DU POEMB DE LUCRÈCE
TaristocFatie, las frénésies populaires, le mépris de toute religion , de toute loi , de toute pudeur, et surtout du sang humain ; enfin , dans cette époque où Tancienne Italie étalait toutes les grandeurs du crime, comme lltalie du xv*" siècle en reproduisit toutes les bassesses. On sait peu de chose de sa vie. Il la passa certainement loin des affaires publiques , suivant Taxiome et le conseil d'Épicure , confondu dans les rangs des chevaliers. On ignore s'il fit le voyage d'Athènes, et s'il visita lui-même les écqles de la philoi^opbie qu'il a chantée. Un de nos premiers écrivains a fortement indiqué un rapport vraisemblable entre les temps horribles où vécut Lucrèce et les doctrines désolantes dont ce poète a fait choix. H Lucrèce, dit M. de Fontanes, comme presque « tous les athées fameux, naquit dans un siècle d*orages (t et de malheurs ; témoin des guerres civiles de Marins M etdeSylla, n'osant attribuer à des dieux justes et sagea « les désordres de sa patrie , il voulut détrôner une prqu vidence qui semblait abandonner le monde aux pas- « sions de quelques tyrans ambitieux. Il emprunta saphi- « lo3ophie aux écoles d'Ëpiçure; et, maniant un idiome (« rebelle, qui, né parmi les pâtres duLatium, s'était élevé M peu h peu jusqu'à la dignité républicaine, il montra « daqs ses écrits plus de force qqe d'élégance, plus de « grandeur que de goût. » On ne peut douter d'ailleuf&, en lisant son poème, qu'il n'eût fait une profonde étude de la langue , de 1^ philosophie et des mœurs grecques. Ce fut l'occupation de â0s nuits , comme il le dit lui-
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même. Une tradition fort incertaine suppose que son poème sur la nature des choses fut composé dans les intervalles lucides d'une folie causée par un philtre amoureux, qu'il avait reçu d'une maltresse jalouse. U parait certain qu'il se donna lui-même la mort à l'âge de quarante-quatre ans, dans un accès de délire ; mais on peut douter que son poëme soit sorti du milieu des rêves d'une raison habituellement égarée. La folie du Tasse n'a point précédé son génie ; la Jérusalem n'a pas été conçue dans l'hospice de Ferrare : si quelquefois dans ces vives intelligences , dans ces imaginations enthousiastes qui ont le plus honoré l'humanité, l'excès de la force touche à la faiblesse ; si, comme le disait Sénèque, il n'y a point de grand esprit sans une nuance de folie ; si cette fatigue des organes qui ont trop souffert de l'ardente activité de l'âme vient à obscurcir le rayon divin de la pensée , ce n'est point du milieu de ces nuages que sort la lumière ; et l'éclipsé de la raison peut devenir le terme, mais non l'intervalle du génie.
Le poëme de Lucrèce , dans la longue erreur de ses raisonnements, offre d'ailleurs une méthode, une force d'analyse qui ne permet pas de supposer que l'auteur n'ait eu que des moments passagers de calme et de raison. Bien qu'on y voie briller les éclairs d'une verve admi* rable, ce qu'on y sent beaucoup, et quelquefois jusqu'à la fatigue , c'est l'ordre philosophique , c'est l'effort du raisonnement porté sur des notions incohérentes et fausses, mais suivi avec beaucoup de précision et de vi-