‹ Etudes de lépidoptérologie comparéeChapitre 2 sur 21 · C. — Espèces distinguées par J.-L. Reverdin · texte numérisé non relu

C. — Espèces distinguées par J.-L. Reverdin

I. — Persïca (fig. 5011). — La forme que j'ai décrite sous ce nom semble identique comme papillon à ariuoricanus et n'en diffère que par des nuances dont j'ignore la constance ou l'inconstance; lorsque je l'ai décrite en 19 13, j'ai conclu ou bien à une

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espèce nouvelle, ou bien à une variété àJ arjuorïcinits. La seule différence qui le distingue à' arnioricanus réside dans la forme de sa valve qui, au lieu d'être pointue comme chez ce dernier, est arrondie à son extrémité. Je n'ai rencontré cette forme de la valve que chez des exemplaires orientaux provenant de Perse, d'Asie mineure (Amasia), de Turquie et de Grèce Depuis l'époque où a paru mon travail, j'ai reçu de M. Graves, de Constantinople, des exemplaires de Turquie dont les uns ont la forme pointue et les autres la forme arrondie de la valve, bien c]uc pris dans la même localité et appartenant, les uns et les autres, aux deux générations; plus que jamais donc, la spécificité de fersica doit rester en suspens, et il semble plus probable que ce soit une ferme orientale d'armoricaniis qu'une espèce distincte.

2. — Iliensis (fig. 5015). — Je suis également dans le doute relativement à ce papillon provenant de l'Ili et dont je possède sept exemplaires, tous mâles. Il se différencie àJalveiis par la grandeur de ses taches blanches et par la largeur de sa frange, mais son armure génitale mâle est, sauf quelques particularités qui ne se sont pas montrées constantes, semblaVjle à la sienne; sa biologie est inconnue. Iliensis est probablement une espèce propre, mais peut être aussi une variété d'alveiis.

3. — Schansiensis (fig. 5016). — Je puis être affirmatif, sans aucune arrière-pensée, pour cette forme qui est sans aucun doute une espèce distincte, et je ne doute pas que sa biologie, une fois connue, ne confirme cette assertion. La description de ce papillon dont je ne connais qu'un seul exemplaire mâle, provenant de Ta-tsing-shan, Schansi (Chine occidentale, 1.500 m.), a été donnée par moi dans le Bulletin de la Société lépidoptérologiqiie de Genève de 1915. Il présente, outre sa grande taille et sa coloration spéciale, des particularités dans son dessin qui me semblent déjà suffisantes pour le séparer d'alveus et des espèces voisines; son armure mâle se distingue des leurs par la forme toute particulière de l'apophyse latérale de son uncus beaucoup plus allongée que la leur. Schansiensis est donc pour moi une espèce nouvelle du

groupe alveiis, sauf les réserves nécessitées par le fait que l'exemplaire est unique.

L'armure mâle des espèces du groupe alveus que je viens de passer en revue, présente un caractère particulier qui la met à part ; tandis que dans les autres espèces du genre, le dernier segment abdominal forme un anneau complet dont l'uncus est la partie dorsale et dont les parties latérales et ventrales se continuent entre elles sans interruption, au contraire dans le groupe alveus cet anneau est brisé en bas ou au moins semble l'être dans les préparations (i); en haut se trouve l'uncus, sur les côtés les apophyses latérales séparées l'une de l'autre par un espace ventral l:bre : les seules espèces d'Hespena qui semblent présenter, en dehors du groupe alveus, la même disposition, sont poggei et luiulentus que, comme je le dirai plus loin, je suis obligé de laisser à part, en dehors de tout groupement.

Voyons maintenant si les quelques données de biologie que nous possédons sur les papillons du groupe alveus confirment, ou non, la séparation en espèces que j'ai indic|uée.

Voici, en résumé, les observations faites par mon collègue Marcel Rehfous et qu'il a bien voulu m'autoriser à publier.

Rehfous a réussi à voir pondre alveus, annoricaiius, carlinae e'r fritillum. Alveus pond sans exception sur Helianlhcnium vulgare; l'œuf hémisphérique, comme tous ceux du genre que nous connaissons, est d'un vert clair et cette coloration persiste jusqu'à l'éclosion qui a lieu au bout de douze à quatorze jours; l'œuf a, en moyenne, 18 côtes.

Armoricanus pond sur Potciilllla reptans et plus rarement sur Fragaria vesca; une seule fois, Rehfous a vu la ponte se faire sur

(i) Il est plus probable que la partie ventrale qui semble l'aire défaut existe en réalité et que, plus mince que les autres, elle est dissoute jiar l'ébullition dans la solution potassique; cette partie est en effet en quelque sorte l'éviuivalent du périnée des mammifères et sépare l'anus situé au-dessus des crj^anes pjénitau.x externes placés au dessous.

Helianlhemwn vuLgare; l'œuf est vert clair du moment de la ponte à celui de l'éclosion qui se fait au bout de neuf jours environ; il est beaucoup plus petit que celui d'alveus et en diffère encore par le nombre des côtes qui est chez lui de 22 à 24.

Carlinae pond sur PotentiUa veriia et semble ne donner aucune attention à Helïantliemum vulgare; l'œuf est vert pâle, mais un peu plus jaune que celui d'alveus au moment de la ponte; il devient orangé vif deux jours après et perd celte coloration au bout de douze jours pour devenir blanchâtre; il a une vingtaine de côtes plus marquées que celui d'alveus. Un seul des œufs récoltés du 28-7 au 9-8 est éclos en chambre le 18-1 1, c'est-à-dire au bout de trois ou quatre mois.

Fritillum pond sur PotentiUa verna ou sur les brindilles sèches au voisinage de cette plante; l'œuf est semblable à celui de carlinae, sa taille est peut-être un peu inférieure à la sienne (il faudrait, dit Rehfous, rechercher si cette particularité est constante par la comparaison d'un plus grand nombre d'œufs). Les œufs trouvés le 29-9 ont hiverné; en mars, les chenilles ont entamé le pôle de l'œuf, mais sont mortes avant d'en sortir.

Serratulae n'a été observé pondant qu'une seule fois et la plante choisie était encore PotentiUa verna.

Ces observations montrent, comme l'étude de l'armure, la spécificité d'alveus, d'annoricanus, de carlinae et de fritilhim\ pour ces deux derniers, elles ne nous apprennent rien de plus que l'armure et des observations plus nombreuses sont nécessaires.

Groupe de MALVAE. — Il comprend malvae L,., melotis Dup., malvoides Elw. et Edw. et ■pontica Rev. (PI. CCCCII).

Ce groupe me réservait des surprises, au lieu du seul malvae, il comprend quatre espèces bien distinctes et dont la validité spécifique ne me laisse aucun doute.

I. — En premier lieu, melotis Duponchel (fig. 5017), que Staudinger donne comme variété de malvae, en diffère totalement aussi bien comme papillon que comme armure mâle; cela ne peut

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faire de doute. Le revers des ailes postérieures chez nielotïs est caractéristique et les apophyses latérales ont des formes absolument différentes. Je dois dire que j'ai rencontré chez melotis quelques variations dans l'armure, mais cela ne change rien à ma certitude.

2 et 3. — Malvae (hg. 5020) et nialvoides (hg. 5021). - — Rambur avait nommé iritillimi un papillon analogue à malvae et dont il a hguré l'armure mâle. Pour éviter toui.e confusion, il faut dire que ce friliLhnn Rbr. est totalement différent du frïtillnni Hb. ; leur dessin aussi bien que leur taille respectifs les distinguent. Plus tard, Elwes et Edwards, dans leur étude des Hesperiidœ orientales, ont rencontré quelques papillons en apparence identiques à malvae et provenant de Biarritz et d'Espagne, dont l'armure était tout autre que la sienne; ils lui ont donné le nom de malvoides.

Les choses en étaient là, lorsqu'en étudiant l'armure de malvae, j'ai rencontré un certain nombre de soi-disant malvae dont l'armure n'était pas la sienne, mais bien celle que Rambur a donnée comme celle de son frïtilliim ; je me suis demandé si ce frittlliim Rbr. n'était pas malvoides Elw. et Edw. La comparaison de mes préparations avec une de celles d'Elw. et Edw., que ces auteurs ont bien voulu m 'envoyer, a montré que j'étais bien dans le vrai. La figure de Rambur montre que son fritillum possède l'armure de malvoides. Donc, malvoides — fritillum Rbr. (i) est de par son armure une espèce distincte de malvae L.

Il est particulièrement intéressant de constater que l'habitat de ces deux espèces, malvae et malvoides, ne se confond nulle part; tandis que malvae habite l'Allemagne, les parties se})tentrionales et centrales de la France, la partie septentrionale de la Suisse et les cantons de Genève, Vaud et Neuchâtel dans la partie méridionale, une grande partie de l'Autriche, sauf le littoral adriatique, la Hongrie et la Grèce, malvoides au contraire occupe toute la partie méridionale de la France, l'Italie, l'Espagne, la Corse,

i) Fritillum Rbr. doit tomber devant jriliUum Hb. qui lui est antérieur.

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la Sicile, en Suisse les Alpes du Valais et des Grisons, le littoral adriatique autrichien, la Turquie et l'Asie mineure; dans aucune de ces régions je n'ai trouvé à la fois l'un et l'autre; ils semblent jusqu'à plus ample informé s'exclure. Enfin, leur biologie les sépare encore; tandis que malvae n'a qu'une seule génération qui éclôt au printemps, inalvoides en a deux, l'une vernale et l'autre estivale, sauf dans les Alpes oii il ne se montre qu'une fois par an, en juillet.

D'après Rehfous, malvae semble pondre exclusivement sur Potentilla reptans, tandis qu'il a vu malvoides pondre sur Potentilla verna et sur Fragaria vesca; toujours d'après Rehfous, les deux œufs ne semblent pas différer; mais ce point devra être encore étudié plus complètement qu'il n'a pu le faire.

Conclusion : malvae et malvoides sont deux espèces distinctes et diffèrent par leur anatomie, par leur biologie et par leur habitat.

4. — Fontica (fig. 5018). — Une nouvelle surprise m'attendait ; j'avais mis de côté deux exemplaires provenant d'Asie mineure, pour lesquels j'hésitais entre malvae et malvoides. Lorsque j'ai fait la préparation de leur armure, je l'ai trouvée complètement différente de celles de l'un comme de l'autre de ces papillons; elle a quelque analogie lointaine avec celle de 77ielotis dont elle diffère par la forme des apophyses latérales et celle de l'uncus bifurqué près de son extrémité chez fontica. C'est donc une quatrième espèce du groupe malvae : je ne connais rien de sa biologie et je lui ai donné le nom de fontica en raison de la provenance des exemplaires que j'en possède.

Malvae, malvoides et fontica sont trois espèces si analogues comme papillons qu'il est souvent des plus embarrassant de les distinguer les uns des autres; on ne peut rencontrer de ressemblance plus complète; ce mimétisme semble cependant sans aucune utilité possible pour des espèces dont l'habitat est différent, ce qui est certainement le cas pour malvae et malvoides. Melotis est, comme je l'ai dit, une quatrième espèce de ce groupe.

LEPIDOPTEROLOGIE COMPAREE 21

Groupe de CACALIAE. — Il est composé de cacaliae, andromedae, sïbinca, centaureae Rbr., alpina Ersch., cashmirensis Moore et sidae Esp. (PL CCCCII, CCCCIII).

Nous trouvons dans ce groupe et dans chacune des espèces éiuniiérées ci-dessus une armure très différente de celles du groupe aLveiis. Le dernier segment dont l'uncus forme la partie dorsale est complet et s'élargit à sa partie ventrale à la façon d'un chaton de bague. Une autre particularité propre à ce groupe est la forme du style inséré près de la terminaison de la valve; au lieu d'avoir la forme d'un bâtonnet souvent denté à sa pointe comme dans le groupe alveus, il a celle d'une bandelette étroite et plate à demipliée sur elle-même et coudée à ce niveau; sa partie distale ne porte pas de dents, mais des poils ou des spicules plus ou moins nombreux et plus ou moins écartés. Les différences entre les espèces portent soit sur la forme du chaton, soit sur celle des valves et du style.

Cacaliae (hg. 5019), androviedae (hg. 5022) et centaureae (fig. 5023) rapprochés dans le Catalogue Staudinger, ne donnent lieu à aucune contestation ; ils diffèrent comme caractères du papillon et leurs armures respectives diffèrent également quoique assez peu. Le même type d'armure que le leur se retrouve chez alpina (fig. 5028) qui ne leur ressemble pas comme papillon et chez cashmirensis (fig. 5029) dont alpina est regardé par Mabille comme une simple forme; c'est une erreur; leurs armures diffèrent dans leurs valves et dans le style en particulier.

Il est bien plus étonnant encore de constater que sidae (fig. 5025) a une armure du même type aussi, quoique les caractères du papillon semblent devoir l'éloigner de ce groupe; cependant nous lui trouvons une valve et un style très analogues à ceux des autres espèces et il en est de même de l'anneau terminal, uncus, parties latérales et ventrales.

J'ai encore à ajouter au groupe une espèce que j'ai distinguée en 191 1 et nommée sibirica (fig. 5024). Ce papillon que j'ai reçu de la maison Staudinger et Bang Haas comme variété d'andro-

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niedae, en diffère soit par son dessin chez le papillon, soit par la forme de l'armure, en particulier par sa valve ; on peut voir d'après les figures que l'armure de cette espèce diffère même plus de celle (^.'andromedae que ne diffère de cette dernière celles de cacaliae et de centameae.

Groupe de SAO. — Je réunis dans ce groupe sao Bgstr., therapne Rbr., ali Oberthiir, orbiter Hb. et galba Fab. (PL CCCCIII, CCCCIV).

Ce groupe semble très naturel et il se distingue à la fois des autres par le fait que chez les mâles il n'y a ni pli costal ni pinceau de poils aux tibias postérieurs et par leurs armures dont le type est spécial. D'un autre côté, si sao (iîg. 5026), orbifer (Êg. 5030) ec galba (fig. 5032) sont sans aucun doute séparés et munis d'armures faciles à distinguer, la distinction est beaucoup moins nette en ce qui regarde sao, therapne (fîg. 5031) et ali (fig. 5027); je ne SUIS pas arrivé à reconnaître leurs armures les unes des autres. Néanmoins, les papillons sont assez différents pour que je sois disposé à les regarder comme trois espèces distinctes. La connaissance de leur biologie respective lèverait peut-être les légers doutes qui subsistent.

Groupe de PROTO. — Ce groupe renferme poto Esp., mohammed Oberthiir, ahmed Oberthiir et leuzeae Oberthiir (PI. CCCCIV).

Ce groupe se rapproche du précédent en ce que ces papillons n'ont ni pli costal, ni pinceau de poils chez les mâles, et ils se ressemblent beaucoup comme papillons, leur dessin est fort peu différent ; leur coloration générale est ce qui les distingue surtout, ainsi que l'accentuation plus ou moins grande de certains détails de leurs taches.

Je ne connais les deux derniers que pour les avoir vus dans la collection cl'Obcrthiir et par les figures qu'il en a données- mais je ne connais pas leur anatomie. Quant à proto (fig. 5036) et

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mohammed (fig. 5033), il est facile de les distinguer l'un de l'autre et, d'après les observations de Powell, leurs chenilles qui peuvent se nourrir toutes deux de la même plante, un Phlomis, ont une coloration différente. Powell, comme Oberthiir, regarde proto et niohavinied comme deux unités spécifiques distinctes et je pense qu'ils sont dans le vrai; leurs armures sont semblables et je ne suis pas parvenu à trouver un caractère qui les distingue nettement ; peut-être cependant le bord supérieur de la valve est-il plus convexe chez proto que chez mohammed \ si ce caractère est bien constant, ce serait quelque chose, mais bien peu de chose encore,

Groupe de PHLOMIDIS. — Ce groupe se compose de phlomïdïs H. S., geron Watson, staudingeri Spr. avec ses variétés proteus Stdg., prometheus Gr. Gr., plurimacula Chr., albata Rev. ; il faut y ajouter deux espèces récemment décrites, .^/n^z'<?iPungeler et amenophis Rev. (PI. CCCCIV, CCCCV).

Phlomidïs (fig. 5037), geron (fig. 5034) et amenophis sont voisins les uns des autres ; mais l'examen de leurs armures respectives montre que ce sont, en réalité, des espèces distinctes ; on ne peut, après avoir vu la forme de la valve de phlomidis et l'avoir comparée à celle de geron, adopter la manière de voir du Catalogue Staudinger qui fait de geron une variété de phlomidis.

Amenophis (fig. 5035) que j'ai étudié dans le Bidletin de la Société lépidoptérolo gique de Genève, en 1914, est un papillon récolté par M. A. Andres, en Egypte ; son armure, comme la distribution des taches de ses ailes, est très analogue à celles d'adenensis (fig. 5039). Amenophis est-il simplement une forme d'adenensis, lui-même variété à' evanidiis^ cela est possible, car si les taches blanches sont chez lui infiniment plus développées que chez adenensis, leur distribution est la même; d'un autre côté, les armures des deux papillons ne sont que fort peu différentes; cependant elles le sont; enfin, j'ai trouvé une différence qui me semble avoir une certaine valeur dans les filaments qui garnissent

24 LEPIDOPTEROLOGIE COMPARÉE

l'épiphyse tibiale (i). Néanmoins, je ne puis être plus afl^rmatif, car je ne possède qu'une seule préparation de l'armure d'amenophis et deux d^adenensis. Amenophis vole en deux générations en Egypte et sa chenille se nourrit de Convolvidiis lanata, d'après ce que m'a fait savoir récemment M. Andres. Je ne sais pas ce qu'il en est sous ces deux rapports d'odenensis.

Striiveï Piingeler (fig. 5038), dont je possède un exemplaire et qui diffère notablement des précédents, a une armure différente aussi ; sa valve présente entre autres particularités une forte dent terminale qui manque aux autres; certainement il s'agit d'une nouvelle espèce asiatique; stnivei provient du Turkestan oriental.

Staiulingerï (fig. 5040) est nettement distinct des espèces précédentes; son armure est d'un type voisin, mais cependant différent; quant à ses variétés proteiis Stdr. (fig. 5044), pronietheiis Gr. Gr. (fig. 5041), plurhnaczda Spr. (fig. 5045) et albata Rev. (fig. 5042), elles ne sont pas faciles à distinguer comme papillons et je ne suis pas absolument au clair sur stmtdïngerï et proteiis; je me demande si je possède un vrai staudingerï; aucun de mes exemplaires ne répond complètement à la description de Speyer. Je n'avance donc ce qui suit qu'avec quelques réserves.

L'examen des armures de ces formes montre que dans tous les cas elles ne sont pas absolument identiques. Chez staudingerï et albata, le bord supérieur de la valve est coudé et anguleux; chez pyometheus, ce bord est à peine coudé, et chez albata, il présente une courbure convexe régulière et moins saillante en haut que

(i) Le bord concave de l'épiphyse tibiale est garni de cils ou filaments chez les Hesferia, filaments nombreux et très délicats. Chez ameno-pMs, ces filaments se renflent légèrement près de leur extrémité et celle-ci est bifurquée; chez adenensts, ils ne présentent pas de renflement aussi accusé et sont trifurqués ou quadrifurqués. Adenensis est regardé comme variété à'evamdus Butler, papillon des Indes; chez ce dernier, les filaments sont commue chez adenensis tri ou quadrifurqués ; en outre, evanidus présente de petites pointes latérales sur la longueur de la tige des filaments, ce qui se voit aussi, mais rarement, chez adenensis et ce que je n'ai pas constaté chez ameno-phis. Pour le dire en passant, c'est a t;>rt que Mabille indique evanidus comme un synonyme de ^alba qui n'a rien à faire avec lui.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 25

chez prometheus; chez protens, il a la même courbure que chez prometheus ; relativement à la forme du bord supérieur, staudïngeri et alhata sont construits de la même façon; proteus et prometheus sont de leur côté semblables entre eux à ce point de vue, e<" pliirïmaciiln est autrement conformé.

Une autre partie à considérer et à comparer, c'est la pièce dentée qui termine le bord inférieur de la valve; elle est en forme de cône assez large et mousse à son extrémité chez staudingeri, proteus et chez prometheus, quoique un peu plus aiguë chez ce dernier; le cône est moms large et son extrémité plus aiguë chez albata et surtout chez pluriiitacula. Autre différence : chez albata, seul de son espèce sous ce rapport, la gouttière qui s'ouvre à la face dorsale de l'aedoeagus et par laquelle s'échappe la membrane éversible, est munie de dents tournées, leur pointe du côté distal, tandis que leur base est plus proximale; aucune dent chez les autres formes. Enfin, chez toutes les formes, à l'exception de pluriniacula., on ne distingue rien qui semble rappeler les apophyses latérales de l'uncus, tandis que chez ce plnrimacula, on voit descendre de la partie proximale de l'uncus, deux tiges minces qui en bas s'épanouissent sous la forme de feuilles ovales; dans la figure, ces deux feuilles dépassent en bas la partie dorsale de l'aedoeagus et on distingue fort bien le bord distal de l'appendice foliacé régulièrement courbe. L'uncus lui-même se renfle un peu avant sa partie moyenne chez ce même pluriniacula, tandis que chez toutes les autres formes, il n'en est pas ainsi : l'uncus semble un peu plus long chez staudingeri et prometheus, que chez proteus et albata.

Il me semble donc pouvoir conclure que : albata et plurimacula sont des espèces distinctes ; staudingeri est peut-être, si ma diagnose a été juste, distinct aussi par les caractères de son armure, de proteus et de prometheus; ces deux derniers ne présentent pas de différences anatomiques suffisantes pour pouvoir être séparés de ce fait; ils semblent différer comme imago surtout par une différence de coloration, ce qui est toujours de moindre valeur que les différences du dessin.

20 LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Je ne puis terminer cette partie sans ajouter qu'en préparant un exemplaire qui, sous certains rapports, se rapproche de -plurijnacîiia, mais qui néanmoins en diffère nettement, je lui ai trouvé une armure d'une forme propre à lui seul et que je fais figurer (fig. 5062). Selon toutes les apparences, cet exemplaire appartiendrait à une nouvelle espèce; celle-ci tout à fait distincte sous tous les rapports de toutes celles du groupe que je viens d'étudier ; il m'a été fourni autrefois par Bartel et il porte à son étiquette comme nom de localité : Thian-schan.

Il diffère de staiidingeri et des formes voisines par son uncus qui ne présente pas de crochet termnial, par la forme de sa valve et par la présence d'apophyses latérales qui, contrairement à fluri7nacnla, se terminent par une partie dentée et non foliacée comme chez lui.

Groupe de TESSELLUM. — Il comprend cinq espèces : tesselhim Hb., nonias Ld., g'igas Brem., cribrcUnui Ev. et nobilis Stgr. (fig. 504;) (PL CCCCV, CCCCVI).

Noinas (fig. 5048) et gigas (fig. 5052) donnés par Staudinger comme des variétés de tessellum (fig. 5046) en sont certainement distincts tous deux; il suffit de voir la forme de l'extrémité des valves de ces trois papillons pour être frappé de leurs différences ; la disposition des dents qui se trouvent à leur extrémité distale est dissemblable. Il en est de même si la comjiaraison porte sur les cinq espèces; on leur trouve cinq dispositions différentes de ces dents de la valve. L'examen des papillons ne me semble pas non plus laisser de doutes sur leur spécificité propre.

L'armure de ces cinq espèces, sauf crïhrelhun (fig. 5043), présente un caractère propre à ce groupe ; deux pièces fortement dentées, épaisses, se trouvent situées sur les côtés de l'aedoeagus immédiatement en avant de son passage à travers l'avant-dernier anneau ; je suppose que ces deux pièces fortement colorées et formées d'une chitine épaisse sont développées aux dépens de la gaine qui enveloppe l'aedoeagus à ce niveau et qui semble des-

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tinée à le guider et à le maintenir dans la direction normale; ces deux pièces ne se rencontrent, à ma connaissance, chez aucune autre Hesperia faléarctique.

Groupe de MACULATA. — Ce groupe est composé de maciilata Bremer et Grey, zona Mab., albistriga Mab. et thibetana Oberthiir (PL CCCCVI).

Les trois premiers, surtout zona (fig. 5053) et albistriga (fig. 5050), sont très voisins, si l'on s'en rapporte à leur dessin, er leurs armures diffèrent fort peu. Macidata (fig. 5049) se distingue par la présence de taches submarginales aux ailes postérieures que les deux autres n'ont pas. Mabille qui a décrit et nommé zona et albistriga, donne, dans le Gênera de Wytsman, le second comme une variété du premier, mais dans l'ouvrage de Seitz, il les a séparés en deux espèces. Je suis disposé à adopter cette dernière opinion d'après l'examen des armures, mais toutefois avec quelques réserves, le nombre de mes préparations étant trop petit.

Quant à thibetana (fig. 5054), la question est tranchée, soit par les caractères de l'armure qui possède un style recourbé et terminé en poinle aiguë, tandis que chez les autres il est mousse à son extrémité qui est épaisse, soit par le dessin du papillon tout à fait différent des trois autres sur le revers des ailes.

Groupe de BIETI. — Ce groupe est formé par bieti Oberthiir, oberthnri Leech = delavayi Oberthiir et carthami Hb. qui s'en rapproche sous certains rapports, mais en diffère sous d'autres (PL CCCCVI, CCCCVII).

Tous trois ont un style recourbé, mais il est mousse chez oberthnri (fig. 5055), aigu chez bieti (fig. 5051) et son extrémité est multidentée chez carthami (fig. 5056) ; la forme des valves, celle du demi-anneau placé sous l'uncus, est caractéristique chez

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chacune de ces trois espèces; elles sont bien distinctes aussi bien comme armure que comme caractères du dessin du papillon.

Il reste encore deux ou plutôt trois espèces qui n'ont trouvé leur place dans aucun des groupes que je viens de passer en revue, ce sont foggei Led. avec sa variété lutulentus Gr. Gr. et antonia Spr. (PL CCCCVII).

P^SS^^ (fig- 5060) et lutulentus (fig. 5057) sont munis d'apophyses latérales de l'uncus d'une forme qui leur est propre et je n'ai rien trouvé qui s'en rapproche chez aucune autre Hesperia; ces apophyses, assez grêles chez poggei, sont coudées à argle droit et hérissées de petites dents ; chez Intulenfjis, ces apophyses sont plus épaisses. Leur uncus, avec son long bec et sa houppe de poils à la base, les rapproche du groupe de staiidingeri dont la forme de l'apophyse latérale les éloigne ; dans tous les cas, poggei et lutulentus sont deux espèces distinctes confondues en une seule unité spécifique dans le Catalogue Staudmger.

Antonia (fig. 5061) semble avec sa large bande jaune sur le revers des ailes postérieures devoir être apparenté à sidae\ son armure qui n'a aucun rapport avec celle de sidae, montre que cette parenté n'existe pas dans l'anatomie des papillons en question. Antonia ne possède rien qui rappelle le demi-anneau en chaton de bague, il n'a pas de style et sa valve est tout à fait particulière; elle est ornée d'une protubérance mousse près de son extrémité, sans analogue chez les autres espèces du genre.

Comme on le voit, l'étude de l'armure mâle permet, dans un certain nombre de cas, de distinguer certaines espèces légitimes méconnues et confondues avec d'autres et de leur rendre leur valeur d'uniLé spécifique distincte. Mais il n'en est pas toujours ainsi et le doute peut subsister; il faut alors, je le crois, recourir à l'étude anatornique d'autres organes externes ou même internes ; cette étude pourra parfois rendre la réponse possible.

Les données biologiques si importantes et dont la valeur dans ces questions est primordiale, nous font malheureusement trop

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 29

souvent défaut en ce qui concerne le genre Hesperia\ chaque fois que nous en possédons, il faudra les mettre à contribution et nous pourrons par leur moyen corroborer ou infirmer les résultats obtenus par les autres moyens de distniction des espèces.

L'étude que je viens de fau-e me semble conduire à certaines conclusions importantes au point de vue du classement des espèces du genre Hcsperia et probablement de plusieurs autres genres aussi.

Nous avons déjà vu que les caractères morphologiques de l'armure mâle rapprochent parfois des espèces qui nous semblent d'autre part sans rapports entre elles; n'avons-nous pas dit que les caractères de l'armure font rentrer clans vui même groupe cacaliae, alpina et sidae ? D'autres fois, c'est l'inverse qui se produit et l'étude des armures mâles nous oblige à placer dans des groupes tout à fait différents des espèces que nous pourrions regarder comme étroitement apparentées par d'autres caractères et je rappelle anionia et sulae.

Il me semble résulter de ces faits que nous ne pouvons prétendre actuellement à édifier des groupements véritablement naturels et que ceux que nous construisons ne peuvent être que provisoires. Nos connaissances, en ce qui regarde les papillons, sont par trop incomplètes et parcellaires pour permettre autre chose. Ce n'est, j'en ai la conviction, que lorsqu'on connaîtra l'anatomie de tous les organes tant internes qu'externes de toutes les espèces et le fonctionnement de ces organes que l'on pourra entreprendre l'édification de groupements vraiment naturels ; il est prématuré de bâtir sur les bases incomplètes et fragiles que nous possédons, des théories qui rep)osent sur le sable de l'inconnu.

Nous laisserons à nos successeurs un immense champ de recherches qu'il faudra des générations de travailleurs pour défricher; pour le moment, notre rôle utile doit être d'accumuler les matériaux qui :*erviront dans un avenir encore bien lointain.

LEPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE

Espèces légitimes

esperia

alveus

Hesperia

proto.

serratulae.

mohammed.

onopordi.

ahmed.

carlinae.

leuzeae.

fritîLhnn = cïrsiï.

phlo)nidis.

cynarae.

geron.

speyeri.

siaudingeri.

armoricanus.

struvei.

bellieri.

plurimacîda.

revcrdini.

albata.

malvae.

tessellimi.

melotis.

n ornas.

nialvoides.

gigas.

pontïca.

cribrellinn.

cacaliae.

nobilis.

andromedae.

maadata.

centmireae.

zona.

sibirica.

albistrïga.

alpina.

thïbetana.

cashniirensis.

bïclï.

sidae.

oberthûri.

sao.

carthami.

orbifer.

poggei.

galba.

lutidentus.

ali.

antoîua.

therapne.

Je ne connais ni protheon Rbr., ni epinietheiis Mab. var. nouvelle de staudingeri, tous deux indiqués par Mabille dans l'ouvrage de Seitz.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPARÉE 31

Espèces probablement légitimes

Hesperia sifanicus ou var. d^alveus.

)) ryffelcnsis » »

» nu^nida » »

» iliensis » »

» persica ou var. <Wirmoricanus.

» amenophis ou var. à.' adenensis.

» profeus ou var. de staudïngeri.

» pronicthciis )> »

Variétés

Conyzae variété d'oiîopordi.

Iberica » de fritillinn.

toiilqmcïi )' de beilieri?

Nota. — Les figures qui accompagnent ce travail, représentent les armures mâles, à l'exception des figures 505g et 5063 qui représentent les armures femelles d'alvcns et de munida; elles sont toutes vues de profil. Pour les armures mâles, la valve gauche a été enlevée, ce qui rend les figures plus claires en évitant la superposition des différentes pièces. Ces figures étant en phototypie, elles peuvent être examinées à la loupe, ce qui permet de distinguer mieux certains détails. Les microphotographies ont été exécutées par mon collègue et ami John Jullien avec son habileté coutumière.

Genève, mars IQ16.

D"" J.-L. Reverdin,

Professeur honoraire à l'Université de Genève.

LÉPIDOPTÉROLOGIE COMPAREE

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