait les arts avec succès et peignit plusieurs tableaux où se trouvent retracées les actions glorieuses de ses frères d'armes, n’était point encore Général, en 1806. Voici comment à la page 60 du tome XXVI des Vzctoires, Conguëêtes, Désastres, Revers des Français, de 1792 à 1815, par une Société de Militaires et de Gens de Lettres (Paris, Panckouke, 1822) est sommairement rapportée la carrière du Général Lejeune. « Entré au service le 17 juin 1792, a fait les campagnes de Hollande sous Pichegru, du Rhin sous Kléber; fit partie de l'expédition d'Egypte en 1798. Chargé au siège de Colbry d’enlever d'assaut le fort de Volfenberg, Lejeune somma le commandant prussien de se rendre en 20 minutes; ce temps écoulé, il traverse rapidement la mitraille qui partait de la redoute, y arrive le premier, arrête alors les Prussiens en leur faisant des commandements en allemand, et faisant occuper ce fort par ses troupes, il en dirigea ensuite les batteries contre l'ennemi. Colonel aide-de-camp du Prince de Neuchâtel, notamment pendant la campagne d'Allemagne en 1809, il combattit avec distinction les 21 et 22 mai à la bataille d'Essling. Devenu Général de brigade du corps du Génie pendant la guerre d'Espagne, Lejeune se fit remarquer dans différentes missions et reconnaissances aussi difficiles que périlleuses; c’est dans une de ces dernières qu’attaqué einq fois avant de succomber, il fut fait prisonnier par les guérillas, conduit en Angleterre d’où il parvint à s'échapper. Il a peint lui-même le tableau qui représente cette affaire ; le tableau en question fut exposé au salon de 1817. De retour en France, le Général Lejeune quitta de nouveau sa Patrie, pour faire la campagne de 1812 en Russie, celle de 1813 en Saxe; il fut blessé à Hanau, le 30 octobre 1813, au cours de la bataille livrée par Napoléon à l'armée austro-bavaroise ».
Reproduction, d'après l’onvrage de Georg Scamoni, de la lithographie exécutée
par Lejeune, en 1806, à Munich : Ze Cosague à cheval.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 20
meine Pferde ausspannen und machte mich an die Ausführung einer Zeichnung, nach deren Fertigstellung ich mich zum Mittagstisch begab.
Kaum eine Stunde später kam ein Arbeiter in meine Wohnung geeilt, der mir, zu meinem grüssten Erstaunen, hundert Abdrücke
meiner Steinzeichnung überbrachte. Diese meinen Kosaken zu
Pferd — legte ich, in Paris eingetroffen, dem Kaiser Napoleon vor, ihm dabei in lebhaftester Weise die grossen Vortheile schildernd, welche die Einführung dieser bewunderungswürdigen Kunst in Frankreich nach sich ziehen würde.
Napoleon, dessen Interesse hierdurch erweckt war, empfahl mir nun dringend die neue Erfindung gründlich zu studieren, und alle meine Anstrengung darauf zu richten, sie dem sieggekrôünten Frankreich zugänglich zu machen.
Ich sprach sodann von dem Project mit Carl Bernet und mit
David, die meinen Enthusiasmus vollkommen theilten. »
Je crois pouvoir donner dans les termes suivants, la traduction française de ce texte allemand : « Deux années auparavant, lorsque Senefelder était encore occupé à l’organisation du nouvel établissement artistique, le Général français Lejeune, aide-de-camp du Maréchal Berthier, parut tout à fait à l’improviste, chez les frères de Senefelder, afin de visiter leur atelier.
Le Général Lejeune écrit dans ses Mémoires, au sujet de cette visite, ce qui suit : « C'était après la bataille d'Austerlitz (1806), lorsque je passais à Munich avec la nouvelle de notre grande victoire et que je rendais visite au Roi Maximilien-Joseph.
Celui-ci me montrait sa galerie de tableaux, et comme 1l remarquait mon goût pour les travaux artistiques, il me dit : « Je ne veux pas vous laisser partir sans vous offrir l’occasion d'apprendre à connaître une nouvelle invention véritablement merveilleuse pour les aessinateurs »; d’après quoi 1l chargea son aide-de-camp, M. de Poggi, de me conduire chez les frères Senefelder. Ceux-ci me montrèrent leurs ateliers et me firent connaître les débuts de
30 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
la nouvelle invention; elle me parut si extraordinaire que je ne pouvais pas m'empêcher de témoigner mon incrédulité.
Lorsqu'ils apprirent alors de M. de Poggi que moi-même je mentendais dans l’art du dessin, ils me pressèrent de prendre quelques crayons et de tracer une esquisse sur une des pierres placées devant moi.
Quoique tout fût préparé en vue de mon départ immédiat pour Paris, je me rendis volontiers à leur prière, je fis dételer mes chevaux et Je procédai à l'exécution d’un dessin; une fois que j'eus terminé, J'allai diner. Une heure après, un ouvrier vint chez moi en toute hâte, m'apportant, à mon très grand étonnement, une centaine d'épreuves du dessin que j'avais fait sur pierre. C'était mon Kosaque à cheval. Arrivé à Paris, je présentai cet ouvrage à l'Empereur Napoléon, et je fis valoir devant ses yeux, de la façon la plus chaleureuse, les grands avantages que l'introduction en France d’un art si admirable pouvait entraîner.
Napoléon, dont l'intérêt était éveillé à ce sujet, me recommanda de la façon la plus pressante d'étudier à fond la nouvelle découverte, d’y appliquer tous mes efforts et de la rendre accessible à la France que couronnait la victoire. Je parlai alors de ce projet à Carl Vernet et à David qui partagèrent complètement mon
enthousiasme. »
D'autre part, M. Denon, Directeur des Musées impériaux, et M. Jomard, devenu plus tard membre de l’Institut, portaient toute leur attention sur les essais, jugés par eux très intéressants, de la Lithographie.
Le colonel Lomet parla avec enthousiasme, de l'invention de Senefelder, au Conservateur des Arts-et-Métiers et à d’autres personnes qualifiées dans le monde parisien; mais il fut accueilli avec scepticisme et d'ailleurs 1l fut bientôt appelé à aller servir en Espagne, ce qui arrêta toute propagande de sa part en faveur de la Lithographie.
Cependant le Comte de Lasteyrie s'était occupé, aux environs de Paris, de la recherche des pierres aptes à la Lithographie. De
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 31
son côté, M. Gillet-Laumont, Professeur à l'Ecole des Mines, publia en 1808, dans le tome XXX des Aznales des Arts et Manufactures, une notice sur l’art nouvellement découvert, dans laquelle ce savant distingué traite de 3 manières dont on peut pratiquer l’art lithographique : 1° en traçant sur une pierre préparée, avec une encre spéciale et une plume d'acier, les caractères d'écriture, notes de musique ou dessins qu'on veut reproduire; 2° en écrivant sur un papier dont on transporte l'écriture sur une pierre (autographie) ; 3° en gravant sur pierre. La plus grande difficulté de lapplication de l’art nouveau paraissait alors résider dans l’impression.
Dans une notice écrite en 1850, à la prière de mon père, par feu mon grand-père François-Jacques Oberthür, je lis qu'en 1809, mon grand-père fut appelé comme dessinateur auprès de M"° la Préfète Lezay-Marnesia qui arrivait de Munich où elle s'était fait instruire au sujet de la nouvelle invention d’imprimer sur pierre. Elle venait d'établir une presse lithographique dans l'Hôtel de la Préfecture, à Strasbourg, afin de faire des essais dans ce genre de travail (*).
Mon grand-père rapporte ceci : « Les dessins qu'on me fit exécuter étaient sur des pierres semblables aux bornes kilométriques que M. le Préfet Lezay-Marnésia voulut faire poser sur les
(*) Le Préfet Adrien Lezay-Marnesia (ou Lésay de Marnesia), dont fait mention mon grand-père, étant né en 1770, avait été Préfet à Coblence, avant d'être nommé Préfet du Bas-Rhin, en 1810. C’était un administrateur de talent, il avait mérité d’être appelé Préfet-Laboureur, à cause de son zèle pour dévellopper la culture du tabac et de la garance, et pour faire progresser l'agriculture en général.
Il trouva une fin tragique, en accompagnant le Duc de Berry, dans le voyage que ce prince entreprit en Alsace, après la première rentrée des Bourbons en France, dans l’année 1814. Les chevaux de sa voiture s’emportèrent et la firent verser. La lame de son épée se brisa et lui perça l’aine. Son corps repose dans un sépulcre de famille à Krautergersheim (Fréd. Piton, S/rasbourg illustré).
Le père de ce Préfet, Marquis Claude de Lezay-Marnesia, né à Metz en 1735, mort en 1800, fut député aux Etats Généraux de 1789, passa aux Etats- Unis, et, l’année suivante, revint en France, fut emprisonné sous la Terreur et dut son salut au o Thermidor. On a de lui des ouvrages où il célèbre le bonheur des champs et des lettres sur l'Amérique. Le Préfet Adrien de Lezay-Marnesia a publié plusieurs ouvrages, notamment : Zes Ruines, où Voyage en France (1704) ; Faiblesse d'un Gouvernement qui commence (1796); Pensées choisies du Cardinal de Retz (1707) ; une traduction de 2on Carios, de Schiller (1799).
32 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
grandes routes à l’entour de la ville de Strasbourg et qui se trouvent encore aujourd'hui, sur les lieux, comme indicateurs de route et rayons kilométriques. Les dessins furent tracés à la plume ordinaire d'oie au moyen d'un tire-lignes et d'un grattoir pour donner de la netteté aux lignes et avec une encre grasse très imparfaite qui laissait beaucoup à désirer pour la facilité du travail. La pierre, sur laquelle ces dessins furent appliqués, était extrèmement mince et poreuse, et c'était la preuve qu’elle provenait des premuères couches alors exploitées dans la carrière.
Il y avait à Strasbourg un imprimeur en taille-douce, nommé Weis (*), qui fut chargé du tirage des susdits dessins. Il s'était déjà occupé de la lithographie, quelque temps avant; mais il ne connaissait d’autre encre d’impression que celle de la tailledouce, ce qui fit que les dessins disparaissaient peu à peu de la pierre. Il en était de même des dessins au crayon qu’on essaya de faire également et qui ne réussirent que très médiocrement.
Les résultats obtenus alors n'étant que peu satisfaisants, M”* de
Lezay-Marnésia abandonna bientôt ses essais en lithographie. »
Cependant mon grand-père ne se décotrageait pas; il continuait pour son compte, ou pour des éditeurs de Strasbourg, à faire des travaux sur pierre; le portrait de Schiller portant la date de 1812 reproduit photographiquement plus haut avec un curieux mélange de latin, français et allemand dans la légende de l’image, est la preuve des progrès réalisés en trois années par
mon grand-père dans l’emploi du crayon lithographique.
(*) D'après les renseignements donnés par Frédéric Piton dans l'ouvrage intitulé: Sérasbourg illustré et auquel j'ai plusieurs fois recouru pour accomplir le présent travail, ce Weis, graveur et imprimeur en taille-douce, avait succédé à son père J. Weis, graveur de la Ville de Strasbourg. Le père Weis avait fait connaître son talent par les belles planches représentant les fêtes que dans l’année 1744, Strasbourg offrit au Roi Louis XV et à la Reine.
Weis fils mourut Garde-Magasin des Tabacs. Cette fonction lucrative lui avait été concédée lors de l'introduction du monopole du Tabac en Alsace; Weis se trouva ainsi dédommagé de la perte que causa à son industrie la suppression des nombreux modèles d'étiquettes de tabac qu'il fournissait aux diverses fabriques établies dans Strasbourg, avant que l'Etat se füt attribué le monopole des Tabacs.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
Mon grand-père continue d'ailleurs son récit dans les termes
suivants :
« Ce fut en 1814, pendant la Restauration, lorsqu'après les guerres, les affaires commençaient à reprendre, qu'une maison à Lahr, en Brisgau, forma un établissement lithographique. J'y fus engagé en qualité de dessinateur; 1l existait alors à Carlsruhe une lithographie sous la raison : Wagner & Ci, qui aida à former celle de Lahr. On parvint à obtenir pour le Commerce des ouvrages assez satisfaisants, de sorte que je pouvais à peine suffire pour les commandes; mais je dus bientôt quitter mon emploi quand, après le retour de l'ile d'Elbe, en 1815, Napoléon reprit les rênes du Gouvernement et que de nouveau la guerre éclata entre la France et l'Europe coalisée.
De retour à Strasbourg. ne cessant pas de m'occuper de lithographie, elle se présenta bientôt dans de meilleures conditions. Après les Cent-Jours, lorsque la paix se consolida sous Louis XVIII, je trouvai un associé dans la personne de Boehm, comnussaire de police, qui s'avisa de fonder pour son fils un établissement lithographique.
Il fit à cet effet un voyage à Munich. Nos connaissances réunies dans cette partie nous firent réaliser de rapides progrès, de sorte que cet établissement, sans doute premier dans ce genre, en France, éveilla l'attention du public qui nous fit d’amples commandes. Nous nous lancions également dans la gravure, partie où Je réussis plus que dans d’autres, ayant eu l'habitude de graver sur cuivre.
Déjà, au nouvel an de l’année suivante, sortirent de notre établissement plus de 10,000 cartes de visite qui furent accueillies avec un vif intérêt pour la nouvelle invention. Bientôt les personnes les plus distinguées de la ville de Strasbourg secondèrent nos efforts de leur influence et de leurs connaissances.
Le Préfet de ce temps-là, nommé Boudhillier, accorda à notre établissement le titre de Lithographie du Bas-Rhin. Un appel pour une librairie de Fribourg-en-Brisgau où je fus placé à la tête d'un institut de gravure en taille-douce, me fit quitter Strasbourg et abandonner la lithographie à M. Boehm pour son propre compte.
34 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
L'année suivante se forma à Mulhouse la Maison Engelmann et C'° à laquelle s’associèrent des artistes et des savants qui ne tardèrent pas à porter sa réputation à un haut degré, ce qui donna l'élan général à tant d’autres établissements qui survinrent en France. |
La lithographie de M. Bochm resta seule pendant le ministère de Villèle; le Gouvernement craignant alors pour la propagation de ce genre de presses dont il ne connaissait pas bien la portée. Ce ne fut que sous le ministère de Martignac qu'on délivra quelques nouveaux brevets du nombre desquels jJ'obtins aussi le mien, En Te27
L'année suivante, 1828, je reçus la visite d'Aloyse Senefelder qui revenait de Paris où il avait abandonné son établissement lithographique pour se fixer à Strasbourg. Il me fit des offres d’une association qui se contracta entre nous. Par suite de cette association, Senefelder projeta de s’en retourner à Munich afin d'y régler ses affaires avec sa femme. Il se proposait de revenir ensuite à Strasbourg et de mettre en vigueur ses engagements pris avec
moi; mais 1l ne donna plus jamais de ses nouvelles. »
J'ai reproduit ci-dessus les parties essentielles de la notice écrite par mon grand-père; mais avant de reprendre par ordre chronologique la suite de l’histoire de la Lithographie, jusqu’à la mort d’Aloys Senefelder, je transcris encore comme suit, des notes manuscrites laissées par mon père qui, comme Je l’ai déjà dit plus haut, naquit à Strasbourg, le 1% décembre 1818; mon père avait connu Senefelder en 1828.
Voici comment mon père expose les débuts très pénibles et pleins de tâtonnements de l’art nouveau, dont il se souvenait parfaitement (*) : « Il n'existait pas alors, dit-il, de fabricants d’encre et
(*) En 1828, mon père se trouvait dans sa 10€ année. On pourrait prétendre qu'il était encore bien jeune pour avoir pu acquérir une connaissance aussi exacte du caractère de Senefelder et conserver un souvenir aussi précis d’événements dont l’observation nécessite quelque maturité. Evidemment, son opinion a dû être fortement corroborée dans la suite, par les récits et les appréciations de mon grand-père qui s’occupa beaucoup de l’éducation et de l’instruction de
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 35
d'outils spéciaux comme aujourd'hui; aussi mon père cuisait-1l Tuimême ses vernis, ses crayons, son encre grasse. Les premières presses laissaient aussi beaucoup à désirer.
En 1828, Aloys Senefelder revenant de Paris, où il avait vendu à son associé Knecht la part qui lui appartenait dans l’entreprise commune, s'arrêta à Strasbourg et proposa à mon père de s'associer avec lui pour faire ensemble de l'imagerie populaire dont mon père devait créer les planches.
Senefelder loua même un appartement à côté du nôtre, dans une grande maison appelée le vieux Patentenhof, rue des Dentelles, et là, 1l s'occupa pendant un mois environ à faire des essais comparatifs de tous les acides, gommes, huiles et ingrédients divers qu'il me chargeait d’aller lui chercher chez le droguiste où Je me souviens de l’avoir conduit moi-même.
Il essayait de faire des pierres lithographiques factices, enduisant des plaques de cuivre et de tôle d’une pâte blanchâtre et minérale qu'il faisait durcir au feu; il voulait aussi arriver à reproduire des tableaux, au moyen de couleurs compactes disposées sur des planches en bois ou en métal, lesquelles couleurs auraient été dur-
son fils aîné et qui le tenait fréquemment en sa compagnie; mais je crois pouvoir dire que mon père était, quoique bien jeune, en état de faire des observations très judicieuses, car il avait eu un développement intellectuel très précoce. La preuve, c'est qu’en 1834, étant alors Âgé de 16 ans, il se trouvait déjà pourvu d’une instruction générale et artistique assez développée et assez solide, pour que M. Ratisbonne, banquier israélite de Strasbourg, fondateur d’une école industrielle destinée à détourner la jeunesse juivé du bas négoce, ait appelé mon père à professer dans cette école le dessin linéaire. Mon père y exerça ces fonctions pendant 3 ans, jusqu’à son départ pour Paris, qui eut lieu en 1837. M. Friedrich, statuaire de grand talent, qui avait enseigné à mon père le dessin géométrique et la perspective, avait la haute direction de cette école dont les Professeurs pour la jeunesse Israélite, avaient été choisis en dehors de la race juive. Je me souviens qu’en 1863, à Kehl, un des anciens élèves de mon père, l’ayant reconnu, je fus témoin de la satisfaction tout à fait touchante que cet ancien élève nommé Müller, manifesta en revoyant celui qui lui avait donné des leçons, dans l’écoie de M. Ratisbonne, un quart de siècle auparavant.
Ce fut en 1838 que mon père vint à Rennes, simple artiste lithographe chez M. Landais, graveur sur métaux et propriétaire d’un petit établissement lithographique de récente formation; mon père ne fut pas seulement d’abord l’ouvrier, puis l’associé et enfin le successeur de M. Landais, mais il fut toujours son ami. Tlamais aucune contestation ne les divisa et la mort seule vint dissoudre leur amitié fidèle. Sachant combien les Strasbourgeois trouvent dans tous les détails de l'histoire de l'Alsace, de leur ville et de leurs citoyens, une satisfaction pour leur patriotisme national dans lequel ils aiment à se recueillir, pour
30 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
cies au point de se prêter à une pression sans en être écrasées, tout en restant grasses et pouvant détendre sur le papier et produire des milliers d'images, sans qu'on ait eu besoin d’encrer la forme de nouveau; ce dernier procédé n’a pas réussi; mais les pierres factices avaient donné un commencement de réussite; mon père en avait conservé plusieurs qu'il avait couvertes de dessins au crayon; mais 1l trouvait le grain trop grossier.
Rappelé en Bavière pour affaires de famille, Senefelder promit a mon père de revenir avant peu; mais il ne donna plus de ses nouvelles.
Senefelder était un homme très intelligent, parlant sans prendre haleine et passant sans cesse d'une idée à une autre. Il était très exalté par les splendides résultats qu'il entrevoyait pour ses inven- Uons futures plutôt que pour l'invention déjà réalisée; malheu-
reusement, 1] manquait d'ordre et le sort ne l’a pas favorisé. »
Mon grand-père et mon père ont donc tous les deux connu
l'homme extraordinaire, toujours inquiet de nouvelles découvertes,
y chercher quelques consolations, je rappellerai, d’après les notes qu'a laissées mon père, les noms des professeurs qui, vers 1830, enseignaient à Strasbourg et qui jouissaient dans la Ville d’une excellente renommée.
J'ai déjà nommé André Friedrich qui demeurait à Strasbourg, à côté de l’ancienne Commanderie. On lui doit de nombreux et beaux travaux, notamment le monument de Turenne à Salzbach; ia statue à Offenbourg de Krantz Dracke, l’introducteur de la pomme de terre en Europe; le monument de Werner de Habsbourg, dans l’intérieur de la cathcürale de Strasbourg. Vers 1844, Friedrich éleva à ses frais, à Steinbach, ville du pays de Bade, située au pied du Fremersberg, la statue d’Erwin, l’illustre architecte, père d’artistes non moins savants et bien doués que lui-même, enfant de Steinbach. Erwin mourut en 1318; c'est lui qui avait, dit-on, conçu l’idée hardie et grandiose de la tour de la cathédrale de Strasbourg.
A l’occasion de l’inauguration de la statue d'Erwin, Friedrich reçut le titre de bourgeois honoraire de Steinbach et fut gratifié d’une coupe en vermeil; de plus, le Grand-Duc Léopold de Bade le décora de l’ordre du Lion-de- Zaehringen.
En outre, mon père avait suivi les cours de français et d'allemand à l’école de M. Schmitt, parent de notre famille. Les frères Guérin, dont le père avait enseigné le dessin à mon grand-père, furent ses professeurs de dessin académique, et MM. Busch et Midolle lui avaient appris la calligraphie. Naturellement, ce fut chez son père que mon père fit son apprentissage d'écrivain et dessinateur lithographe.
J'ai été bercé avec les récits de l'Alsace et, jusqu'à mon dernier soupir, je conserverai dans ina mémoire et dans mon cœur, avec la plus profonde sympathie, tous les enseignements que j'ai reçus de mes parents, au temps de ma jeunesse.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 37
d'ailleurs constamment dans la gêne, mais extraordinairement actif, laborieux et ne pouvant goûter aucun repos.
En un article paru dans le n° 14, vendredi 13 janvier 1000, du Journal d'Alsace-Lorraine (ancien Journal d'Alsace et Courrier du Bas-Rhin), fondé en 1787, c'est-à-dire actuellement dans la 125° année de son existence, M"*° Emma Mac-Kenty consacra à la mémoire de mon père une notice intitulée : « Nos compatriotes en France ». L'auteur y fait connaître qu'un de nos ancêtres Oberthür eut le bonheur d’être l’ami de Gutenberg, Inventeur de l’Imprimerie, qui n'eut pas de collaborateur plus dévoué. Depuis 1406, dit M°° Mac-Kenty, les fiis Oberthür restèrent toujours de simples typographes.
Je n'ai point encore recherché la source où M° Mac-Kenty a puisé les renseignements qu’elle rapporte; cependant la date 1406 est évidemment erronée, puisque Hans Gutenberg naquit à Mayence, d'une fanulle patricienne, vers 1400, fut forcé par des troubles civils de quitter sa ville natale en 1420; 1l se réfugia à: Strasbourg où on le trouve établi en 1434, s'occupant d'imprimerie avec quelques compagnons. Mais un fait historique incontestable ment acquis, c’est que dans la noble ville de Strasbourg, Gutenberg, au XV° siècle, et Senefelder, au XIX!, ont, tous les deux, non pas seulement passé, mais résidé. Strasbourg a exercé la même attraction sur deux hommes de génie qui se sont complétés, l’un l’autre, à quatre siècles de distance.
D'autre part, ma descendance n’a-t-elle pas le très impérieux et honorable devoir de toujours continuer à exercer l’art de l’Imprimerie typographique et lithographique que les Ancêtres ont pratiqué en compagnie des illustres Inventeurs! Je ne dois Jamais le laisser
oublier à ceux qui porteront mon nom.
Cependant, pour reprendre la suite de l’histoire générale des origines de la Lithographie, je reviens à l’année 1809 ouNaPrétète du Bas-Rhin, M" Lezay-Marnésia, avait demandé à mon grandpère le concours dont J'ai fait, plus haut, mention, d’après les notes
mêmes qu'il nous a laissées.
38 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
En 1800, l’Archiduc Charles, généralissime des armées autrichiennes, avait envahi la Bavière, alors alliée de l'Empereur Napoléon. Celui-ci ne tarda guère à repousser l’armée autrichienne; il entra dans Vienne au mois de mai, livra les mémorables batailles d’Essling et de Wagram et, l’année suivante, épousa l’Archiduchesse Marie-Louise, fille de l'Empereur d'Autriche François IL. Napoléon n'était pas seulement le plus grand capitaine, il était encore un administrateur incomparable. Pendant son règne relativement court, quels magnifiques travaux publics, quelles belles routes n'a-t-1l pas fait construire, notamment pour passer de France en Italie! Après un siècle de durée, elles font encore l’admiration des voyageurs (*).
Donc, en 1800, l'Empereur ne pensait pas seulement à la guerre; il avait envoyé en Allemagne, pour y étudier les arts et les manufactures, un savant très distingué : Marcel de Serres. Celui-ci porta la plus grande attention sur la Lithographie, imforma la Société d'Encouragement, à Paris, que l’art nouveau pouvait rivaliser avec la gravure et rédigea finalement un mémoire important où se trouvent exposés tous les procédés jusqu'alors connus et pratiqués en Bavière et en Wurtemberg. Les Mitterer, d’Arétin, Cotta, Manlich et plusieurs autres avaient, par leurs persévérants efforts, réalisé des progrès considérables. Le mémoire sur lImprimerie chimique, écrit par Marcel de Serres, ne fut imprimé qu’en 1814 dans les Annales des Arts el Manufactures, n® 51 et 52. Je dois ajouter que Marcel de Serres était naturaliste et qu'il s'intéressait
vivement à l'Entomologie.
(*) Voici l’énumération de quelques-uns des plus importants travaux publics réalisés par Napoléon, d’après le Dictionnaire général de Biographie et d'His- {cire, par Dezobry et Bachelet, publié à Paris en 1883 : le Musée Napoléon, rempli des chefs d'œuvres de l’art; les bassins d'Anvers, de Klessingue, de Cherbourg; les routes d'Anvers à Amsterdam, de Mayence à Metz, de Bordeaux à Bayonne, celles de Bretagne; les passages du Simplon, du Mont-Cenis, du Mont-Genèvre, de la Corniche; les ponts d’Iéna, d’Austerlitz, des Arts, à Paris, de Sèvres, de Tours, de Lyon, de la Durance, de Bordeaux, de Rouen; les canaux du Rhin au Rhône, de l’Escaut à la Somme, de la Rance à la Vilaine, de l'Ourcq; les desséchements des marais du Cotentin, de Rochefort; la distribution des eaux dans la ville de Paris; les travaux du Louvre, etc., etc.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 30
Cependant, de 1809 à 1814, l'Europe ne cessa guère d’entendre le fracas des armes. En 1812, à l’époque où mon grand-père lithographiait le portrait de Schiller, eut lieu la campagne de Russie; en 1813, la guerre se transporta en Allemagne; en 1814, ce fut en France même qu'après tant d’héroïques combats, les Alliés oblivèrent Napoléon à l’abdication; mais, du mois d'avril 1814 au retour de l’île d'Elbe, le 1° mars 1815, les affaires n’eurent pas le temps de renaître. Enfin, le 18 juin 1815, l’Aigle impériale succomba dans ie désastre de Waterloo et Napoléon fut conduit prisonnier à Sainte-Hélène où 11 devait mourir le 5 mai 1821.
Après cette commotion terrible, le Gouvernement de la Restauration fit la paix avec l'Europe; les Arts purent refleurir et la France, non découragée malgré de si grands malheurs, et toujours laborieuse, se livra activement aux travaux du Commerce et de l'Industrie.
Pendant l'époque tourmentée des guerres de l'Empire, le Comte de Lasteyrie avait formé plusieurs tentatives d'introduction définitive à Paris de l'art lithographique. Il avait été à Munich s'instruire dans la pratique de la nouvelle impression chimique; 1l avait acheté du matériel, engagé des ouvriers et 1l allait essayer de créer à Paris un atelier rival de ceux qu'il avait appris à connaître en Bavière; mais au moment de rentrer dans la capitale de la France, il apprend la déplorable issue de la campagne de 1812; dès lors, il doit renoncer au matériel qu'il a commandé à Munich et aux ouvriers qu'il a engagés et qui doivent arriver un peu plus tard. Tenace dans sa résolution, il retourne en Bavière; mais les
événements politiques qui se succédaient si rapidement, arrêtent tous les pourparlers et empêchent la réalisation des conventions.
Cebhfut seulement en 1815 que le Comte. der Pasteyrie put installer dans les bureaux du Ministère de la Police, dont le titulaire était le duc Decazes, un établissement lithographique pour les besoins de l'Administration. C’est là que se formèrent les premiers ouvriers et artistes français, aussi bien dans l’art
d'imprimer que d'écrire et dessiner sur pierre; ce sont ceux-là
40 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
mêmes qui ont successivement instruit les élèves, devenus plus
tard à Paris des lithographes excellents.
En même temps, Godefroy Engelmann, de Mulhouse, qui avait lui-même passé quelques mois à Munich pour apprendre la pratique du nouvel art, fonda à Mulhouse un établissement qui ne tarda pas à devenir Justement réputé. Godefroy Engelmann, l’un des meilleurs introducteurs de la Lithographie en France, était né en 1788 ; 1l mourut en 1830.
C'est donc après les Cent-Jours, aux premiers temps de la Restauration, que le Comte de Lasteyrie, à Paris, Engelmann, à Mulhouse, François- Jacques Oberthür, à Strasbourg, et son associé Bochm, fondèrent des ateliers produisant des travaux lithographiques véritablement satisfaisants.
Des notices descriptives de la Lithographie ne tardèrent pas a être publiées en France; notamment en 1817, l'Institut royal de France, Académie des Beaux-Arts, fit paraître un Rapport sur la Lithographie ét particulièrement un recueil de dessins lithographiés par M. Engelmann. Ce Rapport de 25 pages est signé : Heurtier, Regnault, Guérin, Desnoyers et Castellan, rapporteur. L’approbation dudit Rapport par l’Académie des Beaux-Arts
porte la signature du Secrétaire perpétuel, Quatremère de Quincy.
En 1818, fut publiée une brochure de 40 pages in-8° ayant pour titre : Procédé actuel de la Lithographie, mise à la portée de l'Artiste et de l’'Amateur, ouvrage contenant les différents procédés pour obtenir un résultat satisfaisant, et à l’aide duquel on peut soi-même, sans le secours de qui que ce soit, mettre au Jour toutes sortes de productions utiles, ingénieuses et agréables, par D*** (Imprimerie Richomme, rue Saint-Jacques, n° 67); à Paris, chez Delaunay, Galerie de Bois, Palais Royal, et Le Normant, rue de Seine.
Dans cette brochure, la lithographie est définie : l’art de tracer sur une pierre, préparée à cet effet, des dessins, soit avec un crayon
chimique, soit avec une plume, une pointe où un pinceau.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 41
Chaque fois qu'on veut avoir une contre-épreuve, 1l faut charger la pierre de noir d'impression.
Les contre-épreuves se tirent en exerçant une pression sur une feuille de papier que l’on place sur la pierre.
Voici les titres des chapitres suivants : Qualité de la pierre et préparation; Crayon chimique, sa composition; Manière de couler le crayon; Composition du noir d'impression ; Autre composition du noir résineux, ou encre résineuse; Rouleau et sa construction; Impression, Presse; Description du chariot; Tirage; Procédé pour les retouches; Tirage accéléré; Impression imitant les dessins à la sanguine; [Impression par transposition; Transposition du dessin; Dessin par tracé à la gomme; Dessin par tracé à l'huile; Préparation pour la pierre destinée à être gravée à la pointe, à la plume d'acier ou au pinceau; Préparation ou Sapomification des Savons de cire et de suif.
Il faut citer encore la Noñice sur la Lithographie ou l'art d'imprimer sur pierre, par M. X..., parue en 1818, à Dijon, chez Mairet, papetier, rue Rameau; in-12 de 57 pages, sur papier fort, avec 5 jolies gravures de différents genres, exécution d’après les
procédés lithographiques, dans l'atelier de M. Mauiret.
En 1810, M. Raucourt, mort colonel à Paris, en 1841, écrivit un Traité très complet sur l'art de la Lithographie. De son côté, Aloys Senefelder avait fait paraître à Munich un 7yatté de Lithographie qui fut traduit en français et parut un peu après l'ouvrage de M. Raucourt.
Cette même année 1810, parut en outre l’Æssaz historique sur la Lithographie renfermant : 1° l’histoire de cette découverte; 2° une notice: bibliographique des ouvrages qui ont paru sur la Lithographie; 3° une notice chronologique des différents genres de gravures qui ont plus ou moins de rapport avec la Lithographie, par G. P...; à Paris, chez Renouard, rue Saint-André-des- Ares sc) en 66:
La documentation devenait donc précise et suffisamment abon-
dante sur l’art nouveau.
Aloys vint à Paris vers 1810 et fut mis en rapport avec la librairie Treuttel et Wurtz, pour la publication de son ouvrage personnel avec planches; il eut son neveu Knecht pour collaborateur. Il aurait pu se faire à Paris, à ce moment, une position avantageuse et honorée; mais il était inconstant dans ses résolutions et 1l partit pour Vienne, laissant à Knecht le soin d’administrer en son lieu et place.
Cependant la Lithographie réalisait d’incessants perfectionnements ; elle se répandait partout en Europe; elle fut introduite au Nouveau-Monde et même en Chine, par un Missionnaire français, le Père Imbert. Senefelder revint enfin à Paris où son neveu Knecht travaillait toujours; mais, après lui avoir définitivement cédé son établissement parisien, Senefelder abandonna la capitale de la France, pour venir, cette fois, à Strasbourg, où, en l’année 1828, 1l contracta avec mon grand-père une association que J'ai relatée ci-dessus et que son inconstance ordinaire lui fit déserter sans aucun motif.
Le Gouvernement bavaroiïis payait toujours à Senefelder sa pension de 1.500 florins et lui avait maintenu le titre d’Inspecteur de la Lithographie. Son neveu Knecht lui versait aussi une rente annuelle, pour prix de la cession de son atelier de lithographie de Paris. Le pain quotidien se trouvait ainsi assuré pour l’Inventeur de l’art lithographique. Dès lors, toujours absorbé par la recherche de nouvelles découvertes plutôt qu'occupé du soin de perfectionner les résultats déjà acquis, Senefelder ne se soucia plus des engagements qu'il avait pris avec mon grand-père; étant retourné à Munich, sous prétexte d’affaires de famille qu'il fallait régler, 1l y resta cette fois définitivement et ne donna plus signe de vie, à tel point que mon grand-père crut que son associé était prématurément décédé, bien avant qu'il ne le fût réellement. Senefelder vécut cependant jusqu'en 1834, après avoir entrepris, dit-on, des essais d’aérostation et s'être efforcé de devenir artiste peintre. Mais, ayant perdu la vue, l’Inventeur doué d’une si extraordinaire activité et d’un si remarquable génie, ne put survivre à une épreuve aussi cruelle. D'après les documents que j'ai consultés,
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 43
ce fut le 26 février 1834 qu'Aloys Senefelder rendit le dernier
soupir. Il était âgé de 63 ans.
Je n'ai pas besoin d'insister sur les immenses services que l’art nouveau de l'impression chimique appelé définitivement Z2/40graphie, a rendu aux Sciences, à l’Industrie, au Commerce et aux Arts.
Comme preuve du concours excellent que la Lithographie a apporté à l'étude de l'Histoire Naturelle, je puis citer l'ouvrage intitulé : Delectus animaliuin articulatorum que in ifinere per Brasiliam anris MDCCCXVII-MDCCCXX jussu et auspicuis Maximiliani Josephi 1 (*) Bavariae regis Augustissimr peracto collegerunt Dr. ]. B. de Spix et Dr. C. F. Ph. de Martius. Digessit, descripsit, pingenda curavit Dr. Maxinulianus Perty, etc, etc Monachu, 1830-1834.
Les 40 planches coloriées, représentant des Insectes de tous les ordres, sont gravées sur pierre, ainsi que lindiquent ces mots : in lapide sculpsit Siegrist (page 224).
Je pourrais citer bien d’autres planches d'EÉntomologie exécutées en Lithographie depuis 1830; mais Je pense qu'il m'est permis de signaler, tout à l'éloge des Artistes qui furent mes excellents collaborateurs, les planches que MM. d'Apreval et Dallongeville ont gravées sur pierre ou lithographiées pour les ouvrages que Jai publiés sous le titre d’Ætudes d'Entomologie et pour les Etudes de Lépidoptérologie comparée que je publie encore actuellement. Depuis 1000 et présentement, c’est M. J. Culot qui, succédant à M. Dailongeville, a bien voulu se charger de dessiner sur pierre lithographique, les planches servant à l'illustration des Etudes de Lépidoptérologie comgarée. Son talent de dessinateur lithographe, si universellement apprécié, s'exerce maintenant, et tout particulièrement au profit de la figuration des Parnassius,
à l’histoire desquels le présent travail est consacré.
(*) Le même roi qui mit le futur général Lejeune en relations avec les frères de Senefelder et dont il est fait mention plus haut.
Les anciens, tels Roesel de Rosenhof, dans la première moitié du XVITI* siècle, et Sepp, dans la seconde moitié de ce même XVII siecletqumitleurir le grand Linné \ontiproduiten gravure sur Cuivre d'admirables travaux dont 1l est juste de reconnaître la perfection; elle n’a point été surpassée. Mais les ouvrages lithographiques actuels représentent la nature avec une exactitude et une vérité digne des plus grands éloges. De plus, quelle économie de temps et d'argent les procédés lithographiques ne permettent-1ls pas de réaliser ?
Le nom de Senefelder restera donc toujours honoré.
On ne voudra pas s'arrêter à considérer certaines faiblesses dans son caractère; on admirera son génie inventif qui en a fait un des bienfaiteurs de l'Humanité.
Le Docteur Roger Verity a publié depuis l’année 190$ jusqu’en 1911, sous le titre de RAopalocera palaearctica (Papilionidae et Pieridae), un ouvrage vraiment estimable et dont tous les Entomologistes désirent vivement la continuation. Les illustrations réalisées au moyen de la collotypie en 3 couleurs, déjà employée pour la reproduction des chefs-d’œuvre de peinture que renferment les magmfiques galeries de Florence, ont donné des résultats généralement excellents et méritent les plus grands éloges. L'œuvre du Docteur Roger Verity, à cause de l’abondance des figures et de la sincérité indiscutable due aux procédés photographiques, présente une documentation dont l'intérêt et l'utilité ne se trouveront Jamais diminués. L'histoire du genre Parnassius a été traitée par ie D’ Verity, avec une sorte de prédilection. Toutes les Espèces paléarctiques connues se trouvent représentées; et, pour certaines Espèces, une grande quantité de variétés diverses sont signalées, analysées et figurées.
Parmi les Parnassius, YEspèce-type : À pollo, a fourni le contingent de variations le plus considérable. C’est qu’en effet À po/lo
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 45
est l’'Espèce la plus répandue en Europe et en Asie et la plus fertile en races géographiques; c'est vraiment le type populaire du noble Genre Parnassius.
Le Parnassius À pollo se rencontre dans une immense étendue de pays : en Asie Centrale, en Finlande, en Scandinavie, en Russie, dans la Péninsule Balkanique, dans diverses parties de l'Allemagne, de la Hongrie, de l'Autriche, de la Suisse, de la France, de l'Italie, de la Sicile et de l'Espagne; mais Jamais il n’a été Jusqu'ici trouvé de Parnassius en Algérie, pas plus d’'ailleurs que d'Ærebia; pourtant il y a des Parnassius et des ÆErebia dans les montagnes de l’Andalousie. Peut-être les parties alpines de l'Atlas marocain, lorsqu'eiles seront abordables, nous réserventelles quelque surprise, en fait de Parnassius et d’Erebia ? Mais, en attendant que l'exploration des hautes montagnes du Maroc soit devenue possible, nous ne pouvons rien préjuger de la faune et de la flore de cette région demeurée jusqu’à nos Jours à peu près complètement inconnue.
Toutefois je reconnais que le sujet auquel je consacre cette étude, — tout en étant d'actualité, vu la faveur exceptionnelle dont jouit le Genre Parnassius, près des Entomologues contemporains, — n'est pas tout à fait neuf, puisqu’en dehors du docteur Verity, MM. Stichel, Fruhstorfer, Rebel et Rogenhofer, Pagensecher, Rothschild, Bryk et d'autres, parmi lesquels je puis moimême compter, se sont occupés de distinguer les races du Parnassi1s À pollo et de les désigner par des noms.
C'est ainsi que depuis moins de vingt années on a donné une cinquantaine de dénominations aux différentes Morphes géographiques du Parnassius À pollo; 11 me parait cependant que tout n’a pas encore été dit, et d’ailleurs je pense bien qu'après moi, il restera toujours beaucoup à faire pour que la question soit définitivement mise au point. Nos connaissances relativement à la distribution actuelle du Parnassius Apollo et à ses races géographiques ne sont pas devenues assez complètes, malgré tant d’efforts réalisés, puisque des faunes préjugées très intéressantes
restent en ce moment insuffisamment explorées. Aussi, après tant
40 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
d'essais analytiques déjà accomplis, nous sentons, pour plus tard, la nécessité d’une sage revision qui devra tracer avec précision les grandes lignes d’une exacte synthèse, en faisant état de toutes les observations déjà réalisées. Il s'agira d'établir une synonymie exacte et de réduire, dans de justes limites, l'abondance sans doute exagérée des dénominations actuellement publiées. Mais, pour cela, 1l faut encore obtenir de nouveaux et nombreux documents sur les Paruassius Apollo, notamment de l’Europe orientale et de l'Asie.
Nous pouvons cependant déjà considérer les données suivantes comme définitivement acquises : le Parnassius À pollo varie pour la taille qui est petite en Sicile, ou très grande au fort-Naryne, dans le Turkestan. De plus, les taches noires des ailes supérieures sont plus ou moins larges, et ces mêmes taches sont : ou bien entièrement noires, ou quelquefois pupillées de rouge; l’espace hyalin du bord marginal des ailes supérieures est plus ou moins large et intérieurement accompagné d’une série longitudinale d'atomes noirs plus ou moins nombreux et serrés qui forment la bände submarginale. Les taches rouges des ailes inférieures entourées de noir, sont carminées ou Jaunâtres; la couleur rouge est cerclée, ou non, d’orangé; les taches rouges sont pupillées de blanc ou entièrement unicolores; de plus, le développement de ces taches rouges est très variable et elles se trouvent quelquefois recouvertes par les écailles noires. Le fond des quatre ailes est blanc de lait ou couleur de crème. Enfin, dans certaines contrées, on observe une race assez stabie, tandis que dans d’autres pays, l'aspect de chaque individu, pour ainsi dire, est différent.
Telles sont, sommairement indiquées, les conditions de variation chez le Parnassius À pollo. Il faut aussi envisager les aberrations par suppression des taches normales, ou bien inversement par leur confluence ou leur exagération.
Dans le présent ouvrage, Je passe en revue seulement certaines formes géographiques, surtout occidentales, du Parnassius À pollo t=) , , ,
que Je suis arrivé à connaître, en commençant par la région la
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 47
plus méridionale de l'habitat de cette Espèce, c'est-à-dire par
l'Espagne australe.
On sait que Rambur et de Grasiin récoltèrent, en 1835, les premiers exemplaires espagnols du Parnassius A pollo, en explorant les montagnes de la Sierra Nevada.
Dans le Catalogue systématique des Lépidoptères de l'Andalousie, le D' P. Rambur définit ainsi, en peu de mots, le Parnassius À pollo de la Sierra Nevada : « Il diffère en ce que les taches rouges sont d’un blanc jaunâtre. »
À la page 7 de la 14° livraison des Æ/udes d'Entomologie, ouvrage publié en avril 1801, J'ai appelé : MNevadensis, la forme andalouse du Parnassius À pollo, telle qu’elle est caractérisée par Rambur; mais Je n’en avais pas encore publié la figure.
Je fais représenter dans le présent ouvrage (PI CXCVIIT, fig. 1870), un des O' pris par de Graslin, en Andalousie, 1l y a plus de trois-quarts de siècle; l'étiquette fixée à l’'épingle de ce papillon fut ainsi libellée par de Graslin : Sierr. Nev. 24 août.
The Hon. Walter Rothschild a décrit avec le nom de Æscalere, à la page 9 du Vol. XVI de Novitates Zoologicæ (1009), une morphe castillane d’A pollo, d'après un grand nombre d’exemplaires capturés à San“Iidefonso, Segovia, en juin et juillet 1006, par Manuel de la Escalera.
Je fais figurer sous le n° 1880 de la PI. CXCVIII, un C' co-type de À pollo-Fscalere, en faisant observer qu'en France, dans les Pyrénées-Orientales, on trouve parfois des exemplaires ressemblant à ceux de San-Ildefonso. Chez Æscalere, dans l'Espagne centrale, le fond des ailes du ©‘ varie du blanc légèrement jaunâtre au blanc un peu crèmeux; mais 1l ne paraît Jamais aussi constamment et fortement jaunâtre que chez Zoseræ; les taches rouges sont petites aux ailes inférieures et généralement pupillées de blanc; la bande submarginale d’atomes noirs, qui, aux ailes supérieures, descend du bord costal vers le bord inférieur, paral-
lèlement au bord terminal, est plus ou moins accentuée; mais généralement elle l’est plutôt faiblement.
Les taches noires des ailes supérieures sont relativement très petites.
Les © sont naturellement beaucoup plus obscures que les ©, avec les taches rouges des ailes mférieures plus grosses. On distingue quelquefois des taches rouges plus ou moins fortement accentuées, au nulieu des taches noires des ailes supérieures. Le faciès d’Æscaleræe ressemble plutôt à celui d'Æesebolus, de Sibérie, qu'il ne rappelle les autres formes occidentales d’A pollo.
En outre du Œ' co-type d’Æscaleræ précité, je fais figurer sous le n° 1881 de la PL:CXCVIII un S de Bronchales dont.je suis redevable à la parfaite obligeance du D' T. A. Chapman.
Sous tes mets Moser 1604 de la PCR CESsontrepre sentées 3 Q Æscaleræ provenant de Sierra-Alta, en Castille, où les a prises M. Fabresse, et de Albarracin. La dernière ©, la plus belle de toutes (n° 1884), a été capturée par le D' T. A. Chapman. Les © Æscaleræe ont tantôt les ailes plus rondes (fig. n° 1882) et tantôt plus allongées (fig. n° 1883); de plus, elles varient sensiblement pour le développement des taches rouges qui décorent leurs ailes. La Q d'Albarracin est, sous ce
rapport, un magnifique spécimen (fig. n° 1884).
C'est dans les Pyrénées-Orientales, aux environs de Vernetles-Bains, que la morphe du Parnassius Apollo parait être plus variable. J'ai sous les yéux un nombre d'exemplaires considérable et cette documentation porte avec elle un enseignement dont 1l est juste de tenir compte; c'est que dans certaines localités, on peut observer des Apollo présentant, les uns par rapport aux autres, des différences considérables, bien que récoltés en même temps. Ainsi, dans une collection qui serait réunie en une seule saison, à Vernet-les-Bains, 1l serait possible de trouver des exemplaires offrant les caractères qui affectent plus particulièrement des races assez fixes et habitant des régions éloignées; c'est-à-dire
un mélange de morphes géographiques disparates, vivant cepen-
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 49 dant au même lieu et présentant des spécimens référables à plusieurs formes locales stables et dont la distinction séparative paraît pourtant assez bien définie.
Au contraire de cette race polymorphe des Pyrénées-Orientales, les morphes Æscaleræe, Lozeræ, Melliculus et Siciliæ, par exemple, ont un caractère plus constant, comme Je l’expose déjà sommairement ci-dessus et J'en parlerai de nouveau plus loin.
Je fais figurer un certain nombre d'exemplaires des Pyrénées- Orientales qui témoigneront de cette variabilité; mais, bien que j'aie soigneusement choisi 4 et 1 Q capturés au-dessus du village de Vernet-les-Bains, Je regrette d’être encore loin de donner une représentation assez complète des variations du Parnassius A pollo, dans cette localité spéciale.
J'ai capturé le Parnassius Apollo dans bien des localités diverses, mais nulle part la recherche de cette Espèce ne m'a semblé aussi agréable qu'aux environs de Vernet-les-Bains. Dans les Pyrénées-Orientales, l’Apollon m'a paru surtout abondant au delà du petit village de Casteil, à une faible distance du Vernet.
Lorsqu'on se dirige de Casterl vers l’ancien monastère de Saint- Martin-du-Canigou dont l'Evêque actuel de Perpignan, Mgr de Carsalade du Pont, a accompli la restauration, on aperçoit l’Apollon aussi bien butinant sur les fleurs des petites prairies, en bas et à droite du sentier, que voltigeant sur les flancs arides de la montagne.
Les moines d'autrefois y avaient admirablement tracé et construit la voie d'accès à l’antique couvent si pittoresquement édifié au sommet de l’éperon rocheux qui domine la vallée. C'est en montant par ce chemin que J'ai trouvé maintes occasions d'observer le Parnassius Apollo. Il commence à paraître dès le mois de Juin, au moment où son congénère Mremosyne est encore dans toute son activité et sa fraîcheur. Il continue à éclore jusqu’à la fin de juillet.
CSS
50 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
Certains jours, l’Apollon parait extrêmement abondant dans la vallée et sur les pentes de Saint-Martin-du-Canigou.
Combien de fois me suis-je arrêté pour contempler le vol planant et balancé du grand papillon aux ailes blanches, dans ce site délicieux! Tout y charme les yeux : l'agrément du paysage; la variété et le parfum de la flore méditerranéenne; le contraste de l’aridité des pentes pierreuses et de la verdure opulente de la vallée où se précipitent, avec fracas, les eaux si fraiches et si claires des torrents; la douce transparence des lointains bleuûtres et l'éclat rutilant du soleil, dans le beau ciel bleu du versant oriental des Pyrénées.
Au centre de la chaîne, l’Apollon ne semble pas avoir les mêmes mœurs et 1l ne se présente pas de la même façon.
À Luchon, à Cauterets, à Gavarnie, dans les Asturies, j'ai observé l'A pollon, comme à Vernet-les-Bains. Il y a des places où 1l parait très nombreux; mais les papillons empruntent à l'aspect des lieux qu'ils fréquentent un faciès particulier. La même Espèce, suivant les sites qu’elle affectionne, produit une impression différente; en effet, si les papillons constituent une partie vivante du paysage qu'ils animent si agréablement, ils participent aussi à toutes les circonstances du milieu où ils s'agitent. Ils sont indissolublement liés à tout un ensemble géologique et botanique et à la configuration générale des lieux. Tou- Jours Je me trouve extrêmement sensible à l'effet du paysage dans lequel je vois évoluer les Lépidoptères que Je recherche et que J'étudie. Etendant dans toute sa plénitude l'observation que Je suis Si heureux d'accomplir au sein de la Nature, J'associe toujours dans mon souvenir des excursions et des chasses entomologiques, les compagnons qui en ont partagé les vicissitudes et les joies. Dans le chaos d'énormes rochers que traverse la route entre Gèdre et Gavarmie, lorsque le soir arrive, les Parnassius Apollo aiment à se reposer sur les fleurs des grands chardons qu'ils font s'incliner sous leur poids. Je jouis du souvenir de cette vision, dans un cadre si grandiose, au moment où les crêtes des
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE SI
monts sont encore éclairées par les rayons dorés du soleil couchant, tandis que les ombres se sont déjà étendues sur toute la vallée. Mais pour jouir du souvenir de la fin calme et sereine d'une belle journée d'été, je ne me trouve jamais seul. Dans l'évocation qui ravive en moi la mémoire de montagnes tant aimées, Je sens qu'il y a des hommes à mes côtés et Je suis heureux
de revoir ainsi dans ma pensée quelques amis.
Sous le n° 1885 de la PI. CC, je fais figurer un O' de Panticosa, sur le versant espagnol des Pyrénées centrales. La forme y est fort belle, ainsi que dans la vallée d’Arrazas où mon petit-fils Henri et son oncle Henri: Fayol capturèrent quelques spécimens en Juillet 1911.
Écbnre30de la meme PAC Creprésente un oNde Vernet les-Bains ayant les taches des ailes inférieures d’un rouge orangé très pale; cependant l’exemplaire paraît très frais; sa frange est intacte et 1l ne semble point que la couleur rouge ait été pale par la prolongation de la vie.
Le n° 1887, PI. CC, également de Vernet-les-Bains, diffère du précédent par la grosseur des taches noires aux ailes supérieures, l'éclat et l'intensité de la couleur carminée des taches rouges des ailes inférieures. Sur ces taches rouges se détache un gros noyau blanc.
OS
Les deux n° 1886 et 1887, pris dans le même pays, représentent donc deux variations assez nettement opposées.
De même sur la PI. CCI, les 2 G' n° 1888 et 1889 sont bien différents; pourtant tous deux, ainsi que la Q n° 1800, ont bien été pris au même lieu, c'est-à-dire aux environs de Vernet-les- Bains. Le © n° 1888 a le fond des ailes d'un blanc pur et la grosse tache rouge des ailes inférieures déborde sur l’espace nervural adjacent. L'autre G n° 1880 a le fond des ailes jaunâtre et une ombre submarginale, formée par un semis d’atomes noirs, prolonge aux ailes inférieures la bande subterminale remarquablement épaisses des ailes supérieures, comme dans la forme des Basses-Alpes représentée sous les n°% 1940, 1041 et 1943.
52 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
La Q n° 1800 est obscure; je l'ai prise en Juillet 1862; c’est l’un des premiers exemplaires du Parnassius Apollo que Jai vus vivants, et Je n'ai point oublié l'impression que j'en ressentis. La conservation de cette Q est restée parfaite, bien que le papillon soit depuis plus de cinquante ans dans ma collection.
Les Pl CCTNet CCI sont consacrées à lai urationtdes Apollo des Pyrénées centrales.
La race y est bien variable aussi.
Le G n° 1891 fut pris à Cauterets; 1l montre une pupillation carminée au milieu des taches noires costales des ailes supérieures; le développement des taches rouges des inférieures est assez considérable; mais la teinte rouge est plus vernullon qu’elle n'est carminée.
Les 2 G' n°” 1802 et 1803 représentent l’aberration prise à Gavarnie, en juillet 1011, par mon petit-fils Henri Oberthür. Ces échantillons sont tout à fait analogues à celui que M. Deckert prit a Pontarlier et fit représenter dans les Awnales de la Société entomologique de France, 1808 (PI. 16, fig. a, d). Ils se distinguent par la carence de certaines taches noires et le rétrécissement des taches rouges.
Cela prouve que les mêmes aberrations peuvent se rencontrer dans des pays bien différents et sont le résultat d’une même Loi qui agit partout, de la même manière, sur les individus d’une même Espèce, sinon d’un Genre entier.
Il semble que ces G' établissent la transition entre la forme normale et l’aberration Vovare. L’A pollo était abondant en 1011, a Gavarnie, autour de l'hôtel du Vignemale où nous demeurions. Dans les Hautes-Pyrénées, c'est entre Gavarnie et Gèdre, ainsi que dans la vallée de Héas, que ce beau papillon m'a toujours paru plus nombreux.
Les 3 © figurées sur la PI. CCIIT (n° 1894, 1895, 1896) ont été prises par M. Rondou, aux environs de Gèdre; j'en suis redevable à son inépuisable générosité envers moi. Ces 3 Q sont bien différentes entre elles par la taille, le rembrunissement du fond des
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 53
ailes, la pupiliation blanche et la dimension des taches rouges aux ailes inférieures; elles fournissent une nouvelle preuve de la tendance à la variation individuelle qui caractérise les À 0/10
pyrénéens.
Des Pyrénées, si nous passons aux montagnes qui forment la ligne de partage des eaux entre le bassin de l'Océan et celui de la Méditerranée, nous sommes fondés à croire qu'il y a des À pollo dans maintes localités de ces montagnes, depuis l'Aude jusqu’au massif central français. Je ne connais cependant entre les Pyrénées et les Cévennes d’autres races que celles de Florac (Lozère), du Lioran (Cantal) et du Puy-de-Dôme. Même en France, il y a donc encore bien des régions qui, entomologiquement parlant, sont restées Jusqu'ici inexplorées.
La race cévénole que J'ai appelée Lozereæ, et qui vole sur les Causses, vastes plateaux calcaires, étendant leurs ondulations monotones au-dessus de vallées profondes, aussi riantes et arrosées que les Causses sont stériles et desséchés, est caractérisée par la couleur jaune crème du fond de ses ailes. Ma collection contient un grand nombre d'exemplaires cévénols d’un aspect plus ou moins jJaunâtre, mais tous très nettement caractérisés par cette particularité.
Sur la PI. CCIV sont représentés, sous les n° 1807, 1808 et 1800, trois © de l’Apollo Lozeræ, dont l’un (n° 1880) fut pris par moi-même, en juillet 1863; et sur la PI CCV, deux © du même pays, sous les n° 1000 et 1001.
Je fais figurer sous le n° 1002 de la PI. CCV, un GS du Puvyde-Dôme, paraissant être une transition vers la morphe Zozere; sous les n° 1903, 1004 et 1005 de la PI. CCVI, sont représentés unionet deux © derPioran (Cantal): Le ©f à le fondudes ailes d'un blanc moins Jaunâtre que dans la forme lozérienne; cependant les © de Lioran et de Florac paraissent avoir assez d’analogie entre elles. On peut dire que tous ces Apollo des Cévennes languedociennes et des Monts d'Auvergne semblent liés par cer-
taines affinités; aussi se sent-on porté à les rattacher à une même
54 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
morphe : Zoseræ , tout en observant qu'à Florac, le caractère essentiel du fond des ailes Jaune-de-crème chez les O', acquiert son maximum d'intensité.
La question que mon grand-père me posait en juillet 1863, relativement à la différence entre la « qualité » de l’A po/lo de la Lozère et de l’Apollo des environs de Fribourg, va donc trouver sa réponse dans l'examen comparatif des exemplaires provenant de Florac, d'une part, et de Posthalde et Hirschsprung, d'autre part. Ces deux localités du Brisgau sont très peu distantes
de Fribourg.
En Allemagne, un peu plus loin vers l'Est, on trouve encore À pollo d'une morphe assez semblable à celle de Posthalde, dans le Hohenzollern, notamment à Hettingen, localité située entre les
villes plus importantes de Hechingen et Sigmaringen.
Plus au Nord que le duché de Bade, dans la Prusse Rhénane, À pollo vole encore presqu'en plaine, dans la vallée de la Moselle, a Karden et à Winningen, entre Trèves et Coblence. Vers le Sud de l'Allemagne, on le voit abondant en Bavière. Des deux côtés du Danube, 1l y a des gîtes où le Parnassius Apollo présente des formes très intéressantes. Je ne dois pas omettre de mentionner la montagne dite : Schwaebische AE, dans le Wurtemberg, où se rencontre aussi l'A pollo.
D'un autre côté, si l’on passe à l'Ouest du Rhin, on trouve encore À pollo aux environs de Massevaux, petite ville d'Alsace, assez voisine de Thann, et que les Allemands appellent Masmunster; puis, au Sud de l’Alsace, en Franche-Comté, A%ollo est très répandu dans divers cantons du Doubs et du Jura et y montre les plus remarquables variations.
Ce sont donc les morphes des À pollo de ces diverses contrées, et toutes différentes de Zoseræ, que je vais soumettre à des observations comparatives, avant d'aborder l'étude des races des Alpes
françaises et italiennes.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 55
1° Région de la Forêt-Noire et du Hohenzollern : (A pollo- Marcianus, Pagenstecher).
On lira avec intérêt la traduction française de la lettre en allemand que m'a très obligeamment transmise M. W. Maus, Postsekretär a. D., à Wiesbaden, et que M. le Colonel Baron von Seckendorff, de Fribourg, a bien voulu lui adresser à mon intention, en même temps que les exemplaires du Parnassius À pollo fribourgeois, qui sont figurés dans le présent ouvrage. Voici cette lettre explicative :
« Æribourg-en-Brisgau, 10 17141 19172.
» Les deux couples de Parn. À pollo de la Forêt-Noire que j'ai envoyés à M. Maus ont été pris non loin de Hirschsprung, première station du chemin de fer de notre Hôllenthal (Vallée de l'Enfer), à 20 kilomètres de Fribourg.
»y En ce qui concerne les exemplaires que J'ai indiqués « 725 à Hirschsprung » (Saut-du-Cerf), l'endroit de la capture se trouve à la cote 580 mètres d'altitude, et à environ 30 mètres au delà de la station. En ce qui concerne ceux indiqués « de Posthalde », 1s ont été pris dans les endroits élevés d'une route de forêt qui va de Hirschsprung à Posthalde, dans une altitude supérieure à 700 mètres, à mi-chemin entre les deux localités.
» Apollo se rencontre, dans la Forêt-Noire, à partir du point où la ligne ferrée entre dans la Hôllenthal proprement dite; 1l n'était pas rare autrefois dans les hautes lignes de ia voie, principalement dans les endroits où croît le Sedum album.
» En ce qui concerne la recherche des chenilles ici, où À pollo est beaucoup plus rare, J'ai seulement rencontré peu d'exemplaires, il y a quelques années, dans des endroits bien cachés, mais connus de moi.
» La Hüllenthal est profondément découpée, presque entièrement boisée et parcourue par un torrent : la Raunna. Sur le sol, tout près du torrent, est la large route carossable; plus haut se trouve le chemin de fer avec de nombreux tunnels. Entre les
hauteurs boisées et sur les pentes, surgissent des champs de rochers
56 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
formant des interruptions qui souvent sont les endroits où s’abrite en abondance le Sedum album, plante nourricière de l'A po/lo.
» Dans les sites où les mûres sauvages ainsi que les chardons croissent en abondance, l’A po/lo vole volontiers; c’est là que j'ai pris mes exemplaires; 1ls fréquentaient principalement les places où les rochers nus font saillie et où l’eau ruisselle; mais de préférence dans les endroits ombragés et dans les chaussées des routes. »
L'ancienne principauté souveraine de Hohenzollern est, au Nord, un pays montagneux et boisé; la partie Sud du pays de Hohenzollern est parcourue par le Danube. Il y a en Hohenzollern des mines de fer et de grandes forêts. Voici ce que M. Vinzenz Mayer, de Laupheim, écrit au sujet de cette contrée, en mai 1912 : « Je vous envoie, en même temps que cette lettre, deux formes de P. À pollo provenant de Hettingen, en Hohenzollern; cette localité est située à 650 mètres au-dessus du niveau de la mer; la vallée est étroite et parcourue par une rivière appelée la Lauchert; elle est très riche en sources et tant soit peu humide. À droite et à gauche, la vallée est fermée par des rochers au milieu desquels croissent des hêtres et des pins. L'époque d'apparition, c'est-à-dire l'époque du vol de P. Mnemosyne-Athene, ainsi que la nomme M. Stichel, de Berlin, a lieu du 28 mai au 15 juin, les exemplaires provenant de la vallée ont été pris dans les prairies (auf den Wiesen). Quant au ?. À pollo, il vole du 209 juin au 15 Juillet; par conséquent un mois plus tard, environ. Il se trouve sur les pentes rocheuses, à une hauteur de 800 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les femelles de ces deux espèces volent vers le milieu
des deux époques citées. »
Le Parnassius À pollo de la région du Brisgau et de Hohenzollern a généralement le fond des ailes d’un blanc pur chez le © et non d'un jaune de crème comme dans la Lozère. Cette différence est frappante. Les taches rouges des ailes inférieures sont
assez arrondies, d’une dimension médiocre et d’une teinte carminée
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 57
très vive, tandis que dans les Cévennes, la couleur rouge semble contenir un peu de vermillon. Sur le fond blanc pur des ailes, les taches noires ressortent très vivement. Les Q ne semblent généralement pas être très obscurcies; leur aspect reste ordinairement plus clair et plus blanc que dans les Pyrénées et les Cévennes.
La race de l’Apollo fribourgeois, d’ailleurs plus petite que celle d’Apollo Lozseræ, a reçu le nom de Marcianus. Le docteur Arnold Pagenstecher, dans un article intitulé : Ueber die Verbreitungsbezsirke und die Lokalformen von Parnassius À pollo, Linné, paru dans : /ahrbuechern des Nassauischen Vereins fuer Naturkunde in Wiesbaden, 1900, consacre quelques intéressantes lignes au Parnassius À pollo im Schwarzwald qu'il a désigné sous le nom de Marcianus.
Je complète l’histoire de l’Apollo-Marcianus, de la Forèt- Noire, par une figuration suffisante pour que la comparaison avec la représentation de l'Apollo Lozseræ en fixe nettement les caractères différentiels.
Je fais figurer sur la PL CCVII, deux O' et une © Marcianus, de Posthalde (n*% 1906, 1907, 1908), une © de Hirschsprung Gr1000) Sur la Pl AC CVIIE un het deux © Warcanusede Hettingen, en Hohenzollern (n* 1010, 1011, 1912); enfin, sous le n° 1913 de la PI. CCIX, un © Marcianus ayant pour étiquette : Schwarzwald. Le fond des ailes de ce papillon est d'un blanc moins pur et plus Jaunâtre, en dessus; 1l montre ainsi assez exactement la variabilité dont la race Warcianus est susceptible pour ce caractère. Cependant j’observe de nouveau que le ton de la
teinte Jaunâtre n’est pas le même que dans Zosere.
2° Région de la vallée de la Moselle, de Coblence vers Trèves (A pollo-Vinningensis, Stichel).
M. W. Maus m'a très obligeamment fait parvenir un livret intitulé : Rezsefuehrer; Die Mosel von Koblenz bis Trier, par le D' Paul Sakolowski. J'y ai trouvé sur cette pittoresque contrée
un ensemble de renseignements que je crois pouvoir résumer
58 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE comme suit, en ce qui concerne les sites de Winningen et de Karden, localités fréquentées par le Parnassius A pollo
a) Winningen. — Les montagnes se rapprochent de plus en plus de la rivière et la vallée se resserre en conséquence. À partir de là, le paysage revêt un caractère particulier qui, jusqu’à Trèves, se modifiera à peine, mais qui devient au plus haut point enchanteur.
Nous passons au milieu d’une région vinicole très prospère, et le nom même des plus petits villages réjouit nos souvenirs à l’aspect de cette puissante (*) végétation. De la même manière, les légendes et les traditions enlacent leurs voiles autour des montagnes et des vieux burgs, et déjà le premier endroit qui nous salue à notre droite, nous invite à un plus long séjour.
D'après les investigations de quelques savants auteurs, Winningen (2.000 habitants), déjà connu des Romains, cité par Ausone presque jusqu'a l'enthousiasme, est mentionné par des actes authentiques depuis 888; c'est aussi le lieu de naissance du fameux empereur Caligula qui régna de 37 à 41 après J.-C.; ce fut le digne émule de Néron et le représentant typique de la fohe impériale romaine. Winningen se tient pittoresquement assise au milieu d'une superbe plantation de noyers et est abritée par les rochers abrupts et célèbres de Ulen, Rôttgen, Fahrberg, Rosenberg, etc.
Comme 1l était déja connu des Romains aux premiers temps de l’Empire, 1l servait de castel (château-fort), ainsi que le démontrent les nombreuses trouvailles de monnaies qu'on y a faites, on a également rencontré dans le sol des tuiles portant le cachet de la légion avec la figure des Empereurs Galba, Vitellius et Trajan, ainsi que des armes, des ustensiles de guerre et des inscriptions diverses.
À l’époque où Winningen appartenait au comte de Sponheim, il était, ainsi que d’autres lieux de la basse et de la moyenne
(*) C’est le mot ob/e qui est dans le texte : EDLES.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 50
Moselle (par exemple : Enkirch, Trarbach, etc.) en grande partie habité par des protestants. L'église paroissiale possède une belle tour gothique ainsi que le chœur antérieur à 1233, tandis que le Langhaus, qui probablement fut détruit par un incendie, montre un style du XVIII* siècle.
Sur l’autre rive, en passant par Konderthal, on peut aller à la Karola-Hôhe d’où l’on jouit d’une vue superbe.
Winningen est connu du monde entier non seulement par ses vins, mais aussi par sa fête séculaire, la Winzerfeste ou fête des
vignerons. À la fin des vendanges, les Jeunes filles qui ont atteint
leur 18° année et les jeunes gens qui ont atteint la 20°, — mais ceux-là seuls, s'ils sont encore célibataires, — célèbrent cette fête
pendant la foire annuelle qui dure deux jours et à laquelle Nature et Culture donnent un caractère particulier. Les jeunes filles sont vêtues de blanc et parées de fleurs et de rubans; les Jeunes gens viennent les chercher dans leurs habitations et se présentent solennellement en habit noir, chapeau à haute forme et gants blancs.
Ils forment un long cortège qui traverse le village et vont s'installer dans une salle de restaurant où a lieu un repas dans de la vaisselle d’étain; les jeunes gens payent ce repas, mais les jeunes filles doivent le préparer; un bal suit, jusqu'aux heures les plus avancées du matin, et ce bal se renouvelle le lendemain.
Pour les frais généraux de cette fête, les jeunes filles, de même
que les garçons, font des économies pendant toute l’année.
b) Karden. — A droite, le Brohlerbach se jette dans la Moselle et bientôt nous arrivons à un ancien oppidum romain, comptant 800 habitants, c'est le village de Karden, en latin Carodunum, où de nombreuses inscriptions ont été découvertes; l’église collégiale a deux tours, mélange de gothique et de roman; elle date du XIII° siècle; elle a été construite sur l'emplacement d'un couvent fondé au XI° siècle. On peut voir à l’intérieur de l'église un autel digne d'être remarqué, ainsi qu'un vieux groupe des Rois-
Mages. Cette église est consacrée à saint Castor dont les osse-
60 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
ments reposent dans l’église du même nom, à Coblence. Ce saint personnage a habité dans une grotte des environs et a dû prêcher le christianisme dans cette contrée, vers le IV® siècle. À remarquer plus loin dans le village, l'inscription du Burghaus. Eltz l’a renouvelée par une petite tour à pignon en 1893. Près de l'Eglise, se trouve la grange dimeresse du XI° siècle, de style roman, avec de belles pierres tombales des comtes de Eltz et des derniers Prémontrés cloîtrés.
Une promenade qui en vaut la peine, est celle de la vallée du Brohler, au village de Brohl, puis à Schwanenkirch, perdu dans sa solitude, comme un lieu de pèlerinage bâti en pur gothique, mais maintenant renouvelé (XV® siècle), et où se trouvent beaucoup de mausolées.
En face de Karden est, assez élevée au-dessus de la Moselle, la Zilskapelle, bâtie en l’honneur de saint Jean-Baptiste; dans
les environs on rencontre les restes d’un petit ermitage. »
Winningen étant une localité dont l’altitude est très faible, puisque le Distelberg n’a guère plus de 150 mètres, 1l est intéressant d'y constater la présence du Parnassius Apollo; mais du moment que le Sedum Album croît sur les falaises rocheuses qui s'élèvent des deux côtés de la Moselle, l’Apollo y trouve les conditions d'existence qui lui sont nécessaires.
Je fais figurer sur la PI CCIX, deux € de la forme Winnin- Sens UN MOIM Hors) le tond derleurstanlestestmblanc; 14 seconde tache rouge des ailes inférieures est en forme de cœur ou semblable à un rein, comme le dit et le figure Verity (KZopalocera palaearctica, p. 300, PI. LV, O' fig. 13); cependant J'observe que la couleur rouge des taches des ailes inférieures est d’un carmin très vif et non d’une teinte rosâtre, ainsi que Verity le signale (loc. cit., p. 300). Winningensis paraît être quelquefois plus chargé de noir que Âarcianus; mais la principale différence invoquée entre la morphe Wzzzimgensis et la morphe Marcianus consisterait surtout dans la forme en cœur (ou semblable à un rein) de la
seconde grosse tache rouge des ailes inférieures.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE O1
Cependant ce caractère intéressant ne parait pas spécial à la forme Wenningensis; car je le remarque chez certains Warcianus et chez des Apollo d’autres races. D'ailleurs j'observe dans l’aspect de l’A pollo-Winningensis une certaine variabilité. C’est pour la faire apprécier que je fais figurer sur la PI. CCX (n* 1916, 1917), un O et une © récoltés dans la vallée de la Moselle. Le n° 1016 est sensiblement plus obscur que les deux © représentés sur la planche précédente; la Q n° 1917 est même plus claire que le O' en question; quant à la seconde Q (1918), elle présente la particularité d’un semis d'atomes noirs formant la jonction entre la grosse tache noire extracellulaire des ailes supérieures et l’autre grosse tache noire qui est la plus rapprochée du bord inférieur. La tache rouge médiane des secondes ailes, chez ce of et ces deux Q provenant de la vallée de la Moselle, présente bien la forme en rein; mais le débordement de ladite tache rouge dans l'espace nervural qui est immédiatement et inférieurement contigu à celui qu’elle occupe normalement, n’est pas très accentué, et, comme Je le constate plus haut, ne présente pas, sous ce rapport, une différence appréciable avec certains Marcianus.
Je déclare donc ne pas trouver entre tous les Parnassius À pollo- Marcianus de la Forêt-Noire et du Hohenzollern, et tous les Parnassius A pollo-Winningensis de la vallée de la Moselle, une différence assez caractéristique pour parfaitement Jjustiñier les deux noms différents de race. On appelle Warcianus les À pollo du Schwarzwald, parce qu'ils proviennent d’une localité assez bien définie, et Wzrningensis, ceux de Mosekthal, également à cause de leur provenance spéciale, mais non pas parce que des caractères extérieurs ou autres, nettement particuliers, les différencient constamment.
Je crois que la race wurtembergeoise Szevicus, dont il va être question à l'instant, pourrait aussi être jointe à Marcianus et à Winningensis. D'ailleurs le massif montagneux de Schwaebische AIb est bien voisin du Hohenzollern et de la Forêt- Noire.
3° Wurtemberg (Parnassius À pollo-Suevicus, Pagenstecher).
Le Parnassius À pollo habite aussi, comme Je l’expose ci-dessus, non loin du Hohenzollern, dans Ile Schwaebische Alb, en Wurtemberg.
Ce Schwaebische AI est un plateau élevé de 750 à 800 mètres au-dessus du niveau des mers; il est situé entre le cours du Danube et du Neckar; le Sedum album croit parmi les rochers, et le Parnassius À pollo trouvant la plante qu’il affectionne à l’état larvaire, est abondant sur ce Schwaebische Ab. C’est à la localité dite Neuffen, près de Urach, sur le flanc nord du massif montagneux, que furent capturés six exemplaires O' et un exemplaire Q de l’aberration albine semblant un peu pathologique et dont M. Adolf Peter, de Stuttgart, m'a envoyé, en 1908, deux O' capturés pendant l'été précédent. Je fais figurer dans le présent ouvrage, sous le n° 1930 de la PI. CCXIV l’un de ces Apollo-Suevicus Albinos.
Dans la petite chaîne montagneuse wurtembergeoise, désignée aussi dans le pays sous le nom de Rauhe Alb, l'A po/lo descend volontiers jusqu'au pied des rochers; cependant, c'est dans les lieux élevés, couronnés par des châteaux ou des ruines, que l’on rencontre plus ordinairement le papillon. La morphe en est variable; les exemplaires, surtout ©, se différencient assez sensiblement les uns des autres, de sorte que dans la Schwaebische AI,
la forme Szevicus ne me semble pas être très fixe.
4 Sud de la Bavière (Parnassius Apollo-Bartholomeus, Stichel).
Au Midi de la Bavière, un peu plus bas que Munich, notamment à Berchtesgaden et à Füssen, c'est-à-dire tout près des montagnes tyroliennes, on trouve une morphe du Parnassius Apollo dont l'aspect est assez terne et la taille généralement à peine égale à la moyenne. Elle a reçu le nom de Bartholomæus, Stichel. Mais avant de disserter sur la faune bavaroise du Parnassius À pollo, je remplis le plus agréable devoir en exprimant ma plus vive
oratitude à MM. Hans Bôsch, de Nuremberg, Max Saelzl, de Ratisbonne, Thom. Schiller et Daniel Kiessling, de Fürth, qui ont bien voulu me documenter généreusement, relativement aux races du Parnassius Apollo bavarois. C’est à leur obligeance que je suis redevable de la connaissance des morphes diverses de l'A pollo, dans le royaume de Baviere.
Quelques lignes plus haut, j'exprimais l'opinion que les Parnassius À pollo habitant en Allemagne la vallée de la Moselle, la Forêt-Noire et le Wurtemberg, et désignés sous les noms de Winningensis, Marcianus et Suevicus pouvaient bien appartenir à une même unité de race. Dès lors un nom, au lieu de trois, aurait suffi pour tous ces À pollo d'Allemagne.
Je crois pouvoir ajouter que l’Apollo-Bartholomeus, du Sud de la Bavière, me paraît assez bien référable aux À pollo Winningensis, Marcianus et Suevicus. C'est en effet toujours la même morphe avec la taille plutôt inférieure; le fond des ailes d’une même teinte blanche, non Jaunâtre, mais sans beaucoup d'éclat; un semis d’atomes noirs modérés dans les deux sexes. Les taches noires sont de teinte vive, mais pas très grosses; l’ocellation rouge des ailes inférieures est entourée d’un cercle noir net, relativement épais; la teinte rouge est ordinairement carminée avec un noyau blanc central.
J'ai pourvu à la figuration d'exemplaires des diverses provenances et Je les désigne avec les différents noms qui leur ont été donnés; mais je le fais sans conviction.
En effet, J'ai de la peine à reconnaître une valeur réelle à ces dénominations distinctes, parce qu’elles ne s'appliquent pas, selon moi, à des unités de race suffisamment caractérisées, les unes par rapport aux autres.
Cependant, grâce à cette figuration assez abondante, on pourra apprécier l'aspect comparatif et, Jusqu'à un certain point, la variabilité des Apollo d'Allemagne.
D'autre part, en Bavière, on constate l'existence de deux races principales et tout à fait dissemblables, dans l'ensemble des
64 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
exemplaires qui les composent ; cette circonstance me semble avoir un très grand intérêt.
Toutefois, je dois dire qu'il y a des exemplaires semblant établir un passage entre l'A pollo-Bartholomæeus des montagnes au Sud du Danube et VA po/lo-Melliculus qu'on trouve sur les collines au Nord du cours du grand fleuve. L'ensemble des exemplaires capturés à Pommelsbrunn, au Nord du Danube, et à Berchtesgaden qui est au Midi, paraît cependant très dissemblable, et je pense bien que ce sont seulement des individus exceptionnels qu'on peut citer comme paraissant transitionnels. Mais comme le souci de l'établissement de la vérité intégrale est le premier des devoirs, je fais figurer sous les n° 1026 et 1027 de la PI. CCXIIT un O' et une Q de Koenigsee, qui, par leurs ailes arrondies et leur faciès un peu plus éclatant, rappellent l’A 20//0- Melliculus. Ts devraient régulièrement appartenir à la race Bartholomeus.
Cependant, avant de pousser plus loim les observations sur les races du Parnassius Apollo qui se rencontrent dans le royaume de Bavière, 1l me paraît nécessaire de rappeler en quelques lignes la configuration générale de cette contrée. Il ne s’agit pas ia de la Bavière rhénane ou Palatinat (en allemand : Pfalz ou Rheinpfalz), mais bien de la Bavière proprement dite (en allemand : Bayern), grand Etat de l’ Allemagne du Sud, borné au Nord par le royaume de Saxe, les principautés de Reuss, les Saxes ducales et la Hesse-Cassel; à l'Est et au Sud, par la Bohême, l'Autriche (Salzbourg) et le Tyrol; à l'Ouest, par la Hesse-Darmstadt, Bade et le Wurtemberg.
La Bavière est hérissée de montagnes. Au Sud, ce sont les Alpes; au Nord, le Fichtelgebirge, le Steigerwald, le Rhæœn et le Spessart. Des fleuves importants traversent la Bavière : le Mein (en allemand : Main) au Nord, et le Danube (en allemand : Donau), le plus grand fleuve de l'Europe, coulant de l'Ouest vers l'Est et coupant la Bavière en deux parties. Il y reçoit de nombreux affluents : l’Altmühl, l’Iller, le Lech, k<Regaitx, l’Inn, ka Salzach. L'Ssar
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 65
Depuis sa source en pleine Forêt-Noire, dans le grand-duché de Bade, le Danube coule avec une pente rapide et dans un lit étroit, entre des rives escarpées et rocheuses; à travers la Bavière, il est souvent bordé de bas-fonds marécageux. En entrant sur le territoire autrichien, son courant est plus modéré; 1l est parfois encaissé dans de gigantesques rochers; c’est à partir de Krems, localité autrichienne où l'A pollo donne sa morphe Cetius, que le Danube accélère sa marche et présente des tourbillons dangereux. En Bavière, le Danube arrose les villes de Donauwerth, Neubourg, Ingolstadt, Ratisbonne et Passau. Dans le Sud de la Bavière, les lacs sont très nombreux et quelques-uns sont assez étendus. À cause de l'élévation du sol, le climat est plus froid en Bavière que même au Nord de l’Allemagne; je me souviens toujours de l'impression que me fit, en juillet 1865, la ville de Munich, lors d’un voyage que J'accomplissais, cette année-là, dans l'Allemagne du Sud. La verdure sombre des sapins et la rigueur de l’air m'occasionnèrent l'impression de l’hiver, bien que ce fût en plein été.
Dans la partie de la Bavière située au Nord du Danube, se trouvent les villes de Fürth et de Nuremberg, très voisines l’une de l’autre, puisque la distance qui les sépare est seulement de 5 kilomètres. Nuremberg (en allemand : Nürnberg) appartient à la Franconie moyenne. Fürth est au confluent de deux rivières : la Rednitz et la Pegnitz.
Non loin de Nuremberg et de Fürth, vers l'Est, on rencontre des localités célèbres dans l’histoire du Parnassius À pollo. Celle qui est plus au Nord se trouve dans le Fichtelgebirge, ou Montagne des Sapins, dont le point culminant : Schneeberg, atteint l'altitude de 1.040 mètres. C’est là que la forme Awcile, Fruhst, de l’A po/lo, vole aux environs de Berneck. Le Fichtelgebirge est une chaîne montagneuse qui s'élève entre le Boehmerwald et le Jura franconien; cette chaîne sépare les affluents des mers du Nord de ceux de la mer Noire.
Plus près de Nuremberg et toujours dans la direction de l'Est, l'A pollo-Melliculus habite aux environs de Güssweinstein, Pot-
66 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
tenstein, Ober- Trubach, Hartenstein, Rupprechtstegen, Pommelsbrunn et Lichtenstein, Happurg (Houbirg), Haumritz (ou Haunritz), Gracfenberg. Un peu au Sud de Nuremberg, il y a encore les localités dites : Puschendorf, à l'Ouest de Fürth, et Weissenburg, au Sud. Au Sud-Est, près de Ratisbonne, on connaît les places de Eichstätt et de Riedenburg, fréquentées par l’A pollo.
Ratisbonne (en allemand : Regensburg) est bâtie sur la rive droite du Danube qui y reçoit la Regen. C’est une grande cité, célèbre par l’activité entomologique dont ses citoyens se sont trouvés animés depuis l’avant-dernier siècle jusqu'à nos Jours.
Enfin, tout à fait au Sud-Est de la Bavière, c'est l’A pollo- Bartholomeus qui habite dans les montagnes de Berchtesgaden, vers Ilsank, Ienner, Sallettalp et Kônigsee; vers l’Ouest, en longeant la frontière tyrolienne, on voit encore l’A pollo à Petersberg, près de Fischbach, sur l’Inn, à Falkenstein près de Füssen, sur lesBech:
A Ienner, l’A pollo vit à près de 1.500 mètres d’altitude, et à Sallettalp, 1l descend à 600 mètres. Fuessen est une petite ville distante de 00 kilomètres au Sud d’Augsbourg.
Je considère comme référable à Bartholomæus la forme de Berchtesgaden; le fond des ailes est comme chez WMarcianus, d'un blanc mat, avec un semis d’atomes noirs pas très serrés. Je représente deux Œ pris à Jenner et à Sallettalp, sous les n° 1919 et 1920 de la PI. CCXI. La grande © n° 1921 vient de Petersbers, près de Fischbach-am-Inn; elle ne diffère que par sa taille qui est, paraît-il, individuellement exceptionnelle de la race ordinaire Bartholomeus.
Je fais aussi figurer deux G' et une © d’une race très voisine de Bartholomeæus, provenant de Falkenstein, près Füssen, sous les n'PTO22, MO0232 mo24 dela Pl CORTE
Ces A pollo-Bartholomeus, à Berchtesgaden, à Fischbach et à Füssen, habitent dans une contrée montagneuse, sur une ligne qu s'étend de l'Est vers l'Ouest, le long de la frontière tyrolienne, et assez près les uns des autres. Ils se trouvent donc séparés des localités où vole la superbe race Melliculus, par le cours du
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 07
Danube. Les Partholomaeus vivent dans une contrée plus haute; les Melliculus se trouvent plutôt sur des collines élevées que sur de véritables montagnes, telles que celles du pied des Alpes. Mais c’est à la fin de ce travail que je me propose de faire l'examen plus spécial de Melliculus. J'y serai assez naturellement ramené lorsque je remonterai d'Italie vers Bozen, dans le Tyrol méridional, et vers la localité autrichienne de Krems, qui est traversée elle-même par le Danube.
Je crois maintenant devoir passer à l’étude comparative de la morphe d’Apollo qui, à l'Ouest du Rhin, habite vers la même latitude, où, du côté oriental du fleuve, se rencontre Marcianus. Je fais donc représenter un O' et une Q de l’Apollo d'Alsace, c'est-à-dire de la haute vallée de Massevaux. Le Parnassius À pollo s'y rencontre près du village de Sewen et je suis redevable de la documentation concernant l’Apo/lo alsacien à mon digne ami M. le docteur Macker, Vice-Président de la Société d'Histoire Naturelle de Colmar. C’est la forme que le D’ Arnold Pagenstecher décrit avec le nom de Meridionalis (Parnassius À pollo im Sundgau (*), p. 129-132; lahrb. Nassau. Ver. Naturk. Wiesbaden, 1909); mais pourquoi l’estimable Auteur de l'étude Ueber die Verbreitungsbezsirke und die Lokalformen von Parnassius À pollo laisse-t-1l imprimer Massereaux au lieu de Massevaux et Manker au lieu de Macker ?
Je sais bien que les fautes d'impression sont toujours trop nombreuses dans tous les ouvrages et que tout Auteur aurait mauvaise grâce à blâmer le voisin pour des erreurs analogues que lui-même a laissé commettre. C’est ainsi que, dans le volume VI des Æ7udes de Lépidoptérologie comparée, J'ai eu le tort d'imprimer (p. 326, explication de la PI CXXIIT), à propos de Nemeophila Planta-
(*) On appelle Sundgau (Sundgovia) l’ancien pays alsacien du Sud, par opposition au Nordgau, ou pays du Nord. Le Sundgau comprenait autrefois toute la Haute-Alsace, mais fut réduit plus tard aux arrondissements de Belfort et de Mulhouse, anciennement d’Altkirch. On écrivait autrefois Suntgau et Nortgau (Dr Macker, de Colmar).
68 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
ginis-hermaphrodite, le nom de localité faussement : Hidenheim, au lieu de Heidenheim (*). |
Cependant, pas plus je ne m’offense lorsque quelque confrère en Entomologie veut bien me signaler une faute qu'il importe de corriger dans l'impression de mes livres, pas plus, Je l'espère, le D" Arnold Pagenstecher ne m'en voudra d’avoir appelé son attention sur les déformations du nom d’une localité et du nom d’un Entomologiste, commises dans son étude, d’ailleurs très savante et fort bien documentée, sur les races locales du Parnassius À pollo.
Je transcris donc comme suit l’intéressante notice écrite par le Docteur Macker, de Colmar :
& Z Septembre 1912.
Dans son histoire naturelle des Lépidoptères-Rhopalocères des départements du Haut et Bas-Rhin, de la Moselle, de la Meurthe et des Vosges (Colmar, 1834), L. Cantener ne fait pas mention du ?. À pollo, en Alsace. Ce Lépidoptère a cependant été indiqué par Godart, dans la statistique du Haut-Rhin (Mulhouse, 1831, p. 110), comme existant au Ballon. Il s’agit évidemment du Ballon d'Alsace.
Henri de Peverimhoff, dans son Catalogue des Lépidopières d'Alsace (1° publication, Bulletin de la Société d'Histoire Naturelle de Colmar, 2° année, 1861), dit qu’on trouve l'A po/lon dans la partie la plus méridionale de l'Alsace, à Dürlingsdorf, à sept kilomètres et demi de Ferrette, en terrain jurassique.
Stoffel, ancien bibliothécaire de la ville de Colmar, qui connaissait très bien Ferrette et ses environs, disait souvent que l’A pollon n'était pas rare dans cette partie de l'Alsace.
Depuis nombre d'années, 1l n’était plus question de l’A pollon en Alsace, lorsque M. Henri Lebert, ancien magistrat, décédé en 1884, signala la présence de ce Lépidoptère autour du lac de Sewen (Bulletin de la Société d'Histoire Naturelle de Colmar,
(*) Heidenheim se trouve précisément situé dans le Schwaebische Alp, sur les bords de la Brenz, affluent du Danube, un peu à l’ouest de Donauvwerth,
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE (de)
année 1875, page 145). La vallée de Sewen a une forme ovalaire; elle est bornée, de chaque côté, par de hautes montagnes de formation granitique qui, comme on le voit souvent en Suisse, descendent directement jusqu'au fond de la vallée. Le pittoresque petit lac est entouré de prairies, et, à l’extrémité de la vallée, se dresse le majestueux Ballon d'Alsace ou de Giromagny, qui a 1.200 mètres d'altitude. Le village de Sewen, dans la haute vallée de Massevaux, est situé sur le confluent de la Dolier et du Rollenbach qui descend du Ballon.
M. Lebert faisait de fréquents séjours à Oberbrueck, près de Massevaux. Le 31 mai 1875, par une belle matinée, il se promenait près du lac. de Sewen, quand son attention fut attirée par les allures d’un grand papillon blanc qui se posait sur les fleurs. En l'examinant de plus près, 1l reconnut avec l'émotion d’un ancien amateur de Lépidoptères, un superbe À pollon. Renouvelant ses promenades dans les mêmes parages, il vit que le nombre des À pollo augmentait jusque vers la fin de juin. Les années suivantes, ce papillon a été retrouvé dans les mêmes conditions. Répondant à l'invitation de mon ami Lebert, le 30 juin 1882, J'ai visité avec lui, dans la matinée, les alentours du lac Sewen. À peine arrivés, nous avons aperçu, posé sur une fleur, un Apollon © qui s'est laissé prendre sans chercher à fuir. Un instant après est survenue une averse qui à mis fin à notre trop courte chasse.
En définitive, le P. À pollo est mdigène à Sewen ; 1l y vole dans le courant de Juin, surtout dans la seconde quinzaine de ce mois; il descend généralement dans la vallée entre 10 heures et midi;
il habite sur les hauteurs qui entourent la vallée. »
L’A pollo-Meridionalis (PI. CCXIV, fig. 19028, 1920) est d'assez grande taille; 1l a le fond des ailes blanc; les taches rouges des ailes inférieures sont plus grosses que chez les races allemandes; je crois qu’on peut le considérer comme assez différent de l’A po/l0 de la Franche-Comté, province dont l’Alsace est cependant limithrophe; ce n’est donc pas avec le nom de Weridionalis que je puis
désigner la morphe franc-comtoise de l’Apo/lo dont je présente
70 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE
une figuration relativement importante, afin de la faire exactement connaître.
I1 me semble que le nom de Wzsko/ti doit désigner l’A pollo de la Franche-Comté. J'avais donné ce nom de Wäskoëti à une © Apollo, de la collection Bellier, malheureusement sans désignation de localité, et que Je considérai comme une transition à une Aberration plus caractérisée et que feu l’Entomologiste Wiskott, de Breslau, avait fait connaître.
Les documents que je reçus plus tard des montagnes du Doubs m'ont porté à penser que la prétendue Ab. Wiskotti, figurée sous le n° 14 de la PI. 2 dans la XIV" livraison des Ez7udes d’Entomologie, n’est autre chose que la Q comtoise d’A pollo, semblable à celles qui sont représentées sous les n° 1932 et 1933, sur la PI CCXV, dans le présent ouvrage. Toutefois, il convient d’observer que, dans les montagnes du Doubs, À pollo est une Espèce très variable. Aussi 1l me semble vrai de dire que la Franche- Comté est bien la contrée de France où l'A po/lo est plus intéressant à étudier, à cause de sa magnifique variation. Je dois à l’obligeance de MM. François Jeunet, René Fritsch et Robach, tous les trois excellents Lépidoptéristes à Besançon, la documentation au moyen de laquelle je publie la présente étude. Je les remercie cordialement du concours si amical et si compétent dont je leur suis redevable.
SuEtles PIMECXNW ECCXVILet, CCXVID sont heuresnens exemplaires du Parnassius Apollo-Wiskotti du département du Doubs.
Le O' n° 1031 est remarquable par la grosse tache rouge en forme de rein, comme dit le D' Verity, de ses ailes inférieures, et par la dimension de la pupillation centrale blanche, ou noyau blanc, des deux taches rouges des mêmes ailes.
La © n° 1932, d’Ornans, m'a été envoyée par M. Robach, et l’autre © n° 1933 a été prise à la frontière suisse, entre les Brenets et le col des Roches, en 1808, par le même M. Robach. La couleur rouge des taches des ailes inférieures n’est pas carminée, mais orangée ou vermillon; ces taches rouges sont très développées;
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE | 74
on remarque qu'elles sont au nombre de quatre et qu’un point noir intranervural continue la série que forme la seconde tache rouge des ailes inférieures qui approchent du bord anal. Les taches noires des supérieures sont grosses, d’une couleur vive; le fond
des ailes est d’un blanc plus ou moins légèrement jaunûâtre.
Sur la PI. CCXVI se trouvent représentés trois exemplaires que m'a offerts M. François Jeunet. Le O' n° 1934 a les taches rouges très faiblement pupillées de blanc.
La © n° 1935 a les taches d’un rouge-carmin et non d'un rougeorange ou vermillon, comme chez les Q prises par M. Robach à Ornans et aux Brenets. Les ailes supérieures sont tachetées d'un noir vif et l’on voit une série d’atomes noirs, assez serrés, relier les taches noires extracellulaires, de façon à présenter l’aspect d’une bande maculaire presque continue, depuis le bord costal au bord inférieur.
La © n° 1036 est remarquable par le développement du noyau blanc, au milieu des taches rouges des ailes inférieures. C’est comme chez le O' n° 1931 de la PI. CCXV. Les deux © et la Q n® 1037, 1938, 1030 de la Pi CCXVII sont tous des Pseudonomion pris par M. François Jeunet. Le O' n° 1937 a déjà été représenté par le Docteur Verity, dans RAopalocera palæarctica, sous le n° 12 de la PI. IX de cet estimable ouvrage. On remarque dans cet exemplaire une tache rouge relativement large, semblant divisée en deux par le pli de l'aile, au milieu de la grosse macule noire située tout près du bord inférieur des ailes supérieures. Le second présente, en outre de la même pupillation rouge que le premier Œ, une tache rouge longue au milieu de la grosse tache noire extracellulaire des ailes supéricures et une pupillation rouge dans la tache noire arrondie, située près du bord anal des ailes
inférieures.
Quant à la © n° 1930, elle montre, dans trois taches rouges des ailes supérieures, et dans les taches noires aboutissant au bord anal, la pupillation rouge, de sorte que ces trois Apollo appartiennent à la variété Pseudonomion, Christ, la plus caractérisée.
LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE