‹ Études de linguistique et d'ethnographieChapitre 27 sur 32 · STATISTIQUE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE

Le groupe des langues slaves, dont le serbe fait partie, est une variété du type primitif dont procèdent également le sanskrit, le grec, le latin, le perse, l'allemand, etc. Il est constitué aujourd'hui par huit idiomes vivants.

A l'est, le russe, ou grand-russe; puis, dans la Russie méridionale et dans une partie de la Galicie autrichienne, le ruthène, ou petit-russe; le polonais, parlé en R,ussie par quatre millions sept cent mille individus (4,700,000), en Prusse par deux millions quatre cent cinquante mille

' Extrait de la Révublique française^ 1877.

(2,450,000), en Autriche par deux millions quatre cent soixante-cinq mille (2,465,000) ; plus à Touest, dans la Prusse méridionale et la Saxe, le slave de Lusace — ou sorabe — idiome tout à fait en voie d'extinction et parlé par cent trente mille individus seulement (130,000), aux environs de Gottbus et de Bautzen. Au nord de TAutriche se trouve une autre langue slave, celle-ci beaucoup plus importante : c'est le tchèque, ou slave de Bohême, avec le dialecte slovaque, parlés, tous deux ensemble, par six millions et demi d'individus (6,500,000) environ. Puis viennent les idiomes slaves du. sud : tout à l'est, le bulgare (5,500,000 individus), parlé surtout dans la plus grande partie de la Turquie européenne; tout à l'ouest, le slovène (1,200,000), dans la Carinthie et la Styrie du sud, dans la Carniole et dans une partie de l'Istrie. Enfin, entre ces deux derniers idiomes, s'appuyant à l'est sur le bulgare, à l'ouest sur le Slovène, le serbe, dont nous allons nous occuper particulièrement.

On pourrait aussi bien donner à la langue serbe le nom de langue croate. Le premier de ces noms est celui qu'elle porte dans l'Europe orientale, le second celui qu'elle reçoit dans l'ouest. Certains auteurs, pour tout concilier, l'appellent serbo-croate ou croato-serbe.

C'est dans le courant du septième siècle de notre ère que les ancêtres des Serbes et des Croates abandonnèrent la région des monts Carpathes et prirent le chemin du pays où nous les trouvons cantonnés aujourd'hui. Vers l'ouest, ils ne tardèrent pas à s'établir en Dalmatie ; au sud , ils prirent rapidement possession du territoire compris dans la pointe triangulaire que forment le Danube, la Save, la Drave. C'est là que, dans le cours du neuvième siècle, ils furent catéchisés et convertis par des missionnaires <'hrétiens. Plus de deux cents ans s'étaient écoulés déjà, et les Slaves de Dalmatie, de Croatie et de Bosnie jouissaient de leur pleine indépendance, quand apparut la nation conquérante

des Magyars, peuple asiatique, parent des Vogouls et dt& Ostiaques^ qui s'établit par la force des armes sur la frontière septentrionale des Slaves du sud. A la fîndu onzième siècle, le roi de Hongrie Ladislas l^^ avait conquis la Slavonie, puis la Croatie. Les princes serbes de l'Orient demeurèrent indépendanls plus longtemps. Ce ne fut qu'au quatorzième siècle que la bataille de Kosovo (15 juin 1389) livra aux Osmanlis l'empire serbe de l'est.

Ces détails historiques rappelés d'une façon sommaire, jetons les yeux sur la carte linguistique de PEurope actuelle et voyons quelles sont les limites géographiques ducroato-serbe.

Nous remarquons tout d'abord que celte langue n'appartient pas à un seul et même Etat, mais qu'elle est répartie, au contraire, entre quatre gouvernements. Il est rare que l'aire géographique d'une langue coïncide avec les limites mêmes d'un État. Pour le serbe, le phénomène est remarquable.

Si nous commençons par l'ouest, nous voyons qu'en AustrorHongrie le croate occupe l'Istrie (moins une bande du littoral où se parle l'italien), puis la Dalmatie et les iles nombreuses qui en dépendent. Remontant un peu vers le nord, nous trouvons le croato-serbe dans toute la bande méridionale du territoire qui, dans la division de l'empire en deux portions, appartient aux Magyars : c'est à savoir la Croatie (Agram, Varazdin), la Slavonie (Esseck), la Sirmie, puis la plus grande partie du territoire compris entre Temesvar et Semlin.

Au sud de la Save, la principauté de Serbie, vassale de la Turquie» voit la langue serbe s'étendre sur presque tout son territoire. Dans l'est seulement de cette principauté (notaniment à Zaïtchar], on parle une langue latine» le roumain.

Dans le domaine propre de l'empire ottoman^ la langue serbe est parlée au nord-ouest : dans la Croatie turque, en Bosnie et en Herzégovine. Au sud, enfin, le serbe est la langue unique de la petite principauté du Monténégro.

. Sur les 35,923,000 habitants de la monarchie austro-hongroise, on compte bien 16,169,000 Slaves, soit près de la moitié de la population totale. Parmi ces seize millions, les individus dQ langue croato-serbe compteraient pour environ 3,017,000^ ainsi répartis approximativement : en Autriche, 553,000; en Hongrie 2,464,000.

On voit combien Tlstrie et la Daimatie, qui relèvent de la couronne autrichienne, sont inférieures, sous le rapport de la population, à la Croatie, à la Slavonie et autres pays serbes relevant de la couronne magyare.

£n somme, la onzième ou douzième partie des sujets austro-hongrois parle croato-serbe.

En Turquie, on peut compter, dans les provinces de Bosnie, de Novi-Bazar et d'Herzégovine, environ 1,130,000 individus de langue serbe; c'est à peu près le nombre de ceux qui ont le turc pour langue maternelle. Dans la principauté de Serbie, à côté des 110,000 Roumains cantonnés dans Test^ à Zaïtchar et aux environs, on compte 1,140,000 personnes parlant le serbe. Enfin dans la principauté de Tsrnagora (Monténégro), la population — serbe tout entière — est d'environ 200,000 individus.

. Nous arrivons ainsi à un chiffre de 5,487,000, qui nous paraît très-rapproché de la vérité. L'ethnographe tchèque Schafarik obtenait un résultat plus élevé; les Croato-Serbes étaient, pour lui, au nombre de six millions quatre-vingtquinze mille. Czoernig, par contre, n'en comptait que cinq millions cent soixante-six mille cinq cents. L'auteur anonyme de l'excellent livre : Les Serbes de Hongrie, leur histoire, leurs privilèges, leur église, leur état politique et social, porte à cinq millions deux cent cinquante mille environ (5,250,000) le nombre des Croato-Serbes de tous pays. Ce dernier chiffre, comme l'on voit, ne diffère pas trèsi-sensiblement de celui que nous proposons nous-même.

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