I.XXX INTRODUCTION
(Canada en France que de France au Canada; car La Rochelle ou Bordeaux, Cherbourg et le Havre, sont la route de tous les pays où l'on a " à faire >/ en Europe. Paris est l'intermédiaire géographique. Ventre-deux de toutes les cités des deux mondes, hormis celles de l'Angleterre ou de l'Espagne. Mais patience! Les chemins sont retrouvés, et quand les Français « s'y mettent», ils vont bon train. C'est la mise en train, qui était malaisée. Qu'on mesure la renaissance dévie commune qui s'est opérée en un quart de siècle, entre Français des deux bords!
Déjà nombreux sont ceux qui de France s'occupent du passé et de l'avenir des Canadiens. Nombre de noms des plus distingués et des plus illustres figurent parmi les auteurs d'articles, d'études et d'ouvrages, comme parmi les visiteurs ou voyageurs ayant fait un tour en Amérique du Nord; — ce qui mène au tour du monde, et fera bientôt partie d'une éducation complète ou intégrale, comme « le tour de France » pour nos anciens artisans.
Que d'émouvantes visites à faire dans ces campagnes et ces villes françaises, en la plus vaste desquelles ils retrouvent le représentant de la France, un Consul-Général, qui semble détaché là comme un résident extérieur de la vieille patrie! Car n'at-il pas une mission plus chère à tous égards que celle de nombre de Ministres ou d'Ambassadeurs, bien propre à faire apprécier les mérites personnels d'un Français, parmi ces nationaux du Canada qui sont si semblables aux nôtres?
Combien de nos concitoyens, même avec des
INTRODUCTION LXXXI
ressources pécuniaires, se sont, non pas expatriés, mais transpatriés au Canada, pour y être plus à l'aise que dans les étroits territoires de la Gaule ; pour devenir propriétaires, — ô fierté, — et même grands propriétaires, — ô orgueil!
L'hommeest trop nombreuxici pourla bonne terre, et pas assez là-bas. Grâce aux concessions de colonisation, elle s'achète par le travail, sans charges appréciables en argent. Et non pas une ruine, les enfants, mais une richesse, puisque le capital précieux est encore l'homme. Pas plus de dépaysement pour un Normand ou un Breton qui s'établit en Québec, qu'à Marseille. Avec la poste, la télégraphie et la photographie, tous ceux qui s'aiment sont proches.
Or par les entreprises agricoles, industrielles, minières, métallurgiques et autres, quelle place à prendre pour les valeurs, les talents et les capitaux français! Que de projets et de résultats sont réalisables dans ce plein air et dans ce vide espace, qui ne sembleraient pas tentants ni tentables dans notre champ d'activité confinée!
Voyez-vous un grand industriel se taillant un royaume de France? Qui l'en empêche, dans les plaines solides ou liquides voisines du Saint-Laurent? Mieux qu'un royaume, une propriété, où l'on pourrait loger telle principauté ou telle république de nos environs.
Pointez sur la carte l'île d'Anticosti, dont le propriétaire est un citoyen français qui ne manque, il est vrai, de moyens dans aucun sens du mot.