‹ Études de littérature, ancienne & étrangère: ancienne & étrangèreChapitre 7 sur 25 · DU POEME DE LUCRÈCE · texte numérisé non relu

DU POEME DE LUCRÈCE

gueur ; et c'était sans doute ce mérite qui attachait le philosophe Gassendi à la lecture du poète épicurien. La découverte récemment annoncée des écrits d*Èpicure , si elle se vérifie, pourra donner lieu de juger jusqu'à quel point Lucrèce s'est montré l'interprète fidèle de ce philosophe , qu'il invoque avec tant d'enthousiasme , et dont il expose si longuement les principes. Ce système, dans les vers du poëte, paraît, il faut l'avouer, très-logiquement absurde, en même temps qu'il est fondé sur la physique la plus ignorante et la plus fausse. Mais, ce qui nous séduit dans Lucrèce, c'est le talent du grand poète, talent plus fort que les entraves d'un faux système , et que l'aridité d'une doctrine qui semble ennemie des beaux vers comme de toutes les émotions généreuses. Un grand poëte athée, voilà sans doute un singulier phénomène. Ce sera même une singularité de plus, que ce grand poëte ait fleuri dans les commencements d'une littérature, à cette première époque où la poésie semble plus rapprochée de son origine naturelle et plus voisine des dieux. Mais la corruption si hâtive des Romains et rinfluence de la Grèce sur la littérature latine peuvent expliquer cette bizarrerie. Rome , empruntant tous ses arts et toutes ses opinions de la Grèce, et les prenant au point où elle les trouvait chez un peuple vieilli, reçut en même temps les chants d'Homère et les incrédulités philosophiques d'Athènes.

L'imagination de Lucrèce, frappée à la fois de ces deux impressions , les mêla dans ses vers, sans que la verve,

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