‹ Études de littérature canadienne françaiseChapitre 10 sur 52 · LXXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXVIII INTRODUCTION

feu de la rampe, ne se croit-on pas vu et compris de partout ? N'éprouve-t-on pas aussi quelque pudeur à étaler ce qu'on a au cœur? Parlons-nous de l'Alsace et de la Lorraine, ce Canada voisin et re'cent? Et

pourtant on parle plus que jamais de Jeanne

d'Arc. C'est en bronze qu'on se souvient d'elle.

Quant aux visites, si les Français d'Europe n'en rendent pas toujours assez, ne serait-ce pas précisément qu'ils sont trop sortis parfois?

Quelle étude singulière serait celle du goût, du besoin et de la passion qu'ilst)nt eus, selon les temps, de " sortir de chez eux »; l'étude de ces poussées et incursions impétueusesau dehors, suiviesdepériodes de '< recueillement», d'apparente indifté'rence, d'existence soit-disant casanière ; phases d'action et d'évolution, mouvement intérieur ou extérieur; les allers et les retours, le va-et-vient. Mais ce serait l'histoire de notre destinée et de ses causes, de celle des autres aussi ; car il y avait répercussion, à l'entour de la France et même au loin.

Il faut le rappeler patiemment, pour les actes et les péripéties de la formation des sociétés modernes, la scène s'est constamment passée chez nous ; témoins, les luttes des races, des religions, des gouvernements, des classes, de la politique et de la liberté. Les révolutions des Anglais étaient chez eux et pour eux. Pour tout le monde ont été celles des Français, qui ont proclamé non pas « Dieu et mon droit », ce dualisme qui n'est qu'égoïsme, mais «les droits de l'homme », l'humanisme altruiste.

Ces besognes-là sont absorbantes et coûteuses pour

INTRODUCTION LXXIX

l'ouvrier. Pendant que la France se battait et se débattait, souffrait et saignait, les autres « faisaient leur main », et tiraient profit. Songeant à ce qui s'est dépensé d'énergie et de génie, qu'on s'étonne plutôt de ne pas voir '< à bout >/ le peuple auteur et acteur des drames de l'affranchissement humain dans nos quatre derniers siècles; car toujours il est rentré en scène.

Comme on dit d'un voyageur en ses pérégrinations ou d'un arbre en poussée de sève, « il est reparti ». — Mystère de la vie qui crée et se crée en se consommant, qui s'enrichit en se dépensant!

N'en déplaise à ceux qui voulaient lui prendre sa place sous les soleils lointains, le Français est reparti pour le dehors. C'est en son voisinage qu'il avait fondé sa première colonie, la conquête franconormande, l'Angleterre, laquelle en a fait tant d'autres ! C'est l'Europe entière qu'il avait colonisée de ses idées et de ses enfants, par la fleur de sa jeunesse combattante ou les fruits de sa virilité savante. Mais l'Asie, l'Afrique et l'Océanie savent, comme l'Amérique, qu'il ne craint pas les voyages au long cours, et qu'il lui reste du courage, du sang et des dons créateurs.

Que nos compatriotes nous excusent donc d'avoir interrompu les expéditions directes d'hommes et de ressources. — « C'est à reprendre». — Qu'est-ce que cent ans pour des peuples? Une année peut-être pour un individu ; et ne remet-il pas souvent ses projets à l'an prochain? Mais les temps sont venus

Avouons-le; il semble qu'il y ait moins loin du

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