‹ Etudes de lépidoptérologie comparéeChapitre 19 sur 21 · PL. V · texte numérisé non relu

PL. V

CalUopïs cf et Ç), d'Uriage, fig. n" 64 et 65.

J'ai discuté aux pages 26, 27 et 28 la question de la variation individuelle et géographique des Lycœna Argus et Aïgon. Dès ce temps-là, j'ai pris soin de distinguer certaines races géographiques d'Argus. En 1896, il me semble bien que personne ne s'intéressait encore à la séparation des races, formes, variétés et même Espèces distinctes confondues sous le même nom d' Argus.

Dans le Vol. I des Etudes de Lépidoptérologie comparée (mars 1904), je me suis de nouveau occupé d'une variété géographique d'Argus et j'ai figuré 2 Q, de Martigny, avec la désignation Calliopis-Y alesiaca, sous les n'" 1 5 et 16 de la PI. II.

Le texte afférent à ces figures, se trouve imprimé aux pages 19, 20 et 21.

Depuis mai 1896, mars 1904 et même avril 19 10, ma documentation s'est augmentée; j'ai continué à observer et à réfléchir. Il me semble qu'à force de continuer à voir des papillons dans leurs différents états et à étudier les travaux des Entomologistes, j'ai acquis plus d'expérience quant à l'appréciation de la valeur et à la définition des caractères distinctifs des Espèces. Dès lors, j'établis plus loin ce que je crois être la vérité en ce qui concerne les Espèces voisines d'' Argus et qui doivent, selon moi, être désormais envisagées comme des unités à part.

Mais j'ai tenu à demander à des Entomologistes pleins de mérite et passés maîtres dans l'art délicat de l'anatomie appliquée

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aux Lépidoptères, leur avis motivé sur la question qui m'occupe dans le présent travail.

C'est anisi que j'ai fait parvenir à MM. les Docteurs Reverdin et Chapman la documentation dont j'ai pu disposer j)our faciliter leurs recherches.

Déjà, au moment où j'écris ces lignes (octobre 1916), le Docteur Reverdin m'a fait connaître qu'à son avis BeUïcri, Ligiirica, Arniorïcana constituaient trois Espèces bien distinctes entre elles par les caractères que fournissent leurs genïlalia et leurs écailles androconiales; toutefois l'examen n'est pas fini, pour les spécimens de toutes les provenances-, d'ailleurs les observations du Docteur Reverdin paraîtront en leur temps, lorsqu'après une étude mûrie, mon très compétent et excellent ami aura écrit ses conclusions.

Le Docteur T. A. Chapman, lui aussi, a reçu mon envoi de documents; mais il ne s'est pas encore prononcé.

En attendant donc que chacun publie le résultat de ses investigations, j'établis, ainsi qu'il suit, la séparation en Espèces et en variétés des Lycœna du groupe à.' Argus, comme il me semble que c'est la vérité :

Lycaena Argus, Linné (cf '^ Argus, Linné; q } Idas, Linné). Scandinavie.

Il y a deux Espèces du Genre Lycœna, voisines l'une de l'autre : i" celle qui est appelée Argus, Linné, par les Thérésiens, avec l'indication suivante (Fem. P. Idas, Linné); et 2° l'autre qui est désignée sous le nom de JEgon par les mêmes Auteurs {Systernatisches Verzeichniss der Schmetterlinge der Wiener gegend, Jierausgege.ben von einigen Lehrern ani K. K. Theresianum; Wien, verlegt Augustin Bernardi, Buchhaendler, 1776, p. 184, 185).

Les Professeurs Thérésiens, comme on les appelle ordinairement en France, ajoutent que la chenille d'Argus (Stechginsterfalter, papillon du genêt épineux), vit sur les plantes dites :

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Genistœ Cîerinanicœ, et que la chenille A' Algon (Geisskleefalter), se nourrit des Cythïsï austriaci, etc.

Donc en 1776, les deux Espèces voisines, mais distinctes, avaient été spécifiquement séparées. Depuis cette époque, l'iconographie de Huebner a nettement fait connaître ce qui était, en 1805, considéré par cet Auteur comme Argus (fîg. 316, 317, 318) et comme .¥îgon (fig. 313, 314, 315). Les 6 figures, représentant Argus et /Egon, sont gravées sur la même Planche ; elles ne donnent lieu à aucune incertitude. Après Huebner, les Auteurs français Godart, Boisduval, Guenée ont adopté la nomenclature qui se trouve fixée par la représentation dont nous sommes redevables à Jacob Huebner.

Cependant la question de savoir à laquelle des deux Espèces : Argus et Aigon, devait être appliqué le nom linnéen : Argus, n'est encore pas résolue. Il a été beaucoup écrit à cet égard, par les Anciens et par les Modernes. Me permettra-t-on de prier le Lecteur de se reporter à ce que j'ai rapporté moi-même, avec citation des textes primitifs, à l'appui de mes observations critiques, aux pages 172 et 173 du Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée. Peut-être la discussion se rouvrira-t-elle bien des fois encore au sujet de l'attribution des noms linnéens : Argus et même Idas, celui-ci désignant le sexe féminin? Il n'entre pas dans mes intentions de rouvrir le débat en ce moment. Je me borne à faire connaître, ici, ce qu'il est essentiel que l'on sache; c'est-à-dire il faut que je renseigne exactement celui qui me fait l'honneur de lire mes écrits, sur la question de savoir quelle est l'Espèce que j'appelle : Argus, et quelle est celle à laquelle je réserve le nom d'^gon. Faute de cette précision, il pourrait exister une hésitation sur l'attribution que je fais du nom : Argus

Je réponds donc nettement que j'adopte la nomenclature établie par Huebner au moyen de figures ne donnant lieu à aucune confusion possible.

Argus est pour moi VArgîis, de Huebner;

/Egon est pour moi VAIgon, de Huebner.

Ceci étant posé, je décris comme type de l'Espèce : Argus,

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V Argus du nord de la Scandinavie, c'est-à-dire de celui que Linné a le plus vraisemblablement envisagé, lorsqu'il rédigea la Fajina Sîiecica sisiens anïmalia Sueciœ regni, dont la première édition ne donnant le plus souvent que les noms génériques, porte la date de 1746. Dans cette Edition publiée à (( Lugduni Batavorum, apud Conradum Wishoff et Georg. Jac. Wishoff, fil. Conr. », le Papilio hexapiis, vulgo Argus ociilatiis, porte le n" 803, à la page 246, et le Papilio hexapus, An prœcedentis femina?^ vulgo Argus fus eus est décrit sous le n" 804 de la page 247.

La Lycœna que je désigne avec le nom de Argus n'est pas rare en Laponie; j'en ai reçu une bonne série d'exemplaires capturés par Rangnow, en juillet 1910, et par Wilhelm Man, en juin et juillet 1908, à Kwickjock, Mont Sutilelma, Lulea-Lappmarken. Bien des années auparavant, feu Staudinger, lors d'un voyage effectué en Finmarken, avait récolté de nombreux échantillons, dont plusieurs figurent encore dans les collections Bellier, de Graslin et Guenée.

La taille est relativement petite; le cf, en dessus, est d'un bleu violet avec la bordure noire et nette; la frange est blanche; on aperçoit quelquefois une petite ponctuation noire le long du bord marginal des inférieures. Le dessous des ailes est gris clair avec des points noirs très petits, cerclés de blanc ; la bande jaune orange submarginale s'étend des inférieures aux supérieures; elle est précédée de chevrons noirâtres, plus foncés aux inférieures qu'aux supérieures ; aux inférieures, les chevrons en question sont séparés de la ligne courbe ordinaire, extracellulaire, de points noirs par un espace d'un blanc de lait. Dans chaque espace intranervural, la teinte orangée est extérieurement marquée d'un point noir, même aux ailes supérieures; aux inférieures, ces points noirs sont, vers le bord anal, au nombre ordinaire de deux ou trois, pupilles de bleu argenté. L,e bord terminal des supérieures est finement liséré de noir; aux inférieures, la bordure noire très fine, surmontée d'un espace blanc, est entrecoupée d'un petit empâtement noir, à l'extrémité de chaque nervure, au point même du bord terminal où la nervure vient aboutir.

La Q, en dessus, est d'un brun plus ou moins roux ou noirâtre, avec une ligne marginale souvent incomplète de taches orangées, en forme de chevrons intranervuraux, enserrant comme un petit noyau noirâtre. Souvent, la base des supérieures et le bord anal des inférieures sont semés d'atomes bleus. I.e dessous des ailes de la Q est orné d'une bande orangée beaucoup plus large et de couleur plus vive que chez le cf ; la ligne blanche qui sépare la ligne commune des petits points noirs, extracellulaire, de la bande submarginale orangée, s'étend des inférieures jusqu'auprès du bord costal des supérieures.

Les points noirs, subterminaux, situés à l'extrémité extérieure de chaque espace intranervural orangé, sont séparés du liséré terminal, noir, par un liséré blanc, bien net. Les points noirs, au nombre de 4 ou 5, vers le bord anal, sont remplis par une tache bleu d'argent très brillante, paraissant coupée au milieu, en façon de cœur.

C'est à VArg/zs Scandinave que je rattache comme variétés : Calliopïs, Boisduval ; Alsus, Llucbner; Ncvadensis, Obthr.

Lycaena Argus, Linné, var. Calliopis, Bdv. {Icônes his/or'ujuc

des Lépidoptères, p. 58, 59; PI. 15, fig. 4, 5), — Obthr. {Etud. d'EntomoL, Liv. XX, p. 2;, 28 ; PI. 5 ; fig. 64, 65), — Obthr. {Etudes de Lépidopt. comparée, Vol. IV, p. 198; PL XLII, fig. 312 et 320).

Isère : Grenoble, Uriage.

Dans y Icônes, Boisduval décrit Calliopis qu'il considère comme V Argus; mais ayant fait du mot Argus un nom générique, Boisduval a été forcé, dit-il, de changer le nom de cette Espèce.

Après s'être attaché à différencier Argus {Calliopis') de Mgon, avec lequel il paraît qu'il est souvent spécifiquement confondu, Boisduval décrit Calliopis, comme suit : (( Le mâle est en dessus d'un beau bleu violet chatoyant, avec une petite bordure brune et la frange blanche. La femelle est aussi en dessus d'un beau violet avec la bordure noirâtre plus large, et s'étendant parfois jusqu'au

milieu des ailes; elle offre en outre sur le disque des supérieures un petit croissant noirâtre, et à l'extrémité des inférieures un rang de gros points noirs, bordés antérieurement par une lunule d'un rouge violet ou d'un fauve pourpre.

... Le dessous de Calliopis ou Argus vrai — (par comparaison à Algon) — est d'un gris cendré, sablé de vert doré à la base, avec deux rangées de points noirs oculaires entre lesquels il y a une bande fauve, maculaire, formée de lunules sagittées, et bordées antérieurement par des arcs noirs. Les points extérieurs des secondes ailes sont saupoudrés de vert doré métallique. Le milieu de chaque aile offre en outre un croissant noir et celui des inférieures est précédé d'un rang de trois ou quatre points ocellés.

Les antennes de Calliopis sont noirâtres annelées de blanc, avec la massue noire, un peu roussâtre à son extrémité.

La variété que j'ai fait figurer a été prise par moi, au mois de juillet, dans le Polygone de Grenoble où elle est très commune. Elle est fort remarquable par la petitesse de ses points ocellés et par les lunules d'un rouge de feu que l'on remarque à l'extrémité du dessus des ailes inférieures de la femelle. Les antennes sont comme dans Calliopis; c'est pourquoi je n'ai pas osé, sans connaître la chenille, en faire une nouvelle Espèce. »

C'est exclusivement cette variété du Polygone de Grenoble que Boisduval paraît avoir eue en vue dans toute la description ci-dessus rapportée. C'est donc à elle que s'applique la dénomination : Calliopis, qui doit en effet désigner une forme certainement très différente et très distincte spécifiquement de Ligiirica et de Bellieri.

J'ai capturé Calliopis sur les talus formés de sable et de terre fortement mélangée de pierres, couverts d'un gazon ras et de plantes basses qui croissent parmi les cailloux, le long d'un cours d'eau, tout près d'Uriage, sur la route de Grenoble. J'ai fait figurer un cf et une Q d'une parfaite fraî-cheur, sous les n°^ 64 et 65, dans la XX" livraison des Etudes d'Entomologie, et j'ai fait représenter dans la Lèpidopt. comparée, deux des specimina typica qui restaient dans la coll. Boisduval, bien que Boisduval

4/2 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

ait déjà publié, en 1832, une figuration excellente, en dessus et en dessous, d'un de ses exemplaires Q CaUiopis. Il est aisé de se reporter à ces figures coloriées pour obtenir la connaissance exacte de CaUiopis.

J'ai lieu de croire, d'après ce que j'ai vu, que CaUiopis se plaît surtout sur les grèves sablonneuses des torrents affluents du Rhône, à partir du département de la Drôme. La collection Bel lier contient une bonne série de Lycœna référables à CaUiopis, portant l'étiquette : Marseille. Je pense que cela veut dire que Bellier a reçu les papillons en question d'un Entomologiste de Marseille; mais cet Entomologiste aura probablement capturé les Lycœna CaUiopis en question en dehors de Marseille même et dans un des sites analogues à celui où j'ai moi-même capturé CaUiopis à Uriage. Je ne crois pas en effet que CaUiopis ait été jusqu'ici observé aux environs immédiats de la ville de Marseille.

D'ailleurs, si CaUiopis présente une forme typique, bien nettement reconnaissable <( par la petitesse de ses points ocellés », comme dit Boisduval, « par les lunules d'un rouge de feu que l'on remarque à l'extrémité du dessus des ailes inférieures de la femelle » et par le fond bleu violet du dessus des ailes de ladite femelle, je crois que le même CaUiopis se rencontre dans les Hautes et Basses-Alpes, en Savoie, dans la vallée de Zermatt et sans doute dans beaucoup de localités alpestres, légèrement modifié. Dès lors les Lycœna figurés sous les n°^ 263, 264, 265, 266 de la PI. XXXIX, et sous les n°^ 307 et 308 de la PI. XLII, dans les Etudes de Lépidoptérologie cojnparée (Vol. IV), venant des Basses-Alpes, peuvent être considérés comme représentant une variété alpestre de CaUiopis, lequel CaUiopis habiterait les terres d'une altitude moins élevée, sur le côté occidental des Alpes du Dauphiné et de Provence.

Guenée avait exploré les environs de Grenoble au point de vue entomologique et il y avait trouvé le Lycœna CaUiopis. Je crois intéressant de donner ici la copie de l'étiquette écrite par Guenée, toujours en caractères microscopiques et fixée à l'épingle d'un des papillons : (( L^ycœna CaUiopis, Bd., Grenoble, pris par moi

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sur les bords du Drac, en juillet. — J'ai adopté pour cette Espèce qui me paraît distincte, le nom que Boisduval a employé pour désigner V Argus et sous lequel il a figuré une variété Q de la présente Espèce. Elle diffère d'Argus : les ailes plus oblongues à bordure étroite ; le dessous très clair à base largement bleue, à points ocellés très petits, isolés; la cellulaire éloignée de celui d'entre 3 et 4 qui ne rentre point en dedans; les lunules fauves basses, surmontées d'arcs linéaires et isolés; la Q toujours plus ou moins bleue; pas d'épine tibialc; frange de la Q entièrement blanche; points ocellés généralement irréguliers ». — Si Callio-pis n'est pas une Espèce séparée, — ce qui est possible, — je suis d'avis de la rattacher comme variété à V Argus de Scandinavie.

Lycœna Argus, Linné, var. Alsus, Huebner {Beiirœge sur Geschichte der Schnietterlinge, p. 20-23; PL III; N. fig. i a, i b, 2 a, -^ a, T) b, ^ c, -^ d ; Augsburg, 1786-89). — Oberthùr {Etud. d'Eniomol. — Argus. — PI. 4; cf, fig. 57, Hautes- Pyrénées ; fig. 58, Valais).

La forme alpestre de Calliopïs doit porter un nom et ce nom : Alsus, a été donné par Jacob Huebner dans l'un des premiers ouvrages publiés par cet Auteur, avec le titre de Beitrdge sur Geschichte der Schmetterlinge, à Augsburg, de 1786 à 1789.

Les figures gravées par Huebner ou sous sa direction, sur la III Tafel de Beitrdge, semblent avoir eu pour modèle plutôt les Lycœna de la vallée de Zermatt, jusqu'ici généralement désignés sous le nom à.' Argus, que les échantillons d'Augsbourg. Il y a dans ma collection une bonne série à.' Argus capturés, tant par Guenée que par moi-même, depuis le village de Randa jusqu'à Riffelalp. Certains échantillons cadrent parfaitement avec les figures 3 «■, 3 (^, 3 r, 3 (i dont nous sommes redevables à Huebner qui les édita, il y a plus de 130 années.

La chenille est décrite (p. 20 et 21) vivant sur les fleurs de la plante légumineuse, Melilotus arvcnsis, dite en allemand : Steinklce. Ce qui est curieux, c'est que, à la fin du XVIIL siècle,

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les Entomologistes connaissaient déjà les relations des chenilles de Lycœna et des fourmis; seulement ils ne savaient pas encore apprécier la nature de ces relations.

On en jugera par le passage suivant de la notice relative à la chenille : (( ... Die Bliithe, scheint es, ist ihncn zu ihrer Speisc viel angenehmer als das Kraut ; sic sind eben so mit ganzen Heeren Ameisen umgeben, als wie die Raupen der Ph. Tin. Pusiella, dièse Ameisen scheinen sie, so lange sie an ihrer Nahrungspflanze sitzcn, mehr vor andern Feinden zu schiitzen, als umbringen zu wollen; sehr begreiflich aber ist es, dass sie denselben, wegcn ihrer sammtartigen Haut, nicht so leicht bekommen konnen ».

Voici la traduction française :

(( ... La fleur, paraît-il, leur est beaucoup plus agréable pour leur nourriture que la feuille; elles (les chenilles) sont aussi entourées de toute une armée de fourmis, comme les chenilles de la Ph. Tin. Pusiella; ces fourmis paraissent, aussi longtemps que les chenilles se tiennent devant la plante nourricière, plutôt protéger les chenilles vis-à-vis d'autres ennemis, que de les tuer. Mais il est très compréhensible qu'elles ne peuvent pas facilement les approcher à cause de leur peau veloutée. »

Ne nous lassons pas de publier que c'est l'Entomologiste français Achille Guenée qui a découvert l'organe sécrétant chez les chenilles de Lycœna la liqueur recherchée par les fourmis (^Ann. Soc. ent. France, 1867, p. 665-668); mais il ignora luimême la raison d'être d'un organe qu'il décrivit d'ailleurs très exactement, sans toutefois pouvoir se rendre maître du secret intégral {Lépid. comparée; Vol. IV, p. 351).

Mais revenons à la Lycœna figurée par Jacob Huebner avec le nom d^ Alsiis — (qu'il ne faut bien entendu pas confondre avec l'autre Lycœna Alsns, d'ailleurs maintenant désignée sous le nom de Minima), — et étudions-en les caractères. Huebner le compare à Argus et l'en différencie. Voici la traduction française de la description : Le cT (3 (J, b) est très différent de la Q. Les

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deux sexes sont plus grands que le Paf. Argus (*) qui, outre cela, paraît, dans les deux sexes, être pareil à Alsus. La tête est bleue; la bouche est bleu pâle; les yeux sont bruns, entourés d'un cercle blanc; les antennes sont alternées de noir et de blanc; le corps en dessus et en dessous est entièrement bleu ; toutes les quatre ailes sont entièrement bleues bordées de petites taches noires et leur frange est blanche. Le dessous des ailes est d'un gris bleu clair (hellgraublau) et, depuis les jointures (des ailes au corps) jusque vers le milieu (des ailes), d'un verdâtre brillant; sur le milieu de chaque aile, il y a une petite tache en forme de rognon, noire, cerclée de blanc; à côté, il existe, sur la moitié extérieure de chaque aile supérieure, cinq points simples et un double; mais, sur chaque aile inférieure; sur l'espace intérieur, il y a dix points simples et un double dispersés; tous ces points sont noirs et cerclés de blanc. Près du bord frangé de toutes les ailes il existe une bande jaune d'or, bordée de blanc des deux côtés, souvent interrompue, fondue aux deux bouts des ailes supérieures, garnie à l'intérieur de petites taches en forme de croissant, à l'e'xtérieur d'une bande de points noirs, qui se trouve sur les ailes inférieures beaucoup plus large et nulle part fondue, mais au contraire très belle; cinq de ces points noirs brillent d'un éclat d'argent et d'un vert bleuâtre, le bord frangé est gris noir, dentelé à l'intérieur; la poitrine, le ventre et les pattes sont bleu pâle.

La Q 3 c, (^ ne ressemble pas au cf comme couleurs; la tête, ainsi que le corps, en dessus et en dessous, sont brun foncé sur le dos; les ailes aussi sont brun foncé; mais depuis leurs jointures au corps, jusque vers le milieu, elles sont jaspées de bleu ; il existe aussi sur les ailes supérieures, près du bord frangé, quatre petites taches d'un brun clair, remplies de points noirs en forme de croissant; aux ailes inférieures, il y a, au bord frangé, une bande de cinq taches noires, simples, grandes, entourées à l'intérieur de points jaune d'or, et à l'extérieur, brun fauve, en forme de crois-

(*) Esper's Schmetterlinge in Abbilduiigen iiach (1er Natur, mit Beschreibungen. I, Th., t. 20, f. 3 mas, 4 fœm..

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

sant ; il y a un double point ; la surface inférieure est d'un jaune gris et la bande jaune d'or n'est nullement fondue, mais est au contraire beaucoup plus large et de couleur pleine; pour le reste pareille au cT. Pas rare dans la contrée d'Augsbourg. »

Comme on l'a vu plus haut, la Q de Calliopis est entièrement bleue, en dessus. La Q Alsus est tantôt antérieurement d'un brun foncé en dessus, tantôt, comme le dit Huebner, plus ou moins jaspée de bleu. Les points noirs, si petits chez Calliopis, sont plus gros chez la variété Alsus, Huebner.

Je crois qu'on peut rapporter à la var. Alsus, de Calliopis, la forme pyrénéenne qui vole à Cauterets, à Gavarnie, dans la vallée d'Eyna et sur les hauteurs au-dessus de Vernet-les-Bains. Seulement, d'après les documents que je connais, dans les Pyrénées, la Ç) est brune, sans aucun vestige de bleu sur le dessus des ailes.

Calliopis et la forme Alsus sont donc des Lycana de montagne, habitant depuis les contreforts des Alpes et les parties moyennement élevées des Pyrénées, jusqu'aux environs de 2.000 mètres d'altitude à Riffelalp, au Lautaret, à Larche et aux environs du col de Genèvre. Calliopis se rencontre plus bas et Alsus vit plus haut.

Lycîena Argus, Linné, var. Valesiaca, Obthr. {Etud. Lépidoptérologic comparée. Vol. I, p. 19, 20; PI. H; Q, fig. 15 et 16).

Martigny (Valais).

J'ai reçu de feu Wullschlegel, qui était un excellent chasseur de papillons, à Martigny, 9 cT et 65 Q de la forme que j'ai décrite avec le nom de Valesiaca, dans le i" Volume des Etudes de Lépidoptérologie comparée.

Le cf se rapporte à Calliopis.

La Ç) est tantôt entièrement brune en dessus et tantôt presque entièrement d'un bleu violet vif, sauf la marge qui reste large-

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 4//

ment brune. La teinte violette du dessus des ailes de Valesiaca est très différente de celle de C allia pis. Chez Calliopis, la couleur est d'un bleu clair, ce qui change sensiblement l'aspect des morphes : Calliopis et Valesiaca.

On peut dire que Valesiaca Q se distingue des autres formes d^ Argus par son faciès sombre.

Evidemment, il peut exister bien d'autres variétés géographiques d'Argus, plus ou moins étroitement cantonnées, ou largement répandues. Dans l'avenir, quand on étudiera les races germaniques d'Argus, on trouvera probablement des spécialités qui, comme Valesiaca, présenteront un caractère propre, comparativement aux autres races déjà connues. Toujours est-il que nulle autre variété d'Argus jusqu'ici connue, n'offre pour sa Q bleue, la même teinte violette, dans un ensemble sombre, qui se remarque chez Valesiaca.

Lycasna Argus, Linné, var. Nevadensis, Obthr. {Etud. d'Entomologie; Liv. XX; PL 4; fig. 54). — {Etudes de Lépidoptérolog/e comparée; Vol. IV, p. 191 ; PI. XXXIX; fig. 259, 260).

Sierra de Alfakar et Sierra Nevada (côté de Lanjaron) ; 6 exemplaires (4 cf et 2 q) capturés par R. Oberthiir, en juillet

Je rattache spécifiquement à Argus, de Scandinavie, la magnifique variété Isl evadensis. Aucune forme, dans les Lyccpna européens, ne possède une aussi riche décoration de bleu verdâtre argenté à l'extrémité de la bande maculaire orangée, près du bord terminal des ailes inférieures, en dessous. Le cf a les ailes d'un bleu sombre en dessus, avec la bordure noirâtre très large ; le bord des ailes inférieures est dentelé par la saillie que forme l'aboutissement de la nervure, et ponctué de noir- dans chaque espace intranervural.

Le dessous des ailes est d'un gris café au lait très clair; les points noirs ne sont pas très gros; l'érlaircic blanche entre la

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ligne de points noirs et les croissants qui surmontent la bande maculaire orangée, n'est pas très apparente.

Quant à la Ç), elle est en dessus d'un brun roux, sans atomes bleus; la ligne submarginale de croissants jaune orangé semblant entourer à moitié un point noirâtre, est très accentuée et monte jusqu'au bord costal, près l'apex. Dans le ground coloiir du dessous des ailes, la teinte café au lait comporte l'addition d'un peu plus de café que chez le cf ; les points bleu vert argenté brillent d'un éclat extraordinaire.

Lycaena Armoricana, Obthr. {Etudes d'Entovwl.; Liv. XX ; PL 4; fig. 55, 56 {Argus); Rennes). — Obthr. {Etud. Lépid. comparée; IV, p. 187, 188, 189; PI. XL; hg. 275, 276, 277).

Environs de Rennes (forme typique); Landes de Gascogne (Lafaury) ; Belle-Ille-en-Mer (Morbihan) ; Saint-Germain-en- Laye (D"' Joseph Oberthùr) ; Fusio (Suisse), 10-14 juillet 1907 (R. Oberthùr).

Le cf a le dessus des ailes d'un bleu violet soyeux, mais assez sombre; la bordure noire n'est pas très fine; la frange est assez courte; elle ne donne pas un aspect blanc aussi vif que chez Ligur'ica. Les ailes inférieures, un peu plus largement bordées de noir que les supérieures, ont généralement le bord ponctué de noir, dans les espaces intranervuraux.

Le dessous des ailes est d'un brun café au lait foncé. Le café, si l'on peut me permettre cette métaphore, tient, dans le mélange, une place beaucoup plus importante que le lait. Il n'y a presque point d'atomes bleus à la base des ailes. Les points noirs sont assez gros, quelquefois dépourvus de tout cercle blanc. La bande submarginale orange est bien prononcée; les points d'un bleu vert argenté sont au nombre de trois, quatre ou cinq. Ils sont petits, mais ordinairement très éclatants.

La Q est, comme le cf, de taille assez grande; le ground colour, en dessus, est d'un brun roux foncé, avec les croissants orangés

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souvent bien développés, tantôt limités aux ailes inférieures, tantôt s'étendant sur les supérieures, le long du bord marginal. Certains exemplaires sont jaspés de bleu, suivant l'expression de Huebner.

En dessous, les ailes sont d'une teinte café au lait, très chaude et foncée, avec , les taches noires généralement grosses, surtout aux ailes supérieures ; la bande commune orangée est large et très vivement colorée, le long du bord marginal des quatre ailes ; l'espace blanc qui, sur les ailes inférieures, surmonte la ligne de chevrons noirs intranervuraux, — lesquels précèdent la bande submarginale orangée, — est quelquefois nul; d'autres fois plus sensible.

Les points argentés sont petits et brillants.

La Lycœna Annoricana éclôt deux fois par an, d'abord depuis la fin de mai jusqu'au commencement de juillet; puis en août, septembre et même octobre; elle habite les landes où croît VErica cilïaris; je l'ai trouvée à la forêt de Rennes, à Saint-Germainsur-Ille, à Bourg-des-Comptes, à Laillé, à Pléchâtel, à Monterfil, et dans les communes voisines du canton de Plélan-le-Grand, jusque dans le Morbihan, au delà de la forêt de Paimpont, sur le territoire de Beignon. Nul doute que la Lycœna Annoricana n'habite en beaucoup d'autres lieux de notre province.

J'ai répandu l'Espèce dans les collections de mes amis, autant que j'ai pu le faire et je n'ai pas eu de peine à réunir dans ma collection environ trois cents exemplaires des deux sexes qui m'ont permis d'apprécier la variabilité de l'Espèce. J'ai relaté ci-dessus, aussi exactement que je l'ai pu, les caractères distinctifs essentiels et les plus constants.

Lycaena Bellieri, Obthr. {Etncl. Lép'ul. comparée; IV, p. 190, 191; PL XL; fig. 280 et 281).

Corse (Col Marcuggio; Bastelica Zipitoli ; H. Powell. — Montagnes de l'île; Bellier). — Paraît à la fin de juin et au commencement de juillet.

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La Lycœiia Bellieri est ce que les Docteurs-Professeurs d'outre- Rhin qualifiaient de bona species, au cours des opérations commerciales dont les papillons, entre leurs mains, étaient infailliblement l'objet. Nous dirons, nous autres, que c'est une Espèce spéciale dans le groupe d'Argus.

Le cf, en dessus, est d'un violet bleu sombre et sans éclat, quoique d'un aspect soyeux. La bordure noire aux quatre ailes, est large et nette; la frange est blanche; les nervures sont fines, assez saillantes et se distinguent sur le fond bleu violet des ailes, comme si elles étaient elles-mêmes écrites en noir, surtout au voisinage de la bordure noire marginale.

La Q, en dessus, diffère du cf, par ce que le fond de ses ailes est noir, avec seulement la base des supérieures plus ou moins largement semée d'atomes bleus, ainsi que l'espace voisin du bord anal des inférieures.

En dessous, le fond des quatre ailes est gris ; cette teinte grise paraît plus légèrement brunie chez la Q que chez le d" ; les points noirs, assez gros, sont finement, mais nettement cerclés de blanc.

Les taches bleu métallique sont généralement plus faiblement indiquées chez le cf que chez la Q et souvent réduites à un simple point brillant, l^a teinte d'un fauve orangé, placée entre chaque point métallique et chaque chevron noir, est aussi plus sensible chez la Q où elle se prolonge même aux ailes supérieures. Les chevrons noirs, aux ailes inférieures, sont surmontés d'un chevron blanc.

Les antennes sont très finement annelées de blanc et de noir; les pattes sont d'un blanc grisâtre.

A chaque point du bord terminal où aboutit une nervure, on voit une petite tache noire de forme un peu sagittée.

Feu Guenée possédait cette Espèce qu'il avait appelée dans sa collection Bellieri. J'ai conservé le nom. Je transcris comme suit la longue étiquette écrite par Guenée en caractères microscopiques et que je déchiffre à l'aide d'une loupe : <( Diffère de Calliopis par son bleu violet foncé, avec une large bordure noire ; le dessous beaucoup plus sombre, même que chez la Q ^ — (sans

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 48 I

doute de Calliopis) — ; le 5' point plus rentrant et le 8'' des mférieures gros et arrondi; la Q sans lunules fauves — (l'exemplaire de la coll. Gucnée; mais pas les autres) — ; la massue des antennes oblongue et d'un roux clair; celles-ci (les antennes) — longues. Diffère d'/Egon par l'absence de l'épine tibiale; le ton du bleu ; la g ; le contour du dessous, etc.

Je la regarde donc comme une Espèce distincte.

Corse; données par M. Bellicr ».

Guenée possédait 2 cf et 2 Q de moyenne fraîcheur; Bellier avait placé dans sa collection 6 exemplaires très beaux; je suis redevable à M. Harold Powell d'une quinzaine de spécimens superbes pris en 1905. J'ai en outre transmis quelques échantillons à MM. D"' Reverdin et D"" Chapman.

Lycaena Ligurica, Obthr. {Etud. Lépid. comparée, IV, p. 200 et 201 ; PL XLI, fig. 291, 292, 293, 294, 295, 296, 297).

Italie : Cernobbio, au bord du Lac de Côme; Abruzzes; Polleca, Monti Aurunci, Prov. Caserta ; Bavière, reçu de Metzchl, de Ratisbonne; Hongrie; Suisse : Veyrier, Versoix près Genève; Isère : Uriage ; Vichy ; Angoulême ; Dordogne : Brantôme ; Aisne : Samoussy; Asie-Mineure : Tokat ; Nord de la Chine; Mandchourie : Sidemi ; Central Ussuri, Wahl-Pluss, Ursprung des Imans; Corée : Pyong-Yong, entre Séoul et Yalou ; Turkestan : Fort Naryne.

Si j'ai pu dire en parlant de Bellieri que celle-ci est bona species, je puis qualifier Ligurica ài'optima species.

La Lycœna Ligurica a été abondamment figurée sur la PI. XLI, dans le Volume IV des Etudes de Lépidopt. comparée; elle se caractérise comme suit : La taille, surtout à Cernobbio, à Uriage, en Mandchourie, est plus grande que pour les autres Espèces provenant du démembrement à.' Argus.

Le cf, en dessus, est d'un bleu violacé, soyeux, beaucoup moins sombre que le bleu de Bellieri; c'est le bleu lavande ou le bleu

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dauphin; la bordure noire est nette, fine; la frange est très blanche; les nervures sont fines, paraissent légèrement saillantes sur le fond bleu ; chez certains exemplaires, les nervures tranchent en brun sur la teinte bleu violacé du fond; les espaces intranervuraux du bord des ailes inférieures sont tantôt ponctués de noirâtre, tantôt libres de toute ponctuation. Les points d'un brun noirâtre, quand il y en a, sont presque contigus au liséré noir marginal. Certains exemplaires cf de Ligurica ont, en dessus, le même aspect que Sebrus. Même teinte de bleu ; même délicate contexture des ailes; même liséré noir marginal et même frange blanche. Mais chacun sait que le dessous des ailes est bien différent et ne permet aucune confusion.

Le groitnd coloiir du dessous des ailes est d'un gris blanchâtre, sans tendance au brun. Près du corps, les ailes inférieures ont un aspect bleuâtre et le semis des atomes bleus s'étend parfois jusqu'au milieu des ailes. Les points noirs des supérieures sont généralement plus gros que ceux des inférieures; ils sont cerclés de blanc; aux quatre ailes, la bordure submarginale orangée est nettement accusée, non seulement sur les inférieures, mais aussi sur les supérieures où elle se prolonge jusqu'au bord costal, près de l'apex.

La Q diffère du cf en ce que, en dessus, elle est d'un brun roux, plus ou moins saupoudré d'atomes bleus, vers la base des supérieures et surtout aux inférieures, le long du bord anal. Les taches marginales orangées sont plus ou moins apparentes, principalement aux inférieures; quelquefois elles se prolongent sur les supérieures. En dessous, le ground coloiir est d'une teinte grise, très claire, légèrement additionnée de brun, de manière à donner le ton café au lait très pâle, ce qui n'a pas lieu chez le cf-

La bordure orangée est plus large chez la Q que chez le cf et d'une teinte un peu rouge. On distingue aux ailes inférieures quelques points bleu d'argent. Chez le cf, ces points bleu d'argent existent aussi, mais de dimension très réduite. La frange des ailes de la Q est d'un blanc très pur.

Si l'on cherche dans le Répertoire des Couleurs pour aider

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 483

à lu (létcrvnnation des couleurs des ileurs, des feiùllages et des intïts (Rennes, Imprimerie Oberthùr, 1905), on trouve que la tcnite du dessous des ailes de Lycœna Ligiirica cf peut s'assimiler au gris désigné sous le nom de <( Bleu Plumbago, n" i )>, dont les synonymes sont, en allemand : Bleiivurzblau; en anglais : PliiDtbago bluc; en espagnol : Azul de Plumbago; et en italien : Tnrchino Plomba go.

La tonalité générale est celle des fleurs de la Dentelaire du Cap, dit l'Auteur du Répertoire en question.

Je pense que Insularis, Leech, du Japon, figuré sous les n°' 5 (q) et 8 [^çS) de la PL XXXI, dans Biitterflies from China, Japan and Corea, et figuré de nouveau, sous les n°^ 305 et 306 de la PL XLII (Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée'), peut se rapporter, comme variété, à l'unité spécifique : Ligurica.

Quant à .dïgina, Leech, de Tâ-tsien-lou (Butt. from China, etc. ; PL XXXI, fig. Il), et Obthr. {Etiid. Lépid. comparée; Vol. IV; PL XLI ; Q, fig. 301), dont j'ai reçu jusqu'ici seulement un petit nombre d'exemplaires (3 cT, 6 Q ), il me semble qu'il peut être considéré comme une variété de petite taille de Ligurica, à cause de la similitude des ailes du cf, en dessus.

La forme figurée par Herrich-Schaeffer, avec le nom de Bella (cf, fig. 227, 228), ressemble pour le dessus des ailes à Bellieri; même teinte de bleu ; même large bordure noirâtre. Je possède seulement 3 cf de Berut-Dagh (Taurus). C'est un matériel insuffisant pour rattacher exactement Bella à l'Espèce dont elle dérive. Je n'ose donc l'inscrire, avec certitude, comme une morphe de Bellieri, bien que ce soit, jusqu'à plus ample information, l'opinion à laquelle je m'arrête. En tout cas Bella se rapproche beaucoup plus d'Argus que d'yEgon et en classant Bella comme variété d'^Egon, dans leur Catalog 1901, Staudinger et Rebel ont commis une faute qui semble indiquer que ces Auteurs ne savaient même pas exactement distinguer Aigon d'Argus

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

Dans tout le présent travail, je me suis servi des dénominations Aigon et Argus en faisant connaître, ainsi que je l'ai exposé plus haut, les raisons de ce choix. Mais il faut, bien entendu, se souvenir que /Egon^ suivant moi, est V Argus, Linné, du Catalog 1901, et Q^W Argus, toujours suivant ma détermination, est V Argyroonojuon du même Caialo^.

Je laisse /Egon de côté pour cette fois, bien que la race bretonne de la Lycœna Aigon me semble très digne d'intérêt et je passe à un commencement d'étude de la Lycœna Alcon. Nous avons remarqué que presque tous les pieds de Gentiana Pneumonanthe se trouvent, dans la lande, constellés de petits points blancs qui sont des œufs de la Lycœna Alcon, tels que les montre la photographie d'un plant de la Gentiana publiée dans cet ouvrage.

J'ai apporté dans mon jardin, à Rennes, des pieds de Gentiana Pneiimonanthe et je les ai plantés de telle façon que la reprise a été certaine. Nous avons observé que la petite chenille di^ Alcon sort de l'œuf blanc par le côté intérieur, de telle façon que le côté extérieur de l'œuf, c'est-à-dire sa façade, ne soit pas troué et reste nettement blanc; la petite chenille vit pendant quelque temps dans l'intérieur de la fleitr des Gentianes.

Quand il pleut, la fleur se ferme et la chenille se trouvant abritée, ne souffre pas des intempéries : s'il fait beau temps, la fleur s'ouvre et la petite chenille jouit du soleil et de l'air pur.

Les petites chenilles mangent tous les organes intérieurs de la fleur, puis disparaissent. Où vont-elles ? Dans quelles conditions passent-elles l'hiver ? Comment se comportent-elles au printemps ? C'est ce que j'ignore encore. Peut-être de plus savants que moi sont-ils mieux renseignés ? Toujours est-il que l'an prochain, nous avons formé le projet, M. Powell et moi, avant l'éclosion du papillon, — ce qui a lieu, chez nous, depuis la fin de juillet jusque vers le 20 août, — de rechercher dans les landes où nous avons constaté la présence du papillon en 1916, les chenilles et les chrysalides de Lycœna Alcon.

Le cT, à l'état parfait, varie peu. La Q est plus variable; je

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 485

fais représenter trois Q prises en août 19 16, dans la lande do Laillé; il y a une forme dépourvue de bleu, en dessus, et semblant entièrement brune, mais avec les taches noires ordinaires apparentes sur le fond brun; d'autres Q ont l'espace basilaire plus ou moins largement saupoudré d'écaillés bleues, avec les taches noires très apparentes. Elles ressemblent alors, en dessus, absolument à la forme alpine d'Arion. Je fais représenter en même temps que quatre Alton, des environs de Rennes, une belle paire des Alpes-Maritimes. Le cf, en dessus, est remarquable par une bordure de macules intranervurales noirâtres, submarginale, parallèle au bord terminal des quatre ailes et par un point noir cellulaire. Il est de plus grande taille que le cT breton. Il a aussi la forme des ailes plus arrondie.

Alcon est très répandu dans les landes de Bretagne; il habite tout autour de Rennes, où pousse la Gcntiana Pnenmonanthc; on le rencontre aussi dans la Loire-Inférieure, aux environs de Nozay, et dans le Morbihan.

J'ajoute à la figuration de Lycccna Alcon une iconograpliie assez importante de Lycccna Arion, comme suit :

i" Un cf Arion de Gèdrc (Hautes-Pyrénées), dont je suis redevable à la générosité de mon ami Rondou. Cet e-xemplaire n'a d'autre tache noire en dessus que le trait cellulaire des ailes supérieures. Il ressemble donc beaucoup à Alcon.

2° Un Arion cf, pris, en juillet iQiO, à Pléchâtcl, dans la vallée de la rivière de Vilaine, un peu au delà de Bourg-des-Comptes; les ailes inférieures sont dentelées; les points noirs des supérieures sont très petits, ce qui arrive assez fréquemment chez V Arion cf breton. Les points noirs en question peuvent même faire complètement défaut, aussi bien que dans V Arion do Gèdrc.

3° Un Arion g de Pont-Labbé-Lambour (Finistère). Je dois à M. le Docteur Picquenard, adjoint au maire de Quimper, Botaniste des plus distingués, la connaissance de V Arion finistérien.

11 est intéressant de constater que Lycccna Arion se rencontre à l 'extrême sud-ouest de la Bretagne armoricaine, comme à

486 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

l'extrcme sud-ouest de la Grande-Bretagne. D'ailleurs, d'après les échantillons anglais d'Arion que renferme ma collection, la morphc de Bretagne armoricaine serait bien semblable à celle du sud-ouest de l'Angleterre.

4" Arion-Obsciira, Freyer. — Je fais représenter : i O de Fusio; I cf de Zermatt ; i cf de la région à l'est de Zlatoust, dans l'Oural méridional. — Le cf est presque tout noir en dessus; il contraste avec la forme Lïgnrica, des Alpes-Maritimes. — i cf, des Alpes-Maritimes, dans la montagne, tandis que Lïgnrica habite sur les collines du littoral.

5" Arion-Ligurica d", cf, Q, Q, Obthr., des Alpes-Maritimes, depuis Nice jusqu'à S. Remo; la couleur bleue du dessus des ailes est claire et éclatante; les taches, d'un noir vif, sont parfois très larges et confluentes. En dessous, le groitnd coloiir est d'un gris jaunâtre vif, au lieu d'être gris de cendre sombre, comme dans les autres formes. Ce caractère est constant et différencie nettement la morphe Ligurica de toutes les autres formes connues.

6" Arïon-V ernetetisis Q, Obthr., de Vernet-les-Bains (Pyrénées- Orientales) ; intermédiaire entre Ligurica et les autres formes françaises d'Arion.

7° Arion-Major g, Obthr., d'Atzwang, près Bozen, remarquable par sa grande taille (Voir : Etiid. Léficl. comparée; IV, P- 327).

8" Arion-Arionicles Q, Stgr., d'Ussuri-District ; entre la Corée et la région de l'Amour. Le dessous est d'un gris bleuâtre clair; le dessus est bleu clair, avec les taches noires nettes et grosses ; la taille est très grande.

Arionides a été figuré dans les Mémoires sur les Lépidoptères, rédigés par N. M. Romanoff, sous les n"'' \ a, \ b çX i r de la PL VIT du Volume III.

9" Arion-Cyanecida cf, Q, cf ; de Fort-Naryne, dans le Turkestan Oriental (G. S. Akulin), et du Nord de la Chine (Abbé Armand David).

La race du Turkestan est plus petite que celle du Nord de la

LÉPinOPTÉROLOGIE COMPARÉE 48/

Chine; elle a été figurée sous les n"" 593 et 594 dans Systematische Bcarbeifung der Sckinetterlinge von Eiiropa, par le D"" G. A. W. Hernch-Schacffcr (Regcnsburg, 1S43).

En dessous, la base des ailes inférieures est entièrement et largement d'un bleu verdâtrc, surtout chez les cf. En dessus, dans les deux sexes, le bleu du fond des ailes est pâle.

Je ne fais pas représenter de nouveau Y Arion-Talsienliùca dont j'ai déjà publié la figure sous les n°' 1121 et 1122 de la PI. CXXVI du Vol. VI des Etudes de Lèfïdopiérologie comparée; mais je crois intéressant de publier la figure de la jolie Lycœna Divina, Fixsen, de Séoul, en Corée, bien que la figuration en ait déjà été donnée dans le Vol. III des Mémoires sur les Lépidoptères, par N. M. Romanoff, sous les 11°' 5 ^7 et 5 /^ de la PI. XIII.

En dessus, Divina semble appartenir au groupe d'Arion, mais la bande submarginale orangée des ailes inférieures, en dessous, éloigne sensiblement Divina d'Arion et de toutes les morphes qui y sont spécifiquement rattachées.

En publiant toute cette figuration d'Arion, je ne fais que remplir une sorte d'obligation dont j'avais prévu la réalisation à la page 327, dans le Volume IV des Etudes de Lépidoptérologie comparée, presque à la fin de la notice consacrée à l'histoire des diverses variations de la Lyccena Arion.

Nous ne connaissons pas encore très exactement toutes les circonstances biologiques relatives à la Lyccena Arion. Le Docteur T. A. Chapman a publié dans les Transactions of the entomological Society of London, en juin 19 16, sous les titres : What the larva of « Lycœna Arion » does during its last instar? (Read june 2nd, 191 5) et Observations completing an outline of the Life History of « Lycœna Arion )> (Read october 6th, 1915)-

Je suis convaincu que les Entomologistes qui ne sont pas de langue anglaise, liront avec infiniment d'intérêt la traduction en français des travaux du D"" Chapman. J'ai demandé cette traduction à un professeur d'anglais établi à Rennes ; mais ce professeur

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

n'est pas Entomologiste et il y a des termes avec lesquels il n'est pas familier. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas oublier que nous sommes en guerre et que rien n'est facile en ce moment.

Voici donc la traduction française des notices écrites en anglais par le D"" T. A. Chapman et concernant la Lycœna Arïon, telle que j'ai pu l'obtenir :

c( Ce que fait la larve de LYCŒNA ARION pendant son dernier stade

Par T. A. Ch.\1'M.\x, Docteur en Médecine, Membre de la Société de Zoologie.

Pendant de nombreuses années, l'histoire de la vie du Lycœna Arion a été une énigme, et a beaucoup intéressé et occupé ceux d'entre nous qui trouvent que les habitudes des papillons, et surtout celles des papillons britanniques, dans leurs premiers états, présentent un sujet biologique absorbant, digne de notre meilleure attention.

Je suis dispensé de redire tout ce que l'on sait déjà, ab initia, par le précieux résumé de tout ce qui a été connu jusqu'à l'année dernière, et qui nous fut donné par le Rcv. Georges Wheeler, dans British Lepidoptcra de Tutt, Vol. XI, p. 331 et seq., où l'on y verra des renvois aux endroits où l'on peut trouver les faits rapportés.

Il pourrait être utile cependant de récapituler suffisamment pour montrer clairement en quoi consistent l'énigme et le mystère.

La majorité des papillons bleus européens hiverne à l'état de larve, dans leur troisième stade, ayant en tout cinq stades. Certains hivernent à l'état de larves grasses et pleinement développées; d'autres à l'état de pupes et d'autres à l'état d'œufs. Chacune de ces différentes habitudes, ou plutôt stages d'hibernation, est adoptée par plus d'une Espèce.

L. Arion diffère de toutes celles-ci et ne s'accorde avec aucune autre Espèce dans sa manière de passer l'hiver.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 489

Il n'est pas le seul, je crois, à n'avoir que quatre stades; mais d'en avoir cinq est, on peut dire, la règle chez ces papillons.

Se nourrissant de thym, principalement des fleurs, il atteint enfin le quatrième stade, qui est le dernier, vers le mois d'août et alors entre dans l'hibernation. Au moment où il le fait, il est si petit que jusqu'à ce que M. Frohawk {Entom., Vol. XXXIX, p. 145) n'ait montré qu'il était encore dans le même stade quand il fut complètement développé au printemps, on ne put s'empêcher de supposer qu'il aurait eu au moins une mue de plus au printemps, que probablement on avait fait quelque erreur en le croyant dans le quatrième stade et qu'il devait être dans le stade normal d'hibernation; le troisième adopté par tant d'Espèces.

La découverte de M. Frohawk a résolu un problème très remarquable que notre ignorance antérieure avait pratiquement empêché de solutionner. Ce problème était : Quand la larve entre en hibernation, combien avait-elle encore de stades à traverser, avant d'arriver au développement complet? Et la réponse stupéfiante était : Aucun; elle était déjà dans son dernier stade.

Il nous força à regarder comme étant encore plus difficile et pressante la question de savoir comment cette larve minuscule, longue de 1/8*" de pouce, avait atteint ses dimensions définitives de plus de 1/2 pouce de long et était devenue épaisse en proportion ; en somme une larve pouvant produire un papillon aussi grand que le Lycœna Arion.

S'est-elle nourrie fortement à l'automne, dans l'hiver ou au printemps, ou pendant deux de ces saisons, ou pendant toutes trois? Quelle était sa nourriture?

La base la plus acceptable pour une hypothèse semblait être qu'elle était en quelque manière rattachée au.x fourmis; cependant il y avait quelque chose à dire en faveur d'une diète végétale. Ces questions ont été discutées par diverses personnes dans différents journaux dans le but de trouver la meilleure façon pour étudier ce problème à fond.

11 y aurait intérêt à discuter en détail les diverses idées suggérées, puisque par une combinaison de persévérance et de bonne

490 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

chance, presque égale à celle de M. Frohawk, je puis donner, non certes, l'histoire complète, mais certainement son fait principal et des renseignements suffisants pour comprendre cette histoire.

Le 4 mai 191 5, en mettant des plantes sur un nid de Myrmica Scabïinodïs var. Sabideti, et en remuant la terre tout près d'une touffe de bruyère, une larve de L. Arïon fut trouvée; elle semblait être parmi de la terre cassée sur laquelle les fourmis avaient marché et si elle n'était pas, de fait, dans le nid, elle était à moins d'un pouce de la terre actuellement occupée par les fourmis.

Malheureusement, pendant qu'on dérangeait les plantés et le sol, la larve fut abîmée.

Elle avait 1 1 mm. de long et à peu près 3 mm. d'épaisseur. Elle était couleur de chair, pâle; elle n'avait aucune trace de vert, nulle part, et l'impression qu'elle nous fit, était qu'elle devait être un nourrisson (feeder) caché. M. Frohawh, aussi bien que moi-même, nous considérâmes qu'elle était loin d'être complètement développée. Des contenus sombres de l'extrémité postérieure du canal alimentaire étaient visibles, brillants à travers la surface ventrale; ailleurs, la larve était trop opaque pour voir s'il y avait d'autre matière nutritive à l'intérieur.

La larve fut trouvée près de la surface, mais dans quelle situation par rapport aux fourmis : on n'a pu l'établir, la terre ayant été déchiquetée avant que nous ayons aperçu la larve ; mais elle n'était certainement dans aucun tunnel ou chambre permanente du nid; elle était plus probablement parmi la matière superficielle moins compacte, amenée en haut par les fourmis, et non encore consolidée et parmi laquelle les fourmis, dans des chambres faiblement construites, disposent temporairement leurs larves pendant les journées belles et chaudes.

La fourmi à laquelle cette larve était rattachée, était la Myrmica Scabrinodis var. Sabideti; je dois ce nom à M. Donisthorpe, qui me donne aussi les noms suivants des fourmis que je lui avais envoyées comme étant des Espèces plus ou moins fréquentes ou

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 49I

communes dans la localité : Donisthorpea {Lasius) Aliéna, D. Flava, Tctrauiorium cœsfïtiun et Myrmica Scabrinodis. Quant à savoir si la larve est trouvée avec quelques-unes de celles-ci ou même avec elles toutes, cela reste à chercher. On a supposé que D. Flava était son hôte, si elle avait une fourmi comme hôte, et ceci est probablement exact, quoique les raisons pour notre supposition sont : que le thym sur lequel pondent les papillons, est souvent celui qui pousse sur les monticules du D. Flava et que les larves et les pupes trouvées par M. Frohawk furent apparemment près de ou sur un tel monticule. Néanmoins ces fourmis sont tellement nombreuses et leurs nids sont si rapprochés les uns des autres, — et presque pourrait-on dire mélangés les uns et les autres, — que, à moins de trouver de fait la larve vivant avec les fourmis, et non pas seulement sur leurs nids ou près d'eux, on ne peut être certain du tout si leur prétendu hôte en est vraiment un. D'un autre côté, D. Flava fait des chambres et des galeries, qui paraissent très convenables comme demeure pour un L. Arion, plus vastes, plus définies et plus précises que celles qu'on a remarquées chez les autres fourmis; cependant moi-même et d'autres, nous avons déterré et examiné de près des douzaines de nids de D. Flava, sans rencontrer aucune larve de L. Arïon dans le nid même.

L'espoir de découvrir ce que mangerait la larve, fut vain à cause de la blessure faite à cette dernière : il restait pourtant la possibilité d'apprendre ce qu'elle avait mangé par l'examen du contenu du canal alimentaire. Par bonheur, cet examen prouva être une ligne satisfaisante de recherche et a permis de déterminer facilement son histoire récente au point de vue de la nourriture.

La masse sombre vue à travers la surface inférieure, était la partie postérieure du boyau rempli d'une matière foncée. Elle avait 3 mm. de longueur et plus de o mm. 5 d'épaisseur. Elle était plutôt dure et solide et elle est restée ainsi; car je ne l'ai pas cassée, mais montée dans Farrant^ s inedmm; sa structure est assez évidente. Plus en avant dans le boyau, il y avait aussi des por-

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

tions de matière. Celles-ci étaient molles et furent facilement aplaties entre les lamelles de la préparation.

La partie postérieure de la masse sombre est appréciablement plus courbe et plus mince que la partie en avant. Elle présente une quantité de matière granuleuse dans des couches d'apparence plus sombres et plus claires. Elle pourrait, si elle était cassée, quoique je n'y compte guère, donner une matière de structure de laquelle on pourrait tirer quelques renseignements. Jusqu'Ici cependant je ne l'ai pas cassée. La partie en avant semble consister en une masse de poils minuscules de grandeur et de structure presque uniformes.

La matière moins dense, trouvée plus en avant dans le boyau, présente une quantité de poils identiques, mais aussi des petits corps chitineux triangulaires ressemblant beaucoup aux mandibules de quelque insecte.

M. Donisthorpe m'ayant dit que la fourmi avec laquelle j'avais trouvé la larve était la M yriiiica Scabrinodis var. Sabiilcti, cela me fit me rappeler que l'année dernière, j'avais examiné et monté des spécimens de la larve de Myrjuica Scabrinodis. Celles-ci devenaient manitenant très utiles, et pour abréger l'histoire, une comparaison de la peau larvale de la Myniiica Scabrinodis et du contenu du canal alimentaire de mon spécimen de la larve de L. Arion, montra que les poils dans Arion s'accordèrent exactement avec ceux de la larve ayant atteint la croissance complète de Myrmica Scabrinodis et que les triangles chitineux s'accordèrent avec les mandibules de la même larve.

Rien d'un caractère végétal ne fut trouvé parmi ce contenu, et on ne pouvait pas douter que la larve de L. Arion avait mangé beaucoup de larves de la Myrmica Scabrinodis et rien autre chose pendant une longue période.

La masse sombre des dejecta dans le boyau inférieur suggère plusieurs idées. Premièrement peut-être, il semble très probable que la larve de L. Arion, dans son dernier stade, se conduit comme les larves de beaucoup d'abeilles et de guêpes, de divers parasites, tels que le Metoecus et d'autres insectes, qui vivent de

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 493

matières pratiquement toutes entièrement digestibles et contenant très peu de matière stérile; c'est-à-dire que, jusqu'à la fin de la croissance, elle n'évacue pas ce qu'il y a dans le boyau, mais laisse toutes les matières non digérées ou stériles s'accumuler dans le rectum pendant toute la période de la croissance, pour être rejetées, quand approche la période de la pupation. Dans le cas de certains ichneumons, le rectum est, si je me rappelle bien, vidé par l'imago lui-même.

Cette hypothèse est en elle-même très remarquable comme étant applicable à la larve d'un papillon; mais il semble difficile d'expliquer de toute autre façon la masse de poils des larves Scabrinodis qui représentent, évidemment, un nombre d'unités dont la consommation a dû prendre un temps considérable, beaucoup plus long que le temps passé par les larves de papillons entre chaque action de défécation. La masse occupe aussi son emplacement d'une façon très dissemblable à de la matière qui serait passée à travers le canal suivant la manière habituelle et régulière.

Si nous adoptons cette hypothèse, alors la division de cette masse en deux parties soulève deux questions de plus.

La partie inférieure et, par conséquent, la partie formée la première, ne donne aucune indication quant à la nourriture qu'elle représente; l'autre partie, formée plus tard, représente de nombreuses larves de la M yrmica Scabrinodis, toutes apparemment dans leur dernier stade.

Est-ce que la première partie représente une nourriture différente? Elle ne représente certainement pas les larves pleinement développées de la fourmi. Vient-elle de ce que la première nourriture était de l'ova ou des jeunes larves de la fourmi qui furent plus complètement digestibles et ne laissèrent ainsi aucun détritus reconnaissable? Est-ce que la première nourriture fut végétale, comme le suggèrent des observations de AL Frohawk? Ou bien y a-t-il quelque autre explication possible? Sur ce dernier point, on pourrait, mais sans grande utilité, avancer plusieurs explications.

494 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Comme cette larve me fournit une peau à une période où la croissance n'est pas complète, mais cependant pas très loni de l'être, il pourrait être utile de la comparer à la petite larve qui disparaît à l'automne, car les matériaux pour cette comparaison, que j'avais employés en collaborant à l'histoire des espèces de M. Wheeler, quoique étant parfaitement satisfaisants et concluants pour moi-même et la plupart des gens, ne fournissaient cependant que des photographies fragmentaires, de sorte que une ou deux photographies de ces spécimens peuvent être utiles.

Ces photographies confirment aussi un point auquel on a déjà fait allusion plus d'une fois et qui est : que ce spécimen ne fut pas complètement développé. En les comparant avec les photographies dans (( Bril. Lep. » de Tutt, de la larve de M. Rayward, on verra que les mamelons de poils sont beaucoup plus rapprochés qu'ils ne le deviennent chez la larve qui a atteint la croissance complète. On peut aussi remarquer que les mamelons de poils sont en général entourés d'un espace qui n'a pas de spinules visibles, les faisant ainsi ressembler au centre d'un cercle.

La petitesse de la tête pour une si grande larve est presque ridicule, malgré que la larve n'est pas complètement développée.

La glande à miel si proéminente dans la larve d'automne, à cause de sa grosseur relativement grande, reste de la même grosseur et paraît extrêmement petite (comparée avec d'autres larves Plebeid) à cause du développement du reste de la larve. On est enclin à la regarder comme étant encore fonctionnelle, les quatre cercles vus au fond du creux étant très distincts. Il est possible cependant que ceux-ci auraient exactement le même aspect si la fonction était suspendue, malgré qu'ils soient un trait commun à toutes les glandes à miel fonctionnelles que j'ai examinées.

Le fait que Arion soit Carnivore dans son dernier stade, à l'état de larve, nous donne non seulement un Lycœnide de ce caractère dans la faune d'Europe que nous n'avions pas auparavant, — quoique on en possède dans d'autres endroits du globe, — mais il nous donne aussi l'habitude très remarquable de ce

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que la nourriture est végétale pendant les premiers stages et animale dans les derniers : je n'ai pas besoin de développer d'autres points curieux dans l'histoire de sa vie, mais je dois ajouter que les autres Lycœnines européens, ses parents les plus proches, les Melanops, les Cyllarns, les Euphemus, les Arcas et les Alcon, semblent avoir plus ou moins les habitudes ordinaires des Lycœnides.

Observations complétant une esquisse de la vie de la larve de LYC^NA ARION

Le 2 juin 191 5, j'ai rendu compte à la Société d'une découverte petite, mais importante, sur les habitudes et la nourriture de la larve de Lycœna Ariuri, alors qu'elle atteignait la fin de la croissance au printemps. Cette découverte montrait qu'à ce stage elle vivait dans ou près du nid de la Mynnica Scabrinodis, Nyl., et se nourrissait de la larve de cette fourmi; je fis remarquer que la larve n'accomplissait pas la première partie de sa vie à la manière ordinaire des Lépidoptères.

Bien entendu, je désirais vivement apprendre quelque chose des habitudes automnales de la larve; c'est-à-dire à partir du point d'où tous les efforts précédents pour tracer ses agissements, avaient, malgré des études sérieuses et prolongées, faites par de nombreux observateurs, complètement échoué.

Avec les résultats acquis au printemps, il y avait plus d'espoir de réussir, puisque maintenant nous avions, pour nous guider, le fait que la larve fréquentait les fourmis et faisaient proie de leurs larves ; quel que puisse être le nombre d'Espèces de fourmis sur lesquelles elle vivait, il était au moins certain que la Myrniica Scabrinodis en était une.

Grâce à l'amabilité de notre président et de M. Frohawk, j'ai obtenu quelques œufs de L. Arion, au mois de juillet; en août,

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j'avais élevé quelques larves jusqu'au point critique. Je suis obligé envers M. Donisthorpe pour ses conseils et son aide au sujet des fourmis et surtout pour deux nids d'observation de la fourmi Mynnica Scabrinodis, un du type et un de la variété Sabiileti.

Parmi d'autres observations, j'ea ai fait quelques-unes très imparfaites au sujet du Donïsthorpea Flava, De Geer. Je n'ai ni maintenant, ni dans des années précédentes, réussi avec une évidence réelle quelconque, à montrer que la larve de Z. Arion peut vivre dans le nid du D. Flava.

D'un autre côté, ce n'est pas surprenant, surtout puisque toute information exacte est si récente, et ayant en vue la difficulté de prouver que ce n'est pas vrai, qu'on n'ait aucune preuve qu'elle ne puisse pas vivre avec le D. Flava. Mais il reste, comme une circonstance très importante, ce fait que tous les efforts qui ont été faits et auxquels j'ai pris ma part pour trouver la larve avec le D. Flava, n'ont pas eu le moindre succès; ce qui fait fortement croire que la larve ne fréquente jamais cette fourmi. Les monticules du D. Flava sont très souvent couverts de thym, sur lequel, comme sur d'autres plants de thym, les Q Q de L. Arion pondent indifféremment leurs œufs. C'est pour ceci sans doute qu'on a toujours supposé que le D. Flava était la fourmi, — s'il y avait une fourmi, — affectionnée par L. Arion. Il est exact, bien entendu, que les nids de la M. Scabrinodis sont communs, souvent même aussi nombreux que ceux du D. Flava, mais beaucoup moins visibles ; aussi, dans plus d'un cas, je puis confirmer la remarque de Frederick Smith qui dit au sujet du Donisthoïpea {Formica) Flava (Musée Britannique, Catalogue Fossorial Hymenoptera Formicidœ et Vespidœ, page i6, 1858) : (( On trouve quelquefois cette Espèce occupant un côté d'un monticule, tandis que la Myrniica Scabrinodis s'approprie l'autre ».

J'ajoute les notes des observations de M. Donisthorpe aux miennes; il pourrait être utile avant d'en donner connaissance, de constater brièvement ce qu'elles démontrent.

Quand la larve de L. Arion quitte le thym et s'en va dans ses randonnées, il y a une indication vague que si elle rencontre

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la piste de la Myrmica Scabrinodis, c'est-à-dire un de ses sentiers battus, elle l'accepte comme une route à suivre. Elle finit par rencontrer, ou bien elle est rencontrée elle-même par une fourmi de cette Espèce (ou quelque autre). Il se peut cependant que cette première fourmi et d'autres n'y fassent pas attention, mais à la fin, l'une d'elles s'en occupe. La fourmi l'examine et procède d'une manière semblable a celle que suivent les fourmis quand elles traient les larves lycéniennes; elle va même plus loin; elle la quitte et trace des cercles tout autour d'elle, revient et trait la larve de nouveau; il peut arriver alors qu'elle répète son manège plusieurs fois. Enfin, par une convention quelconque, apparemment sur quelque signal donné par la fourmi, la larve se donne une forme des plus extraordinaires, gonflant les segments thoraciques aux dépens des autres; une forme telle que je n'en ai jamais vu prendre par aucune autre larve. La fourmi la saisit alors derrière le thorax et la porte à son nid. Ici, la larve s'associe avec les fourmis; mais elle ne reçoit que peu, même aucune attention de leur part; elle reste toujours dans un endroit où les fourmis entourent en grand nombre la masse de la couvée et c'est sur cette couvée que L. Arïon se nourrit et grandit rapidement jusqu'à ce qu'elle ait atteint une longueur de 8 à lO mm. Sa croissance est si rapide qu'elle en aurait atteint la fin, avant novembre, si elle continuait à croître, dans la même proportion. Mais comme elle n'est pleinement développée qu'en avril, il s'ensuit qu'elle prend un repos hivernal quand elle est parvenue à la moitié de son développement.

Mes notes avec les remarques auxquelles elles donnent lieu sont comme suit ; mais je donne d'abord celles de M. Donisthorpe.

Voici le compte rendu relatif aux deux larves de L. Arion mises dans un nid d'observation de M. Scabrinodis qui appartenait à M. Donisthorpe, le 4 août et de deux autres relatés par lui à intervalles, comme suit :

Le ç août. — La larve qui fut mise dans le nid, en sortit pendant la nuit; mais je la remis dans le nid et je l'enfermai

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avec du sable, ainsi que l'autre. Cette dernière fut entraînée dans le nid par une fourmi, mais ne fut pas blessée; beaucoup de fourmis se rangeaient autour d'elle. Aujourd'hui, je ne puis voir qu'une larve; mais elle est au milieu des fourmis et de leur couvée et elle est devenue nettement plus grande. Il y a des œufs et des jeunes larves de fourmis dans le nid ; je trouve en outre des larves et des pupes plus vieilles.

Le II août. — Une des larves est encore dans la grande chambre; mais elle est généralement couverte par les fourmis et leur couvée; quand j'enlève le couvercle et quand toutes les fourmis courent dans les galeries et autres parties du nid, la larve est découverte et se meut lentement; elle est encore plus grande aujourd'hui. Je ne puis voir l'autre larve ô.' Arïon nulle part; mais il y a beaucoup d'endroits dans le nid en terre où elle peut se cacher.

Le /j août. — M. Donistorphe a reçu deux nouvelles larves, peut-être pas aussi fraîches qu'on aurait pu le souhaiter; il note qu'il introduisit une larve dans un nid de Scabrinodis; il n'y fut pas donné grande attention. La larve se promenait dans la chambre claire et grimpait sur le côté; elle était encore sur la cloison à une heure.

A la même date, on introduisit l'autre larve dans la chambre claire d'un autre nid de Scabrinodis. Une ^ s'en occupait beaucoup; (la larve se gonfle en avant comme il a été décrit par le docteur Chapman). A une heure, la larve est restée dans le même endroit et une ^ s'en occupait beaucoup.

Le 16 août. — Il dit : (( Aujourd'hui, elles sont mortes toutes deux; une d'elles a l'air d'avoir été tuée par les fourmis qui ont sucé son corps jusqu'à dessiccation. Cependant tout allait bien au début; elles vécurent dans les colonies pendant deux jours ».

Plus tard, il m'envoya les larves mortes en me disant : <( L'une d'elles a dû mourir, je crois qu'elle n'est jamais sortie de la première chambre (la chambre claire, sèche) ; on y fit peu d'attention. L'autre fut tuée, je crois, et sucée jusqu'à être vidée, du

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moins, il me semble qu'il en a été ainsi. Les fourmis s'en occupèrent beaucoup; hier, elle était morte dans la dernière chambre (la chambre sombre, humide) ».

M. Donisthorpe m'envoya ces trois larves mortes.

L'aspect des larves desséchées comme elles l'étaient, justifiait les conclusions de M. Donisthorpe; mais après les avoir trempées et macérées, elles paraissaient toutes deux avoir la peau également intacte. La cause probable de la différence de leur aspect est que les deux larves sont mortes d'épuisement de ce fait qu'elles n'atteignirent pas les nids (et la couvée) des fourmis assez tôt ; celle qui est morte en dehors du nid, c'est-à-dire dans la chambre claire (ou sèche) et que les fourmis traitent comme ne faisant pas partie du nid, y cherchant de la nourriture et y déposant leurs excrétions, ne fut jamais touchée par les fourmis; l'autre, un peu moins épuisée, atteignit le nid, mais trop tard, et, mourante dans le nid; elle fut examinée et remuée par les fourmis, et étant flasque et inélastique, elle conserva les impressions de leurs mâchoires, sans avoir été détériorée par elles. Ce point est intéressant ; car il porte sur la question de savoir si la M. Scabrïnodis peut être hostile aux larves de L. Arion, dans des circonstances particulières.

Le i6 août. — La vieille larve dans le nid en terre est bien portante et plus grande. Toujours dans le même endroit.

Le i8 août. — La larve est encore plus grande; elle est dans l'autre côté de la grande chambre.

Le iç aoîit. — Hier, la larve était dans la grande chambre, dans le nid en terre, et était considérablement plus grande. Je l'ai mesurée en mettant mon échelle-micromillimétrique sur le verre au-dessus d'elle. Elle avait un peu plus de 5 mm. de long et large en proportion. Aujourd'hui, je ne puis ni la voir, ni la trouver; elle n'est pas dans la boîte à l'extérieur du nid, car j'ai fouillé dans tous ses coins et j'ai ramassé tous les grains de sable ou restes d'insectes rejetés par les fourmis et j'ai examiné ces matières avec une loupe.

Ou'a-t-elle pu devenir? A-t-ellc pu s'enfouir dans la terre?

500 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

J'écarte l'idée qu'elle ait été détruite par les fourmis, après être restée dans le nid pendant 14 jours.

Le j/ août. — Je n'ai pas vu ma larve depuis. Je la cherche tous les jours. Je crois que sa nourriture était composée en grande partie des gouttelettes de la sécrétion et des boulettes des fourmis. Je ne l'ai jamais vue se nourrir de la couvée; mais elle paraissait manger souvent sur le plancher du nid. Celle-ci est (comme je l'ai démontré, voir Ent. Rec, Vol. 24, pages 35 à 36, 191 2), la nourriture de la larve de la mouche : Microdon Mutahilis.

(( Le i/f. septembre. — Je n'ai pas revu ma larve, et je n'ai pas pas non plus trouvé son corps, ni aucune des parties de ce corps ».

Ces observations de M. Donisthorpe soulèvent un ou deux points qui valent la peine d'être discutés. Le plus important est celui qui porte sur la supposition que la larve se cache pendant l'hiver, dans de la terre cassée, dans ou près du nid. Comme il n'y avait pas de terre du tout dans mes nids en plâtre, ces derniers ne pouvaient me renseigner sous ce rapport ; mais la plus belle larve était beaucoup plus grande et plus vieille que celle de M. Donisthorpe, quand elle est morte, de sorte que la théorie paraît être douteuse; mais on ne peut pas la rejeter simplement. Si la théorie est juste, cette larve pourrait réapparaître.

L'autre point soulevé porte sur la nourriture. Puisque mes larves mangent les larves des fourmis, il semble peu probable qu'elles mangeraient les gouttelettes et les boulettes des fourmis. Rien dans les agissements de mes spécimens ne confirmait une telle idée. Il est probable que M. Donisthorpe qui n'est peut-être pas très familier avec les habitudes et manières des larves lycéniennes, a été induit en erreur par les mouvements lents de va-et-vient latéraux de l'avant et de la tête de la larve pendant qu'elle marche avec un air délibéré. Le mouvement signifie peut-être qu'elle faisait une échelle de soie ou il a peut-être pour but une exploration; en tout cas, il n'est pas très différent des mouvements d'une limace ou d'un escargot, en mangeant les pousses sur la surface

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d'un arbre ou sur une palissade. Cependant, dans le cas de la larve lycénienne, il n'a rien à faire avec l'action même de manger.

Mes propres notes et observations suivent :

Le 2 août. — J'ai mis une larve dans un nid du 1). F lava \ elle trouva vite une ouverture et disparut en bas.

Le j août. — Aujourd'hui, une autre larve a fait exactement la même chose que celle d'hier.

Le 4 août. — J'ai porté deux larves chez M. Donisthorpe; elles furent placées dans un nid d'observation de la Myrmica Scabrinodis (voir ci-dessus les notes de M. Donisthorpe) et j'ai rapporté un nid de la M yniiica Scabrinodïs et un nid de la M yrmica Scabrinodïs var. Sabuleti, dans des nids en plâtre.

Le j août. — J'ai placé une larve dans chacun des nids dont j'ai parlé hier; les fourmis y firent peu d'attention, elles n'en paraissaient ni contentes ni mécontentes; je ne les ai pas vues non plus donner du « miel ».

Le 8 août. — Je n'ai pu réussir à voir une larve dans aucun des nids, quoique j'en aie examiné un de fond en comble.

Le 10 août. — M. Donisthorpe rapporte qu'une des larves, dans son nid, paraissait s'y plaire tout à fait et qu'elle était nettement plus grande.

Parmi les matières rejetées des nids, j'ai trouvé les restes d'une larve àî' Arion, desséchée, mais non détériorée.

Le 12 août. — J'ai placé deux larves d'Arion dans le nid en plâtre de la Myrmica Scabrinodis var. Sabideti, une, dans ce qu'on pourrait appeler l'approche du nid; l'autre, dans une position centrale non occupée à ce moment-là. Celle qui était dans l'approche du nid, après un délai, commença à s'avancer lentement et par ce qu'on ne peut désigner autrement qu'un hasard, s'en alla directement vers l'ouverture du compartiment voisin (plus central), quoique, bien entendu, il soit possible que la route suivie par les fourmis ait laissé quelque impression du chemin qu'il fallait prendre. Elle finit par entrer dans le compartiment voisin et avança d'une vingtaine de millimètres à l'intérieur. Il

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ne fallait pas longtemps pour faire ce voyage et pendant sa durée, des fourmis la dépassèrent ou marchèrent par dessus, ne faisant à elle aucune attention. Enfin, une fourmi y semblait intéressée ; elle l'examina, marcha autour d'elle et l'examina soigneusement avec ses antennes; cette opération avait duré plusieurs minutes. Enfin, elle s'adressa à la région de la glande à miel de la manière ordinaire, se tenant derrière la larve et lui frappant sur les côtés avec ses antennes ; puis passant sa bouche sur les derniers segments de la larve, presque partout, comme si elle s'attendait à quelque chose qui ne lui paraissait pas très clair; définitivement, elle sembla s'arrêter à la glande à miel, sur laquelle elle avait déjà passé sans résultat, mais qui maintenant semblait donner quelque chose. Dans un autre contact avec la larve, cette dernière se ramassa en boule dans une attitude où je ne l'avais jamais vue auparavant; la fourmi la laissa tranquille alors, mais revenant, elle la piqua de différentes manières et la larve se ramassa de nouveau en boule — la tête très retirée en dessous, les segments thoraciqucs gonflés, et les segments de derrière très atténués, donnant à la larve beaucoup de ressemblance avec le contour bien connu de la larve d'un Buprestide. Je n'avais jamais vu auparavant une forme se rapprochant de celle-ci, ni chez cette larve, ni chez aucune autre larve lycénienne. Dans l'espace de quelques secondes, pendant que je m'émerveillais de cette affaire, la fourmi passa sa mâchoire sur la larve dans diverses directions et sembla vite trouver l'endroit qu'il fallait, la prit quelt|ue part près du deuxième segment abdominal, juste dans la région dorsale; la larve restant dans cette attitude bizarre, la fourmi l'emporta, comme elle l'eût fait de la larve ou de la pupe d'une fourmi, droit vers la partie habitée du nid. L'autre larve erra çà et là un peu, restant, comme l'autre, indifférente aux fourmis; mais pendant que j'écrivais cette note, elle disparut et comme la distance à parcourir était plus qu'elle ne pouvait faire dans l'intervalle, elle a dû être emportée comme la première.

Plus tard, je mis une larve dans un nid en plâtre de la M yrinica Scabrinodis\ après être restée indifférente pendant quelques

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minutes, la larve étant dans la chambre extérieure, une fourmi devint très intéressée et s'occupa à traire la larve plusieurs fois. Le procédé était curieux : la larve semblait vouloir marcher, tandis que la fourmi l'examinait; puis la fourmi s'occupa particulièrement de la région du miel, et se tenant généralement derrière la larve, elle la frappait de chaque côté avec ses antennes et avançait sa tête au-dessus de la glande; la larve voulait alors s'arrêter de marcher; elle retirait sa tête sous le métathorax et ouvrait, d'une façon plutôt large, la 6'' à 7'' insertion abdominale, d'une largeur, dans la région dorsale, de presque la moitié de celle d'un segment, diminuant de chaque côté un espace notable par son manque de poils ou de mamelons de poils. Pendant quelques secondes, la larve et la fourmi restaient apparemment sans mouvement; la fourmi recevant, sans doute, du miel. A la première approche de cette position, une goutte bien déterminée de fluide fut visible au-dessus de la glande à miel, au moment même où la fourmi s'en approcha, mais elle disparut tout d'un coup. Après quelques secondes, la fourmi quitta la larve et semblait avoir beaucoup de nettoyage à faire à ses pattes et à ses antennes ; immédiatement la larve sortit sa tête et commença à marcher. Peu après, la fourmi fit plusieurs fois le tour de la larve, puis s'en rapprocha et recommença les mêmes mouvements. Cela fut répété une demi-douzaine de fois ; sauf la première fois, on ne vit pas de goutte de fluide; mais après chaque séance, la fourmi fit beaucoup de nettoyage, quoiqu'il y eut très peu de possibilité qu'elle ait été salie par le miel ou autre chose. Puis l'opération du transport commença; de quelle manière précise, la fourmi commanda-t-cUc la larve, cela n'est pas clair; mais la larve prit l'attitude en boule; ce qui consiste, — car on l'a vu plus nettement en cette circonstance, dans le gonflement par la larve du mésothorax et du métathorax et par suite la dépression du prothorax en avant qui fît la plaque prothoracique se tourner vers le ventre, au lieu de rester tournée vers le dos. Les insertions méso-métathoracicjue et métathoracique -i'" abdominale — furent largement ouvertes pendant ce procédé,

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montrant leurs régions lisses ; les segments abdominaux restants se rétrécirent. Cette fourmi particulière ne semblait pas connaître tout à fait son affaire; après plusieurs essais, elle saisit la larve par l'insertion mesa-mcta et la porta d'une distance de 1/2 pouce, mais l'opération semblait désagréable, du moins à la larve, qui ne garda pas tout à fait l'attitude en boule; alors la fourmi la laissa tomber. Après un intervalle, la fourmi se mit à traire de nouveau la larve et lui fît prendre encore une fois l'attitude en boule; toutefois elle ne réussit pas à l'attraper comme il fallait et à la fin, elle s'en alla. Un quart d'heure plus tard la larve errait toujours ; mais après une vingtaine de mniutes de plus, elle avait disparu et elle fut aperçue au milieu du nid parmi des fourmis et des larves. Le nid contient des jeunes larves, mais on ne voit pas d'œufs.

Le 14. août — Une des larves dans le nid Sabulcti est visiblement plus grande qu'elle ne l'était, ou que n'importe quelle larve quittant le thym. Les larves dans les deux nids se promènent de leur manière lente, quand on arrive à faire quitter par les fourmis les endroits encombrés où elles se trouvent; mais généralement quand on regarde? d'abord le nid, après avoir retiré le rideau, on ne les voit pas facilement; elles sont cachées parmi les tas serrés de fourmis et de couvée; les fourmis paraissent ne pas y faire plus attention qu'elles ne se font attention entre ellesmêmes.

Le i§ août. — La plus grande larve paraît être devenue encore plus grande; certainement elle est deux fois plus grosse que quand je l'ai mesurée pour la première fois et elle est plus longue d'un bon millimètre.

Le 16 août. — La plus grande larve dans le nid de la Myrniica Scabrinodis var. Sabitleti, mesure 5 mm. On l'a mesurée facilement, parce qu'elle était montée jusqu'au verre; elle avait augmenté également en hauteur et en largeur et paraissait nettement plus pâle que quand elle était plus petite.

Au sujet du transport de la larve dans le nid par la fourmi, la question se pose de savoir si c'est la fourmi ou la larve qui

donne le signal pour le portage. Mon impression personnelle, c'est que c'est la fourmi qui en a l'initiative. Dans l'opération préliminaire de la fourmi pour traire, si la fourmi marche par dessus la larve, cette dernière se ralentit, mais ne cesse pas tout à fait de marcher; cependant aussitôt que la fourmi tape avec ses antennes pour le lait et plus tard pendant que la bouche de la fourmi est appliquée à la glande, la larve reste parfaitement tranquille avec sa tête retirée; aussitôt que la fourmi se retire, la larve sort sa tête et commence à marcher. Quand arrive le moment du portage, la fourmi tape la larve plus en avant, mais pas, — du moins autant que j'ai pu le voir, — très différemment de ce qu'elle avait fait auparavant; c'est alors que la larve prend l'attitude pour être portée. Dans une circonstance, la fourmi quittant l'attitude de la mulsion, galopa en avant plusieurs fois, et c'était après un de ces mouvements que la larve prit l'attitude pour le portage. Une autre fois, quand la fourmi n'avait fait aucun mouvement particulier en avant, la larve prit l'attitude spéciale au portage, à laquelle la fourmi ne fit aucune attention; il semblait probable que la fourmi avait, par inadvertance, fait quelque chose que la larve avait pris pour le signal attendu; mais la fourmi n'avait pas tout à fait atteint ce stage des négociations. Au cas où c'eût été la larve qui aurait donné le signal, la fourmi aurait dû répondre si elle était prête ou non.

Le ly août. — Après avoir fréquemment observé les larves dans leur nid; elles ont toutes grandi plus ou moins; la plus grande a plus de 5 mm. de long et probablement 6 mm.; on reçoit l'impression que les fourmis ne font aucune attention quelconque aux larves ; quand elles les rencontrent, elles marchent par dessus, ne paraissent jamais avoir aucune communication avec elles, ainsi qu'elles en ont fréquemment entre elles-mêmes lorsqu'elles se rencontrent. Si l'observation a été suffisamment longue, il s'ensuivrait que les fourmis ne nourrissent pas les larves, mais que ces ^dernières fourragent pour elles-mêmes; elles ne peuvent rien trouver, sauf les crufs et les larves des fourmis; en considérant que quand elles sont plus âgées, elles mangent les larves,

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il semble assez certain qu'à ce stage, elles se nourrissent de la jeune couvée des fourmis.

Le ig août. — La plus grande larve a maintenant 6 mm. de long, grosse en proportion, et d'une belle couleur de chair translucide ; j'ai réussi à monter un nid d'observation du D. Flava, il y a quelques jours; mais il est simplement d'une construction d'amateur. Cependant c'est un nid d'observation. J'y ai placé deux larves de L. Arion, toutefois je craignais qu'elles ne fussent pas assez fraîches. Depuis, je n'ai pu en trouver aucune trace, ni mortes, ni vivantes. Je peux à peine croire que l'une ou l'autre d'elles puisse y être encore; mais s'il en est ainsi, je ne puis décider si les larves furent dans un état tel qu'elles ne réussiraient nulle part, ou bien si D. Flava fut inhospitalière. La nature pacifique des Flava m'avait frappé sous un rapport : elles acceptèrent volontiers des reines ramassées superficiellement sur un autre nid et qu'elles supposèrent être des nouvelles reines de la saison encore sans ressources; mais qui plus est, elles fraternisèrent avec des fourmis d'un autre nid qui leur furent adjointes, sans faire la moindre opposition.

Le 2j août. — Les larves ont grandi; à présent, il y a dans le nid var. Sabiilctt, une grande larve longue de 6 mm. 5 et une plus petite, longue de près de 5 mm., et dans le nid Scabr'modïs, une autre de près de 6 mm.; elles aiment beaucoup se reposer dans les côtés des compartiments, séparées des fourmis. Les fourmis marchent par dessus, sans y faire attention, et je n'en ai pas vu une seule en train d'être traite.

Le 26 août. — Les larves n'ont pas si bonne mine, surtout celle qui est dans le nid Scahrinodïs ; elle a l'air sale et à peine aussi grande. Les autres sont un peu sales, semblant moins aimer de se mêler avec les fourmis, c'est-à-dire on les voit plus souvent séparées des fourmis, entre elles, au milieu d'un compartiment ou sur une petite pente qui forme un côté du nid.

Le 28 août. — La larve chez Scabrinodis a très mauvaise mine, est nettement rétrécie, peu au-dessus de 4 mm. de longueur. Les autres à peu près dans le même état que la dernière fois.

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Le 2ç août. — La larve chez Scabrïnodis a été trouvée morte, plus desséchée et presque coupée en deux. Les larves chez Sabuleti n'ont pas l'air très florissantes, mais sont à peu près de la même grandeur qu'au 25. La petite est devenue même un peu plus grande, ayant dans les 6 mm.; elle a de la matière sombre sur les deux ou trois derniers segments, ce qui fait presque croire qu'elle a pu être mordue par les fourmis et que l'exsudation s'est séchée; la plus grande s'est retirée dans une petite niche (ouverture préparée pour communiquer avec l'extérieur) et n'a pas bougé depuis hier, que les fourmis soient avec elle, ou non; elle a sur elle une certaine quantité d'incrustations foncées (estce de la saleté?).

Le 2ç (après-midi). La petite larve est au milieu des

fourmis et s'y promèine paraissant tout à fait chez elle.

Les conditions actuelles suggèrent qu'au stade atteint maintenant par les larves, elles peuvent avoir l'habitude de se cacher parmi des matières moins serrées dans le nid, ou au-dessus du nid, mais qui ne se trouvent pas, bien entendu, dans les nids en plâtre; elles se nourrissent moins fréquemment (se nourrissent elles-mêmes, en quelque façon, jusqu'au printemps?) et ne fréquentent pas si librement les fourmis.

En grandissant avec la même vitesse que dernièrement, elles auraient atteint la fin de la croissance dans quelques semaines de plus; cependant à partir de cette saison, il est probable qu'il n'y a naturellement pas un excès de couvée sur laquelle elles peuvent se nourrir.

Le ?o aoûi. — La larve Scabrinodis monte, après avoir été trempée un peu, s'est dilatée jusqu'à près de 8 mm. de long, et était très semblable à ce qu'elle était quand elle se portait bien; elle fut vue la dernière fois, dans le nid. Il s'est vérifié qu'elle a été coupée en deux; mais on n'avait pas mangé de son intérieur; le rétrécissement était peut-être dû cà la dessiccation ou à ce que les fourmis avaient sucé les liquides; la région de la glande à miel paraissait saine et pas détériorée; mais sur la larve, il y avait des petites taches dures et noires et des points qui sem-

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blaient être les mêmes que ceux d'une maladie (une maladie cryptogamique?) qui attaque les larves et a fréquemment agi sur les larves que j'ai élevées; souvent les larves mortes sont dures et solides.

La plus grande larve chez Sabnleli a été trouvée morte ce matin, dans le nid, près de la niche dans laquelle on l'avait remarquée se cachant hier. Elle mesurait exactement un peu plus de 7 mm. de long, mais paraissait un peu rétrécie et sa longueur, quand elle était vivante, était probablement de 8 à g mm. Elle fut apparemment blessée {post-moricm?) dans la région de la glande à miel. La cause de la mort semblait être la maladie des (( points noirs »; lesquels points étaient sur la plupart des segments, mais affectèrent surtout le 2" segment thoraciquc et les I" et 2'' segments abdominaux, ces deux derniers étant affectés sur presque toute la surface du dorsum.

Le boyau retiré de ce spécimen montra des matières accumulées près de l'extrémité postérieure. Elles ne présentèrent pas de matières organisées ou reconnaissables, à moins qu'on n'accepte comme tels, des globules qui semblaient être de la graisse.

La dernière larve (Sabnleti), d'abord la plus petite, est parmi les fourmis et la couvée; elle paraît saine, sauf pour une teinte sombre sur les segments derrière la glande à miel (il est possible que cette teinte soit due à de la saleté), qui veut peut-être signifier la maladie des points noirs. Elle a 9 mm. de long, peut-être 10 mm. ; elle n'arrive pas à bien se placer pour être mesurée exactement. Ayant réussi à trouver plus tard la larve dans une position plus commode, je trouve qu'elle mesure un peu plus de 9 mm.

Le 2 septembre. — J'ai remarqué que la larve dans le nid Sabuleti (la seule qui restait) semblait avoir évacué quelque (( frass ». Elle était noire et petite, mais avait la forme ordinaire de la (( frass » lépidoptérique. Elle était plutôt molle. Mise sur une préparation, aplatie et examinée au microscope, on voyait qu'elle contenait des poils, des morceaux de pellicule et d'autres parties de larves de fourmis ou de pupes, apparemment pas du

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tout petites. La larve mesurait approximativement 7 mm. 8 de long, 2 mm. 8 de haut et 3 mm. de large; elle semble propre et saine, sauf pour la saleté (ou ce que cela peut être) sur le dorsum des 9'' et 10® segments.

Parmi la matière de fourmi dans la <( frass » on voyait aussi deux mâchoires de larves de fourmis.

Le 6 septembre. — J'ai examiné deux nids (artificiels — j'ai parlé de l'un d'entre eux dans les notes du 2 et 4 août) - de D. Flava, dans lesquels on avait introduit des larves d'Arion, sans en trouver la moindre trace; ceci cependant compte pour peu, car les deux nids étaient défectueux — l'un n'avait pas de couvée et l'autre en avait à peine, quand on avait introduit les larves. L'observation n'arrive pas à montrer que VArion peut vivre avec D. Flava, mais ne montre non plus aucunement qu'elle ne puisse pas le faire.

Le 8 septembre. — J'ai remarqué, comme je l'avais fait dans d'autres occasions, que les Myrmica Sabuleti placèrent les matières rejetées de leur nid sur une touffe d'herbe qui servait de plateau pour leur donner du sucre; l'idée me vint comme elle aurait dû venir plus tôt, que ces matières pourraient contenir des fèces de la larve de L. A/ion. En examinant ces matières, j'ai trouvé qu'il y avait des particules qui ressemblaient beaucoup aux fèces dont on a déjà parlé, qui sont des petits objets de couleur foncée ayant environ o mm. 6 de long, à première vue cylindriques; mais en observant de plus près, on voyait qu'ils étaient constitués par deux masses presque sphériques, très pressées l'une contre l'autre. (Le dépôt primitif avait ce caractère double). Un de ceux-ci placé dans une préparation et examiné sous un faible grossissement, montra qu'il était composé en grande partie de poils des larves de fourmis et un deuxième spécimen fut identique. Les boules doubles se sont séparées en deux boules simples, quand on les prenait à la main ; on a pu conserver une douzaine de ces boules simples.

Le verre avait été mis propre dans le nid, le 6 septembre.

Un spécimen contenait des mâchoires de larves de fourmis.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

Le Q septembre. — On a trouvé, ce matin, parmi les matières rejetées du nid des fourmis, neuf des boules des déjections de Arion; elles contenaient plusieurs mâchoires, etc.; dans un cas, les mâchoires étaient encore rattachées par des parties de la tête. Dans tous les spécimens montés, les poils sont souvent, peut-être généralement, rattachés ensemble par des morceaux de la peau larvale de la fourmi; ce qui n'avait pas lieu chez les spécimens de larve (sauvage) du printemps.

Je n'ai jamais réussi à voir manger la larve; mais la forme des chambres du nid, avec leur habitude de porter la tête rentrée sous le prothorax comme les Lycœnides, rendent difficile une telle observation, même si elle était possible. La larve occupe généralement une position, avec la tête contre la petite masse de couvée, et elle-même, parmi les fourmis qui entourent la couvée. Je dis mxe petite masse de couvée, parce qu'il n'y a pas beaucoup de larves et de pupes, le nid n'étant pas fort et les Arïons qui en diminuent le nombre bien entendu. A d'autres moments, la larve Arion est n'importe où; ceci est dû probablement à ce que les fourmis changent souvent de place dans le nid où est la couvée, et cela tient, j'imagine, à ce que je n'ai pu maintenir une humidité uniforme et à ce que je les dérangeais si souvent pour les observations.

Le /j septembre. — La larve ne se porte pas si bien depuis quelques jours; elle a plus de raies de saleté (?) sur elle, et ce n'est qu'aujourd'hui qu'on a trouvé ce qu'on a supposé être un petit dépôt fécal.

Le 14. septembre. — La larve est couchée sur le côté, ce matin, morte, très peu rétrécie; on ne voit aucune cause de mort, sauf les traits noirs qui suggèrent la maladie cryptogamique. Il n'y a pas de dépôts, ce matin.

A partir de cette date, on n'a rien trouvé ni dans un nid, ni dans un autre qui ressemble aux excrétions de V Arion. Il m'est venu à l'idée qu'on pourrait prétendre que les fourmis, par aventure, auraient déchiré les peaux des larves quand elles furent jetées, au moment du changement en chrysalide, et les avaient

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 51I

portées dehors mélangées avec des matières molles, du fumier, et que les excrétions des Arions furent, en réalité, des produits ordmaires des fourmis. Mais avant et après la mort de la dernière larve, j'ai examiné les matières du fumier et y ai trouvé les peaux rejetées des fourmis recroquevillées et un peu sales, mais autrement saines et intactes.

La dernière excrétion de Y Arion (une seule) fut trouvée le jour précédant sa mort. Je n'ai aucun doute que ces excrétions furent réellement celles de la larve du papillon. Les fourmis n'ont pas nourri la larve et sa croissance rapide ne pourrait être expliquée, si elle se nourrissait des gouttelettes des fourmis qui furent, cependant, toujours en grande quantité dans le fumier, sous la forme de petites boules ovales, généralement noires, mais quelquefois pâles et ayant un diamètre moitié plus petit que celui des boules d' Arion. Dans la partie du nid réservée au fumier, le plâtre était taché par de nombreux petits points noirs, apparemment des excrétions de quelque sorte des fourmis; mais la partie du nid où vivaient les fourmis, n'avait pas de ces taches.

Parce qu'on se trompait en ne gardant pas dans le nid l'humidité ou la sécheresse qu'il fallait, on obligeait les fourmis à changer leur demeure d'une cellule à une autre et en même temps, on les mettait en confusion à ce qu'était l'endroit pour le fumier.

Sur la planche XLVIII, j'ai donné des photographies de parties des préparations des fèces de V Arion, qui montrent le plus grand morceau de peau larvale que j'ai pu trouver; généralement, les morceaux sont petits, de sorte qu'ils n'ont sur eux que quelques poils, très semblables à ce qui est montré sur la planche XLVIL

Les larves qui sont mortes et dont j'ai examiné les intérieurs, n'avaient, pour ainsi dire, presque pas de contenu intestinal. La larve prise au printemps avait l'intestin plutôt chargé; ce qui me fit croire qu'elle n'évacuait pas d'excrétions pendant qu'elle vivait avec les fourmis. Evidemment, ceci n'a pas lieu avec la larve en automne, {|uoic]u'il reste i)robablc ([u'il en est ainsi au printemps.

Mes larves aussi bien que celles de M. Donisthorpe atteignirent

512 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

une longueur de 7 à 9 mm. dans l'espace de 4 à 5 semaines. Si on compare cette longueur à celle du mois de mai, la différence n'est pas très grande et la croissance supplémentaire eut lieu probablement au printemps. En tout cas, de septembre à mai, la larve grandit comparativement plus lentement et reste au repos, probablement la plus grande partie du temps. Quelle qu'ait été la cause immédiate de la mort de mes larves, il ne paraît pas improbable que la véritable cause fût que le nid en plâtre n'offrait pas l'abri convenable pour ce repos. Contre cette supposition, est le fait que ma dernière larve se nourrissait assez copieusement jusqu'à un jour ou deux avant sa mort.

Les faits rapportés ici nous donnent en tout cas une vue assez complète de la vie de la larve de L. Arion, dans son dernier stade, laquelle a été un tel mystère et énigme pour nous tous, depuis tant d'années. Ils sont tellement étranges que ceci explique jusqu'à un certain point pourquoi ils ont résisté si longtemps à nos efforts pour les observer.

Les relations de la larve avec la fourmi {M yrjnica) ne diffèrent pas, dans leurs premiers degrés, de celles d'une fourmi avec toute autre larve d'un (( Blue » qui a une glande à miel. Mais qu'elles se terminent par le portage de la larve effectué par la fourmi dans le nid, n'est pas le seul fait remarquable; c'est le changement extraordinaire de forme que fait la larve pendant l'opération, qui est vraiment étonnant.

J'ai été longtemps d'avis que les fourmis ramassent les larves de P. Argyro gnomon et de A. Coridon (et probablement d'autres Espèces) et les portent sur des plantes particulières qui sont sur ou près de leurs nids à elles; mais autant que je le sache, personne n'a, en réalité, vu le transfert avoir lieu, de sorte qu'on ne peut pas dire que ces larves, quand elles sont ainsi portées, ne se conduisent pas de la façon remarquable observée chez L. Arion.

Quand la larve est dans le nid des fourmis, elle semble ne pas avoir de protection contre des fourmis d'aucune sorte. Les fourmis paraissent absolument neutres à son égard, et ne font aucune attention soit amicale, soit hostile à sa présence.

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 513

Quand on ne dérange pas les fourmis, soit par exposition à la lumière pendant une observation, soit par des variations excessives d'humidité, elles sont toujours par petits tas sur leur couvée, et la larve de L. Arion avait presque toujours une place parmi elles, avec sa tête tournée vers la couvée. Que les fourmis sont tellement indifférentes à sa présence pendant qu'elle dévorait leur couvée, est difficile à comprendre, d'autant plus que je n'ai jamais vu de fourmi y prendre du « miel », ou même l'examiner avec cette intention. Pourtant, on doit prendre ceci cian grano, parce que, quand les fourmis (et la larve) furent sous observation, l'intrusion de la lumière, dans le nid, gênait bien entendu la conduite naturelle et habituelle des fourmis aussi bien que des larves.

J'ai un nid naturel de M yrniica Livvïnodis qui contient quatre larves de L. Arion; il reste à savoir si un examen de ce nid plus tard me donnera d'autres renseignements; mais je n'ai pas beaucoup d'espoir.

Quant aux autres points dans l'histoire de la vie de L. Arion qui restent encore à être découverts, les plus intéressants et plus évidents, sont peut-être la question suivante : quelles Espèces de fourmis, en plus des deux ou trois Espèces de la Myrmica que nous connaissons lui être hospitalières, offrent des habitats pour ses larves, dans leurs nids, et quelles sont les espèces sur lesquelles elle ne peut pas se nourrir; comme deuxième point, il s'agirait de savoir : si la larve passe l'hiver en étroite association avec les fourmis, ou si elle trouve un compartiment plus ou moins séparé dans lequel elle passe la période où elle est plus ou moins au repos et ne se nourrit plus ou pas du tout? »

Voilà donc où nous en sommes. Un coin du voile est soulevé; mais combien d'inconnues reste-t-il encore à dégager pour nous, avant que nous ne soyons vraiment fixés sur toutes les circonstances de la symbiose des fourmis et des chenilles de Lycœna!

Nous avons formé le projet, M. Harold Powell et moi, d'étu-

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE

dier, l'été prochain, si possible, dans la lande bretonne, l'existence larvaire des Lyccvna dont on rencontre les imagines, en si grand nombre.

En nous quittant, cette année, au mois d'octobre, pour retourner dans sa famille à Hyères, M. Powell exprimait l'espoir de réussir en quelque façon, lors des prochains beaux jours, à faire progresser nos connaissances biologiques Relativement aux Lycœna. C'est déjà lui qui, en Algérie, avait étudié, avec succès, la symbiose des fourmis et des larves de Lyciena lolas, Bœtïca et Bellargus-Punctifera. M. Powell avait même obtenu deux photographies représentant la chenille de la Lycœna Bellargiis portant sur son dos la fourmi qui était avide de son miel {Etiul. Lépid . comparée, Vol. V, Partie II, PI. J'' et J").

En attendant que nous nous retrouvions ensemble, sur la lande, s'il plaît à Dieu, quand de nouveau la bruyère rose sera en fleurs, j'ajoute aux observations ci-dessus relatées et qui sont le préliminaire de celles qui pourront les compléter, en admettant que les circonstances soient favorables, les réflexions que suscitait dans mon esprit la contemplation des paj'sages et des papillons qui les animaient. Depuis plus d'un dcmi-siècle, je vois, chaque année, renaître aux mêmes lieux, Argus et /Rgon. Les deux Espèces se ressemblent beaucoup; toutefois, elles ne se mélangent point; à chaque nouvelle saison, elles reparaissent, chacune, toujours semblable à elle-même, c'est-à-dire constamment pareilles à ce qu'elles étaient, l'une et l'autre, il y a plus de cinquante ans. En effet, si je compare les échantillons que j'ai capturés jadis à ceux de 1916, je ne constate aucun changement.

D'ailleurs, je ne trouve nulle différence ni dans leurs mœurs et leur habitat, ni dans leurs caractères. Elles ne s'hybrident point, comme les Zygœna Faiista et Hippocrepidis le font si fréquemment dans les plaines calcaires des Charcutes. Il est vrai que généralement, ainsi que je le disais plus haut, l'éclosion d' Argus a lieu d'abord en juin, puis en août et même septembre, tandis qu'^-Egofi éclôt une seule fois dans l'année, en juillet ; la rencontre entre les deux Espèces est donc rendue plus difficile.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 515

Cependant, tous les ans, les derniers spécimens d'A/gus volent encore assez nombreux lorsque paraissent les premiers yEgon ; c'est ainsi qu'il existe toujours un contact réduit, mais normal et presque régulier, entre les deux Espèces.

Je me demande quand et comment elles ont commencé à paraître sur le sol couvert de bruyères que j'ai parcouru depuis mon enfance?

Ont-elles même paru en même temps? Ou bien l'une serait-elle plus ancienne que l'autre?

Ont-elles une origine séparée, ou émaneraient-elles d'une seule souche commune?

Dans ce cas, comment se serait accomplie la dissociation d'une seule unité spécifique ancienne en deux unités spécifiques nouvelles qui ne se mélangent plus?

Et, s'il en était ainsi, c'est-à-dire s'il était vrai que les Espèces d'êtres animés ont une même et commune origine, les Lycœna Argus et /Ego7i n'auraient-ils pas alors, d'autres parents plus ou moins proches parmi les Lépidoptères qui fréquentent toujours la lande en même temps qu'eux?

J'ai constamment observé, successivement, avec Argus et Algon, le Bombyx Rubi dont le cf vole comme un fou et dont la chenille souvent si abondante à l'automne, se roule en anneau, au moindre contact, les Setina Irro relia, Neineuphila Rus sida, A gratis Porphyrea, Anarta MyrtilU, llarus Ochroleuca, Pseudoterpna Coronillaria, Anaïtis Plagiata, Eubolia Peribolata, Eriopus Pieridis, Emydia Grammica, Sesia Uroceriformis, etc.

Toutes ces Espèces se rencontrent régulièrement dans les lieux mêmes que fréquentent les Lycœna Argus et Algon, sans parler des Argynnis Aglaja, Dia, Selene, des Satyrus Semele et F aima, de l'inévitable Cœnonympha PampJnlus et de plusieurs Phalènes et Microlépidoptères dont l'énumération serait trop longue à publier ici.

Cependant, une chose certaine et que nos yeux apprécient exactement, c'est la différence considérable d'aspect, de constitution.

5l6 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

de manière de vivre qui distingue entre elles, chacune des Espèces précitées.

Malgré cela, peut-on penser que toutes ces Espèces diverses, au lieu d'avoir chacune, une origine propre, sont issues d'une seule souche commune, les Diurnes et les Nocturnes, en un mot tous les papillons qui, depuis des siècles sans doute, vivent côte à côte sur la même lande?

Alors, comment explique-t-on qu'aurait pu s'accomplir leur évolution depuis le point ancestral initial jusqu'au stade actuel ?

Il est bien évident que ces Espèces, telles qu'elles sont actuellement devant nous, ne sont pas présentement susceptibles de s'unir entre elles. Aucun Entomologiste ne peut admettre qu'un produit puisse sortir du mariage, — d'ailleurs supposé impossible, — de Lycœna Argus et de Sesïa Uroceriforjnis, ou d' Argynnis Selene et à.'' Anarta Myrtillï.

La première question à discuter et à résoudre, si toutefois cela est possible, est donc l'origine même des Espèces et en serrant le problème de très près, sans aller jusqu'à se demander si les Argynnis et les Phalènes ont un ancêtre commun, en réduisant l'interrogation à ses proportions les plus étroites, il semble intéressant de chercher à savoir si les Lycœna Argus et Mgon, citoyens des mêmes landes, ainsi que les Lycœna Arion et Alcon, sont sortis d'une même souche, et se trouvent être dès lors les rameaux d'une même Unité antique, ou bien si chaque Espèce a été l'objet d'une création séparée, à l'état parfait et adulte, de façon à pouvoir se propager immédiatement, et conserver sa vitalité spécifique durant des siècles.

Si les fidèles de l'idée dite : évolutionniste, ont acquis une conviction intangible, cette conviction doit être basée sur des faits, tout au moins sur des observations bien précises et bien exactes dont les déductions rationnelles ont permis d'établir en toute certitude des principes désormais assis sur une base indiscutable. .

On m'excusera donc si je demande à de plus savants que moi l'explication lumineuse qui me manque encore et toujours. Je

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 517

voudrais connaître comment et par quels procédés aurait pu sortir d'une même cellule originelle toute cette immense quantité d'Espèces si variées, représentées, chacune par des individus souvent innombrables, se reproduisant de la même manière, ne se mélangeant point et réapparaissant à chaque saison, toujours pareils à leurs ancêtres des saisons précédentes. Je constate que ces Espèces si fermement fixées, sont nettement séparées les unes des autres. Elles ne se confondent pas; elles conservent leur personnalité et telles nos ancêtres les ont vues, telles nous les voyons nous-mêmes.

Se sont-elles faites elles-mêmes?

Ou bien qui les a faites?

Le problème est grave; il préoccupe tous les esprits.

J'en ai pour preuve, les paroles tombées à Monaco, d'une bouche auguste, lors du IX"" Congrès international de Zoologie, en mars 1913. Le jour de l'ouverture du Congrès, nous entendîmes cette déclaration princière qui se trouve d'ailleurs consignée à la page 49 du Compte rendu sommaire des travaux du Congrès : « ... La Zoologie marine sera la base des investigations capables de livrer à la Science les éléments les plus précieux pour établir l'origine des Espèces, sinon pour découvrir la nature de la force vitale... Nous sentons un peu mieux chaque jour, dans le contact des océans, que notre patrie d'origine est là et que nous devons à une faculté d'adaptation commandée par les lois de l'évolution les moyens qui permirent à nos ancêtres d'abandonner le monde des eaux pour coloniser la surface des terres... »

Une telle affirmation, même proférée par des lèvres souveraines, ne saurait se passer de quelques preuves.

J'avoue que même si je cherche à donner à mes penscrs une ampleur qui les transporte de la lande bretonne au plus profond des mers, je ne vois pas comment les Lycœna Argus, j^gon, Alcon, Arion, etc., pourraient, par une série d'évolutions merveilleuses, avoir leur origine dans le monde des eaux salées, sans parler de la parenté des hommes et des êtres marins.

5lS LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Ce n'est donc pas dans la consultation donnée par Son Altesse Sérénissime Albert I", de Monaco, que je trouverai les éléments de ma conviction.

A mon humble avis, les Espèces de papillons dont il est présentement plus particulièrement question, ainsi du reste que tous les autres, n'ont pu surgir sur notre Planète qu'après un développement suffisant des plantes dont les chenilles doivent nécessairement se nourrir pour croître, accomplir les phases de leur évolution et arriver à propager leur race. C'est seulement une fois que les Espèces de papillons se sont trouvées solidement établies qu'ont dû surgir les mouches parasites, objet de souffrance pour les pauvres chenilles, mais moyen modérateur et régulateur pour empêcher la multiplication excessive du nombre des individus ; sans quoi l'existence même de certaines Espèces végétales aurait pu se trouver compromise par l'abondance exagérée des larves de Lépidoptères.

De là, succession dans l'apparition, sur la Terre, des plantes, des papillons et des mouches parasites.

Toutefois les chenilles de papillons, notamment celles de Lycœna, ne consomment pas seulement des matières végétales; elles consomment aussi des matières animales, ainsi que nous l'ont appris, pour Lycœjîa A /-ion en particulier, les travaux du D'" T. A. Chapman dont j'ai cru devoir publier, dans cette notice, la traduction française. Alors il paraît évident que les fourmis qui consentent à fournir cette matière animale aux chenilles de Lycœna, en compensation de leur sécrétion sucrée, sont nées avant les Lycœna ou tout au moins en même temps.

D'un autre côté, si j'envisage tous les dangers auxquels sont exposés les papillons, dans leur vie évolutive, depuis l'œuf jusqu'à l'état parfait, je m'imagine qu'une Providence tutélaire a dû puissamment veiller aux destinées des premières colonies de chaque Espèce qui ont paru sur la terre, afin d'en assurer la continuité jusqu'à nos jours.

Comme conclusion, je crois que chaque Espèce a été créée par Dieu à l'état parfait, quand les diverses circonstances nécessaires

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 51g

à son existence et nécessairement prévues par le Créateur, ont été réalisées sur la Terre et quand les conditions de faculté de reproduction immédiate se sont trouvées assurées et sans doute conformes, en ces temps anciens, à ce que nous les voyons aujourd'hui.

Néanmoins la descendance de chaque Espèce portait en germe les variations dont nous commençons à connaître les Lois et qui, pour chaque Espèce, pour chaque Genre même, ne peuvent pas dépasser un maximum que je pourrais qualifier de légal.

Donc, tout fut prévu et tout est en ordre ; les variations, dans chaque Espèce, ne sont que l'expression des conditions d'une Loi dont je me suis appliqué à étudier le code et dont je crois avoir, maintes fois déjà, mis sous les yeux de mes Lecteurs les effets qu'on peut qualifier de réglementaires.

Pour que l'avenir de la descendance d'une Espèce de Lépidoptère soit assuré, il faut nécessairement que deux individus, l'un mâle, l'autre femelle, se rencontrent et s'unissent. Or, nous savons, tous, quels organes délicats et compliqués sont les genitalia des Lépidoptères. Le mâle et la femelle sont pourvus, chacun d'un mécanisme qui n'a de valeur pour la reproduction de l'Espèce que si les deux parties du mécanisme ou de l'appareil en question se trouvent unis dans les circonstances physiologiques les plus régulières.

Car on peut dire que chaque sexe ne possède qu'une fraction de l'appareil commun aux deux sexes de l'Espèce. J'ai déjà exprimé, au sujet des Syrichthus {Lépid. comparée; Vol. VI, p. 51, 52) des considérations auxquelles il n'a pas été fait d'objection jusqu'ici. Elles me semblent toujours essentielles et c'est en grande partie sur les faits qui ont servi de base à leur établissement que j'ai fondé mon opinion résumée comme suit : Il a fallu, pour la reproduction de l'Espèce, dissocier en deux parties, afférentes, chacune, à un individu différent, un organe très délicat dont la forme est généralement distincte pour chaque Espèce, ce qui empêche le mélange des Espèces entre elles. La continuité de l'Espèce est subordonnée à la synthèse, dans la plus exacte concordance des deux fractions de l'appareil.

520 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Une opération de cette nature, que j'ai définie : en partie double, aurait-elle pu se faire au même moment, sur deux individus différents, sous la seule impulsion d'une force inconsciente? Je ne puis le croire. Si, pour la création des Espèces, il a fallu l'intervention de la plus puissante et de la plus intelligente des Volontés, il a été nécessaire, pour la continuité de la vie des mêmes Espèces, qu'une protection vigilante et tutélaire ne cessât pas de s'intéresser à la descendance des Espèces en question; elles peuvent être réduites, pour le nombre des individus qui les composent, par mille accidents variés; toutefois il reste généralement, afin de perpétuer les Espèces et de les empêcher de disparaître de notre Planète, quelques exemplaires échappés au désastre et capables d'être la souche d'une population nouvelle susceptible de devenir encore abondante en des temps plus propices.

J'admirais donc la Nature dont tant de secrets nous restent encore cachés et je rendais grâce au Très-Haut de m 'avoir fait trouver, en ces jours si troublés et si douloureux, un attrait aussi réconfortant et aussi doux dans la contemplation des merveilles qu'il a créées.

Dès lors, reportant mes regards vers les temps passés, je me retrouvais, grâce aux livres qu'ils ont laissés, en compagnie des anciens Naturalistes, Pères de notre Science, et il me semblait que leurs écrits me permettaient, bien qu'ils ne soient plus parmi nous depuis très longtemps, de m'entretenir avec eux.

C'est surtout vers Linné que se reportait ma pensée. Le Systevia Naturœ est, d'un bout à l'autre, un hommage rendu à Dieu, Créateur et Père. Je m'associe de tout mon cœur aux sentiments qui animaient cet éminent génie, l'admirable auteur de la méthode qui a établi l'ordre dans les Sciences naturelles, en inventant la classification pour tous les êtres créés.

Fini dV'urire à Rennes, novembre 1916.

Charles OberthÛR.

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