‹ Etudes de lépidoptérologie comparée (volume 5)Chapitre 6 sur 21 · NY D · texte numérisé non relu

NY D

Dans le département du Doubs, M. René Fritsch et M. Jeunet m'ont informé que le Parnassius Apollo se rencontrait encore aujourd'hui, en outre des localités précitées, dans les prés au Nord du Doubs, en allant sur la Cluse, village situé au pied du Lormont; sur toute la frontière suisse entre Pontarlier et Morteau, en suivant la vallée du Doubs; à Mouthiers-Hautepierre, le long du chemin qui conduit aux sources de la Loue. Quant aux environs immédiats d’Ornans, 1l semble que l’Apo/lo y soit présentement éteint. Les anciens Entomologistes de Besançon capturaient jadis facilement Apollo à Ornans, localité qui n’est qu'à 25 kilomètres de leur ville. C'était à Ornans qu'on trouvait la race la plus grande; je possède en effet dans ma collection, en outre de la © figurée sur la PL CCXV, deux Apollo plus grands, pris anciennement à Ornans. Mais ils ont perdu la couleur primitive du fond de leurs ailes. Le temps a exercé son action et les deux papillons en question sont devenus un peu brunis. Dans ces conditions, Je ne crois pas devoir en donner la figure qui ne

pourrait plus être d'accord avec la réalité d'autrefois.

A l'Est et au Sud du Doubs, habite, en France et en Suisse, la morphe dont le fond des ailes est bien blanc et que Fruhstorfer a appelée Nivatus. Je fais figurer un © de Chasseral, une © d'Eclepens et un © du Mont Vuache, près le Fort de l’Ecluse, dans le département de l'Ain (PL CCXXXI, fig. 1970, 10980, 1981). J'en suis redevable à l’obligeance de mon excellent ami Charles Blachier, de Genève.

Je dois faire observer que par erreur, sur la PI CCXXXI, on a écrit 1870, 1880 et 1881, au lieu de 1970, 1980 et 1981.

Le D' Arnold Pagenstecher a disserté sur le Parnassius À pollo- Nivatus, aux pages 123-129 de ses observations sur les Zokalformen von Parn. Apollo (Nassau, Ver., 1900). Je ne partage pas son opinion, quant au rattachement de l’A po/lo du département du Doubs à la forme Wrvatus. Ainsi qu'on l’a vu ci-dessus, mon avis est que l’Apo/lo du Doubs constitue une morphe spéciale dont j'ai fait représenter jadis une Q avec le nom de Wzskori.

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Si l’on descend toujours plus au Sud et si l’on continue d’envisager les races françaises de l’A pollo, on rencontre dans les deux départements savoyards de nombreux Parnassius et à des altitudes tres idiverses. Je fais teurer sous le n° 1025 de la Pl CCXITIT, un O que J'ai pris en Haute-Savoie, dans le val du Fier, non loin de la petite ville de Rumilly. C'était à une basse altitude. Les points noirs sont gros; aux ailes supérieures, des traces rouges pupillent les taches noires extracellulaires; les taches rouges des ailes inférieures sont grandes, d’une teinte orangée; le fond des ailes est d’un blanc un peu Jaunâtre. 1i n’y a pas grande différence entre l'A pollo du Doubs et celui des gorges du Fier, en Haute-

Savoie.

Des Basses-Alpes, comme de Vernet-les-Bains, j'ai vu des centaines d'exemplaires de Parnassius À pollo, alors, le matériel dont Je dispose apporte, par son nombre et la variété des exemplaires, un trouble qui ne permet guère d'attribuer à la forme locale de ces pays une fixité capable d’en faciliter le classement.

J'ai fait choix de trois exemplaires de Digne, soit : deux C remarquables par l’accentuation de leur bordure submarginale noiratre aux quatre ailes, et une Q assez bien partagée pour les taches rouges et la pupillation rouge des taches noires.

Je publie sous les n°1040, 1041, 1042-de la PIACCXNIIET la figure de ces trois Apollo, de Digne, et sous les n° 1043, 1944 chnods de la PlILCCIEE jerrepresente d'abord un © pris à Larche, dans les Basses-Alpes, et offrant le même caractère de bordure noire commune aux quatre ailes, qui se remarque chez les deux © de Digne; puis un O' et une © du Mont Ventoux, dans le département de Vaucluse, que m'a donnés M. Henry Brown, de Paris. La forme de Vaucluse est très peu mélanienne; elle semble faire un passage entre la race de Digne et celle de

l'Auvergne.

Il me reste à citer parmi les morphes françaises d’A polo, la petite forme des Hautes-Alpes qui a été appelée Substitutus par

the hon. Walter Rothschild. Je fais figurer sous le n° 1046 de la PI. CCXX, un © que j'ai pris à la Grave, en juillet 1906. Sous les n°” 1947 et 1948 de la même PI. CCXX, sont représentés un c' et une Q que Je pris à Saint-Martin-de-Vésubie (Alpes-Maritimes), en Juin 1806.

Cet À pollo était abondant dans un champ, près de la route que nous parcourions au-dessus du village de Saint-Martin. J'avais pour compagnon d’excursion feu Alexandre Constant. Les Rhopalocères ne l’intéressaient guère et 1l me plaisantait, fort amicalement d’ailleurs, sur l’ardeur que je déployais pour remplir ma boîte de chasse, avec de gros papillons. Lui, Alexandre Constant, était surtout amateur de Microlépidoptères. C’est tout au plus si les Macrohétérocères semblaient mériter son attention. J’essayai de me défendre contre les quolibets aimables, mais un peu 1ironiques de mon ami, et, en piquant mon butin, je lui exposais l'intérêt que les variations locales des Espèces communes avaient pour moi. Pendant que nous étions assis sur un talus, au bord du chemin, et que nous devisions sur l'Entomologie, d’un ton plutôt plaisant, 1l me raconta l’histoire suivante que je demande la permission de rapporter.

On l'avait une fois prié de donner une leçon pratique de Lépidoptérologie à un jeune homme dont la famille villégiaturait, pendant l'été, à Saint-Martin-de-Vésubie. Constant, qui demeurait à Cannes, fuyait la chaleur excessive de l'été, sur le littoral, et montait ordinairement dès le mois de juin vers les sites alpestres. Très obligeant, quoique toujours caustique, Alexandre Constant consentit à guider l'Entomologiste débutant. Précisément les deux Parnassius Mnemosyne et À pollo voltigeaient à la même épeque, la première Espèce étant sur son déclin et l’autre commençant à éclore. Constant fit récolter à son élève les deux Parnassius et lui en donna les noms. En lui montrant Mnemosyne, 11 lui dit : Ceci est le petit Parzassien, tandis qu'il désigna À pollo comme étant le grand Parnassien. Le professeur prit même la peine de faire observer quelques caractères communs aux deux Parnassiens,

dits : génériques, et les caractères différentiels, dits : spécifiques.

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L'élève écoutait avec attention et crut pouvoir se vanter de posséder une excellente mémoire. Il ne doutait point de retenir parfaitement les noms. La chasse finissant, vers le soir, les deux Entomologues rentraient à l'hôtel, et Constant ayant prié son disciple d'ouvrir sa boîte, l'invita à répéter les noms qu'il lui avait enseignés. Oh! répondit le néophyte, je n'ai rien oublié de ce que vous m'avez appris. D'ailleurs votre leçon était facile à retenir et m'est bien entrée dans la tête; voici le grand Pharmacien et voici le perit Pharmacien! Constant, après cette expérience, déclara que son élève n'avait plus besoin de professeur et considéra son rôle d'instituteur comme terminé.

Chacun de nous sans doute, passant la revue des papillons rangés dans les boîtes, se rappelle les circonstances de leur capture et ressuscite dans sa pensée, avec l'aspect du paysage, la compagnie des amis qui étaient présents. C'est pour moi une délectation souvent délicieuse lorsque, reportant mes regards en arrière, J'évoque tant de chers souvenirs dont mes papillons sont les fidèles gardiens. Hélas! il y a aussi une ombre funèbre. Car parmi ceux qui jadis ont récolté des Lépidoptères en ma société et dont les Joyeux propos tintent encore à mes oreilles, combien ne sont déià plus! Les Parnassius Apollo, de Saint-Martin-de- Vésubie, à propos desquels je me suis laissé aller à raconter une plaisante causerie d'Alexandre Constant, furent capturés en Juin 1806; ce fut cinq ans plus tard, le 13 mai 1001, que mon aimable ami fut subitement frappé par une mort inexorable, au moment où 1l s’apprêtait à partir pour la Corse, à l'occasion de la session de la Société botanique de France. J'avais fait ma première excursion avec Alexandre Constant, en 1862, dans les Pyrénées- Orientales. Je n’ai jamais connu un homme plus fécond en saillies spirituelles et imprévues. C'était en outre un savant de premier ordre, aussi compétent en horticulture et en botanique qu'en lépidoptérologie.

Une biographie très exacte d'Alexandre Constant a été écrite par le Docteur F.-X. Gillot, Vice-Président de la Société d'Histoire Naturelle d’Autun, et publiée dans les Mémoires de cette

70 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE Société (année 1901). Constant était né à Autun le 15 septembre 1820; 1l a donc vécu près de 72 ans.

Le Parnassius A pollo que je récoltai, en sa présence, à Saint- Martin-de-Vésubie, est assez voisin de celui qui vole à Valdieri, dans l'Italie septentrionale. Le fond des ailes est plus blanc chez le C' que chez la © ; les taches rouges sont petites; l’aspect général est clair, bien que les atomes noirs recouvrent une assez large surface des ailes; mais le semis desdits atomes noirs n’est point serré, n1 épais. La taille du papillon est moyenne; l’Apollo de Saint-Martin-de-Vésubie est à peu près aussi grand que celui de Valdieri; et si Je le compare, au point de vue de la taille, aux Apollo d'Italie, je le trouve un peu plus grand que celui du Mont-Majella, moins grand que la morphe du Pizzo-tre-Vescovi, mais sensiblement supérieur à l’Apollo-Pumilus, d’Aspromonte, et à l’A pollo-Sicilie.

Un © et une Q de l’Apollo de Saint-Martin-de-Vésubie sont figurés sous les n° 1047 et 1048 de la PI. CCXX.

J'entreprends maintenant l'étude des races italiennes d’A pollo auxquelles confine la morphe de Saint-Martin-de-Vésubie.

En conséquence, sous les n° 1049 et 1950 de la PI. CCXXI, je fais figurer un Cet une Q de l’A pollo de Valdieri, qu'on jugera sensiblement analogues, ainsi que Je l’expose ci-dessus, à ceux des Alpes-Maritimes françaises. Le D' À. Pagenstecher énumère dans le travail que J'ai déjà plusieurs fois cité au cours de cette étude : Ueber die Verbreitungsbezirke und die Lokalformen von Parnassius Apollo, aux pages 203, 204, trois races italiennes de Parnassius qu sont : Apenninus, Stichel; Szciliæ, Oberthür; Pumilus, Stichel ; mais, en 1900, 1l ne semble pas que le Docteur Pagenstecher les ait vues en nature. Mon ami Verity, aux pages 304, 306, 300 et 310, dans ÀAopalocera palæarctica, signale, en outre des morphes mentionnées par Pagenstecher, les races italiennes suivantes : Pzedemonianus, Fruhst, des sources de la Dora Baltea, en Piémont; V’alderiensis, Turati et Verity, du versant

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 77 italien des Alpes-Maritimes; //alicus, Obthr., du Mont-Majella; Rothschildi, d'Italie, sans autre désignation.

Je crois qu'on peut rapporter à la race À penninus le Parnassius Apollo que M. Orazio Querci vient de récolter au P1izzo-tre- Vescovi, par 2.000 mètres d'altitude.

Cette morphe est la plus grande des races italiennes connues, abstraction faite de l'énigmatique Rofhschaildi Elle est très claire; elle a le fond des ailes blanc ou légèrement jaunâtre; les taches noires ressortent très vivement et nettement. Les deux taches rouges des ailes inférieures sont de dimension un peu variable, d’un rouge carminé, mais un peu teinté de vermillon. La Q diffère du G parce qu’elle est plus ou moins sablée d’atomes noirs.

Les À pollo d'Italie attendent leur figuration coloriée. Je pourvois à cette lacune. Sous les n° 1940 et 1950 de la PI. CCXXI sont représentés un © et une Q Valdertensis, de Valdieri; sous le n° 1951, je fais représenter un © Sicilie, que J'ai reçu de Failla- Tedaldi; sous les n° 1952, 1953, 1954 de la PI. CCXXII, je fais figurer deux et une © A penninus, de Pizzo-tre-Vescovi; sous IE MTONS 10 0 et 105 1de la PIC CRI, ce sont deuxionet une © J{alicus, du Mont-Majella.

Enfin deux © Pumilus, d'Aspromonte, si remarquables par le rétrécissement de toutes leurs taches noires et rouges, sont figurés sous les n°® 1058 et 1950 de la PI. CCXXIV, au-dessus de la Q Siciliæ (n° 1960), dont le d' est reproduit sous le n° 1951 de la PI. CCXXI. Tous ces À pollo italiens ont un aspect clair, peu rembruni, avec des taches noires vives et des macules rouges nettes, rétrécies. Pumilus et Siciliæ sont les morphes naines de l’Espèce, contrastant avec le développement au moins double des races

boréales et asiatiques.

En quittant la belle Italie, nous remontons vers les montagnes

o tyroliennes et nous y trouvons à Atzwang, près Bozen, une race que Fruhstorfer a appelée, je crois, Rubidus. Elle est bien variable

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et Je fais représenter non point des formes normales de la morphe Rubidus, mais un G (N° 1061, PI. CCXXV) exceptionnellement petit ethdeuxésrandes © (n° 1062 et 1003 de a mème PI. CCXXV), superbement décorées par l'éclat de leurs taches rouges aux ailes inférieures, et la tendance à confluer de la série extracellulaire des macules noires aux ailes supérieures. Je suis redevable de ces exemplaires à M. Maus, de Wiesbaden, qui les a pris lui-même à Atzwang. Le D' Arnold Pagenstecher disserte sur l'A pollo Rubidus, aux pages 167-178 de son étude Ueber die Lokalformen von Parnassius À pollo.

Le même Auteur donne une bonne figuration (Taf. VIT, fig. 1 et 3) de l’A pollo-Valesiacus, Fruhst., de Martigny, défini copieusement aux pages 147-161 de l’étude précitée. Je ne m'arrête pas sur cette morphe valaisane, assez bien connue d’ailleurs et dont plusieurs figures ont été publiées déjà.

Dans l'Autriche occidentale, l’Apo/lo vole à Krems, en la vallée du Danube, entre Linz et Vienne. D’après Verity (R4opal. palæarctica, PI. LV, fig. 3 et 4), cet Apollo s’appellerait Cefzus, Fruhst. La race Cetzus semble bien présenter le caractère des ailes remarquablement arrondies, comme Welliculus; cependant il faut reconnaître que Cetius est très variable, car la © n° 1966 de la PI CCXXVI venant de Krems, comme la © précédente (n° 1965), est dépourvue de l'aspect éclatant qui caractérise la forme Cetus. Cette forme Cezius normale a le fond des ailes d’un blanc légèrement Jaunatre sur lequel les taches noires et les macules rouges ressortent avec vivacité. Au contraire, la Q n° 1966 est plus petite, plus obscure et d’un aspect plus éteint. On dirait une Q Winningensis; la comparaison est facile avec la © Wzrningensis représentée sousdlemnroio de lat PINCE

Le magnifique À pollo-Meiliculus habite en Bavière, notamment à Lichtenstein et à Pommelsbrunn, tout près de Hersbrück, à une petite distance de Fürth et de Nuremberg; ses ailes sont arrondies; elles ont le fond blanc jaunâtre, d’un ton encore plus écla-

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tant que dans la race Cezzus. Les taches rouges sont quelquefois énormes; souvent le noyau blanc central est double. Il est généralement très vif et très développé; mais 1l faut observer que le noyau blanc en question peut quelquefois faire défaut.

Sous les n°1007 1008 et 1000 de la Pl: CCXXVIT, “je fais figurer un Cet deux © de la magnifique race Melliculus. Le S n° 1967 a été pris à Rupprechtstegen, en juillet 1910; les deux Q dont les taches rouges sont si élargies aux ailes inférieures viennent de Lichtenstein, près Pommelsbrunn. Ce sont des exemplaires exceptionnellement décorés.

Sous. les n°1070, 1071 et 10721de la PI CCXX VII 'ar fait encore figurer un de Lichtenstein différant de celui de Rupprechtstegen par ses taches rouges aux ailes inférieures, moins pupillées de blanc, et une Q également de Lichtenstein, pluSrobseure que les o de la POCKET EI Ounr972 avec sa large tache rouge au milieu de la tache noire extracellulaire des ailes supérieures, et ses taches rouges pourvues d’un noyau blanc si éclatant, aux ailes inférieures, a été capturée à Beratzhausen, au Nord-Ouest de Ratisbonne. J'en suis redevable à M. Max Saelzl. En dessous, les trois taches extracellulaires des ailes supérieures paraissent être plutôt rouges, cerclées de noir, que noires pupillées de rouge, tant la couleur rouge occupe de place.

Dans le Fichtelgebirge, à Berneck, on trouve une race appelée Ancile, Fruhst., et qui paraît être assez référable à Melliculus, quoique distincte par la teinte un peu plus jaune du fond de ses ailes; autrement, il y a des exemplaires d'Ascile, de Melliculus et même de Cefius qui paraïîtraient bien analogues. J'ai fait représenter sous les n° 1973, 1074, 1075 de la PI CCXXIX un OC et deux © Acile de Berneck. La Q n° 1974 montre en dessous, aux ailes supérieures, une pupillation rouge dans les taches noires. Cette pupillation manque dans la © n° 1075.

Ce n'est point d'aujourd'hui que date la figuration du superbe Apollo-Melliculus. Depuis plus d’un siècle et demi, la forme Melliculus a été fort bien représentée.

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En effet, dans le volume IIT du bel ouvrage : Der Monatlich herausgegebenen Insecten Belustigung, August Johann Roesel von Rosenhof figure sous les n° 1 et 2 de la Taf. XLV (CZassis IT Papilionum Diurnorum), Y'A pollo bavarois. À la page 260, l’auteur dit qu'il représente le plus bel exemplaire qu'il a vu; il fait connaître qu'il a trouvé dans la belle collection du pharmacien Beurers, à Nuremberg, des exemplaires plus beaux que ceux d'Italie; les échantillons bavarois avaient été reçus d’un amateur qui les avait pris dans les environs mêmes. C’est donc l’A pollo Melliculus qui se trouve avoir été l’objet de deux excellentes

figures datant du milieu du XVIII siècle.

Schaeffer, dans les Zcones Insectorum Ratisbonensium, publiés vers 1 706, figure aussi, sous les n° IV et V de la Tabula XXXVI, le Parnassius Apollo-Melliculus © de la forme Psexdonomion, présentant de magnifiques taches rouges. La variété Pseudo-

nomion paraît fort rare chez Melliculus.

Certes, 1l y a une grande différence entre l’aspect de Melliculus et d’Æscalere, de Loseræe et de Pumilus; mais, après avoir soigneusement étudié les Parnassius À pollo de toute provenance, on constate dans les races locales de cette Espèce deux faits contradictoires : 1° une grande variabilité dans la plupart des races, ce qui paraît en opposition avec la théorie de l’uniformité de la race elle-même; 2° malgré cette variabilité, un faciès particulier à chaque race, ce qui constitue une sorte d'air de famille distinguant assez nettement les À po/lo, habitant une contrée, des autres À pollo, même voisins.

Si l’on compare Z'osere et Melliculus, on constate instantanément la différence de couleur du fond des ailes, plus blanche chez Melliculus, plus Jaunâtre chez Lozeræ; la teinte des taches des ailes inférieures est d’un rouge carmin très vif chez Aelliculus et d’un rouge plus vermillon chez Lozeræ; on remarque en outre la plus grande largeur du bord hyalin des ailes supérieures chez

Loseræ, et l’accentuation plus prononcée de la bande subtermi-

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nale d’atomes noirs aux mêmes ailes; de plus, la forme des ailes est plus arrondie chez Welliculus. Tous les exemplaires des deux races : Zozere et Melliculus, que J'ai vus, sont bien distincts les uns des autres. Aussi Zozere, en France, et Melliculus, en Bavière, constituent-1ls deux unités de morphe très tranchées. De même Lozere et Marcianus sont tout aussi différents l’un de l’autre pour les raisons que J'ai déjà exposées ci-dessus.

En terminant la figuration des races du Parxassius À pollo, je fais représenter sous le n° 1976 de la PI, CCXXX, le O! Graslinz. L’étiquette porte : Turquie. C’est un papillon qui fut jadis envoyé par Kindermann à feu de Graslin, par l'intermédiaire de Becker, de Wiesbaden; ce Becker était venu se fixer à Paris, vers le milieu du XIX'° siècle, et s’y livrait au commerce des Lépidoptères. J'en ai bien souvent entendu parler par Boisduval et Guenée. Becker était le commissionnaire des chasseurs allemands près des Entomologistes français et surtout parisiens, plus nombreux autrefois qu'aujourd'hui.

Sous les n° 1077 et 1978 de la même PI. CCXXX sont figurés un Cet une Q de l’A pollo-Chryseis, de Fort-Naryne, dans le Turkestan russe. La ©, à cause de la couleur orangé pâle, un peu dorée, répandue sur ses ailes, me paraît différer de toutes les autres © d'A pollo. Ma coliection contient plusieurs exemplaires du Fort-Naryne dont les Q méritent le nom : CAryseis.

Les À pollo Graslini Get Chryseis d'et Q sont les seuls représentants des races orientales que je fais figurer dans le présent travail. Il faudrait, pour la figuration des Apoll de l'Europe orientale et de l'Asie un grand nombre de Planches coloriées. J'y aurais volontiers pourvu si J'avais pu réunir en quantité suffisante les documents indispensables pour me permettre de fixer mon opinion. Mais je dois reconnaître que je me trouve présentement insuffisamment édifié sur les morphes hongroises, balkaniques, russes, scandinaves et sibériennes du Parnassius À pollo. En effet, il faut avoir sous les yeux des exemplaires en grand nombre et provenant de localités bien définies, pour pouvoir émettre des

82 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE idées vraies, surtout lorsqu'il s’agit de races d’une même Espèce. Car les différences de morphe, forme ou race sont généralement moins sensibles et plus délicates que les différences spécifiques; elles exigent une plus grande attention et surtout une documentation beaucoup plus considérable pour être appréciées exactement. Comme un travail est généralement la cause de plusieurs autres travaux complémentaires et critiques sur le même sujet, je forme l'espoir que la présente étude consacrée aux Parnassius A pollo des races occidentales-européennes, amènera d'autres études plus savantes et tout aussi largement illustrées sur les races orientales de lEuroperetsurrcelles de l'Asie

Octobre 1912.

Charles OBERTHÜR.

PIC ONEDES PEANCRERES

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