‹ Études de linguistique et d'ethnographieChapitre 22 sur 32 · LE TYPE M0N60LIQUE · texte numérisé non relu

LE TYPE M0N60LIQUE

11 n'est point de science qui ne nous fournisse des exemples de systématisations hâtives et de synthèses prématurées. L'anthropologie a connu ces malheureuses tentatives, aussi bien que toutes les autres branches des connaissances naturelles. On a longtemps parlé d'une race blanche, d'une race jaune, d'une race noire, sans tenir compte du sens singulier qu'on donnait dans cette acception au terme de race, et sans s'occuper de savoir s'il existait ou n'existait point de races ne rentrant, par la couleur de leur peau, .dans aucune de ces catégories : blanche, jaune, noire. Ajoutez que la qualité commune de posséder une peau de couleur jaune (étant admise une soi-disant race jaune) ne peut évidemment effacer toutes les autres caractéristiques différentielles : diversité de la forme crânienne, diversité de la taille, etc.^ etc. Ce que nous disons de la soi-disant race jaune, nous le pouvons dire tout aussi bien de la prétendue race blanche et de la prétendue race noire. Ces trois termes sont autant de fictions.

Et combien d'autres fictions n'a-t-on pas tenté de faire admettre dans le langage anthropologique courant, comme répondant à des faits avérés et acquis de classification scientifique !

On commence* aujourd'hui seulement à ne plus parler d'une race aryenne. On commence enfin à reconnaître qu'il

' Extrait de la Revue internationale des sciences^ 1878.

y a bien une famille linguistique aryenne (langues de Tlnde du nord, persan, grec, langues romanes, germaniques, slaves, lettiques), qu'il existe bien des langues aryennes, mais que Ton ne saurait parler en aucune façon d'une race arj'enne. Nous rencontrons encore çà et là quelques attardés, mais, en somme, sur cette question la lumière est faite et bien faite.

Il est loin d'en être de même en ce qui concerne la soidisant race mongolique, le type soi-disant mongolique. Ici, de nouveau, on est en présence d'une entité, et cette entilù promet d'avoir cours longtemps encore si elle n'est résolument attaquée.

C'est par l'exposé pur et simple des faits que nous pouvons en venir à bout.

Ou les mots n'ont plus de sens, ou le nom de type mongolique, de races mongoliques, de mongoloïdes, appartient aux groupes d'individus dont les caractéristiques ethniques sont, absolument parlant, ou à peu de chose près, les caractéristiques des Mongols proprement dits. Le domaine géographique de ceux-ci a pour limites : au nord, la frontière de Sibérie (au sud du lac Baïkal); à l'est, le pays des Mandchous; au sud, la Chine proprement dite; à l'ouest, la haute Tatarie. Le désert de Gobi est donc situé au centre de leur pays.

Dans son ouvrage (en russe) sur la Mongolie ^ Bitchourin décrit le Mongol comme un individu de taille moyenne, maigre, cependant fort. Visage brunâtre et joues teintées de rouge ; cheveux noirs; yeux petits, oreilles écartées de la télé; mâchoire proéminente, mais petite, ce qui donne au

* Traduit en allemand par v. d. Borg : Denktoûrdigkeiien ùher die Mongolei, Berlin, 1832. Cf. Fr. MûUer, AUgemeine ethnoaranhie, n. 365.

ethnographie, p. 365.

visage Tapparence d'être pointu vers le bas; lèvres petites, dents blanches; barbe rare.

Si nous consultons Touvrage du célèbre voyageur Pallas, nous y lisons ceci :

(( On distingue très-facilement par les traits du visage les principales nations asiatiques, qui se mêlent rarement par les mariages ; mais parmi ces peuples, il n'en est aucun où cette distinction soit aussi caractérisée que chez les Mongols. Si Ton fait abstraction de la couleur, un Mongol ressemble moins aux autres peuples qu'un nègre à un européen. Cette conformation particulière se distingue surtout dans le contour du crâne des Kalmouks ; mais les Mongols et les Bouriates ont une si grande conformité avec cjeux-ci, tant poiir le physique que pour les mœurs et l'économie rustique, que tout ce qu'on peut rapporter sur une de ces nations, peut s'appliquer aux autres. » (Traduct. franc., t. I, p. 495.) Le même auteur dit dans un autre passage : « La plupart des historiens qui n'ont pas compris tous les nomades asiatiques sous la dénomination générale de Tatars, classent avec raison parmi les peuples de race mongole les Kalmouks et les Bouriates, qui ont une grande affinité avec ces mêmes Mongols par leur langue, leurs mœurs et leur figure.... Les Mongols difTèrent autant des Tatars et de tous les peuples occidentaux que les nègres des Maures. » (/6îrf., p. 485.) Il dit encore, parlant plus particulièrement des Kalmouks, dont il a déjà signalé la « peau assez blanche, surtout chez les enfants » (p. 496) :

« Les traits caractéristiques de tous les visages kalmouks sont : des yeux dont le grand angle, placé obliquement, en descendant vers le nez, est peu ouvert et charnu; des sourcils noirs, peu garnis, et formant un arc fort rabaissé; une conformation particulière du nez, qui est ordinairement camus, et écrasé vers le front; les os de la joue saillants; la tête et le visage fort ronds. Ils ont aussi la prunelle fort

brune, les lèvres grosses et charnues, le menton court et les dents très-blanches ; ils les conservent belles et saines jusque dans la vieillesse. Ils ont tous les oreilles d^une grosseur énorme et détachées de la tête. » (Ibid., p. 497.] A la page suivante : « Ils ont naturellement la barbe très-forte. » Ailleurs : « Les Kalmoukâ sont généralement d'une taille médiocre; on en trouve plus de petits que de grands » (p. 495). Ailleurs encore :

« Je n'ai pas vu un seul homme chez eux, et principalement parmi les hommes du peuple, qui eût beaucoup d'embonpoint, tandis que les Kirguis et les Baschkirs, qui mènent le même genre de vie, sont si gros qu'ils peuvent à peine se remuer n (p. 496) ; et enfin, p. 486 :

« Les Mongols et les Kalmouks, malgré leurs guerres et leurs migrations, ont conservé des traits si caractéristiques, qu'ils en ont communiqué l'empreinte à beaucoup d'autres peuples qu'ils ont asservis, et surtout aux Kirguis Kaïsaks, aux Solones orientaux, aux Tongouses qui habitent la Daourie, et aux Chinois septentrionaux. »

Desmoulins, dans son Histoire naturelle des races humaines (Paris, 1826), écrit qui doit tenir une place importante dans l'historique de l'anthropologie, divise en deux souches la race mongole de son espèce m^ngolique : à savoir, la souche tongouse et la souche mxmgole proprement dite. Outre les Mongols au sens spécial du mot, il place avec raison dans cette variété les Kalmouks, qui habitent plus à l'ouest, dans la Djoungarie (au nord de la haute Tatarie), et les Boudâtes des environs du lac Baïkal (dans la Sibérie méridionale). On a dépeint le Kalmouk xKHume un individu ramassé et robuste, à la tête grosse, au front étroit: œil brun et enfoncé; nez petit et droit; mâchoires fortes, mais menton court; dents fortes et blanches; barbe peu développée; cou court; épaules puissantes; jambes un peu torses, comme celles des Mongols. Couleur de la peau : blanc jau-

nâtre K Ils sont, dit Desmoulins^- les plus barbus et les plus vigoureux de tous les Mongols. En tout cas, le groupe des Kalmouks est loin d^être parfaitement uniforme. La Motraye distingue d'une façon positive des Kalmouks « d'un noir approchant de la suie » et des Kalmouks « fort blancs » (p. 102, cf. Desmoulins, op, cit., p. 249). Il est de fait que cette race a pu subir bien des mélanges et qu'elle s'éloigne on plus d'un individu, du type mongol du désert de Gobi. Quant aux Bouriates, Desmoulins les regarde» avec Pallas, comme les moins barbus et les moins robustes de toute la race.

L'autre souche de la race mongole de Desmoulins est formée par les Mandchous et les Tongouses; en unissant ces deux populations, l'auteur suit l'opinion de Klaproth. Les Mandchous habitent l'extrême nord de la Chine, ayant à l'ouest les Mongols, à l'est la mer du Japon ; les Tongouses, plus au nord, habitent la Sibérie orientale.

En somme, Desmoulins caractérise ainsi l'ensemble de ce3 deux soudées : taille de cinq pieds à cinq pieds trois pouces ; poitrine large, épaules voûtées; membres forts et trapus; jambes courtes et arquées en dehors ; tête grosse et enfoncée dans les épaules ; visage large et aplati ; yeux petits à fente linéaire; peau jaune-bistre; pommettes élargies; tempes rentrées; cheveux roides et droits, parfois très-longs; corps^ et visage glabres ; cheveux noirs ; iris brun ; maigres par tempérament; fortement musclés.

La description de la race mongole de M. F. MûUer (op. cit., p. 363] concorde avec celle-ci en ce qui concerne le cou court, le visage rond et particulièrement fort dans sa partie supérieure, les yeux petits et noirs, les dents fortes et blan» ches, les cheveux roides et noirs, la barbe peu développée ; mais elle en diffère en ceci qu'elle admet parfois une teinte

1 Bergmann, Nomadische streifereien unter den Kalmûken. Riga, 1804. Cf. Fr. Mûlier, Allg. ethnographie^ p. 366,

jaune de la peau, parfois une teinte noirâtre, et, d'une façon générale, une disposition à Tembonpoint.

D'où proviennent ces deux divergences, qui, en réalité, sont très-importantes ?

Du fait que l'auteur comprend sous le nom typique de Mongols des peuples qui sont à tort réputés tels.

C'est ce que nous pouvons démontrer en examinant avec soin les principaux caractères des populations qui environnent le groupe ethnique dont nous nous occupons.

Un mot, toutefois, avant d'entrer dans cette recherche, un mot sur la forme générale du vrai crâne mongolique.

Blumenbach, dans ses Décades, publiées à Gœttingen à la fin du siècle dernier, donne la description de deux crânes Kalmouks. Voici ce qu'il dit du premier {première Décade, p. 19) : a Faciès complanata, vertex depressus, ejusque ossa utrinque protuberantia. Nasi ossa minutissima, ad perpendiculum fere declinata. Arcus superciliares vix ulli ; et nasi radix tam parum depressa ut frontis arcus per planam glabellam ad nasi jugum vix sensili flexura transeat. Narium apertura perexigua. Malaris fovea planissima. » Description du second crâne (Décade II, p. 9) : « Globosa fere calvariae forma ; faciès lata et depressa ; frons esplanata ; jugalia ossa extrorsum prominentia; orbitae amplissimœ patulae; arcus superciliores elatœ ; habitus totius cranii quasi inflatus et tumidus. » Dans une série d'observations secondaires, l'auteur signale l'étroitesse de l'orifice nasal. En somme, les deux descriptions concordent bien l'une avec l'autre en ce qui concerne les caractères principaux.

Ajoutons que, d'après tous les renseignements recueillis, le Kalmouk, comme le Tongouse, est sous-brachychéphale : son crâne a pour, indice 82 ou 83, c'est-à-dire que la largeur maxima représente les 82 ou 83 centièmes de la plus grande longueur. M. Welcker donne pour 7 Kalmouks et 10 Tongouses l'indice céphalique de 81 (Archiv. f. anthro-

poL, t. I), mais les chiffres de cet auteur doivent être toujours forcés d'environ deux unités, en raison de son mode de mensuration (cf. Topinard, l'Anthropologie^ sec. édit., p. 243).

Nous avons maintenant à jeter les yeux sur les populations qui entourent le groupe des Mongols proprement dits, des Bouriates, des Kalmouks, ainsi que des Mandchous et des Tongouses , et à rechercher quelles sont celles d'entre ces populations que Ton peut rattacher plus ou moins directement à la race mongole.

Commençons par les Chinois.

Ici la question est complexe. La population chinoise, en effet, est excessivement mélangée. Tout d'abord nous avons à remarquer qu'un grand nombre de soi-disant Chinois sont de véritables Mongols. Blumenbach, dans sa troisième Décade, décrit un crâne de Chinois qu'il rapporte sans hésitation au type mongol : u Characteres primarii. Omnes ac singuli habitum mongolicum spirant. Faciès plana, depressa ; naso simo, fossa malari livissime tantum sinuata, et ossîbus jugalibus utrinque ad latera exporrectis. Mentum prominulum. » Les Chinois de cette sorte ne le sont que de nationalité.

Quant à l'ensemble de cette prétendue race, nous nous demandons s'il forme bien un groupe homogène, et nous n^osons répondre affirmativement à cette question. M. Frédéric Millier décrit ainsi ce qu'il appelle le type chinois : « Apparence de taille moyenne, bien bâtie, un peu plus faible que celle des Européens, avec une certaine tendance à prendre de la graisse. Les femmes sont petites et délicates. Le visage est rond et poli ; les os maxillaires hauts. Le nez est petit et un peu déprimé. Les yeux sont petits et noirs, avec des paupières obliques, les lèvres charnues mais non

pas en bourrelets. Le cheveu est grossier, roîde, noir et brillant. La barbe peu abondante; la plupart du temps on ne rencontre que la moustache et une faible touffe au menton. Le poil fait totalement défaut sur le reste du corps. La couleur du poil de la barbe est constamment noire... La couleur de la peau est jaunâtre avec une nuance de brunâtre... Au sud la peau est noirâtre... Dans sa jeunesse, jus^ qu^à une quinzaine d'années, le Chinois est d'apparence jolie, engageante; mais lorsqu'il a atteint sa maturité ethnique, il devient laid, en général, à cause de la projection de sa mâchoire. » (Op. cit,, p. 368.)

Cette description est le résumé d'un grand nombre d'autres auteurs, mais elle est loin d'avoir une valeur générale. Si même nous l'acceptons, nous nous trouvons dans l'impossibilité de rattacher le Chinois au Mongol. Voici, d'ailleurs, nos objections. On nous dit que le Chinois a une tendance à l'obésité : neigung zum fettwerden. Par là il peut se rapprocher de certaines populations dites turques, mais par là aussi il s'éloigne tout à fait du vrai Mongol, qui, nous l'avons vu plus haut, a une disposition toute contraire. Secondement. Le teint jaunâtre du Chinois (noirâtre au sud) n'a rien de commun avec celui du Mongol. Troisièmement. Ce dernier est de complexion beaucoup plus robuste que le Chinois, Quatrièmement. Le Chinois a la paupière beaucoup plus oblique que le Mongol : sous ce rapport c'est plutôt de l'œil esquimau que se rapproche l'œil chinois. Cinquièmement. Le Chinois est notablement plus prognathe que le Mongol. Sixièmement. Le crâne du Chinois est moins capace que celui du Mongol. Septièmement:» Le nez des Chinois n'est point plat comme celui des Mongols et des Kalmouks. » (Desmoulins, op, cit,, p. 209.) Huitièmement. La forme générale du crâne des Chinois est en complète opposition avec la sousbrachycéphalre (et parfois même la brachycéphalie) des Mongols. Certains Chinois ont bien la tête arrondie, mais

la plupart d^entre eux Tont ou moyenne, ou allongée. Vingt et un spécimens ont donné à M. Barnard Davis Tindice de 76 (soit 76 de largeur maxima pour 100 de longueur maxima). M. Welcker donne 76 (soit 78, d'après ce qui a été dit plus haut) ; M. Topinard a pris sur vingt-huit pièces un indice de 77.6. Si nous enlevons d'entre tous les crânes qui ont servi à prendre ces mesures, ceux qui appartenaient (comme celui de Blumenbach décrit ci-dessus] à de vrais Mongols, nogs constatons que Tensemble des crânes chinois n'appartient même pas à la mésaticéphalie, mais qu'il est nettement sousdolichocéphale.

Voilà en somme un grand nombre d'arguments qui nous empêchent de rattacher les Chinois au véritable groupe mongolique. Nous pouvons simplement dire que la race mongole a joué un rôle important dans les métissages multiples de la population chinoise, mais nous ne devons pas aller plus loin.

De la Chine passons au Japon.

Les Japonais (immigrés du continent dans les îles qu'ils occupent actuellement] ont vraisemblablenfient une origine mongolique* La taille du Japonais est celle du véritable Mongol; il est relativement trapu, robuste, a la tête forte et souvent enfoncée dans les épaules, qui sont larges. Les jambes sont arquées. Dents blanches et fortes, yeux noirs^ paupières analogues à celles. des Mongols. Teint jaunâtre chez les hommes, plus blanc chez les femmes. Cheveux noirs et roides. Peu de barbe, mais plus, cependant, que chez les Chinois. Indice céphalique : 78, c'est-à-dire crâne moins arrondi que celui du véritable Mongol ^ En somme nous pensons que le type japonais se rattache au type mongol,

^ Consultez sur le type japonais: Mohnike, DieJapaner, MQnster, 1872; Fr. Mûller, op. cit., p. 366.

mais nous pouvons conetater chez les Japonais Tinfluence de

«croisements ethniques, qui, entre autres résultats, ont eu,

par exemple, celui d'allonger parfois la forme de la tête.

Le Coréen procède également du type mongolique, mais il

a souffert aussi de croisements très-évidents.

. Si nous descendons vers le midi, nous trouvons au sud et au sud-ouest de la Chine des populations que Ton qualifie couramment de populations mongoliques. Ce sont les Annamites, les Siamois, les Birmans, les Tibétains et les différents peuples qui se rattachent à ces principaux groupes indo-chinois. Ces différents groupes rentrent-ils bien par leurs caractères extérieurs dans la famille des Mongols, ou devons-nous, contre Topinion générale, les en détacher? c'est ce que nous allons rechercher.

Dans Touvrage que nous avons cité plusieurs fois déjà, Desmoulins, tout en rattachant les Birmans et les Siamois à r « espèce mongolique », trace cette description : « Les Birmans et les Siamois, les plus grands de toute Tespèce, ont de cinq pieds deux et trois pouces à cinq pieds cinq pouces. Leurs têtes offrent un losange plus allongé verticalement que chez tous les autres mongoliques. Leur visage, large et élevé par le travers des joues, ôe rétrécit tout à coup à la hauteur des yeux, et leur front se termine presque autant en pointe que leur menton : forme plus ou moins apparente selon qu'ils se rasent la tête, ou la laissent couronnée d'une grosse touffe de cheveux comme les Siamois. Leur nez, droit et assez bien caréné par en haut, est court et arrondi par le bout. Leurs yeux^ relevés obliquement, fendus en amande et d'une plus grande ouverture chez les femmes, ont une vivacité extrême. L'iris en est noir et la conjonctive jaune. La saillie des pommettes creuse un peu les joues, ce qui fait paraître plus grande leur bouche, dont les lèvres sont

grosses et pâles. » P. 20o. Et plus loin : « Les peuples du Laos, du Tsiampa et surtout de la Cochinchine et du Tunkin, ont la peau moins foncée que les Siamois, les Peguans et les Birmans. La nuance particulière des Tunkinois est olivâtre, tirant un peu sur le brun.. . Quoique voisins des Chinois, les peuples du Tunkin ont le nez bien plus droit et saillant, sans approcher pourtant des Européens. »

En fait, Desmoulins n^arrive à décrire aucune unité d.u type dans ces populations méridionales, et surtout il n^arrive nullement à montrer comment elles procéderaient delà race mongole. La tête d^un bon nombre d^ Annamites est ovoïde^, ce qui la distingue déjà nettement de celle du Mongol et la rapproche d'un grand nombre de têtes chinoises. Par contre, d'autres Annamites ont la tête « cylindrique, à sommet aplati ; son diamètre antéro-postérieur est plus petit que chez les Européens, et, d'après Texamen du crâne, on voit que le trou occipital est placé très en arrière de la ligne médiane m. Le même auteur, M. Zinquetti' ajoute à cette description les caractères suivants : face plate et large, front large et bombé, yeux petits, nez écrasé à la racine, bouche grande, lèvres grosses, barbe rare, cheveux noirs. Tronc carré, bassin très-large. Muscles volumineux mais très-peu puissants. Peau jaunâtre, taille peu élevée. Dans son Rapport sur l'Anthropologie du Cambodge, M. Hamy rappelle (d'après MM. Pallu et Richard) que l'Annamite est de couleur cannelle, que sa barbe est peu fournie, ses cheveux noirs et lisses ; que son visage est plat, son nez épaté et à racine écrasée, ses narines larges et aplaties, ses pommettes saillantes. Sans doute plusieurs de ces caractères concordent avec ceux du Mongol, mais quelques-uns d'entre

^ Bulletins de la Soc. éCanthropol, de Paris, 1863, p. 646.

* Une année en Cochinchine (Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaire, février 1864, t, XI)» Cf. Bulletins de la Soc. d'anthropol., 1864, p. 431.

eux, par exemple Tépatement du nez, semblent tout à fait s*én écarter. Le fait est que toute cette population de Textréme est du continent asiatique est des plus métissées.

M. Gréhan, dans son ouvrage sur le Royaume de Siam (Paris, 1869), décrit ainsi le Siamois proprement dit : taille de i>"70, membres inférieurs forts et bien proportionnés» corps long, épaules larges, cou court, tête proportionnée, teint olivâtre. Partie supérieure du front étroite, visage large entre les pommettes, menton étroit; yeux noirs; nez un peu aplati : cheveux roides et noirs. Ici encore nous pouvons trouver quelques caractères mongoliques, mais que les Mongols partagent d^ailleurs avec bien d^autres populations, et, en définitive, nous ne voyons rien qui autorise à ranger les Indo-Chinois avec les Mongols.

M. Fr. Mûller, qui s^en rapporte principalement ici à Finlayson^, fait le portrait général que voici de Plndo-Chinois: taille de cinq pieds et deux ou trois pouces ; couleur de la peau jaune ou brun clair, presque dorée dans les hautes classes. Manque de barbe, mais chevelure noire abondante. Nez petit et non aplati ; fosses nasales divergentes. Bouche large, lèvres petites. Yeux petits. Os malaire large et haut. La partie postérieure du maxillaire inférieur est grande et forte et donne à la figure une apparence losangique.

Passant au Tibétain, le même auteur, s^appuyant en particulier sur les voyages de Schlagintweit-Sakûnlunski dans la haute Asie (t. II, p. 48), le décrit ainsi : taille moindre que celle des Européens du centre, poitrine large, muscles trèspuissants. Front bas et large ; cheveux noirs ; maxillaire large, menton petit. Cela peut concorder davantage avec les caractères du Mongol et nous ne nierions pas une parenté qui, après tout, est possible; mais, pour revenir aux races du sud-est de TAsie, nous ne pouvons que formuler à nou-

^ The mission to Siam and Hué; Londres, 1826.

veau toutes nos réserves. Il est yraisemblable à un très-haut point que toute cette région du continent asiatique a été peuplée anciennement par des races noires, nonrseulement par des Négritos, mais aussi par des noirs aux cheveux lisses. C'est sur ce premier fonds de population que des races au teint clair sont venues s'implanter. Les mélanges de toutes sortes ont donné naissance aux populations plus ou moins claires, mais toutes très-métis8ées> dont les plus importantes viennent de nous occuper.

Quant à penser que les Mongols aient joué un rôle autre que très-indirect dans ces nombreux mélanges, nous ne pouvons l'admettre. L'élément au teint clair, ou relativement clair, qui a coopéré dans la plus large part à la formation de toutes ces variétés a été, si nous ne nous trompons, non pas l'élément mongolique, mais bien l'élément malai.

Nous ne nous arrêterons pas à discuter l'opinion des auteurs qu'un esprit enclin à un extrême besoin de simplification, a porté à apparenter le Malai au Mongol. Il suflQtde rappeler que le premier a la taille plus petite que le second ; que son indice nasal, caractère de premier ordre, est plus élevé de trois unités environ que l'indice nasal du Mongol ; que son prognathisme est plus accentué ; que la couleur de sa peau est plus foncée, etc., etc.

Mais n'a-t-on pas regardé également les Dravîdiens comme des Mongols ^ !

Avant de nous diriger vers l'ouest, — c'est-à-dire vers l'Asie centrale, l'Asie Mineure et l'Europe orientale, — rappelons au lecteur quel est l'ensemble de la famille linguistique altaïque. On la divise en cinq groupes principaux, dont voici l'énumération et les grandes subdivisions :

' Maury, la Terre et VHomme,, p. 375.

Groupe iongouse, comprenant le mandchou, le lamoute (au nord-est du mandchou) et le tongouse proprement dit;

Groupe mongol : mongol proprement- dit (ou mongol oriental), kalmouk, bouriate;

Groupe tatar ou turc, comprenant les idiomes yakout, ouigour, djagataïque et turcoman, nogaïque, kirghiz, turc, tchouvache (au sud-ouest de Kazan); baskir; .

Groupe fmnois, comprenant le suomi (en Finlande) avec le karélien, le vepse, le live, Testhonien; le lapon; le zyriène, le permien, le votiaque; le mordvin et le tchérémisse; le magyar (en Hongrie), levogoul et Tostiaque ;

Groupe des idiomes samoyèdes.

Nous avons parlé des Mongols et des Kalmouks, puis des Tongouses, qui, par leur origine, ainsi que le dit Pallas, ne se rattachent peut-être pas aux Mongols, mais qui, en fait, sont fort mongolisés. 11 nous reste à parler des populations dont la langue appartient à Tun quelconque des trois derniers groupes delà famille linguistique dite ouralo-altaïque, ou plus. simplement altaïque.

Il est certain qu'un grand nombre de Tatars portent la trace^de mélanges anciens avec les Mongols. Pallas signale entres autres, comme fort mélangés, les Tatars de Katchinzi qui habitent à Fouest de Tlénisséi (op. ciL, t. III, p. 428; t. IV, p. 498). D'autres, par contre, sont indemnes de ce mélange. C'est ainsi que le célèbre voyageur dit, au tome quatrième de son ouvrage, p. 498 :

« Les [Tatars] Saïgaks diffèrent beaucoup des Tatars de Katschinzi, en ce qui concerne les traits de la figure et leur constitution physique; ils ressemblent, au contraire, beaucoup en cela aux Beltires et aux autres Tatars qui habitent les montagnes de Kousnez, c'est-à-dire qu'on rencontre rarement parmi eux des visages où il y ait des traits kalmouks; les leurs sont, au contraire, caractérisés tatars, sans qu'on y aperçoive aucun mélange : ils ont la barbe très-forte, et

sont très-velus sur le corps; ils sont plus grands et plus nerveux que les Tatars de Katschinzi. On pourrait même croire que ces peuplades, habitant des contrées sauvages et montagneuses, ont su se préserver du mélange du sang mongol, qui existe généralement, à ne pouvoir s'y tromper^ dans les tribus des Tatars de Katschinzi. » Ailleurs, parlant des Tchouvaches, Pallas décrit le type tatar : « Les traits des Tchouvaches dénotent un mélange bien marqué de sang tatar. On ne voit point chez eux de cheveux blonds, roux, ni châtain clair; mais ils les ont généralement, comme les Tatars, d'un brun tirant sur le noir {op. ciL, traduct. franc» de 1788, t. I, p. 134).

Un caractère important du Tatar est sa tendance à l'obésité; le Kirghiz prend facilement de l'embonpoint (Pallas, 1. 1, p. 616), il en est de même de tous ses parents : or nous avons dit plus h^ut que tel n'était jamais le cas des Mongols. Desmoulins dit fort bien, en parlant de ces derniers, que « maigres par tempérament, quoique fortement musclés,, on ne voit chez aucun d'eux, malgré la meilleure nourriture^ de cet embonpoint si commun chez les peuples turcs, leurs voisins de l'occident, dont les habitudes et le régime sont pourtant semblables » (op, cit., p. 23S).

Ce dernier auteur a grand soin, dans s.a classification, de distinguer les Turcs (ou Tatars) des Mongols. Il reconnaît les mélanges qu'ont subis les Nogaïs et les Yakouts, mais il les sépare cependant des Mongols. Les Yakouts, diUl, se divisent pour ainsi dire en deux peuples, l'un d'hommes petits, l'autre d'hommes très-grands : « La grandeur de la stature est le caractère le plus vivace de la race turque^ celui qui résiste le plus longtemps à l'empreinte de l'espèce mongolique. La couleur des cheveux, des yeux et la forme du visage sont les traits les plus rapidement altérés » {op. cit., p. 252).

Décrivant dans ses Décades un crâne de Yakout, Blumen-

bach a pour premier soin de faire remarquer combien ce crâne est différent du crâne kalmouk dont il avait parlé précédemment: « In universum prope abest ab illo Calmucci cranio quod prîore décade ezhibui. Forma ipsi fere quadrata. Orbit» yaegrandes amplissimo osse cribriformi ab înyicem disjunct»; glabella tumîde prominens; nasi ossa «oarctata et superne in acutiorem apicem confluentia ; verticis ossa utrinque in tubera elata, » tab. xv. Dans la première Décade le môme auteur décrit comme il suit un crâne turc : « Galvaria fere globosa ; occipitio scilicet vix ullo, cum foramen magnum pêne ad extremum baseos cranii positum sit. Frons latior. Glabel^ prominens. Fossae malares leviter depressae.... Narium apertura angustior inferius hemicycli in modum rotunda, » p* 15; et il ajoute, parlant de la bracbycéphalie bien connue de cette race : a Denique vero et globoitam cranii in Turcis formant une ore testantur auctores ; sufficiat ex bis excitasse Vesalii locum de c. h, fabr, p. 23, éd. 1555 : plerasqtte nationes peculiare quid in capitis forma sibi vindicare constcU. Gemiensium namque, et magis adhuc Grœcorum et Turcarum capita globi fere imaginem exprimunt. » M. Welcker donne le chiffre de 82 comme indice céphalique de quatre Turcs, soit près de 84 en tenant compte du procédé de mensuration particulier à cet auteur. Pour trois spécimens de même race, M. Barnard Davis trouve précisément un indice de 84. Les crânes turcs ayant pour indices 80, 81, 82, c^est-à-dlre appartenant à la sous-bracbycéphalie, sont assurément métissés.

Dans sa description d^un crâne kirghiz (seconde Décade, p. 8), Blumenbach distingue encore très-nettement le type tatar du type mongol.

En fait, il est clair qu'il y a eu là, originellement, deux types primitifs ; mais si Tun de ces types a pu se conserver relativement pur chez les Mongols du désert de Gobi, Tautre

-a considérablement souffert. Les Turcomans de TAsie centrale nous sont représentés par tous les voyageurs comme tme nation des plus mêlées. Les Turcomans sont, en général, de taille élevée, mais il s^en rencontre dont la stature «st réellement petite; ceux qui habitent sur la frontière du Khorassan sont tous métissés (Girard de Rialle, Mémoire sur VAsie centrale, 2fi édit., p. 103). Le baron de Bode distingue le vrai tatar turcoman par ce fait que le nez est moins plat, les lèvres moins épaisses que chez le Mongol et chez le Kalmouk : il est de taille plus élevée que ceux-ci et ressemble assez au Tatar nogaï et au Tatar du Volga. Quant au Turcoman du désert, ainsi que TUshek de Khiva, il a des. traits plus mongoliques (ibidem). Les Usbeks, de leur côté, ne sont pas moins mélangés.

Quant aux Turcs d^Europe nous savons à quel point ils sont métissés.

Si la langue du Finnois doit être rattachée à celle du IVlongol, si ces deux idiomes remontent à une source commune> il s^en faut de beaucoup, par contre, que Forigine ethnique de ces deux groupes soit la même.

Mais, avant tout, expliquons-nous sur ce que Ton appelle le type finnois. Évidemment c'est le type général des individus qui habitent la Finlande actuelle et parlent (s'ils ne sont russifiés) Tidiome « suomi », On a beaucoup parlé des Finnois sans avoir sur leurs caractères ethniques les moindres renseignements sérieux. Tantôt on en a fait une population à tête allongée, dont les dolichocéphales préhistori-^ ques de TEurope occidentale auraient été les ancêtres; tantôt on en a fait une petite population brune à tête très-globuleuse. On est enfin revenu de ces errements. M. Topinard, dans son Anthropologie, a tracé un excellent portrait du véritable Finnois (2« édit., p. 481) : cheveux

ordinairement rougeâtres ou jaunâtres, d'un blond doré ou blanchâtre, plus rarement châtains. Barbe parfois peu fournie, généralement rousse. Les yeux de nuance bleue, gris verdâtre ou châtains, teint blanc, chargé souvent de taches de rousseur. Nez droit, narines petites. Lèvres petites. Menton rond. Oreilles hautes, larges, plates. Taille au-dessous de la moyenne : 1™,61. Cou mince, poitrine étroite et aplatie ; bras longs ; jambes grêles, pieds plats.

Pallas dit ceci des Ostiaques (des gouvernements de Tobolsk et de Tomsk] : « La plupart des Ostiaks sont de taille médiocre, plus petite que grande. Ils ne sont pas robustes; ils ont surtout la jambe maigre et effilée; ils ont presque tous la figure désagréable et le teint pâle; aucun trait ne les caractérise. Leur chevelure, communément rougeâtre ou d'un blond doré, les rend encore plus laids » (op. ci7., 1. IV, p. 52).

Il caractérise ainsi les Votiaques (Vjatka, Kazan, Orenbourg) : « Il y a parmi eux très-peu d'hommes grands, bien faits et robustes. Les femmes sont surtout petites et point jolies. L'on ne voit chez aucun peuple autant de rouges ardents que chez les Votiaks. Il y en a cependant qui ont des cheveux bruns, d'autres des cheveux noirs, néanmoins la plupart sont châtains; mais ils ont en général la barbe rousse » (ibid., t. V, p. 31). Il dit des Tchérémisses (du gouvernement de Kazan, sur la rive gauche du fleuve Volga) : « Ils sont de taille médiocre; ils ont en majeure partie les cheveux châtain clair, ou blonds ou rouges. Ces couleurs se distinguent surtout dans leur barbe, qu'ils n'ont pas trèsgarnie. Ils sont très-blancs de visage , mais ils ont de gros traits; ils ne sont pas robustes de corps » (ibid., t. V, p. 38).

A la vérité, certaines populations finnoises ont subi des mélanges sérieux. Les Tchoudes, par exemple, n'ont pas la chevelure blonde ^ Les Vogouls de l'Oural septentrional ont,

' Kopernicki, BuUet, de la Soc. d^anthropol. de Paris, 1869, p. 628.

d'après Castrén, des points de ressemblance avec les peupies mongoliques. Dans Tarticle sur les Vogouls de TArchimandrite Platon, publié dans le Magasin asiatique de Klaproth (1825), nous lisons que parmi eux «... quelques-uns ressemblent beaucoup aux Kalmouks, d'autres aux Votiaks' et aux Fermions... Ils ont le regard sombre, les cheveux ordinairement noirs ou brun rougeâtre... » p. 247.

Blumenbach décrit comme suit, dans sa quatrième Décade, un crâne tchoude : « Universa forma médium quasi înter caucasiam et mongolicam tenet. Faciès quidem, maxime circa malarum ossa, latior quam in illa, neutiquam tamen tantopere explanaia et extrorsum eminens ac in genuinis Galmuccorum cranîis. Calvaria subglobosa. Glabella tumidula. Orbitas rotundiores » {tab, xxxiii). — M. Welcker donne pour les Finnois un indice céphalique de 79 (soit 81 avec la rectification ci-dessus indiquée comme nécessaire] ; M. Bamard Davis 82 pour huit spécimens. D'après M. Kopernicki {ibid., p. 631), le type brachycéphale est le plus répandu chez les Finnois, « bien qu'on y rencontre des sujets à la forme allongée ». Sur quatre crânes d^hommes esthoniens M. Broca a trouvé une moyenne de 81.82; sur ces quatre mêmes crânes et un crâne de femme, 80.59. L'indice orbitaire enfin est plus faible que chez les peuples de l'Asie orientale.

En somme l'on ne peut rapprocher les Finnois des Mongols qu'à la condition de n'avoir jamais étudié l'une ou l'autre de ces races.

Quant aux Lapons, il est tout aussi évident qu'ils n'ont rien de commun ni avec les Mongols, ni avec les Finnois. Le Lapon est de beaucoup plus petite taille que le Mongol ; sa stature moyenne est de 1°^53 : il ne voit guère au-dessous de lui, sous ce rapport, que le Négrito'et le Bochiman. Il est au plus haut point brachycéphale : indice de 85 et plus. Sa face est extrêmement ramassée. Le nez est plus large

chez lui (par rapport à la hauteur) quMl ne Test chez lo Mongol*.

Le type du Samoyède n'est pas encore parfaitement déterminé. On s'accorde à le dire très-brachycéphale, à ouverture nasale pïus large que ce n'est le cas chez le Mongol. Face large et «platie, pommettes saillantes, nez déprimé. (Topinard., op, cit., 2^ édit., p. 490; Desmoulins, op. cil., p. 263.) Certains auteurs le rattachent aux Lapons, d'autres aux Esquimaux, d'autres aux Mongols; c'est assez dire l'incertitude qui règne sur la question, car chacun de ces rapprochements écarte forcément les deux autres.

Arrivons aux populations dites plus spécialement hyperboréennes.

Nous devons tout d'abord éloigner des Mongols les Youkaguirs (qui habitent à l'est des Yakouts et des Tongouses). C'est une population au teint clair et de haute stature, au visage allongé. Les Tchouktches du nord-est de la Sibérie sont également d'une taille fort élevée. Les Kamtchadals se distinguent par le ir face allongée. Rien de tout cela n'est mongolique.

Quant aux Esquimaux, on seuemande en vain comment un grand nombre d'auteurs ont pu les classer avec les Mongols. A s'en tenir uniquement à la forme du crâne il y a entre ces deux populations un écart considérable. Tandis que le crâne du Mongol est relativement globuleux (moins pourtant que celui du Lapon, du Turc, du Finnois), le crâne de l'Esquimau est l'un des plus allongés que l'on connaisse. Son indice moyen est de 71 (comme celui de l'Australien et du Néo-Calédonien). Ce caractère seul suffirait à empêcher tout

' Consultez BertiUon, Sur les Lapons {BuU, de la Soc. d'anihropol. de Paris^ 1869, p. 52, et Dictionn* encyclop. des sciences méd.)\ To^iDAvàiV Anthropologie, 2* édit., p. 490.

rapprochement : il y a, sou5 ce rapport, autant de différence entre les deux races qu'il y en â entre l'Arabe et le Bas- Breton. La voûte crânienne de TEsquimau forme une sorte de toit allongé, une espèce de carène qui est essentiellement caractéristique, et qui présente souvent, dans sa ligne médiane, comme une crête longitudinale. L'indice nasal du Mongol varie généralement de 48 à 49 : chez l'Esquimau il n'est que de 42 0/0 ; c'est le plus faible de tous ceux quç l'on connaisse^ En fait les différences sont tellement considérables qu'il nous parait inutile d'insister sur ce point.

Nous avons enfin à nous demander si c'est avec juste raison que l'on a fait rentrer les Indiens d'Amérique dans la classe des Mongols, et notre réponse est tout à fait négative. M. Topinard a montré sans peine combien l'Américain s'éloignait du Mongol par la faible capacité de son crâne; jtar sa stature généralement très-élevée. Les Patagons ont en moyenne l'^TS ; les Iroquois 1"*73 à 1™74. Ajoutons que l'Américain dont le crâne n'est pas déformé artificiellement, n'est ni brachycéphale, ni même sous-brachycéphale : il est simplement mésaticéphale, parfois môms sous-dolichocéphale et dolichocéphale. Son nez est saillant, souvent convexe. Que l'on distingue un ou plusieurs types dans les populations américaines, nous pensons qu'en tout état de cause, il faut nettement séparer ces populations d'avec les Mongols et les Kalmouks.

Notre conclusion est que l'expression de type mongolique doit être, sinon abandonnée totalement, au moins restreinte

' Les Bochimans tiennent le haut de la série avec le chiffre de 58 ; les Nègres ont de 54 à 55 ; les Lapons 50 ; les Basques 45.

au groupe des vrais Mongols et de leurs plus intimes parents.

Sans doute il est commode de diviser rhumanité en trois grandes familles, de parler d^un type caucasique, d'un type mongolique, d^un type éthiopien ; mais lorsqu'il s'agit de sortir de ces vagues théories et de décrire exactement les types en question, la difficulté devient insurmontable. On groupe dans une seule famille les Bretons, les Berbers les blonds de la Belgique ; dans une autre famille le^ nègres, guinéens et les ^chimans; dans une même famille, enfin, les Mongols, les Malais, les Finnois, les Américains, les Esquimaux. En un mot, pour créer trois types abstraits, trois vaines entités, on tient comme non avenues les descriptions ethniques les mieux acquises, les plus vraies, les plus réelles.

Ces grands types n'ont pas seulement contre eux d'être de pures conceptions métaphysiques ; leur premier défaut est de synthétiser sans méthode, contre toute méthode, et d'être la négation même de toute l'anthropologie descriptive.

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